DE LA PÉRIENCÉPHALITE CHRONIQUE DIFFUSE
nées. Cependant un grand nombre divaguent dès le début, soit que le trouble intellectuel ait été primitif; soit, comme le veut M. Parchappe, que la lésion du mouvement et celle de rintcUigence arrivent à peu près simultanément; soit, comme le prétendent encore MM. Baillarger et Lunier, que les accidents paralytiques précèdent les désordres cérébraux. Dans la plupart des cas, le délire est ambitieux : tous les malades ne croient pas pourtant être riches ou puissants, mais il y a chez presque tous une exagération du mot fort digne d'être notée : c'est ainsi que beaucoup croient être d'une santé parfaite, d'une force herculéenne, d'une aptitude au travail peu commune. Ceux qui ne sont pas aliénés ('prouvent néanmoins une modiflcation dans leurs aptitudes, dans leurs goûts et (!ans leurs penchants. Ils ont des absences, les uns deviennent violents, d'autres n'ont plus de volonté; ils sont indifférents à tout, ou bien ils sont d'une sensibilité féminine.
La paralysie progressive a une marche en général continue. Cependant elle présente fréquemment, presque d'un jour à l'autre, des alternatives ; elle a des temps d'arrêt plus ou moins longs, des améliorations parfois assez notables pour faire croire à une guérison prochaine, pour permettre aux individus de vivre dans le monde et d'y remplir leurs devoirs et même certaines fonctions publiques, puis une aggravation subite et que rien n'explique survient. C'est ainsi qu'on voit parfois chez ces individus éclater tout à coup un délire maniaque qui force à les séquestrer aussitôt.
 toutes les périodes on constate plus ou moins souvent des symptômes de congestion cérébrale à formes variées; la plupart tombent dans le coma, d'autres sont pris de délire, quelques-uns sont momentanément hémiplégiques, il en est qui ont des convulsions épileptiformes. Ces accidents qui surviennent et qui se multiplient plus ou moins dans le cours de la maladie peuvent exister dès le début et constituer en quelque sorte les phénomènes initiaux de la paralysie générale.
Les accidents paralytiques irréguliers, intermittents parfois au début, deviennent permanents, les muscles sont alors en résolution pluç ou moins complète ; dans quelques cas rares il en est qui sont contractures. Cette contracture, qui apparaît à une époque variable dans la maladie, n'est presque jamais permanente; elle revient plus ou moins souvent, et elle persiste pendant un temps plus ou moins long. Si les mouvements perdent de plus en plus de leur énergie et de leur régularité, jamais peut-être ils ne cessent d'une manière absolue. Cependant beaucoup de ces malheureux finissent par ne pouvoir plus se tenir debout; leurs mains sont inhabiles à saisir le moindre objet, et l'on est oblige de leur porter les aliments jusque dans la bouche; il est des cas même où Ton doit se servir de la sonde œsophagienne parce que la paralysie a gagné le pharynx lui-même. La sensibilité s'éteint alors de plus en plus ; les idées sont nulles, la parole est inintelligible, l'urine et les fèces ne sont plus retenues; il y a un état habituel de somnolence. C'est avec ce cortège de symptômes que les individus succombent. Les uns s'éteignent sans que la mort puisse s'expliquer; la plupart meurent par suite de quelques complications, notamment par une pneumonie qui prend aussitôt le caractère adynamique ; par une diarrhée qui épuise rapidement les forces ; par un érysipèle ou par suite des eschares qui se forment au sacrum; quelques-uns enfin, surtout parmi les déments paralytiques, sont violemment emportés par des convulsions épilcptiqucs. Chose remarquable, ces individus ne meurent jamais comme beaucoup d'autres qui, atteints de paralysie ascendante, périssent asphyxiés lorsque l'alTection a gagné les muscles respiratoires.
J'ai supposé, dans la description qui précède, que la paralysie, locale d'abord, envahissait progressivement toutes les parties du corps. Telle n'est pas la pensée de M. Jules Falret, auteur d'une excellente thèse : il dit qu'il n'est pas possible de préciser le point du corps par lequel la paralysie débute, qu'elle parait être d'emblée générale, et qu'elle est seulement plus appréciable dans certaines parties destinéos à exécuter des actes plus délicats : que la paralysie, par conséquent, ne serait pas progressive en s'étendant d'un lieu dans un autre, mais parce que, commençant d'une manière insensible dans toutes les parties du corps à la fois, elle augmenterait progressivement d'intensité, n'arrivant jamais au point d'être complète, absolue : c'est là, en effet, comme je l'ai dit plus haut, un caractère remarquable de cette paralysie. On a reconnu aussi qu'à toutes les périodes de l'affection les muscles conservaient leur contractilité électrique.
Terminaisons. — Il est douteux qu'on ait jamais guéri une paralysie progressive. La maladie peut être parfois enrayée dans son cours, mais les malados conservent toujours un certain degré de faiblesse ou de roideur, et tôt ou tard les accidents qu'on croyait conjurés reprennent leur marche ascendante.
Durée. — La paralysie progressive est une affection essentiellement chronique et d'une durée presque toujours longue et indéterminée. On dit l'avoir vue se juger en quelques semaines chez les aliénés. Elle peut avoir une marche subaigué, il existe alors de fréquentes congestions cérébrales. M. Calmeil a fixé sa durée moyenne à treize mois, Bayle à dix, M. Parchappe à un peu plus d'un an. Cette durée pourtant parait être beaucoup plus longue pour la paralysie progressive qui ne se complique pas d'aliénation mentale.
Diagnostic. — Le diagnostic de la paralysie générale est communément facile. On soupçonnera cette affection lorsqu'on verra survenir de temps en temps nn embarras de la parole, ou du bégayement et une inégalité des deux pupilles. Lorsque plus tard, à ce phénomène devenu ou non permanent, il se joint une démarche chancelante, lorsque les individus sont impuissants, et s'ils ne délirent pas encore, lorsque leurs facultés intellectuelles et la mémoire surtout auront éprouvé une dépression plus ou moins grande, lorsqu'ils auront moins d'aptitude pour les travaux du corps comme pour ceux de l'esprit, il ne sera pas possible de méconnaître l'affection. L'hémorrhagie cérébrale et même le ramollissement ne peuvent pas simuler la paralysie générale, toutes les fois qu'il y a hémiplégie, obtusion des facultés sans délire proprement dit. Cependant il est vrai de dire qu'à une période avancée de ces affections, la paralysie se généralise parfois, et que l'on peut voir survenir un délire plus ou moins analogue à celui qu'on ren(^ontre communément dans la paralysie générale. Dans ce cas, on ne peut être éclairé que parla marche de Faffection. Les tumeurs intra-cràniennes peuvent bien aussi produire quelques accidents analogues à ceux de la paralysie progressive, cependant il y a communément alors une céphalalîjie violente, de l'hémiplégie, des troubles des sens, des mouvements convulsifs épileptiformes ; an milieu de ces désordres, l'intelligence peut rester nette; le plus souvent elle n'est qu'obtuse, et cela pendant presque toute la durée de la maladie.
L'atroplûo musculaire progressive, que nous décrirons dans le tome II, ne ressemble en rien à la paralysie générale; car la première est essentiellement earactérisée par l'atrophie de la fibre musculaire, qui agit et se contracte jusqu'à ce qu'elle ait été transformée ou détruite. De plus, la destruction se fait inégalement, en quelque sorte capricieusement; de sorte que dans le même membre, à côté d'un muscle détruit, se trouve un muscle que la maladie a respecté. Dans la paralysio. progressive, au contraire, la nutrition du muscle