CHAPITRE VI
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
Après de nombreuses oscillations entre deux théories extrêmes, celle de Liebig qui affirme la combustion rapide et complète de l'alcool, et celle de
(1) HurELAND, Ueber die Vergiftung durch Branntwein, 1802. — Forster, Reflectlions on the destructive operation of spirituous and fermented liquors. London, 1812. — KopP, Beobacht.im Gebiete der ausübenden Heilkunde. Leipzig, 1821.— Lipricx, Grundzüge zur Dipsobiostatik oder über den Missbrauch der geistigen Getränke. Leipzig, 1834. — ROYER-COLLARD, De l'usage et de l’abus des boissons fermentées, thèse de concours, 1838. — RoEscx, De l’abus des boissons spiritueuses, etc. (Ann. d’hyg. et de méd. legale, 1839). — MEINEcKkE, Ueber die Wirkung geistiger Getränke auf den menschlichen Organismus. Wien, 1840. — MonNERET et FLEURY, Compend. de méd., V; Paris, 1842. — PROCHASKA, De morbis potatorum. Wien, 1842. — ENGEL, Zeits. der Wiener Aerzle, 1845. — KuBik, Prag. Viertelj., 1846. — OGsron, The Edinb. med. and surg. Journ., 1842. — CARPENTER, On the use and abuse of alcoholic liquors in health and disease. London, 1850. — CHATTWICK, Essay on the use of alkoholic liquors. London, 1849. — SPEYER, Veue Zeits. für Med. und Medicinalreform, 1850. — THomsoN, Temperance and total abstinence of the use and abuse of alkoholic Liquors. London, 1850. — BERGERET, De l'abus des boissons alcooliques. Paris, 1851. — MaARING, De mutationibus spiritus vini in corpus ingesti. Dorpati, 1854. — Ducek, Prager Viertelj., 1853. — FALCK, Intoæicationen durch Spirituosen in Virchow’s Handb. der Path. Erlangen, 1855. — NEVEU- DEROSTRIE, De l’abus des boissons alcooliques, thèse de Paris, 1856. — BERNARD CL., Leçons sur les effets des subst. toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857. — MOREL, Traité des dégénérescences physiques, etc. Paris, 1857. — Trailé des maladies mentales. Paris, 1860. — THOMEUF, Essai clinique sur l'alcoolisme, thèse de Paris, 1859. — MorET, Considérations sur l'alcoolisme, thèse de Paris, 1859. >
RACLE, De l’alcoolisme, thèse de concours. Paris, 1860. — LALLEMAND, PERRIN et DUROY, Du rôle de l'alcool et des anesthésiques dans l’organisme. Paris, 1860, — Srraucn, De demonstratione spiritus vini in corpus ingesti. Dorpati, 1862. — BAuDorT, De l’alcool ; de sa destruction dans l'organisme (Union méd., 1863, 1864). — CoNTESSE, Étude sur l'alcoolisme, thèse de Paris, 1862. — DRUITT, /Intemperance and its prevention (Med. Times and Gaz., 1862). — MarcerT, Case illustrating the difference between chronic and acute alcoholism (Eodem loco, 1862). — MarcÉ, Sur l’action toxique de l’essence d'absinthe (Compt. rend. Acad. Sc., 1864). — A. FOURNIER, Art. ALCOOLISME in Nouv. Dict. de méd. et chir. prat. Paris, 1864. — Scaucinus, Untersuchungen über die Vertheilung des Weingeistes im thierischen Organismus (Archiv der Heilkunde, 1866). — JAccoun, Leçons sur la pneumonie in Clinique de la Charité. Paris, 1867. — SIDNEY-RINGER and
1016 INTOXICATIONS. — DYSCRASIES TOXIQUES.
Lallemand, Perrin et Duroy, qui en soutiennent l'élimination, et font ains: de l’évolution de l'alcool une simple promenade à travers l'organisme, la science est fixée sur les points fondamentaux de cet intéressant problème. Les conclusions d'aujourd'hui diffèrent peu ou point de celles que j'aï exposées il y a quelque dix ans dans mes leçons cliniques de la Charité. En fait, on peut dire que l’évolution de l'alcool, ingéré à doses non toxiques d'emblée, est la même que celle de tous les agents dont nous avons précédemment étudié les effets. Une portion, la plus petite, est éliminée rapidement par les organes sécréteurs, notamment par les reins; le reste est brûlé comme aliment hydrocarboné, et la dépense d'oxygène nécessitée: par cette combustion a pour conséquence une diminution proportionnelle dans la combustion des matériaux protéiques, de là le rôle et la qualification d'agent d'épargne justement attribués a l'alcool comme au thé et au café par exemple. Mais cette combustion de l'alcool n’est point instantanée, et, jusqu’à destruction totale, il est en circulation dans le sang, où il a été retrouvé même plusieurs jours après que l’ingestion avait pris fin. Pendant
W. RicKkARDS, Effets de l’alcoo! sur la température (Brit. med. Gaz., 1866). — SULZYNSKI, Ueber die Wirkung des Alkohols, Chloroforms und Aethers auf den thierischen Organismus. Dorpat, 1866. — Fovice, Du delirium tremens, de la dipsomanie et de l’alcoolisme (Arch. gén. de méd., 1867). — DAY, Methomania, a trealise on alcoholie poisoning. Boston, 1867. — Aupnout, Path. gén. de l’empoisonnement par l'alcool, thèse de Paris, 1868. — Auory, Experiment. and obs. on absinth and absinthism (Boston med. and surg. Journ., 1868). — FERBER, Notizen über einige ungewôlhnliche Krankheitsfälle (Archiv der Heilkunde, 1868). — PAscAL, De l'alcoolisme et de son influence sur le develop. et la marche des maladies, thèse de Montpellier, 1868. — Boucaarp et PROUST, Anal. path. (Gaz. méd. Paris, 1869). — Dupuy, Même sujet (Gaz. hôp., 1869). — ZIMMERBERG, Untersuchungen über den Eïinfluss des Alkohols auf die Thätigkeit des Herzens. Dorpat, 1869.— Bouvier-Cuny, Ueber die Wirkung des Alkohols auf die Kürpertemperatur (Arch. [. Physiol., 1869). — Binz, On the influence of alcohol upon the temperature of the body (The Practitioner, 1869). — OgErnier, Zur Kenntniss der Wirkungen des Weingeistes (Arch. f. Physiol., 1869). — GopFriN, De l'alcool, etc., thèse de Paris, 1869. — FABRE, Maladies produites par l’abus des boissons alcooliques. Montpellier, 1869. — LECORRE, Sur l’abus des boissons alcooliques. Montpellier, 1869. — Macnan, Sur l'alcoolisme avec expér. comparatives sur l'action de l'alcool et de l'absinthe (Gaz. méd. Paris, 1869). — DECAISNE, Sur les effets produits par l’absinthe (Compt. rend. Acad. Sc., 1869,. RUGE, Wüirkung des Alkohols auf den thierischen Organismus (Arch. f. path. Anat., 1870). — PARkES and WoLLoWICz, Experiments on the effect of alcohol on the human body (Glasgow med. Journ., 1870). — RABuTEAU, De quelques propriétés nouvelles ou peu connues de l'alcool du vin (Union méd., 1870). — Bouvier, Alkoholstudien (Centralbl. f. d. med. Wissens., 1871). — RABowW, Beobacht. über die Wirkung des Alkohols auf die Kôrpertemperatur (Berlin. klin. Wochen., 1871). — MainzER, Ueber die Einwirkung des Alkohols auf die Temperatur des gesunden Menschen. Bonn, 1870. — BINz, * Même sujet (Arch. f. path. Anat., 1871). — FokKkEr, Over den invloed van alcohol op de temperatur en de ureumaitscheiding (Nederl. Tijdschr. voor Geneeskunde, 1871). — Ro-
qu'il fait ainsi partie intégrante de l'organisme, l'alcool exerce sur le cerveau une action dont l'intensité etla durée sont proportionnelles à la quantité absorbée et à l'impressionnabilité de l'individu, action d’excitation d’abord, puis de dépression et de collapsus, analogue à celle de tous les poisons anesthésiques.Cette perturbation passagère constitue l’alecolisme aigu l'ivresse dans ses divers degrés; si cet empoisonnement n'est pas renouvelé, ou s’il n'est répété qu'à de très-rares reprises, tout rentre dans l’ordre une fois l'alcool éliminé ou détruit ; l'organisme ne présente dans l'intervalle de ces orages ébrieux aucune modification pathologique notable. Si au contraire ces phases d'intoxication aiguë sont fréquentes, ou bien, si, sans attemndre le degré nécessaire pour produire les accidents de l'alcoolisme aigu, l'absorption de l'alcool est habituellement supérieure à la quantité qui peut être détruite ou éliminée en un temps donné par l'évolution organique, alors survient une imprégnation, qui se traduit non plus seulement par des désordres cireulatoires et fonctionnels, mais par des altérations dans l'ensemble des organes ; bien portant peut-être en apparence, l'individu vit sui-
BERTS, On intemperance us a cause of chronic Brighls disease (Brit. med. Journ., 1871). — Bouvier, Pharmakolog. Studien über den Alkohol. Berlin, 1872. — MaARRAND, L'alcool, son action physiologique, ete. (Mém. de méd. milit., 1872). — RABOW, Ueber die Wirkung des Alkohols. Strassburg, 1872. — Binz, Versuche welche den Gründen der temperalurerniedrigenden Wirkung des Alkohols nüher treten (Berlin. klin. Wochen., 1872). — PuriEr, Démonstration expérimentale de l’action des boissons dites spirilueuses (Comp. rend. Acad. Sc., 1872). — Dickivson, On the morbid effects of Alcohol as shown in persons who trade in liquor (The Lancet, 1872). — ANSTIE, Même sujet (Eodem loco, 1872). — DE Ripper, De l'alcool en général, ete. (Ann. de med. d'Anvers, 1872). -— DUPRÉ, On the elimination of alcohol (The Practitioner, 1872). — GUÉNEAU DE Mussy, Et. clinique sur l'induration des artères (Arch. gén. de méd., 1872). — HAECK, Sur les causes des effets bienfaisants et les causes des effets nuisibles des boissons alcooliques. Bruxelles, 1872. — RieceL, Ueber den Einfluss des Alkohols auf die Kôrperwürme (Arch. f. klin. Med., 1873). — BoAGINE, Sull’azione fisiologica del alcoot nell'organismo del uomo (Lo Sperimentale, 1873). — Ross, On the aclion of alcohol (Brit. med. Journ., 1873). — ANSTIE, Remarks on certain recent papers on the action of alcohol (The Practitioner, 1873). — Daus, Neue Versuche über Alkohol und Kürperwärme (Centralbl. f. d. med. Wissen., 1873). — DickiNsON, Med. chir. Transact., 1873. — Brit. med. Journal, 1873. — MAGnaw, Recherches de physiol. path. avec l'alcool et l'essence d'absinthe (Arch. de physiol., 1873). — CuRSCHMANN, Zur Lehre von Fettherz (Virchow’'s Archiv, 1873). — FALIN, De l'alcool, de son action physiol. (Ann. de la Soc. de méd. d'Anvers, 1814). — LEWIN, Ueber die Wirkung des Alkohols auf den thierischen Organismus (Centralbl. f. d. med. Wissen., 1874). — Lucas, The physiolog. and chemical action of alcohol (Brit. med. Journ., 1874). — Russezr, Remarks on alcoholism from a clinical point of vlew (Brit. med. Journ., 1874). — SUTHERLAND, Alcoholism in private praæis (Brit. med. Journ., 1874). — ANSTIE, Final experimental researches on the elimination of alcohol in the body (The Practitioner, 1874). — LEUDET, De l'alcoolisme dans les classes aisées
(Gaz. hôp., 1874).
1018 INTOXICATIONS. — DYSCRASIES TOXIQUES.
vant une modalité anormale qui constitue l’état d’alcoolisme; cette situation persistant, des symptômes adéquats aux désordres matériels apparaissent tôt ou tard, qui mettent cliniquement en évidence la triple action du poison sur nos {issus; ces phénomènes en effet peuvent être rapportés aux trois chefs principaux que voici : altération des organes glandulaires : — action irritative sur les éléments conjonclifs; — action stéatogène sur les éléments parenchymateux. Ainsi est créé un état morbide, à évolution plus ou moins lente, dont la chronicité peut être incidemment rompue par des épisodes aigus, c’est l'alcoolisme chronique.
€auses.— L'étiologie de L'ALCOOLISME AIGU ne présente rien de spécial ; mais la rapidité et l'intensité de l'ivresse sont en rapport proportionnel avec diverses circonstances dont les principales sont la richesse de la boisson en alcool, la vacuité de l’estomac et l’impressionnabilité individuelle. — L’ALCOOLISME CHRONIQUE reconnait pour cause d’abord l’ingestion quasi journalière et répétée des liquides alcooliques, pris en quantité exagérée, ensuite la présence dans ces liquides d’une forte proportion d’alcool; aussi la bière produit rarement l'alcoolisme chronique, il en est de même du vin, quoiqu'il renferme de 8 à 14 p. 100 d’alcool. L’eau-de-vie et les boissons dont la richesse en alcool varie de 40 à 60 p. 100, voilà Les générateurs les plus efficaces de l'alcoolisme. Les liqueurs, dont l’absinthe et la chartreuse sont les types, produisent une variété spéciale d’intoxicaüon, dans laquelle l’action des essences surajoutées vient se combiner, sans les obscurcir pourtant, avec les phénomènes directement issus de l'alcool. En revanche, les accidents produits par les essences sont retardés, affaiblis, et dominés par l’intoxication alcoolique. — La PRÉDISPOSITION INDIVIDUELLE à une influence positive, bien démontrée par ce fait qu’à consommation égale tous les buveurs ne deviennent pas alcooliques. — Enfin l'explosion des accidents peut être favorisée par des cIRCONSTANGES occA- SIONNELLES, telles que : émotions morales, débauche, alimentation insuffisante, Les individus qui travaillent en plein air, ou qui exercent une profession exigeant un grand déploiement de force, résistent plus facilement à l’action nocive des alcooliques.