ALCOOLISME AIGU
La seule forme d’alcoolisme que je range sous ce titre est l'ivresse à tous ses degrés. C’est une erreur que de placer le delirium tremens dans
(1) WaLoscHMIDT, De ebrietale et insolentibus aliquot ejus effectibus, 1677. — MALLIN-
KROT, Diss. ebrietatis pathologiam sistens, 1723. — DARWIN, Zoonomia. On Drunkness. London, 1794.
TROTTER, An essay on Drunkness, ete. London, 1804, — BRÜHL-CRAMER, Üeber die
INTOXICATICGN ALCOOLIQUE. — ALCOOLISME. 1019
le cadre de l'alcoolisme aigu; cet état constitue un épisode aigu de Pintoxication chronique; la faute au surplus a été déjà signalée par Falck et Wunderlich.
L'ivresse reconnait trois degrés, dans lesquels s'associent une série de phénomènes ayant surtout pour siège le système nerveux et le tube digestif; mais l'alcool, par sa diffusion dans l'organisme, impressionne aussi les autres appareils, qui tous réagissent plus ou moins sous l'influence du porson. Dans le DEGRÉ LÉGER el dans le MOYEN, les premiers symptômes sont une sensation de bien-être avec excitation générale, qui, dans le système nerveux, se traduit par une exaltation des facultés cérébrales, mais surtout des facultés actives, d'expression mimique ou verbale, de conception intellectuelle, etc., tandis que les facultés de réceptivité (impressions et perceptions sensorielles, attention) sont amoindries et émoussées.
Une violente céphalalgie ou une pesanteur de tête avec affaissement intellectuel plus ou moins prononcé, succède à cette excitation. La force musculaire s'accroît un instant, mais les mouvements voulus n’ont plus leur précision ordinaire, et la marche devient incertaine et titubante. Les sécrétions du tube digestif, augmentées aux premiers instants de Pivresse, diminuent peu à peu; la bouche se sèche, la salive devient épaisse et visqueuse ; l'ivrogne a des renvois aigres, avec sensation pénible à l’épigastre, et des nausées qui dans la plupart des cas aboutissent à des vomissements extrèmement acides, après lesquels il se sent soulagé. Ces vomissements sont en rapport à la fois avec la quantité de liquide ingérée, avec la qualité de ces liquides, et avec la susceptibilité digestive de l’alcoolique. En même temps le malade accuse des borborygmes, quelquefois des coliques, et émet, après un temps plus ou moins long, une selle molle ou diarrhéique très-abondante. Je signalerai encore parmi les troubles digestifs moins communs l’'hépatalgie (Beau), et plus rarement l’ictère, qui doit être rangé d’ailleurs dans l’ordre des accidents consécutifs. — La respiration et la circulation
Trunksucht und eine rat. Heilmethode derselben. Berlin, 1819. — Macnisx, The Anatomy of Drunkness. London, 1827. — DEMEAUX, Note relative à l'influence de l'ivresse sur la fécondation (Acad. Sc., 1860). — LEGRAND pu SAULLE, Du crime accompli par l’homme ivre (Gaz. hôp., 1861). — DECAISNE, Effets de l’absinthe (Compt. rend. Acad. Sc., 1864). — BADHURST WooDMAN, Med. Times and Gaz., 1866. — Gaurr, Würtemb. Corresp. Blatt, 1866. — Srepnan WARD, The Lancet, 1866. — MirscnerLicH, Todesfall durch Alkoholvergiftung (Arch. f. path. Anat., 1867). — BLACHEZ, Intoxication alcoolique aiguë (Gaz. hôp., 1867). — BourpoN, Même sujet (Union méd., 1867). — Gaz. hôp., 1867. — Hericu, Seltener Leichenbefund nach Alkoholvergiftung (Viertelj. f. gerichtlich. Med. 1868). — Acute poisoning by portwine (Med. Times and Gaz., 1868). — ELLISTON, Alcoholic poisoning (Brit. med. Journ., 1871). — Casrornr, Sull'alcoolismo acuto (Gaz. med. Lomb., 1871). — Kuuprer, Alkohol in de hersenen by dronkenschap (Nederl. Tijdschr. voor Geneeskunde, 1871). — Knecur, Tod durch akute Alkoholvergiftung (Arch. d. Heilkunde, 1874).
1020 INTOXICATIONS. — DYSCRASIES TOXIQUES.
sont accrues d'abord, puis s’abaissent, la sécrétion urinaire est augmentée ; Voisin et Hérard ont même signalé deux cas d’albuminurie passagère. La peau est congestionnée comme tous les appareils d'élimination, enfin les fonctions génitales, légèrement exaliées au début, subissent au bout d’un temps très-court la dépression générale.
Dans le TROISIÈME DEGRÉ de l’intoxication aiguë, les troubles cérébraux s’accentuent davantage et dominent la situation : l'intelligence s’anéantit, l'ivrogne tombe dans un état comateux, avec anesthésie plus ou moins complète, respiration bruyante, petitesse du pouls et collapsus cardiaque ; cet affaiblissement du cœur doit être attribué avec Zimmerberg à l’influence irritative de l'alcool sur les origines des nerfs vagues. Le trouble considérable de l'hématose, qui résulte de la présence de l'alcool dans le courant circulatoire et de son action sur les vagues, s’accuse par un abaissement de la température surtout aux extrémités, une diminution dans la proportion d'acide carbonique exhalée, et une coloration violacée de la face et des membres. Dans une autre variété beaucoup plus rare, on observe de véritables accès convulsifs, mais c’est surtout dans ces cas qu'on doit faire intervenir l'influence des huiles essentielles, qui entrent dans la consttution des liqueurs d’absinthe ou autres.
Les deux premières formes de l'alcoolisme aigu ne durent généralement que quelques heures; après un sommeil profond et une transpiralion abondante, l’alcoolique se réveille guéri : dans la forme plus intense, l'intoxication peut se terminer par la mort (Orfila, Christison, Tardieu, Knecht). En tout cas, ses effets persistent pendant un ou plusieurs jours, et laissent toujours après eux un état dyspeptique plus ou moins persistant.
Les LÉSIONS ANATOMIQUES de l'ivresse appartiennent pour la plupart à la classe des congestions, ou en dérivent; le sang dilué, noir, se coagule mal, s’extravase facilement, et produit des ecchymoses en quelques points de la surface cutanée (purpura alcoolique). L’estomac contient un liquide très-acide et des aliments plus ou moins chymifiés ; la muqueuse est rouge et quelquefois ecchymotique; dans des cas rares on a rencontré de petits abcès dans le tissu sous-muqueux (Leudet, Raynaud); l'intestin est plus ou moins hyperémié, Le cœur gauche et le système artériel sont vides de Sang; toute la circulation de retour, système veineux et cœur droit, sont gorgés de sang liquide. Les poumons congestionnés ont une couleur rougebrique; à la coupe, ils laissent échapper une grande quantité de sérosité sanguinolente et mousseuse ; les bronches sont rouges etremplies d’écume. L'hyperémie pulmonaire peut aller jusqu'à l'inflammation et jusqu'à l’hémorrhagie (Tardieu, Gasté). Parfois on peut observer de la gangrène de la vessie, comme dans les cas de Mitscherlich et de Heinrich. La substance cérébrale est quelquefois remarquablement blanche et dure, caractère: qu'elle doit à l’action directe du poison; d’autres fois elle est congestionnée ; les ventricules sont remplis par une sérosité qui répand une odeur d'al-
coo! (Ogston, Perey) ou par du sang (Bernt, Cooke, Christison); les plexus choroïdes, les sinus veineux et les méninges sont fortement hyperémiés, et la quantité du liquide céphalo-rachidien subit une notable augmentation. Dans le cas de l’anonyme de Baden (1871), concernant un empoisonnement aigu chez un individu qui avait des habitudes alcooliques, on a trouvé, avec une dégénérescence graisseuse du foie et du cœur, une énorme dilatation des ventricules latéraux par de la sérosité transparente; la paroi ventriculaire, comprimée par cet excès de liquide, avait subi un notable amincissement, et l’imbibition aqueuse avait envahi la substance cérébrale dans sa totalité.