‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 99 sur 176 · DE LA PÉRŒNGÉPHALITE CHRONIQUE DIFFUSE · texte numérisé non relu

DE LA PÉRŒNGÉPHALITE CHRONIQUE DIFFUSE

tiùnnaire des dictionnaires y MM. Lasègue, Jules Falret et Linas dans leurs thèses (i), ont su ajouter quelques faits nouveaux ou intéressants à ceux de leurs devanciers.

Jusque dans ces derniers temps, et malgré un fait consigné dans la thèse même de M. Délaye, la paralysie progressive, exclusivement étudiée par les médecins aliénistes, a été regardée comme une complication qu'on n'observait que danç les asiles d'aliénés. Cependant Requin, protestant dès 1846 dans son Traité de pathologie contre cette opinion, citait des faits de paralysie générale qu'il avait observés dans des conditions différentes, et depuis que l'attention a été éveillée, par lui sur ce point, des observations assez nombreuses ont été recueillies dans les hôpitaux d'adultes. Il n'est pas d'année où je n'en rencontre quelques cas dans mon service d'hôpital, ainsi qu'en ville. Nous verrons plus lard que la maladie est la même que celle qui éclate dans les asiles d'aliénés.

Anatomie pathologique. — Chez les individus qui succombent à la paralysie générale, on trouve des lésions nombreuses dans la botte crânienne. On constate des congestions, des épaississements et des opacités de l'arachnoïde, des fausses membranes, des épanchements séreux ou sanguins, tels que nous les décrirons ailleurs à propos de l'apoplexie méningée. Il existe en outre des indurations, et presque toujours, quelques-uns disent même toujours, un ramollissement périphérique des couches corticales qu'on entraine lorsqu'on détache les membranes. Ailleurs, comme le note M. Calmeil (2), il existe une sorte de soudure entre la pie-mère et le cerveau; c'est avec peine qu'on les sépare; lorsqu'on y parvient, on a sous les yeux des surfaces excoriées, déchirées, rouges, saignantes, ramollies, parfois indurées et atrophiées, les adhérences dont je parle peuvent exister partout, mais on les constate plus spécialement à la face convexe, aux régions pariétales et à la face inférieure des lobes antérieurs. L'examen microscopique a révélé constamment alors dans la couche corticale une vascularisation très-grande, der dépôts plastiques, une déforma-^ tion des cellules nerveuses, des tubes nerveux plus ou moins atrophiés. Le cerveau dans son ensemble est sensiblement réduit de volume ; M. Parchappe a trouvé après des pesées nombreuses une différence de 179 grammes pour les hommes et de 157 pour les femmes entre le poids du cerveau dans la paralysie générale et le poids du même organe dans la manie aiguë.

On voit combien sont nombreuses les lésions qui existent dans les cas de paralysie générale, cependant les adhérences et le ramollissement de la substance corticale ont été généralement considérés comme constituant seuls le caractère anatomique de la maladie. On a, il est vrai, contesté le fait; on a dit que ces lésions pouvaient manquer. M. Lélut le premier a cité dans le premier volume des Annales médico-psychologiques, deux cas de démence paralytique sans lésion cérébrale; d'autres aliénistes distingués, MM. Thore et Aubanel, ont parlé de faits semblables, mais ils sont si rares, si exceptionnels, comparés aux autres, que le doute est permis. Il importe d'ailleurs de dire que beaucoup de lésions des couches corticales ne sont appréciables qu'à l'examen fait avec le microscope. Ce qui nous porte à croire que dans la paralysie générale les lésions ne font jamais défaut, c'est le témoignage d'un des plus éminents aliénistes de notre époque; M. Calmeil, ayant étudié les cerveaux des paralytiques à tous les degrés de l'affection, les a trouvés constamment le siège d'altérations visibles à l'œil nu ou par l'examen histologique. Aussi, pour l'observateur dont

(1) Années 1853 cl 1857.

it) Traité dei nuiladiei tnflafnmaMres du cerveauy t. !•', p. 26t.

j'invoque le témoignage, l'affection que je vais décrire est considérée comme étant une périencéphalite chronique dilfuse.

Symtômes. Marche. — La paralysie progressive peut survenir d'emblée ou bien être précédée de vertiges, de céphalalgie et d'accidents divers de congestion cérébrale : on remarque des changements de caractère, d'habitudes, que rien n'explique. Beaucoup d'hommes deviennent plus ou moins impuissants. Chez quelques autres, par contre, il y a une excitation insolite du sens génésique. Chez beaucoup on remarque un besoin de mouvement, d'action; il y a les preuves aussi d'une vive excitation intellectuelle, les individus ont mille projets, mais il est facile de constater déjà que les facultés et la mémoire surtout sont très-déprimées. C'est alors qu'éclate souvent un délire ambitieux dont je parlerai plus tard. Chez d'autres, c'est plutôt un délire mélancolique, les individus sont tristes, ruinés, malheureux, ou bien éclate une hypochondrie caractérisée par les préoccupations les plus bizarres sur la santé. Cependant le premier trouble qui éveille le plus communément l'attention, consiste dans un embarras de la parole parfois continu, ne se révélant ailleurs que de loin en loin. Chez d'autres, l'affaiblissemenl commence par les membres supérieurs ou bien par les membres inférieurs : les individus titubent, ils ont une démarche comme s'ils étaient en état d'ébriété; ils sont moins habiles de leurs mains; leur écriture, inégale, tremblée, est méconnaissable, elle devient de plus en plus illisible. Ces individus accusent parfois de l'engourdissement, du froid dans les membres ; ce n'est que plus ou moins longtemps après, que la parole s'embarrasse et que les malades bégayent. D'après M. Baillarger, un des premiers signes de la paralysie progressive serait une dilatation inégale des deux pupilles; mais suivant M. Lasègue, ce caractère ne se rencontrerait guère que dans le tiers des cas. Ces espèces de prodromes, ou plutôt ces caractères plus ou moins incertains de la maladie se dessinent de mieux en mieux ; puis après un temps plus ou moins long, après des alternatives plus ou moins répétées en bien et en mal, la paralysie s'étend, elle se généralise. La démarche devient de plus en plus vacillante, les chutes sont fréquentes; le corps s'incline d'un côté ou se penche en avant, les mains saisissent mal les objets, et la sensibilité tactile est moins parfaite. Souvent l'urine est difficilement excrétée, ou bien il existe une incontinence. Les matières fécales, retenues d'abord, s'échappent ensuite involontairement; chez la plupart des hommes l'impuissance est complète. A part la sensibilité tactile que nous avons vu souvent être atteinte, on peut dire que la plupart des sens sont intacts, excepté pourtant à la période ultime de l'affection, où toutes les sensations, de quelque nature qu'elles soient, deviennent obtuses. Les malades dont no is parlons sont sans fièvre, à moins de certaines complications inflammatoires ; la respiration se fait normalement, l'appétit est conservé, les digestions sont régulières.

Au milieu des troubles fonctionnels que nous venons de passer en revue, Tintelligence, que devient-elle? Dans nos hôpitaux d'adultes nous voyons des paralytiques généraux, chez lesquels prédominent les troubles de la molilité et dont les facultés intellectuelles semblent intactes. Cependant, si Ton vit avec eux, on si on les fréquente souvent, on ne tarde pas à constater des changements dans leur état mental ; la mémoire surtout est moins sure et leur caractère change ; de doux, de sociables, ils deviennent violents, etc. Toujours les facultés s'altèrent plus ou moins, depuis la simple diminution de la mémoire et une aptitude un peu moindre aux travaux de l'esprit, qu'on constate dès le début, jusqu'à l'anéantissement aussi complet des facultés qu'il l'est dans la démence. Beaucoup sont exempts de délire, et cela pendant une ou plusieurs an-

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