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CHAPITRE VL

La tuberculose intestinale (1) est extrêmement fréquente en tant qu'expression secondaire d’une tuberculose généralisée ou pulmonaire;

. (1) Louis, RokITANSKY, FÜRSTER, LEBERT, loc. ci.

MONNERET et FLEURY, Compend. de méd., art. INTESTIN. — BEDNAR, Xrankheiten der Neugeborenen. Wien, 1850.— RILLIET et BARTHEZ, Traité des maladies des enfants. Paris, 1854. — RinTEL, Ein Fall von Darmtuberculose mit Perforation des Duodenum und Cæcum in Gavum peritonæi (Berlin. klin. Wochenschr., 1867).

LEvÈRE, De l’existence de l’entérile tub. indépendante de la luberculisation pulmonaire (Montpellier méd., 1875).

elle est très-rare comme maladie primitive, et n’est observée avec ce caractère que chez les enfants.

Le siége le plus ordinaire de la LÉsIoN est l’iléum ; parfois elle occupe en même temps le gros intestin, mais elle s'étend rarement vers le jéjunum et le duodénum. Les granulations peuvent prendre naissance dans la muqueuse et dans le tissu sous-muqueux; mais l’origine la plus commune est dans les glandes solitaires et dans celles de Peyer. Suivant que l’évolution est plus ou moins avancée, on trouve des granulations isolées et grises, des noyaux confluents et caséeux, des masses en fonte purulente ou des ulcérations; celles-ci résultent de l'élimination des liquides à travers la muqueuse rompue. Elles sont rondes, en cratères et de petite étendue, c'est l’ulcère tuberculeux primitif; s'agrandit par le ramollissement des tubercules qui infiltrent les bords, ou bien par la fusion de plusieurs solutions de continuité voisines, et produit ainsi l’ulcère tuberculeux secondaire (Rokitansky). Ces ulcérations ont une figure irrégulière, des bords tuméfiés ; le fond est formé par le tissu sous-muqueux induré et épaissi; elles ont assez souvent dans leur ensemble une disposition circulaire concentrique au cylindre intestinal. Lorsque l’infiltration tuberculeuse occupe les couches sous-jacentes à la muqueuse, elle peut les détruire graduellement et amener la perforation ; mais celle-ci donne rarement lieu à l’épanchement péritonéal, parce qu'à mesure que la lésion gagne vers la séreuse, une péritonile limitée à marche lente se développe par contiguité. Cette inflammation, que caractérisent la rougeur, la tuméfaction et l’exsudation fibrineuse ou fibrino-tuberculeuse, correspond exactement aux ulcérations de l'intestin, et les adhérences qui la circonscrivent limitent l’épanchement, si la perforation est produite. Dans quelques cas, l’adhérence a lieu entre deux anses intestinales, et, quand la destruction des parois accolées est complète, une communication anormale est établie. Les ulcérations tuberculeuses sont assez souvent la source d'hémorrhagies plus ou moins abondantes, et, en raison des conditions dans lesquelles elles se développent, elles guérissent très-rarement.

Sous le nom de tubereulose mésentérique (1) (carreau), on comprend

(1) Traités des maladies des enfants. En outre :

BAuMÈs, Traité de l’amaigrissement des enfants. Paris, 1806. — GUERSANT et BLACHE, art. CARREAU, in Dicl. en 30 vol. — MoNNERET et FLEURY, Compend. de méd., art. CAR- REAU. — BARTHEZ et RILLIET, loc. cit. — BEDNAR, loc. cit. — STIEBEL, Ueber das Verhältniss der Gekrosdrüsen im kindlichen Alter. Frankfurt, 1854. — BoucauTt, Maladies des enfants. 3e édit. Paris, 1855. — BRAUN, Beitrag zur differentiellen Diagnostik der Unterleibsgeschwülste (Allg. Wiener med. Zeit., 1862). — OPPOLZER, Ueber Unterleibsgeschwülste mit besonderer Rücksicht auf deren Diagnostik (Wiener med. Wochenschr., 1862). — Vox Morrror, Der Durchfall der Kinder und seine Behandlung. Breslau, 1862 — BAMBERGER, loc. cit. — CHOLMELEY, T'ubercular enlargement and degeneration of the

non-seulement la granulose vraie des ganglions du mésentère, mais aussi la simple caséification des produits de l’inflammation chronique, si souvent liée à la scrofule. Granuleuse ou non, l’adénite mésentérique est parfois primitive chez les enfants, mais elle est le plus souvent consécutive à la tuberculose intestinale.

Les LÉSIONS consistent dans l’augmentation de volume des ganglions, qui peuvent acquérir les dimensions d’un œuf de poule; le processus fondamental est l’hyperplasie des éléments cellulaires avec transformation caséeuse. Dans certains cas, on trouve, dans la masse, des tubercules gris isolés ou conglomérés; mais souvent, notamment chez les scrofuleux, toute la tumeur est constituée par la caséification simple, sans granulations reconnaissables, et l’altération peut guérir par crétification. La tuber-culose des ganglions peut aboutir à la fonte purulente, avec irruption du pus dans le péritoine ou dans l’intestin; cette évolution est assez rare, mais elle n’est pas contestable.

La tuberculose intestinale et mésentérique coïncide assez fréquemment avec celle du péritoine (1).

Les symptômes (le la TUBERCULOSE INTESTINALE peuvent être nuls lorsqu'il n'existe que des granulations ou quelques ulcérations peu étendues dans l'intestin grêle. Dans d’autres circonstances, les phénomènes consistent simplement en coliques plus ou moins fréquentes, qui ne sont même pas toujours accompagnées de diarrhée, et si les lésions pulmonaires ne sont pas encore appréciables, la signification de ces légers symptômes est forcément méconnue. Dans la majorité des cas, les phénomènes sont plus accusés; ce sont ceux d’un catarrhe intestinal développé sans cause occasionnelle appréciable, persistant en dépit de tout traitement, et accompagné d’un amaigrissement rapide. Les évacuations diarrhéiques, dont le nombre varie de trois à six ou huit par jour, sont tout à fait semblables à celles du catarrhe simple, à moins que les ulcérations ne soient assez avancées pour produire des érosions vasculaires et des selles sanglantes. Abstraction faite de cette circonstance, le diagnostic est très-diffieile ; la question est celle-ci : Comment distinguer la tuberculose intestinale du catarrhe simple, qui est si fréquent dans le cours dela tuberculose pulmonaire? Les éléments de jugement sont peu préeis au début, pour mieux dire ils sont nuls ; ce n’est que lorsque la maladie dure depuis un certain temps qu’on

mesenteric glands from an adulte male (Transact. of the Path. Soc., 1867). — Jaccoun, Clinique médicale. Paris, 1867. — OGLE, Cases of abdom. tumours (Med. Press and Circular, 1868).

B1ERBAUM, Phthisis mesaraïca; Tuberkulose der Gekrôsdrüsen (Deutsche Klinik, 1870). — KauLicH, Xlin. Beiträge zur Lehre von der Peritonealluberculose (Prajer Viertelj., 1871).

(1) JAccouD, Clinique médicale.

peut saisir quelques nuances symptomatiques. Les douleurs sont plus marquées dans la tubcreulose que dans la diarrhée colliquative simple, où elles sont fréquemment nulles; le ventre est souvent sensible à la pression, surtout dans la région iléo-cæcale, siége de prédilection des tubercules et des ulcérations; les évacuations sont ordinairement accompaonées de phénomènes dysentériformes (ténesme, épreintes), qui manquent totalement dans le catarrhe simple; enfin les poussées aiguës de péritonite limitée appartiennent exclusivement à la tuberculose. Une fois que celle-ci a déterminé ces imflammations de la séreuse, 11 n'est pas rare que la diarrhée cesse; la tunique musculaire de lintestin est détruite ou paralysée, et les matières s'accumulent dans la région malade, jusqu'à ce que l'irritation résultant de cette stase amène une débâcle qui est souvent fort douloureuse. — La tuberculose intestinale hâte le dépérissement des phthisiques, et c’est principalement dans ces conditions qu'on voit survenir les hydropisies cachectiques.

La TUBERCULOSE MÉSENTÉRIQUE à usurpé une trop grande place dans la pathologie de l’enfance ; longtemps on a cru qu’elle était la cause prineipale, sinon unique, du marasme infantile (fabes mesaraïca), et lon avait même découvert la raison de ce fait dans l’imperméabilité des glandes malades pour le chyle. Ces assertions ne sont pas acceptables. La tuberculose mésentérique n’amène la consomption et la fièvre hectique que lorsqu'elle coïncide avec d’autres délerminations tuberculeuses, soit dans le poumon, soit dans l'intestin, et les injections des ganglions ont fait justice de leur prétendue imperméahilité. Si l’on tient compte de ces données, si l’on fait en outre la part de la péritonite chronique, il devient évident que l’adénite mésentérique n’a qu'un symptôme propre : c’est l'existence de tumeurs profondes, isolées et arrondies, dans la cavité abdominale ; or, dans un grand nombre de cas, elles ne sont pas appréciables parce que les ganglions ne sont pas assez développés, ou parce que le météorisme s'oppose à une palpation méthodique. Ces tumeurs, qu'il faut avoir soin de ne pas confondre avec des seybales ou avec le cancer abdominal, déterminent souvent l'œdème des membres inférieurs et du scrotum par compression de la veine cave ascendante; le même phénomène peut être produit alors que les ganglions ne sont pas perceptibles à la main, j'en ai rapporté un exemple très-net (1).

Le TRAITEMENT de la tuberculose intestinale ne peut être que palliatif; mais c’est quelque chose cependant que de restreindre la diarrhée alors que l'organisme subit Lant d’autres spoliations. Les astringents et les opiacés, les vésicatoires ou les applications de teinture d’iode sur le ventre, sont les meilleurs moyens d'atteindre le but; l’alimentatiou par la viande crue rend ici d'importants services. — L’adénite mésentérique liée à la

(1) Jaccoup, loc. cit.

tuberculose sera traitée de la même manière; celle qui dépend de la scrofule sera combattue par l'huile de foie de morue, l’iodure de fer, les bains toniques, et avant tout par une bonne alimentation et le séjour à la campagne.

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