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DE L'OTITE

Frëquemmenty en effet, on regarde comme atteints de surdité incurable des individus qui, par suite d'une otite superficielle, ont dans le fond du conduit auditif un amas de matière cérumineuse plus ou moins desséchée, et qui mêlée à des lamelles épidermiques et à des poils courts et roides, forme un bouchon qui rend l'ouïe dure, ou qui même l'abolit tout à fait. Pour découvrir ce corps étranger et l'état anatomique de la membrane du conduit, il suffit souvent, comme le dit Kramer,de tirer l'oreille en haut et en arrière, et d'exposer l'orifice du méat aux rayons du soleil. Mais mieux vaut encore se servir du spéculum auriSf qui fait aisément découvrir la cause de la surdité. Son emploi exige de grandes précautions chez les enfants très-jeunes, car enfoncé trop avant il blesserait aisément la membrane du tympan. On sait que dans le jeune &ge la portion osseuse du conduit auditif manque ou est peu développée.

L'inflammation de la membrane du tympan, surtout à l'état chronique, est presque toujours méconnue, parce que rarement on examine l'organe malade, et cependant ce n'est que par l'application du spéculum qu'on peut arriver à la constatation de la lésion. Lorsqu'en effet il n'y a encore aucun écoulement, la violence de la douleur et les accidents cérébraux qui existent pourraient faire croire à une méningite. Mais, dans l'otite, la douleur, quelque générale qu'elle soit, siège surtout dans l'oreille. La pression exercée sur l'os temporal, et surtout sur l'apophyse mastolde, l'exaspère; il en est de même des mouvements de la mâchoire. Les bourdonnements d'oreille, la surdité et les résultats de Tauscultation permettent aussi d'établir le diagnostic de la maladie. Ces caractères différencient encore l'otite de Votalgiey sorte de névralgie d'un des nerfs de l'oreille (nerf acoustique, corde du tympan, rameau anastomotique de Jacobson); car, dans l'otalgie, il y a une douleur vive, atroce, qui se développe subitement et cesse de même. Lorsque du pus s'échappe au dehors, on ne peut plus conserver de doute sur la nature de la maladie : cependant il importe d'être prévenu que la suppuration peut être évacuée par la trompe d'Eustachi. Ajoutons encore que l'otalgie est une maladie excessivement rare, si rare qu'un homme d'une vaste expérience, comme le docteur Kramer, en conteste même l'existence. Ce célèbre médecin auriste déclare, en effet, n'avoir jamais vu de douleurs aiguës dans les oreilles qui ne dépendissent de lésions inflammatoires bien reconnaissables, soit dans les parois du canal, soit à la membrane du tympan. De là la nécessité, dans tous les cas de douleurs d'oreilles, et généralement dans tous les troubles de l'ouïe, d'explorer l'organe à l'aide du spéculum. Il importe encore, pour le pronostic, de déterminer avec le plus grand soin l'étendue des désordres. Pour y pairenir, on n'a qu'à se rappeler ce que nous avons dit plus haut sur les signes qui annoncent la perforation du tympan et la carie du rocher.

Pronostic. -:- L'otite externe, qui est superficielle et qui a pour effet de produire des concrétions cérumineuses, est sans gravité. Il en est le plus souvent de même des otites catarrhale et phlegmoneuse. Cependant il n'est pas très-rare de voir survenir consécutivement des lésions graves qui altèrent Touîe pour toujours. L'otite externe peut être fôcheuse aussi par son extension au tympan et à l'oreille moyenne. L'otite externe qui est partielle, celle qui se concentre au fond du méat, au pourtour de la membrane du tympan, est souvent incurable, car celle-ci est fréquemment épaissie et indurée ou perforée. L'otite interne constitue toujours une affection grave, puisqu'elle occasionne presque nécessairement une infirmité incurable, et que souvent elle a une issue funeste, par suite de l'extension de la phlegmasie aux centres nerveux.

Ëtiologie. — L'otite affecte surtout les enfants et les jeunes gens. On dit que les scrofulenx y sont davantage prédisposés ; mais les plus nombreux écou* lements d*oreilles qu'on voit chez eux ne dépendent pas toujours d'un travail inflammatoire; plus souvent ils sont l'effet d'une simple sécrétion morbide, d'un catarrhe, ou bien ils dépendent d'une altération des os, semblable à celle qu'on observe dans plusieurs autres parties du corps, et à laquelle l'inflammation est tout à fait étrangère.

U est plusieurs maladies dans le cours ou vers le déclin desquelles l'otite survient fréquemment : ce sont surtout la rougeole, la variole, la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire. Dans la plupart des cas, l'otite arrive d'une manière spontanée ou sous l'influence de causes toutes locales, telles que l'impression d'un courant d'air froid reçu sur l'oreille, l'accumulation du cérumen, l'introduction d'un corps étranger, certaines opérations pour détruire des végétations et des polypes. Avicenne, Bonnet, Itard et quelques autres, ont cru qu'un abcès primitivement développé dans le cerveau pouvait, en s'ouvrant dans l'oreille interne, enflammer celle-ci et produire une variété d'otite qu'on a nommée otorrhée cérébrale j Morgagni, au contraire, admettait que h pus de l'oreille se faisait jour dans le cerveau. Des faits plus sévèrement observés, ceux surtout que Lallemand a analysés dans sa quatrième lettre, ont prouvé que l'abcès cérébral était presque toujours une lésion consécutive à l'inflammation de l'oreille et à la carie du rocher. Il serait difficile d'admettre que l'abcès cérébral fût habituellement primitif, les malades, en effet, ne pouvant vivre assez longtemps pour que le rocher se détruise par un travail phlegmasique procédant de dedans en dehors.

Traitement. — L'otite érysipélateuse n'exige guère que l'emploi de quelques injections émollientes. Lorsqu'elle a eu pour résultat la production d'un tampoi cérumineux oblitérant tout à fait le conduit auditif, il ne faut point vouloir en lever celui-ci avec des pinces, car on déterminerait de vives douleurs et l'oi opérerait des déchirements; mais il faut pousser dans l'oreille, à l'aide d'ui clysopompe, un jet d'eau assez fort pour ramollir la masse, qui, en effet, s détache bientôt d'elle-même, et sort tout d'une pièce ou par fragments : auss la surdité cesse-t-elle à l'instant. Mais comme, au-dessous de la concrétion, 1 membrane du conduit reste ordinairement rouge et sensible, il faut pendan plusieurs jours de suite renouveler les injections émollientes en rendant celles ci légèrement résolutives par l'addition d'une petite quantité de sous-acétate d plomb.

A l'otite plus aiguë il faut opposer un traitement antiphlogistique. Au début on peut, si la phlegmasie est de médiocre intensité, se borner à faire quelque injections émollientes, à appliquer des cataplasmes calmants sur l'organe, ; donner des pédiluves irritants. Mais si la douleur est très-vive, il est indiqué d'ap pliquer avant tout un certain nombre de sangsues sur l'apophyse raastoîde et i la tempe; s'il y a beaucoup de fièvre, on ouvrira la veine du bras, Kramei blâme, enpareÛcas, les injections opiacées préconisées par quelques personnes Les moyens qui précèdent, auxquels on «associera les évacuants intestinaux e surtout les drastiques, ainsi que les révulsifs sur la peau de la région mastoïdienne, conviendront aussi bien dans l'inflammation de la membrane du tympan que dans l'otite interne. U faudra seulement dans celle-ci pousser le traitement avec beaucoup d'activité, et se conduire comme on le ferait vis-à-vis d'un< maladie grave pouvant entraîner rapidement la mort.

Lorsque la suppuration s'est accumulée dans l'oreille interne, il faut se hàtej de l'évacuer en raison des graves désordres qui peuvent en résulter. On a pro

tosé, dans ces cas, de désobstruer le conduit d'Ëustachi, de perforer l'apophyse

nastolde ou la membrane du tympan; ce dernier moyen est généralement celui

u'on préfère. La perforation de l'apophyse mastolde a été à peu près aban-

onnée depuis les trois insuccès d'Itard : cependant Dezeimeris, rcleyant dans

3 journal P Expérience de 1838 les principaux cas où cette opération a été faite,

TU que sur quatorze perforations il y en avait eu neuf qui avaient réussi. L'ab-

es une fois ouvert, on favorisera la sortie du pus par la position et par les in-

:)Gtions. Celles-ci n'ont pas grande utilité dans l'otorrbée purulente; elles ne

ervent guère, en effet, qu'à entraîner le pus. Elles devront presque toujours être

moilientes ou légèrement détersives; les liquides irritants ou astringents, qu'on

mploie souvent trop tôt, ont fréquemment pour résultat de faire naître des

ccidents aigus. Cependant, dans l'otite catarrhale, lorsque la peau du méat est

eulement rouge, mais sans érosions, ni vésicules, ni fongosités, Kramer se

>ue beaucoup des injections saturnines (5 centigrammes à 5 décigrammes de

ous-acétate de plomb pour 30 grammes d'eau). Quant aux huileux, qui sont

'un usage si général, il faut s'en abstenir, car l'huile, en rancissant, devient

'ritante, et en se concrétant elle forme obstacle à l'écoulement du pus, ce qui

st toujours une circonstance fâcheuse. Pour modiûer l'état des surfaces sup-

urantes, on devra surtout espérer de bons effets d'une médication révulsive :

n commencera, pour l'otite externe, à appliquer un vésicatoire derrière l'oreille

u à la nuque; mais, dans l'otite interne, ce moyen est insuffisant, et il con-

ient de le remplacer par un séton. Il faudra en même temps donner à Tinté-

leur les médicaments propres à combattre certains états généraux, qui peu-

ent à eux seuls produire ou entretenir l'otorrbée; telle est, en particulier,

i constitution scrofuleuse, à laquelle on opposera les moyens appropriés. S'il

a carie des os, on essayera également l'usage des eaux minérales alcalines et

ulfureuses à l'intérieur, et à l'extérieur en bains, injections et douches. Contre

otite sèche, si elle occupe le conduit auditif externe, on opposera les injections

édatives, mucilagineuses, puis légèrement alcalines; si ces moyens échouent,

n modifiera l'état des siufaces par la cautérisation avec le nitrate d'argent.

Infin, à l'engorgement chronique de l'oreille moyenne, on opposera le cathété-

isme de la trompe d'Eustachi avec insufflation d'air.

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