‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 105 sur 176 · DE L'OTITE · texte numérisé non relu

DE L'OTITE

4*" Inflammation de Voreilk interne. — Sous le nom d*atite ifUeme on comprend généralement Tinflammation du tissu cellulaire et du périoste de la caisse. Ici les accidents sont plus graves que précédemment. La douleur d'oreille peut être en effet atroce, intolérable; il y a de la fièvre, des nausées, des vomissements, une céphalalgie vive, de l'agitation, de l'insomnie, parfois descon valsions, du délire ou du coma. Ces phénomènes ne sont, le plus souvent, qu'un effet sympathique; mais quelquefois aussi ils indiquent une complication inflammatoire du côté des méninges ou du cerveau. En général, dans les cas dont nous parlons, la déglutition et la mastication surtout sont difficiles et douloureuses.

La maladie se termine rapidement par suppuration. Lorsque du pus est accumulé dans la caisse du tympan, on peut, en auscultant l'oreille, entendre souvent pendant les violents efforts d'expiration, et lorsque l'air de la trompe traverse le liquide, une sorte de râle sous-crépitant ou muqueux, et parfois un véritable gargouillement (Hénière). Cependant le pus, après être resté plus ou moins longtemps emprisonné dans l'oreille, finit par se frayer une issue au dehors; souvent il s'échappe brusquement et comme pai* flots par le conduit auditif externe, après avoir perforé la membrane du tympan ; plus rarement il s'écoule par la trompe d'Eustachi ; les malades rejettent alors par expuition une matière puriforme, ce qui entretient dans leur bouche une saveur e*t une odeur désagréables. Enfin, l'apophyse mastoîde peut se carier et se perforer; le pus alors s'échappe par cette voie après avoir produit un abcès extérieur. La suppuration a plus de tendance à perforer le ffmpan et à s*écouler par le conduit auditif externe qu'à s'échapper par la trompe, parce que, d'après la remarque d'Itard, dans les maladies de l'oreille moyenne la trompe participe à l'affection au moins neuf fois sur dix. Nous devons noter encore que, lorsque le pus se fraye une issue à travers l'apophyse mastoîde, il arrive parfois, ainsi que l'a noté J. L. Petit, que l'abcès disparait au moment où l'on s'apprête à l'ouvrir, mais il reparait avec la même facilité, et cela presque à volonté, en faisant souffler avec force le malade, tandis que la bouche et les narines sont maintenues fermées. Quoi qu'il en soit, il y a dans tous ces cas des altérations plus ou moins profondes dans l'oreille; les osselets sont presque toujours détruits; la membrane du tympan, perforée, se couvre de végétations; le nerf facial est comprimé ou détruit; ce qui produit une hémiplégie faciale.

Durée. Terminaisons. — L'otite aiguë peut durer cinq ou six jours; d'autres fois elle se prolonge pendant un mois; au delà de cette époque, on dit qu'elle est chronique.

La forme catarrhale est celle qui a le moins de tendance à se terminer spontanément par la guérison. Lorsque l'inflammation n'atteint que le conduit externe, les malades guérissent complètement. Cependant il arrive parfois qu'ib conservent pendant longtemps un peu de dureté de l'ouïe, ce qui dépend probablement de l'épaississement de la membrane tympanique. Hais, à la suite de l'otite interne, il est rare que les malades ne restent pas avec une ouïe dure; souvent même ils sont complètement sourds. Quelques-uns succombent à la violence des accidents cérébraux.

Symptômes. Marche. Suite de l'otite chronique. — L'otite chronique peut succéder à un état aigu ou bien être primitive. A l'instar de Tinflammation aiguë, elle peut être externe ou interne, être bornée au conduit auditif ou intéresser aussi la membrane tympanique. L'otite érythémateuse chronique se caractérise seulement par du prurit, par une altération du cérumen, et par la formation de concrétions au fond du conduit auditif. C'est cette forme de la maladie

que quelques auteurs ont nommée sèche, parce qu'elle ne s'accompagne, en effet, d'aucune sécrétion morbide. Dans ce cas, le conduit auditif externe est d'un rouge vif et ne sécrète presque pas de cérumen ; l'oule est plus ou moins altérée.

Si l'otite est catarrhale ou pklegmoneuse, on voit, par suite du passage delà maladie à l'état chronique, le conduit auditif rempli de végétations fongueuses, et la peau qui le tapisse épaissie, inégale, ce qui produit une surdité plus ou moins complète. Beaucoup des malades dont nous parlons n'éprouvent aucune douleur; leur maladie consiste surtout «n un écoulement d'un pus jaune ou grisâtre, abondant, avec bruissement et dureté de l'oule. Si la membrane du tympan est en même temps affectée, le spéculum auris fait constater qu'elle est opaque, épaissie, inégale; souvent elle est perforée, surtout au-devant ou au-dessous de la longue branche du marteau. Lorsque cette altération existe, on voit l'air sortir en bouillonnant ou avec sifflement par le conduit auditif externe aussitôt qu'on fait souffler fortement le malade, comme dans l'action de se moucher; il faut avoir soin alors de serrer le nez entre les doigts pour empêcher Tair de sortir par les narines et pour le forcer à s'insinuer dans l'oreille par l'ouverture dé la ti'ômpe d'Eustachi.

Lorsque l'oreille interne est envahie, l'ouïe est presque toujours entièrement perdue, à o^use des graves désordres qui existent; la suppuration est alors plus âboridanté; elle est grisâtre, sanieuse, noirâtre, fétide, mêlée à des fragments d'os, qu'on reconnaît pour être le plus souvent les osselets de l'ouïe cariés ou nécrosés. Si le rocher est altéré, on peut observer divers accidents; chez quelques malades, c'est une paralysie faciale lorsque, la lésion occupant l'aqueduc de Fallope, lé nerf de la septième paire se trouve comprimé et quelquefois même détruit. Beaucoup plus rarement le ganglion de Casser ayant disparu par les progrès de l'altération, on observe une paralysie du sentiment dans la moitié correspondante de la face. La carotide interne elle-même, participant à l'altération du tissu osseux, peut se ramollir, se déchirer et donner Ûeu, comme je l'ai vu en 1859, à des hémorrhagies extrêmement abondantes (i). Enfin, si le rocher se trouve altéré dans toute son épaisseur, on pourra voir se manifester des symptômes cérébraux, tantôt d'une manière aiguë s'il y a encéphalite ou méningite, tantôt lentement si un abcès enkysté se forme. Dans l'un et l'autre cas, la sécrétion dû pus diminue ordinairement, ce qui s'explique par le travail inflammatoire du cerveau, qui agit sur l'oreille comme un moyen révulsif. C'est dans ces mêmes cas que M. Bruce (de Liverpool) a vu survenir quelquefois Tinflammation des sinus de la dure-mère, ce que l'on concevra aisément si Ton se rappelle les rapports des sinus pétreux avec l'angle supérieur du temporal, et lorsqu'on sait que les sinus latéraux logés dans une gouttière profonde de la face postérieure de l'os ne sont séparés que par une (égère cloison osseuse des cellules mastoïdiennes et de la cavité du tympan.

Diagnostic. — Le diagnostic de l'otite externe ne peut présenter aucune difficulté. Cependant on voit assez souvent commettre des erreurs grossières.

(1) Un phthisiqne atteint depuis longtemps d*une surdité et d*un écoulement fétide par Toreille, eut, dans les deux dernières semaines de la vie, des hémorrhagies artérielles par le conduit auditif externe gauche. La quantité de sang rendue s'est élevée plusieurs fois i plus d'un litre, n suffisait de boucher l'orifice externe pour arrêter l'écoulement du sang, et jamais oclui-ci ne s'est frayé une issue par la trompe d'Eustachi. Ces hémorrhagies que le malade désirait pfaitét qu'il ne les redoutait, parce qu'elles le soulageaient momentanément des douleurs existant dans l'oreille, h&tèrent pourtant beaucoup la terminaison fatale. À Tautopsie, j'ai trouvé le rocher tout entier carié, la dure-mère commençait même à être altérée. Un trait de scie ayant divisé l'os obliquement, on s'assura que la carotide interne était ouverte largement, set parois étaient noires et friables.

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