‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 125 sur 176 · DE I.ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

DE I.ÉRYSIPÈLE

devenu phlegmoneux, le pus s'infiltre ou s'épanche dans le tissu cellulaire sous-cutané. Cet accident a rarement lieu dans toute l'étendue de la partie érysipélateuse; il est le plus souvent partiel : ainsi, à la face, on t'observe presque exclusivement aux paupières. La suppuration est un des accidents les plus graves de l'érysipèle du cuir chevelu, heureusement elle est très-rare dans rérjsipèle spontané, elle ne survient guère qu'à la suitt' des érysipëles de cause traumatitjue. Dans ces cas, c'est bien moins un érysipùle qui s'étendra au tissu cellulaire, qu'un phlegmon priinitir qui gagne ensuite la peau. Quoi qu'il en soi), on a vu alors le pus décoller le péricrâne sur une grande surface, les os se carier, se nécroser, et le tissu cellulaire mortifié être entraîné par lambeaux. Au milieu de ces désordres, la peau reste souvent intacte, et ne se mortifie pas comme le ferait celle des membres, si elle était aussi largement dénudée. Du< puylren a expliqué ce lait remarquable par la disposition des artères qui, au crâne, rampant entre l'aponévrose et la peau, adhèrent intimement à cette dei^ niérc, de sorte qu'elles continuent à alimenter cette membrane, mâme lorsque le lissu cellulaire sous-jacent a été détruit. Partout ailleurs, au contraire, lorsque la suppuration a désorganisé le tissu cellulaire sous-cutané, les vaisseaux qui le traversent sont, eux-mêmes déchirés, oblitérés, détroits ; la peau, cessant alors d'être alimentée, est Trappée de spbacèle.

La gangrène n'est pas toujours produite par l'intensité de la phlegmasie; mais elle résulte souvent de l'état général, cachectique, des individus : c'est ainsi qu'elle est fréquente chez les vieillards, chez les enl'ants nouveau-nés el chez les sujets débilités. La mortification peut frapper primitivement le tissu cellulaire ou la peau ; dans ce dernier cas, c'est communément au centre d'une pbtyclène que la gangrène se déclare. Celle-ci est un accident fréquent lorsque la peau que l'érysipèle envahit est mince, fme, et lorsqu'elle est doublée par un tissu cellulaire l-lche : c'est ce qu'on voit, par exemple, dans l'érysipèle des paupières, dans celui du scrotum, de la verge et des grandes lèvres, surtout chez les petites filles; il n'est pas rare, non plus, d'observer des points gangreneux sur les oreilles, quand elles sont envahies par l'érysipèle.

Si la suppuration et la gangrène sont limitées, il n'en résulte aucun accident grave; mais si elles occupent une grande étendue, oh voit alors apparalb'a l'appareil symptomatique qui caractérise les états adynamique et ataxique.

L'ulcération est un accident rare de l'érysipèle; on no l'observe guère, comme la gangrène, que dans certaines conditions graves de l'économie. L'ulcération succède tantôt â une phlyctène, h une pustule ou à la chute d'une t!scbare.

On peut, chez le même individu, observer à la fois plusieurs des suites que nous venons d'indiquer : c'est ce qu'on voit surtout pour l'érysipèle de la face, qui détermine souvent de Ui suppuration dans les paupières, une gangrène sur les oreilles, tandis que partout ailleurs la maladie se termine par résolution.

Diagnostic. — On peut prédire le développement prochain d'un érysipèle toutes les fois qu'un individu présentera pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures du malaise, de la fièvre et un engorgement douloureux dès gangliom lymphatiques. L'érysipèle devra occuper la fesse, la cuisse ou la jambe, si les gangtious de l'aine sont atteints ; la tuméfaction et la douleur siégent-elIes dans les ganglions axillaires, la rougeur apparaîtra au membre supérieur ou sur la paroi tboracique; enlin l'engorgement douloureux et aigu desganglions cervicaui et sous-maxillaires annoncera sdremeni un érysipèle de la face ou du cuir chevelu, pourvu qu'il n'y ait ni dans la bouche ni dans la goi^e aucune lésion qui en explique le développement. L'érysipèle, une fois déclaré, sera facilement

reconnu, et il sera impossible de le confondre, ni avec la rougeole ou la scarlatine, ni avec la roséole, ni avec Therpès, ni avec Teczéma, ni avec rérythëme, pas même avec une simple rougeur produite par l'insolation ou par un sinapisme, etc. Cette dernière, en effet, reste bornée à la peau sur laquelle elle s'est développée, et elle ne gagne pas les parties voisines comme le l'ait Térysipèle. En outre, la rougeur est très-superûcielle, et la peau n'est ni indurée ni épaissie. Ces différences peuvent s appliquer également à Térythème simple, qui, d'ailleurSy est souvent disposé par taches ou par plaques, tandis que Térysipèle occupe communément une large surface. L'érythème noueux ne pourrait en imposer non plus pour un érysipèle phlegmoneux, en raison de la circonscription, de Taspectet de la forme bosselée de la tuméfaction, etc. Quant à la rougeole, elle se distingue de l'érysipèle par le caractère irrégulier des taches, par leur coloration et par Taffection concomitante des muqueuses, comme la scarlatine se distingue par la rougeur framboisée uniforme ou sous forme de piqueté fin et régulier, avec coexistence d'une angine plus ou moins violente. La variole enfin, quand elle est très-confluente à la face, donne à la peau une tuméfaction et une rougeur qui pourraient simuler un érysipèle ; mais en y regardant de près, on découvrira sur la surface malade une multitude de papules, et à supposer que, pai* impossible, le doute pût exister, on trouverait sur les autres points du corps l'éruption varioleuse avec ses caractères bien tranchés.

Pronostic. — Lorsque l'érysipèle se développe chez des sujets bien portants, il est rare qu'il se termine d'une manière funeste, même lorsqu'il envahit successivement toute la surface du corps. Toutes choses égales d'ailleurs, celui qui occupe à la fois la face et le cuir chevelu est le plus fâcheux; cependant il se termine très-exceptionnellement d'une manière funeste, peut-être 1 fois sur 100, disais-je dans les précédentes éditions, à supposer toutefois que le sujet fût bien constitué, encore jeune, et que l'érysipèle fût primitif. Hais, depuis quelques années, l'érysipèle a pris une gravité exceptionnelle, et la proposition précédente a cessé d'être vraie. M'est-ce là qu'un état momentané? Espérons-le, mais il est certain qu'actuellement un érysipèle de la face et du cuir chevelu, survenant danis les conditions en . apparence les plus favorables, doit inspirer beaucoup moins de sécurité qu'autrefois. L'extension de la phlegmasie au tissu cellulaire, la suppuration diffuse, la gangrène, les symptômes adynamiques et ataxiques, sont tout autant de circonstances qui doivent aggraver le pronostic, quel que soit d'ailleurs le siège de l'érysipèle.

Si l'érysipèle primitif a le plus communément une heureuse issue, il n'en est pas de même de celui qui survient consécutivement dans le cours d'une maladie grave, soit aiguë, soit chronique. Même lorsqu'il est peu intense et qu'il reste limité à un très-petit espace, il n'en constitue pas moins une circonstance lâcheuse ; car s'il n'est pas assez grave pour entraîner la mort par lui-même, il affaiblit du moins tellement les malades, qu'il accélère le ternie fatal ou le provoque : c'est ce que nous avons déjà remarqué pour la fièvre typhoïde (page 48). C'est là peut-être ce qui explique la gravité exceptionnelle de l'érysipèle qui atteint les nouveau-nés; c'est ainsi que, sur 45 cas d'érysipèle observés par Billard, par Bang et par Œsterleben, 31 ont eu une issue funeste. MM. Paul Dubois, Moreau, Trousseau, disent n'avoir encore observé aucun cas de guérison dans les premiers mois de l'existence. Pour moi, j'ai vu, non sans surprise, un enfant de cinq à six mois guérir et même souffrir à peine d'un érysipèle qui, après avoir envahi les cuisses, les parties génitales, avait entraîné le sphacèle de toute la peau des bourses.

U importe witout au pronostic et pour l'appréciation rigoureuse des moyens

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thérapeottqnes, de déterminer si l'érvsipMc a de la tendance à s'étendre suï d'autres parties, au s'il va rester stationoaire pour dtcroitre ensuite. La considération de l'état général, et surtout la diminution de la fièvre, peuvent Tournir quelque présomption favorable; cependant on devra surtout se fonder sur l'aspect même de l'enantlième. Si l'érysipèle offre une rougeur vive, et si atia; limites de celte rougeur la peau gonflée forme un relief sensible, on peut prédire que i'érysipéle n'est pas encore usé, et que sous peu il envahira, quoi qu'on fasse, les parties voisines. Lorsque, au contraire, l'intensité de la rougeur va en diminuant, et que vers sa circonférence il n'existe plus que quelques taches rosées irréguiiéres, on devra croire que la maladie est déjà bornée ou sur le point de l'être.

Ëtiologie. — Toutes les parties de la peau peuvent être frappées d'érysipèle, mais nulle n'y est plus sujette que la face : on peut même dire que celle-ci est, à elle seule, plus souvent affectée d'érysipèle spontané que toutes les autres régions du corps réunies. Cependant cette prédisposition de telle ou telle partie à élre plus spécialement affectée d'érysipèle varie aux différents âges de la vIp. : chez les enfants très-jeunes, l'érysipèle du tronc est le plus commun; chez le nouveau-né, il se déclare presque toujours au voisinage de l'ombilic, ce qui s'explique par l'inllammatioii et la suppuration de cette partie qui sont néce::saires pour opérer l'élimination du cordon. Chez les vieillards, on observe, dit-on, plus souvent l'érysipèle des membres inférieurs, tandis que dans la jeunesse et dans l'âge adulte, c'est l'érysipèle de la face qui prédominerait. Nous croyons que, la première enfance exceptée, l'érysipèle de la face et du cuir chevelu est celui qu'on constate le plus souvent, quel que soit d'ailleurs l'âge des individus.

On observe l'érysipèle à tous les jtges de la vie; mais, d'après les calculs de Neuman, la maladie aurait son maximum de fréquence entre vingt et quarantecinq ans. La slalistique de J. Frank, de Chomel, de H. Louis, et nos observations s'accordent pour prouver que l'érysipèle de la face est plus fréquent chez la femme que cbcz l'homme. Si les constitutions et les tempéraments ont qucl- , que part dans la production des érysipéles, cette influence est inconnue, tandis que ces circonstances iniluent certainement sur la forme de la maladie, qui est Ihinchcment inflammatoire chez les sujets sanguins, et plutét œdémateuse chez les individus débiles. On ne sait rien de précis sur les circonstances hygiéniques qui prédisposent aux érysipéles ; tout ce qu'on a dit des effets produits par les aliments épicés, par les boissons fermenlées, etc., ne doit être accepté que comme de simples assertions. On ignore également l'influence des climats et même des saisons: car si J. Frank regarde les érysipéles comme plus communs en hiver, Chomel et M. Blache les croient, au contraire, plus fréquents au printemps et surtout pendant l'automne. De temps en lemps on voit les érysipéles régner en plus grand nombre, et devenir épidémiques sous l'induence de constitutions atmosphériques fort diverses. Underwood, P. Dubois et Moreau ont noté la fréquence de l'érysipèle chez les nouveau-nés pendant les é|iidémies de lièvre puerpérale. Il est des lieux où l'érysipèle règne sinon habituellement, du moins fori souvent, de manière à pouvoir y être regardé comme endémique. On a signalé surtout certaines salles d'hOpital : c'est ainsi que la salle Saint-C6me de l'Hôtel-Dieu de Paris, avant d'être restaurée, était célèbre par les érysipéles qu'on y observait presque endémiqnement ; c'est ce que j'ai constaté encore moi-même de lS2tl à \S33.

il est incontestable que, dans la grande majorité des cas, l'érysipèle survient sans le concours manifeste d'aucune cause déterminante. D'autres fois, au coa-

traire, la maladie est consécutive à l'action d'une cause matérielle, telle que l'insolation, une solution de continuité, des frottements, l'excitation trop vive d'un exutoire, etc. Cependant, sans nier l'influence que ces causes exercent, on ne peut contester, je pense, qu'elles ne peuvent agir qu'en raison d'une prédisposition antécédente de la constitution, puisque ces conditions ont souvent existé plusieurs fois chez le même sujet sans produire les mêmes résultats. Il faut donc reconnaître que, dans le cas spécial où elles ont été suivies d'un érysipèle, il a existé une cause inconnue quelconque, qui n'est autre que la prédisposition. Les causes occasionnelles peuvent hâter le développement de la maladie, la fixer sur tel point de la peau plutôt que sur tel autre ^mais là seulement se bornent leurs effets. Ces principes sont ceux que professait Chomel ; nous les adoptons et nous croyons avec ce maître illustre que Térysipèle n'est jamais le résultat d'une cause externe, ou du moins, si quelqu'une d'elles concourt à sa production, elle n'a qu'une part secondaire clans son développement; elle suppose le concours d'une cause interne, d'une disposition particulière que nous ne connaissons pas.

L'érysipèle est-il contagieux? Jusque dans ces derniers temps j'avais pensé le contraire; mais les faits observés en 1861 , où je vis la maladie se transmettre manifestement à plusieurs personnes, me font admettre aujourd'hui que, dans certains cas exceptionnels sans doute, l'érysipèle est une affection transmissible.

Traitement. — On a préconisé contre l'érysipèle une foule de médications et de méthodes de traitement, depuis l'expectation jusqu'aux médicaments les plus actifs; mais il n'y a rien d'absolu, car la thérapeutique doit varier suivant les formes que la maladie présente. Lorsque l'érysipèle est bénin, lorsqu'il s'accompagne d'une fièvre peu intense, lorsqu'il se reproduit sur un sujet qui en a déjà eu plusieurs atteintes, on pourra ne faire qu'une médecine presque expectante. Les malades seront alors placés dans une température douce; la partie phlogosée sera mise dans la position la plus convenable pour favoriser la circulation veineuse et activer le moins possible l'afllux du sang artériel; on donnera des boissons douces, acidulés; il sera utile généralement de joindre à , ces moyens l'emploi de quelques révulsifs sur le tube digestif et sur un point de la peau éloigné de la phlegmasie (sinapismes, pédiluves). Quelques médecins ont voulu étendre à tous les érysipèles la méthode de l'expectation, mais nous ne saurions approuver une pareille conduite. L'observation journalière prouve, en effet, que lorsque la maladie affecte un individu dans la force de l'âge et qu'elle s'accompagne d'une vive réaction fébrile, lorsque enfin le pouls est large, dur, développé, il est utile ou plutôt urgent de pratiquer une ou même plusieurs saignées. Ces émissions sanguines modéreront la fièvre, borneront peut-être l'érysipèle ; mais il ne faut pas espérer qu'on arrêtera celui-ci brusquement, ni même qu'on abrégera beaucoup sa durée, du moins dans l'immense majorité des cas : c'est ce qui résulte, en effet, des recherches de M. Louis, dont nous avons nous-même vérifié toute l'exactitude.

Telle n'est pas pourtant l'opinion de M. Bouillaud, qui, à une certaine époque du moins, croyait qu'il pouvait guérir les érysipèles avec une facilité et une rapidité étonnantes (textuel), en leur appliquant sa formule des saignées coup sur coup. Ce n'est là qu'une illusion; illusion bien grande, puisque les faits réunis par l'auteur lui-même dans sa clinique ont été impuissants pour la dissiper. L'expérience des siècles s'est depuis longtemps prononcée contre l'emploi des saignées abondantes dans le traitement des érysipèles : car les pertes de sang ont pour résultat de favoriser le développement des accidents ataxiques

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de prostrer les forces, qu'il faut ménager, surtout lorsque l'érysipële a de la tendance à s'étendre, à devenir vague, puisque sa durée est alors indéterminée.

Lorsque les émissions sanguines sont indiquées, il faut préférer la saignée générale aux sangsues, qui offrent plusieurs inconvénients : appliquées sur l'érysipële, elles le font souvent passer à l'état phlegmoneux, et si on les met dans le voisinage, les piqûres sont souvent le foyer, le point de départ d'un nouvel érysipèle si le sujet y est d'ailleurs très-prédisposé, ou si l'on observe en temps d'épidémie.

Nous croyons qu*en règle générale on doit s'abstenir de tous les topiques qu'on a conseillés, soit pour modérer l'inflammation de la peau, soit pour la limiter dans le point qu'elle occupe. Cependant, lorsqu'il y a beaucoup de tension, lorsque la phlegmasie gagne le tissu cellulaire, nous pensons qu'il est utile de placer la partie malade dans un bain prolongé, et de l'entourer de cataplasmes de fécule de pomme de terre modérément chauds. Ces deux moyens sont impraticables ou incommodes dans l'érysipële de la face. On a beaucoup vanté l'emploi des fomentations froides, astringentes; du camphre en poudre avec ou sans mouchetures, de l'alcool camphré étendu d'eau, d'un mélange de basilicum et d'huile essentielle de térébenthine (Uniment de Kentisch), d'une solution de nitrate d'argent, ou bien du protosulfate de fer en lotions (30 grammes par litre d'eau) ou en pommade (8 grammes pour 32 d'axonge) ; enfin on a même conseillé l'emploi du cautère actuel et du moxa; mais aucun de ces moyens n'a l'eflicacité qu'on leur attribue, et la plupart sont dangereux.

Pendant plusieurs années, le vésicatoire appliqué au centre même de l'érysipële a joui d'une grande faveur en France. On sait que cette méthode, ancienne déjà de deux siècles, préconisée par Petit (de Lyon), fut adoptée parDupuytren, qui la regardait comme très-efficace. Dans les érysipëles de la face, j'ai bien souvent, pendant que j'étais son élève, appliqué un large vésicatoire sur chaque joue, et parfois un troisième sur le front. Cependant, d'après les faits que j'ai observés à la clinique de ce grand maître, je regarde le vésicatoire comme impuissant pour borner l'érysipële et pour en abréger la durée. Hais, s'il n'a pas été utile, du moins je n'ai jamais vu aucun accident en résulter, même lorsqu'on excitait la suppuration pendant quelques jours de suite.

On a préconisé encore contre les érysipëles des onctions avec l'onguent mercuriel; mais il est reconnu que la plupart des guérisons attribuées à cette méthode doivent être uniquement rapportées à la marche naturelle de la maladie. Nous regardons en outre cette médication comme dangereuse, et nous la proscrivons; car elle produit souvent des salivations incommodes, interminables, et deux fois j'ai vu la vie des malades en péril par suite d'un gonflement énorme de la langue, qui empêchait la déglutition et gênait l'entrée de l'air. Quelques personnes ont encore conseillé les onctions avec l'axonge fraîchement préparée. Ce moyen, que nous avons vu employer en 18lUparMartin-Solon, nous a paru, en effet, diminuer la sensation de brûlure et de tension des parties afl'ectéei ; mais ce soulagement est en général de très-courte durée. Je ne sais encore ce qu'il faut penser de la pommade au nitrate d'argent (10 grammes pour iO grammes), vantée par H. Jobert, pour diminuer la tension douloureuse de l'érysipële et pour le limiter. La compression exercée à l'aide d'une bande convenablement appliquée a eu quelques partisans. Cependant il serait dangereux d'employer ce moyen lorsque la phlegmasie est encore intense, car il en résulterait parfois des douleurs vives, des eschares, ou la propagation de la phlegmasie au tissu cellulaire subjacent. Il est donc prudent de n'employer la compression que lorsque la maladie est à son décUn, lorsque le derme reste

épaissi et le tissu cellulaire œdémateux; d'ailleurs la compression n'est applicable qu'à l'érysipèle des membres.

En parlant de la compression, nous sommes naturellement conduit à dire un mot du collodion appliqué sur les surfaces érysipélateuses, car très-probablement il agit à peu près de la même manière. C'est M. le docteur Robert Latour qui a eu l'idée de cette médication. Ayant recouvert les parties malades d'une couche de collodion, de manière à les séquestrer tout à fait du contact de Fair, ce médecin avait vu presque toujours l'érysipèle s'éteindre sur place, et tous les accidents concomitants céder simultanément. J'ai, sur une dizaine de malades atteints d'érysipèle spontané, expérimenté ce moyen, et dans près de la moitié des cas la phlegmasie cutanée s'est limitée en trois, quatre ou cinq jours. Cependant je suis loin d'être édifié encore sur la valeur de ce moyen de traitement. L'érysipèle est, en effet, une des affections dont la marche est la plus incertaine et la durée la plus inégale. On le voit, après avoir débuté d'une manière très-aiguë, s'arrêter parfois brusquement sans qu'on ait employé pourtant aucune médication active. Ce qui nous rend encore plus réservé dans l'appréciation des faits que nous avons vus, c'est que, à l'époque même où nous expérimentions le collodion, des érysipèles d'égale intensité, abandonnés à à eux-mêmes, se terminaient à peu près dans le même espace de temps. Nous attendons donc de nouvelles observations avant de pouvoir conseiller ou proscrire, en parfaite connaissance de cause, l'usage du collodion dans le traitement de l'érysipèle.

Divers moyens ont été spécialement recommandés pour arrêter les progrès des érysipèles qui s'étendent de proche en proche sur de grandes surfaces. Ceux qui comptent le plus de partisans sont les cautérisations avec la pierre infernale et les vésicatoires.

On a dit, en effet, qu'en cautérisant légèrement la peau avec un crayon de nitrate d'ai^ent au pourtour de l'érysipèle, ou bien en appliquant sur les limites de l'exanthème un vcsicatoire de quelques centimètres de large, on bornait la maladie et on l'empêchait d'envahir de nouvelles parties. Mais, après les nombreuses expérimentations que nous avons faites, nous regardons ces moyens comme n'ayant pas l'efficacité qu'on leur attribue. Si quelques médecins ont cru à la puissance des vésicants et des escharoliqiies pour borner la maladie, c'est qu'ils ont attribué à ces agents thérapeutiques ce qui n'était qu'un effet de la marche naturelle de la maladie. Ainsi, lorsqu'on cautérise ou qu'on met un vésicatoire autour d'une surface érysipélateuse dont le pourtour offre une roufreur peu t?tt?e, mal circonscrite^ parfois disséminée par plaques et sans relief du derme^ il n'y a rien d'étonnant que la maladie ne franchisse pas les limites qu on lui a tracées : car, aux caractères que je viens d'indiquer, on doit soupçonner que l'érysipèle a déjàde la tendance à s'arrêter spontanément. Pour apprécier le degré d'efficacité des moyens dont je parle, il faut les employer exclusivement, comme nous l'avons d'ailleurs fait nous-même au pourtour d'érysipèles qui, bien circonscrits, rouges, durs et formant relief à leur circonférence, présentent tous les caractères extérieurs qui indiquent que la maladie n'est pas usée, el qu'elle a de la tendance à envahir de nouvelles surfaces. Or nous affirmons que le vésicatoire ou la cautérisation employés dans ces circonstances sont sans effet, et n'empêchent pas l'érysipèle de s'étendre au delà. Requin a également reconnu Futilité de l'azotate d'argent pour limiter les érysipèles.

Tous les moyens dont je viens de faire rénumération, en y comprenant la cautérisation avec le fer rouge, ont été jusqu'à ce jour employés en vain contre l'érysipèle du nouveau-né.

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L^érysipèle peut présenter quelques indications spéciales à remplir, d'après la nature de ses complications. Les signes d'embarras gastrique seront combattus par les évacuants; dans certaines constitutions épidémiques, il suffit même parfois d'obéir à cette indication pour voir la marche de la maladie rapidement modifiée. Si la prostration est grande, le pouls petit, dépressible, il faudra soutenir les forces par remploi des toniques et des cordiaux; enfin, si le délire survient, on en cherchera la ciaïuse. Dépend-il de l'intensité de Térysipèle ou d'une phlegmasie des méninges, on insistera sur les antiphlogistiques; colncide-t-il avec l'adynamie, on donnera les toniques ; enfin, le délire est-il TefTet d'une simple perversion nerveuse, on tentera l'emploi du musc à haute dose et de l'opium. Il est encore des indications spéciales, suivant les accidents de la maladie. Ainsi une collection purulente s'est-elle formée, il faut lui donner issue. L'érysipèle est-il suivi de gangrène, on favorise la chute des eschares par des cataplasmes émollients, si la mortification est l'effet de l'intensité de l'inflammation; par des topiques excitants, tels que le styrax, le kina, les chlorures, si la gangrène est l'effet de la débilité ou d'un état cachectique. Enfin, dans l'érysipèle ulcéreux, on observe les soins de propreté, on panse les solutions de continuité avec des topiques appropriés. Si l'ulcération devenait phagédénique ou faisait de trop rapides progrès, il faudrait essayer de la modifier à l'aide de la cautérisation.

Il est encore quelques précautions à prendre, suivant que l'érysipèle affecte telle ou telle partie du corps. La maladie occupe-t-elle la face, on se hâtera d'enlever les boucles d'oreilles, car la constriction produite par elles pourrait amener la gangrène du lobule, si l'érysipèle s'étendait jusqu'à lui. Dans l'érysipèle de la vulve, il faudra interposer entre les grandes et les petites lèvres un plumasseau de charpie ou un linge fin, afin de prévenir les adhérences qui se sont quelquefois établies entre ces parties à la suite de leur ulcération.

Prophylaxie. — Il est des individus très-disposés aux érysipèles, qui contractent cette maladie à certaines époques plus ou moins déterminées; il n'y a aucun moyen pour la prévenir. Les bains, les boissons acidulés, tempérantes, les apéritifs, les amers, les purgatifs, qu'on conseille dans ces cas, ont rarement les effets que quelques personnes en espèrent.

Nature. — On a beaucoup discuté, ou plutôt divagué, sur la nature de l'érysipèle, qu'on a regardé pendant longtemps comme produit par la stagnation ou par l'altération de la bile. Il est incontestable que l'érysipèle est une phlegmasie cutanée; mais est-ce une inflammation simple, ou bien l'altération de la peau ne serait-elle qu'un des symptômes d'un état général? Il est impos^ sible aujourd'hui de répondre à une pareille question, ou du moins de la trancher d'une manière très-absolue. Disons pourtant, avec Chomel et H. Blache, que si l'on considère la grande mobilité de l'érysipèle, le trouble des fonctions digestives, la disproportion qu'il y a souvent entre les symptômes généraux et le peu d'étendue de la phlogose cutanée, l'impuissance enfin des antiphlogistiques et le développement presque toujours spontané de la maladie, on sera autorisé à penser que les phénomènes inflammatoires dont les téguments sont le siège ne constituent pas toute la maladie. Dans beaucoup de cas, l'érysipèle semble être une manifestation d'une cause générale; c'est ce qu'explique dans beaucoup de cas sa gravité. Cependant nous ne saurions, à l'exemple de quelques-uns, considérer l'érysipèle comme une espèce de fièvre exanthématique, comparable, par exemple, à la rougeole ou à la scarlatine.

INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES

Les maladies de ce groupe sont caractérisées par la formation de v^icules. On donne ce nom à de petites tumeurs formées par le soulèvement de Tépiderme et qui sont remplies d*un liquide séreux et transparent. La sérosité peut ^tre résorbée; d'autres fois, s'épancbant à la surface de la peau par suite de la rupture des tumeurs, elle forme, en se desséchant, des lamelles ou des croûtes minces et jaunâtres; la peau peut être, après leur chute, plus ou moins excoriée, ulcérée. On a distingué deux espèces de vésicules : les unes seraient précédées de rougeur plus ou moins vive, et leur base serait plus ou moins «nflammée ; les autres, au contraire, se développeraient primitivement sans lésion antécédente de la peau. Dans le premier groupe on trouverait la varkellôy quelques espèces d'herpèSy Vhydrargyrie, la suette et parfois la gale; dans le second seraient les «udamtna et Yeczéma, Nous avons déjà parlé de la varicelle, •de la suette et de la miliaire; nous renvoyons l'histoire de la gale aux maladies produites par les animaux parasites, celle de l'hydrargyrie aux maladies mercurielles : nous ne devons nous occuper ici que de l'herpès et de l'eczéma.

De l'herpès.

Le mot herpèSy employé pendant longtemps comme synonyme de dartre^ a été consacré, depuis Willan et Bateman, pour désigner un groupe de maladies <nitanées, pouvant aussi se reproduire avec ses mêmes caractères sur toutes les membranes muqueuses accessibles à la vue, maladies essentiellement caractérisées par le développement d'un certain nombre de vésicules rassemblées par groupes sur une portion de peau ou de muqueuse rouge et enflammée. Ces groupes vésiculeux sont séparés les uns des autres par des intervalles où la membrane est tout à fait intacte.

C*est tantôt sans prodromes, ou bien après un ou quelques jours de malaise, qu'apparaissent de petites taches rouges, qui sont parfois le siège d'une cuisson vive ou d'une véritable brûlure. On y découvre presque aussitôt de petites vésicules résistantes, en général miliaires, quelquefois plus volumineuses et globuleuses, groupées entre elles en nombre plus ou moins considérable ; après deux jours, le liquide contenu dans ces tumeurs, de citrin, est devenu opalin, puriforme; puis la petite poche se ride, elle s'affaisse vers le quatrième ou cinquième jour; il se forme enfin une petite croûte qui, en tombant, laisse une empreinte violacée ou rougeâtre, quelquefois une érosion légère.

Tels sont les caractères généraux de la maladie; mais celle-ci, pourtant, offre dans ses formes des différences telles qu'on a dû en admettre plusieurs espèces distinctes. On a eu égard : 1° au siège de l'éruption {herpès labialis, h. prceputialiSy etc.) ; 2*» à l'arrangement des groupes vésiculeux (zona, herpès phlyctenoides et circinatus)\ 3*" à la coloration du limbe qui les entoure (herpès iris); A*" à l'altération concomitante des cheveux (herpès tonsuranty teigne tondàtUe).

Hais on a de la sorte rapproché des affections très-dissemblables. Dès les premières éditions, je Favais déclaré, je répugnais à ranger dans l'herpès la teigne tondante. Le sens clinique, si je puis parler ainsi, me faisait voir que cette affection devait avoir une autre place. Aujourd'hui, depuis les beaux travaux de M. Bazin, le doute n'est plus permis, et, comme lui, je renverrai Thistoire de cette maladie aux chapitres consacrés/ dans le tome II, à la description

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