SYMPTOMES
Toujours intermittente, et quelquefois périodique quand elle dépend de la malaria (Schrammi), la gastralgie débute subitement, ou après quelques prodromes parmi lesquels l’hypersécrétion salivaire, les éructations gazeuses, la pyrosis, les nausées, sont les plus fréquents; la cardialgie du matin, qui survient peu d’instants après le lever, est sans prodromes, ou bien elle est précédée et accompagnée de vomissements pituiteux. Puis la douleur éclate, douleur brülante ou rongeante, ou contusive et angoissante, ou bien constrictive ou en ceinture; elle se répand dans le dos, souvent dans toute l'étendue de l’abdomen (entéralgie); elle a son maximum dans le creux épigastrique même, tout près de la terminaison de l’appendice xiphoïde ; elle est exagérée par une pression légère et par une pression forte pratiquée avec un corps étroit comme l'extrémité du doigt, par exemple; elle est diminuée par une pression forte et large comme celle qu'on exerce avec la main posée à plat. La région épigastrique est soulevée en saillie hémisphérique par la pneumatose stomacale, mais plus souvent elle est rétractée, et des contractions réflexes tendent les muscles abdominaux et font remonter les testicules sous l’action des crémasters; dans ce cas, on distingue parfois à travers la paroi les mouvements tumultueux des muscles propres de l'estomac et de l'intestin, et à chacune de ces contractions ou crampes la douleur est exaspérée.
Ces MOUVEMENTS RÉFLEXES sont subordonnés à l'intensité de la douleur ; ils manquent quand elle est légère, ils sont constants quand elle est trèsviolente, et ils coïncident alors avec le refroidissement des mains et du visage, la päleur de la face, la petitesse du pouls, un sentiment profond d'angoisse et de défaillance, parfois même une syncope véritable; alors aussi 1l y à des SENSATIONS ASSOGIÉES sous forme d’irradiations douloureuses dans les hypochondres, les reins, et chez l’homme jusque dans les cordons spermatiques. Il semble que, dans ce cas, le plexus solaire est intéressé en totalité, tandis que, dans les formes légères, les rameaux gastriques du nerf vague sont seuls en hyperesthésie : c’est ce qui a porté Romberg à admettre 1c1 deux variétés de névralgie, la GASTRODYNIE par hyperesthésie du nerf vague et la NÉVRALGIE CŒLIAQUE par hyperesthésie du plexus solaire. Ce qui est certain, c’est que ces deux variétés sympto matiques ne diffèrent pas seulement par l'intensité et la diffusion des phénomènes, elles diffèrent en outre par ce fait, que dans les formes bien localisées à l'estomac, on observe très-fréquemment certains symptômes particuliers qui sont physiologiquement imputables aux nerfs pneumogastriques, savoir : la constriction réflexe pharyngo-æsophagienne, la sensation de brülure dans l’œsophage avec ou sans pyrosis, l’exagération de la
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sensation de faim (boulimie), et l'augmentation de la soif (polydipsie). Ces divers phénomènes, les derniers surtout, peuvent persister dans l’intervalle des accès. — Dans la boulimie, la quantité d'aliments ingérés est augmentée, la sensation de saliélé est différée ; mais on observe souvent un autre désordre caractérisé par l'exagération de la sensation de faim avec satiélé très-rapide ; le malade croit qu’il va tout dévorer, à peine a-t-11 commencé son repas, qu'il est rassasié. C’est là une fausse boulimie qui ne doit pas être confondue avec l’autre. L’expérimentation ayant établi que la section des nerfs vagues produit, entre autres effets, la disparition du sentiment de satiété, on est autorisé à voir dans la satiété trop rapide et hors de proportion avec la quantité d'aliments, une des conséquences de l'hyperesthésie des pneumogastriques. — Avec la boulimie vraie ou fausse coïncident d'ordinaire des perversions du goût; les malades se nourrissent d'aliments insolites, sel, poivre, cornichons, ete. (malacia); ou bien ils avalent des substances qui ne figurent à aucun titre dans la liste des aliments, du plâtre, par exemple, du charbon, de l'encre, des matières fécales (pica).
L’excitation centripète des nerfs vagues peut troubler l’innervation encéphalique, et cette perturbation se traduit par un VERTIGE subit qui apparait surtout le matin, quand le malade passe du décubitus dorsal à la station verticale. Ce vertige (1) (vertige stomacal, vertigo a stomaco læso) est accompagné d’une sensation indéfinissable de vide et de désordre dans la tête, d’obscurcissement momentané de la vue, le malade se sent menacé d’une chute imminente, el il tombe s’il ne s’assied aussitôt. Ces accidents qui inspirent au patient ou même au médecin la crainte d’une maladie cérébrale, se reproduisent plus ou moins fréquemment; ils peuvent alterner ou coïncider avec des paroxysmes de névralgie gastrique, mais dans bon nombre de cas ils en sont indépendants ; ils existent seuls, ou bien ils coïncident avec des troubles digestifs, notamment la dyspepsie acide et la pyrosis.
La durée de l'accès gastralgique varie de quelques minutes à une demiheure ou une heure au plus : tantôt la terminaison est tout à fait brusque, etil ne reste qu'un sentiment de fatigue proportionnel à la durée et à l'intensité de la douleur, tantôt la fin de l'accès est annoncée par des bâäillements, des pandiculations, des éructations inodores ou nidoreuses, ou bien par le rejet de quelques mucosités glaireuses, l'apparition d'une sueur légère, et l’excrétion d'une urine peu abondante et haute en couleur.
(1) TROUSSEAU, loc. cit.
BLONDEAU, Du vertige stomacal (Arch. gén. de méd., 1858). — Guipon, Des dyspepsies boulimique et syncopale (Bullet. de thérap., 1864). — GaLuictER, Du verlige slomacal, thèse de Paris, 1866.
GUENEAU DE MUSSsY, Étude sur le vertige (Gaz. hop., 1871).
JACCOLD, — Path, int., 6e édit. I = 43
L'état des fonctions digestives varie. Il est des malades qui conservent l'appétit, une langue nette, des digestions parfaites; tout est borné chez eux à l’hyperesthésie des nerfs gastriques : c’est ce qui a lieu d'ordinaire dans les gastralgies réflexes et dans celles qui dépendent d’une cause extrinsèque directe. Dans les autres conditions étiologiques, notamment dans les gastralgies constitutionnelles, les accès douloureux sont compliqués le plus souvent d’un état dyspeptique : tantôt c’est la dyspepsie flatulente simple ayant pour symptôme dominant une accumulation souvent énorme de gaz inodores; tantôt c’est la dyspepsie acide avec pyrosis et vomituritions acides et brülantes; tantôt c’est la dyspepsie que j'appelle putride, faute d’un meilleur mot. Elle est caractérisée par la décomposition vicieuse des substances azotées, résultant de l’insuffisance ou de l’altération du suc gastrique; des gaz fétides sont produits, et les matières mal élaborées qui arrivent dans l’intestin déterminent souvent de la diarrhée; dans ce cas, la langue est sale, la bouche amère, l’anorexie à peu près complète; 11 n’y a d’appétence que pour les acides. Cette variété doit être, selon moi, éliminée du groupe des gastralgies, 11 ne s’agit là que d’un CATARRHE CHRONIQUE compliqué d'accès de névralgie. Jusqu'en ces derniers temps on à méconnu en France l’importance du catarrhe chronique de lPestomac, et l’histoire complexe de la gastralgie, celle plus confuse encore de la dyspepsie, en ont été surchargées d'autant.
L’entéralgie saturnine (colique de plomb) est caractérisée par la notion éliologique, par la violence et la continuité des douleurs paroxystiques, par la constipation, par la rétraction fréquente du ventre, par les nausées et les vomissements bilieux, souvent par la dysurie ou la rétention d'urine, lorsque l'excitation s’étend jusqu’à la sphère du plexus hypogastrique. La colique coïncide ou alterne avec des arthralgies ou d’autres manifestations de l’intoxication plombique.
La marche de la gastralgie est chronique; la aurée, indéterminée, est surbordonnée à la cause; il en est de même du pronmostie, envisagé au point de vue de la curabilité : ainsi la gastralgie temporaire de la convalescence, celle qui suit les pertes de sang, ne sont point comparables, sous ce rapport, à la cardialgie de l’hystérie, de l’hypochondrie ou de la goutte. Au point de vue de la gravité, le pronostic est favorable, la maladie ne tue pas; le fait de Heister que rapporte Canstatt, et dans lequel elle avait amené a mort par convulsions générales et tétanos (?), me laisse parfaitement incrédule. D'un autre côté, la gastralgie peut se prolonger durant des années avec des intermissions diverses, sans altérer notablement la nutrition générale; si l’affaiblissement et l’amaierissement sont précoces, il faut songer à une erreur de diagnostic (ulcère-cancer), ou à une gastralgie symptomatique de tuberculose initale.
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DIAGNOSTIC
L'ULCÈRE SIMPLE, plus rarement le CANCER, provoquent des douleurs irradiées paroxystiques qui ont plus d’une analogie avec la gastralgie pure. Le diagnostic, toujours difficile, doit être basé sur les éléments que voici : en première ligne, les antécédents, l’âge, la constitution et le tempérament des malades ; parmi les maladies concomitantes, il en est une qui n'a aucune valeur différentielle, c’est la tuberculose, dans le cours de laquelle on observe également et la névralgie et l’ulcère. — La douleur de la névralgie est calmée d'ordinaire par la pression extérieure et par l’ingestion des aliments (pression intérieure de Romberg); dans ces circonstances, la douleur des maladies organiques est exagérée. — Les sensations associées dans les nerfs intercostaux et les nerfs œsophago-pharyngiens sont propres à la gastralgie ; 1l en est de même du vertige, de la boulimie vraie ou fausse ; il en est de même de la conservation de l'appétit, de lintégrité des digestions. — Dans la névralgie, la nutrition générale reste longtemps intacte, elle est compromise de bonne heure dans les douleurs symptomatiques des maladies ulcéreuses. — Enfin, dans la névralgie, Les accès ont lieu le plus souvent à jeun ; dans l’ulcère et le cancer, 1ls éclatent presque toujours après le repas.
Le diagnostic de la cause, ou DIAGNOSTIC PATHOGÉNIQUE, n’a rien à attendre du caractère et des particularités de la douleur; il ne peut être fourni que par l'examen complet du malade. On n’oubliera pas que la gastralgie peut être le signal des lésions les plus graves du système nerveux central.
TRAITEMENT
L'INDICATION CAUSALE doit être attentivement recherchée et remplie par une médication appropriée; certaines de ces indications (anémie, chlorose, goutte, varicocèle, écarts de régime, etc.) permettent des succès rapides; d’autres (tuberculose, maladies du système nerveux) révèlent lincurabilité du mal, et ne laissent place qu'à une médication symptomatique destinée à calmer la douleur. On a dit que la gastralgie liée à la chloro-anémie ne doit pas être d'emblée attaquée par les ferrugineux; c’est une opinion que je ne partage pas : l’irritabilité de l'estomac n’est point accrue par les préparations de fer, pourvu qu’on les donne à petites doses, unies aux opiacés, et qu'on commence par les préparations insolubles. Toutes les fois que la chose est possible, le traitement par les eaux naturelles mérite la préférence; les stations de Saint-Moritz, Spa, Pyrmont, Schwalbach, ont à cet égard une célébrité légitime. Il n’est pas besoin de
dire que dans la gastralgie périodique (Cas. Medicus, Schramm), lindication causale, toute spéciale, doit être remplie par le sulfate de quinine ou le quinquina. Chez les femmes, il convient, avant d’instituer le traitement, de pratiquer un examen oo de l’appareil utérim.
L’INDICATION MORBIDE qui est ici confondue avec l'INDICATION SYMPTO- MATIQUE, est remplie par les opiacés, notamment par le chlorhydrate ou l’acétate de morphine, administrés soit en poudre avec de la magnésie ou du bismuth, soit en injections sous-cutanées; ce dernier procédé est celui qui m'a donné les meilleurs résultats. Chez certains malades, la douleur est calmée plus rapidement et plus longtemps par les préparations de belladone et de jusquiame ; mais cette idiosyncrasie est assez rare, et en somme les préparations opiacées constituent, dans la majorité des cas, le traitement le plus efficace. — Lorsque la gastralgie coïncide avec des phénomènes nerveux hystériformes, il convient, tout en donnani les narcotiques pour combattre l'élément douleur, d’administrer, dans lintervalle des accès, les préparations dites ANTISPASMODIQUES ; la valériane, le castoréum, le cyanure de zinc ou de potassium, l’acide cyanhydrique médicinal ont une efficacité consacrée par l'expérience; plusieurs fois déjà j'ai employé avec succès le bromure potassique à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Dans quelques cas, on obtient avec le nitrate d'argent ou l’arsenic le résultat qu'on a vainement demandé aux autres agents pharmaceutiques. C'est dans ces formes névrosiques et dans les anémiques que l’'hydrothérapie rend d'importants services.
Lorsqu'il y a du vertige stomacal, la médication la plus efficace, pour les malades qui ne peuvent se déplacer, est celle qu'a préconisée Trousseau : emploi simultané et prolongé des amers (quassiu amara) et des alcalins; si le déplacement est possible, les eaux de Vichy (Hauterive) Vals, Pougues, Royat, seules ou combinées avec les amers méritent la préférence.
L'indication est double dans l’entéralgie saturnine; il faut combattre la constipation et la douleur. Le meilleur traitement consiste dans l'emploi successif des drastiques ou des vomi-purgatifs, et des opiacés à hautes doses; le chloroforme intus el extra à été préconisé comme remplissant à lui seul la double indication : je ne lui ai reconnu jusqu'ici que des effets sédatifs. — Une fois la douleur et la constipation vaincues, il est bon de soumettre le malade aux bains sulfureux, aux toniques et à l'iodure de potassium à l'intérieur, dans le but de combattre l’intoxication.
Dans les cas rebelles, il ne faut pas hésiter à recourir aux révulsifs (huile de croton, vésicatoires sur l’épigastre); ils sont surtout utiles lorsque les accès sont accompagnés de vomissements. —- En toute condition on doit veiller à la régularité des fonctions intestinales, et observer, pour lhygiène générale et le régime, les mêmes règles que dans le catarrhe chronique.