‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 102 sur 176 · DU CORYZA · texte numérisé non relu

DU CORYZA

membranes : elle sont tantôt disséminées sous forme de plaques grisâtres, parfois elles envahissent un des cornets, elles peuvent même tapisser uniformément toute la cavité nasale. Ce coryza, nommé pseudo-membraneux, coexiste le plus souvent avec Tangine diphthéritique et avec le croup.

Dans le coryza chronique, la muqueuse pituitaire est plus dense; elle est inégale, rugueuse ou mamelonnée à sa surface, et tellement épaissie, que le canal nasal peut en être obstrué ou même oblitéré. Elle est, en général, friable, et présente une coloration d*un blanc opaque ou bien noir&tre, et surtout ardoisée.

Symptômes. — Au début, le coryza produit une sensation de sécheresse incommode dans les fosses nasales, accompagnée de picotement et de prurit, ce qui provoque de fréquents éternuments. Il s'établit par les narines un écoulement plus ou moins abondant d'un mucus transparent, séreux, d'une saveur salée, qui souvent rougit et cftcorie les narines ainsi que la lèvre supérieure; Todorat est diminué ou même tout à fait éteint. A cette période, on voit souvent apparaître de nouveaux symptômes dépendants de l'extension de la phlegmasie. Lorsqu'en effet celle-ci se propage aux sinus frontaux, les malades accusent une céphalalgie frontale gravative, qui s'exaspère par les mouvements et les secousses du corps, et qui parfois est assez incommode pour rendre impossible tout travail intellectuel. Plus rarement l'inflammation s'étend dans les voies lacrymales, ce qui produit l'injection de la conjonctive, avec larmoiement et sensibilité vive à l'impression de la lumière. Enfin, si la muqueuse du sinus maxillaire s'enflamme, le malade se plaint d'une douleur assez vive dans la joue correspondante; quelquefois même celle-ci parait légèrement tuméfiée; il y a un sentiment de tension dans la mâchoire, et souvent les dents qui s'y implantent sont endolories.

Le coryza iie produit le plus souvent que ces accidents locaux : cependant il arrive quelquefois qu'il s'accompagne de malaise, d'inappétence et d'un léger mouvement fébrile, précédé ou accompagné de frissons irréguliers. En général, au bout de deux ou trois joura, les symptômes s'amendent, la douleur et la tenr sion diminuent; la fièvre, s'il en existait, cesse; l'écoulement prend plus de consistance, il devient blanc, puis jaun&tre, verdàtre, opaque; il exhale une odeur fade, spermatique; il se détache difficilement, se dessèche rapidement, et produit des croûtes qui, obstruant les fosses nasales, gênent le passage de Tair, et donnent à la voix un timbre nasonné, qui d'ailleura existe souvent dès le début, et qui s'explique par le bouraouflement de la membrane muqueuse. Cette obstruction des fosses nasales étant beaucoup plus complète chez les nouveau-nés, en raison de l'étroitesse naturelle de ces cavités, il en résulte des accidents plus ou moins graves, qui ont été parfaitement décrits par Billard, dans son livre, et avant lui par H. Rayer (1). L'enfant est obligé de dormir la bouche ouverte; sa respiration est bruyante, sifflante, difficile; son agitation, ses cris et sa physionomie expriment la douleur et la gêne excessive qu'il éprouve. Si on lui présente le sein, l'anxiété et la suffocation redoublent aussitôt; il y a menace d'asphyxie, puisque l'air ne peut plus pénétrer alors ni par les fosses nasales, bouchées par le gonflement de la muqueuse et par les produits sécrétés, ni par la bouche, qui est remplie par le mamelon et par le lait qui s'en écoule : aussi l'enfant, continuellement agité parle besoin de la faim et par l'impossibilité de la satisfaire, tomberait dans l'épuisement, et finirait par succomber si l'on ne cherchait pas à l'alimenter autrement

(1) CorfiM de$ enfantt à la nuunelle. Paris, 182Q.

Le coryza pseudo-membraneux est caractérisé par un suintement séro-sanguinolent fétide, nauséeux et par l'expulsion de fausses membranes grisâtres. Souvent on peut apercevoir celles-ci en écartant les narines. Cette forme de coryza existe rarement isolée ; presque toujours elle accompagne une maladie grave comme Tangine couenneuse ou le croup, ou bien une fièvre éruptive, etc.

Je ne dirai rien du coryza ulcéreux qu'on observe dans la morve, nous en parlerons en détail dans le deuxième volume, lorsque nous décrirons cette affection.

Marche. Durée. Terminaisons. — Le coryza a une marche rapide; il se prolonge rarement au delà d'un septénaire. Il a le plus souvent un cours régulier; quelquefois pourtant il présente des exacerbations. Enfin on Ta vu, dit-ôn^ être périodique et ne céder qu'à l'usage du quinquina. Il peut occuper d'emblée les deux fosses nasales; mais presque toujours il ofTre une intensité inégale dans ces deux cavités ; le plus souvent la maladie, d'abord limitée à Tune d'elles, s'étend ensuite à l'autre Iprsque déjà la phlegmasie est en décroissance dans la première. Le coryza se termine presque toujours par résolution, il passe parfois à l'état chronique. Chez l'adulte, il a toujours une heureuse issue, ce n'est que chez les enfants à la mamelle qu'on l'a vu se terminer par la mort.

Lorsque le coryza est chronique, qu'il soit primitif ou consécutif à l'état aigu, il n'existe communément aucune douleur, mais seulement un sentiment de gène dans le nez et de pesanteur à la racine de cet organe. La sécrétion de la membrajie muqueuse est augmentée; il s'écoule par les narines un fluide presque toujours épais, opaque, grisâtre, jaune ou vert, inodore, d'une odeur fade, quelquefois d'une fétidité insupportable, bien que la membrane muqueuse ne soit le siège d'aucune altération. Cette fétidité des sécrétions est accidentelle, elle se manifeste à de longs intervalles à l'occasion d'une recrudescence de la maladie^ ou bien parce que du muco-pus longtemps retenu a subi une altération. Il est ordinaire que les malades aient la conscience de l'odeur qu'ils exhalent, c'est ce qui prouve d'ailleurs que l'altération est circonscrite ou qu'elle ne siège pas sur les cornets supérieurs où s'irradient surtout les nerfs olfactifs. M. Cazenave (de Bordeaux) fait observer que les individus atteints de coryza chronique n'ont jamais la voix pure, et qu'ils se fatiguent promptement en parlant et en chantant. Ds dorment habituellement la bouche entr'ouverte, ce qui les prédispose à l'angine granulée. Le coryza chronique ne s'accompagne jamais d'accidents généraux. Il a une marche lente, irrégulière, et l'on' observe souvent des exacerbations qui peuvent persister chaque fois une ou deux semaines. Outre ces exacerbations, il existe des variations en quelque sorte instantanées dans le degré de l'enchifrènement. D'un moment à l'autre, la narine est ou plus libre ou plus embarrassée, ce qui peut tenir à du mucus accumulé, ou bien à un boursouflement occasionné par une congestion de la muqueuse. La durée du coryza est indéterminée. La maladie peut continuer toute la vie sans altérer notablement la santé générale; elle peut, à la longue, amener une suppuration dans l'épaisseur de la cloison; cet effet pourtant est assez rare, il succède plus communément à une contusion du nez.

Diagnostic. — Le diagnostic du coryza aigu ne présente pas de difficulté. Il faut savoir seulement que cette affection n'est pas toujours idiopathique, mais qu'elle est souvent la conséquence d'un état général : c'est ce que l'on voit, par exemple, dans la rougeole. Le coryza des nouveau-nés est caractérisé par la suffocation qui accompagne l'action de teter. Cet accident pourtant pourrait être produit par un vice de conformation de la bouche, de la langue, des fosses nasales et du mamelon ; mais, dans ces cas, on aura égard d'abord aux résultats

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