‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 119 sur 176 · DE LA PÉRITONITE PUERPÉRALE. S · texte numérisé non relu

DE LA PÉRITONITE PUERPÉRALE. S

existaient au plus haut degré les causes d'insalubrité précédemment énumérées. Ces épidémies répétées furent cause que les accouchées ont été transférées de l'Hôtel-Dieu à la Maternité; mais il est certain qu'on a'a pas obtenu de ce changement les bienfaits que Ton en espérait. Il résulte^ en effet, d'un relevé de Deneux, que la mortalité fut à l'Hôtel-Dieuy de 1746 à 1789 (sauf cinq années qui manquent), de 1 sur 21, tandis qu'à la Maternité, pendant les trente et une premières années, on a perdu annuellement 1 femme sur 22 accouchées; d'où il faut conclure que les causes d'infection sont encore nombreuses dans cette maison. Elles le sont d'ailleurs partout, toutes les fois qu'un certain nombre de femmes accouchent dans le même lieu.

Cependant il est un grand nombre d'épidémies que l'on voit naître dans les établissements publics consacrés aux femmes en couches, à des époques où toutes les règles hygiéniques sont sévèrement observées; il faut alors invoquer une constitution épidémique particulière dont la cause intime nous échappe, mais qui souvent alors étend son influence sur les femmes accouchées en ville, qu'elle atteint toutefois moins vivement et en moins grand nombre que celles qui ont cherché un refuge dans les établissements hospitaliers. Pour quelques personnes, l'influence épidémique ne suffirait pas pour expliquer le développement de la péritonite sur un grand nombre de femmes : aussi a-t-on supposé, à difi(érentes époques, un caractère contagieux à la maladie ; mais cette opinion, qui a surtout trouvé des défenseurs en Angleterre, et que Clarke a appuyée de son autorité, n'est point démontrée; elle ne nous parait même nullement probable.

Indépendamment des causes générales que nous venons d'énumérer, il est •encore quelques circonstances particulières qui exposent davantage les femmes à la péritonite. C'est ainsi que la maladie atteint surtout celles qui pendant leur grossesse ont eu de violents chagrins, celles encore qui ont été exposées aux tourments de la faim et à toutes les privations qui accompagnent la misère. Il est incontestable que la péritonite frappe aussi beaucoup plus souvent les femmes primipares, celles qui ont eu un accouchement laborieux, surtout lorsqu'il a fallu recourir, pour le terminer, à l'introduction de la main ou du forceps. La rétention du placenta et la délivrance artificielle sont encore des causes trèsactives de péritonite. Nous en dirons autant des hémorrhagies utérines, qui agissent peut-être moins par l'afiaiblissement qu'elles produisent que par les manœuvres et les remèdes qu'on emploie pour les arrêter. Dans la plupart des cas, la péritonite puerpérale se développe spontanément, sans qu'on puisse saisir l'action d'aucune cause efficiente ; d'autres fois, la maladie succède manifestement à une indigestion, à l'impression du froid, et surtout aux émotions morales. Quant à la suppression des lochies et du lait, qu'on a invoquée pendant longtemps comme étant la cause principale du développement des péritonites, nous dirons que ces causes sont purement hypothétiques ; car l'observation journalière démontre que ladiminution ou que la suppression des sécrétions lochiales et laiteuses sont hîm plus souvent l'efl'et que la cause des inflammations du péritoine. Rien ne prouve d'ailleurs que la maladie soit moins commune chez les femmes qui allaitent, car, d'après les observations de M. Jacquemier, il serait tout à fait indiflërent, pour le développement des phlegmasies puerpérales, que l'allaitement ait lieu ou non.

Traitement. — 1* Prophylaxie. — Pour prévenir la péritonite puerpérale, il faut entourer les femmes des conditions hygiéniques les plus favorables : elles vivront dans une température douce, uniforme, dans un repos absolu de corps et d'esprit; on entretiendra la liberté du ventre par des lavements ou par

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quelques laxatifs doux; on préviendra la rétention de l'urine dans la vessie; on favorisera par la position, et au besoin par quelques injections vaginales, l'écoulement des lochies, surtout si elles étaient fétides. Enfin, soit pour l'accouchement, soit pour la délivrance, soit dans les cas d'hémorrhagies, on n'aura recours aux manœuvres que lorsqu'une absolue nécessité en fera un devoir.

Pour les femmes qui accouchent dans les hôpitaux, il faut de toute nécessité empêcher qu'il y ait jamais encombrement; on éloignera toutes les causes capables d'infecter, de corrompre l'air. On devra préférer de petites salles de dix à douze lits, bien exposées, bien aérées et séparées par de grands corridors, à des salles vastes, dans lesquelles il y a des causes d'infection plus nombreuses, et où le renouvellement de l'air est toujours plus difficile à opérer. Je voudrais en outre que ces salles ne fussent pas occupées au delà d'un ou de deux mois, pour être ensuite soumises, ainsi que leur mobilier, à une ventilation prolongée et à une purification complète. Lorsqu'on voit combien est grande la mortalité des femmes qui accouchent dans la plupart des maternités, on déplore vivement qu'on ne tente rien ou presque rien pour améliorer des lieux qui ont une influence si désastreuse pour la vie des mères. Il est à souhaiter d'ailleurs que, par suite d'une organisation meilleure des secours à domicile, les femmes du peuple accouchent le moins possible à l'hôpital. Car, quoi qu'on fasse, les maternités seront toujours des foyers d'infection. Aujourd'hui, d'après les calculs de M. Tarnier, la mortalité des femmes accouchées dans nos hôpitaux de Paris serait dix-sept fois plus considérable que pour celles qui accouchent en ville (1).

2® TraitemetU curatif. — Le plus grand désaccord règne parmi les médecins sur le traitement le plus convenable à opposer aux péritonites puerpérales. L'expérience a prouvé qu'il ne pouvait y avoir pour cette maladie aucune méthode uniforme de traitement, et que le choix des remèdes devait être déterminé non-seulement par la forme de la maladie, mais peut-être plus encore par le genre et par le caractère de l'épidémie. Les saignées sont souvent utiles, surtout au début; mais leur emploi exige les plus grandes précautions, et l'on ne doit procéder qu'avec la plus grande réserve, même dans le cas où la maladie s'annonce avec des caractères franchement inflammatoires; car il suffit souvent alors d'une saignée même modérée pour voir la prostration succéder à l'exaltation des forces. On devra donc ne faire que de petites saignées, c'est-àdire de ^KX) à 300 grammes, sauf à les renouveler si elles étaient convenablement supportées. Lorsque l'état du pouls et des forces le permet, on aura recours concurremment aux saignées générales et à l'application d'un certain nombre de sangsues (20 ou 30) sur le ventre; la saignée locale seule serait indiquée si, dès le début, la maladie s'accompagnait de quelques accidents typhoïdes. D'ailleurs les sangsues ont l'avantage de soulager mieux et plus vite, et de moins prostrer les forces; aussi beaucoup de médecins, et je suis de ce nombre, les emploient à peu près exclusivement. Je ne prétends pas établir ici une règle absolue, mais dire ce qui convient au plus grand nombre de cas. H est des femmes, en eflet, chez lesquelles les émissions sanguines peuvent être libéralement pratiquées comme elles le sont dans la plupart des phlegmasies ; c'est ce qu'ont vu notamment en Angleterre Cordon et Hey dans le cours de plusieurs épidémies; mais ce sont là des cas très-exceptionnels. Presque toujours les émissions sanguines ne peuvent être faites qu'avec une grande prudence et une sorte de parcimonie; souvent même il faut s'en abstenir tout à

(1) Thèse de Paris, année 1857.

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