‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 164 sur 176 · DU GHOLËRÂ-MORBUS EUROPÉEN · texte numérisé non relu

DU GHOLËRÂ-MORBUS EUROPÉEN

débuty augmentant par la pression la plus légère; la fièvre est toujours vive, le ventre est ballonné^ et s'il y a des vomissements^ si parfois même ils sont porracéSy ils n*ont jamais Tabondance et la persistance de ceux qui existent dans le choléra et qui en sont un des caractères les plus importants. Ajoutons enfin que dans la péritonite les malades sont le plus communément constipés.

Une indigestion pourrait bien mieux simuler un choléra indigène, car lorsqu'elle est complète, elle provoque à la fois des vomissements, des selles liquides et des coliques; mais ces accidents, presque toujours consécutifs à une digestion laborieuse, sont souvent précédés de malaise, d'un dégagement considérable de gaz fétides, ayant une saveur acide ou d'œufs pourris; les matières vomies et souvent aussi les selles, au lieu d'être bilieuses comme dans le choléra, sont presque entièrement formées par des aliments à moitié digérés, leur expulsion est toujours suivie d'un grand soulagement.

Le choléra offre beaucoup de ressemblance avec l'empoisonnement par les poisons irritants; cependant, dans ce dernier cas, les vomissements se sont déclarés après l'ingestion dans l'estomac d'une substance qui a produit le plus souvent un sentiment de chaleur, de cuisson, de brûlure dans la gorge et le long de l'œsophage, et même dans la bouche, où Ton trouve parfois des taches, des eschares qui dénotent l'action d'un caustique. Les vomissements, au lieu de se manifester à peu près simultanément avec les évacuations alvines, précèdent au contraire celles-ci de plusieurs heures. Les douleurs de ventre présenlent la même progression; car, bornées d'abord à l'épigastre, ce n'est qu'après un temps plus ou moins long qu'elles gagnent le reste de l'abdomen.

Le choléra asiatique enfin ne saurait être assimilé au choléra européen. n s'en distingue en effet avant tout par la nature des vomissements et des déjections, qui, au lieu d'être bilieuses, vertes, comme dans le choléra indigène, sont blanchâtres, laiteuses, semblables à de l'eau de riz. Le refroidissement du corps, la cyanose, l'amaigrissement rapide, la voix éteinte, le pouls fréquent, puis l'absence de battements artériels, les crampes, la suppression de l'urine, l'anxiété, le sentiment d'oppression, sont des symptômes qui peuvent être communs aux deux maladies ; mais on les observe très-rarement réunis dans le cas de choléra indigène, excepté lorsque l'issue doit être funeste.

Pronostic. — Le choléra indigène est une maladie incomparablement moins grave que ne l'est le choléra indien. Chez l'adulte bien constitué, n'ayant aucune lésion grave des voies digestives, on le voit se terminer presque toujours d'une manière favorable. D n'en est pas de même chez les sujets affaiblis, déjà malades, ou bien lorsque la maladie sévit aux deux extrêmes de la vie. Dans ces conditions, elle fait de nombreuses victimes, aussi son pronostic doit être grave.

Le refroidissement du corps, l'absence du pouls, l'aphonie, la suppression complète de la sécrétion urinaire, doivent toujours faire redouter une issue fâcheuse.

Étiologie. — Le choléra européen n'apparait guère qu'à la fin de Tété, c'est-à-dire pendant les mois d'août et de septembre; une chaleur humide en favorise le développement. On le rencontre plus souvent dans les pays méridionaux, tels que l'Espagne, l'Italie et la Grèce, que dans ceux du centre, et surtout du Nond. On a dit que le choléra affectait plus souvent les hommes que les femmes, qu'il sévissait surtout dans la période moyenne de la vie, et qu'il atteignait de préférence les individus qui ont les attributs du tempérament bilieux; cependant aucune de ces assertions n'est encore justifiée par des résultats numériques. Dans la plupart des cas, le choléra éclate sans qu*ap paisse

m DES SÉCRÉTIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES.

découvrir l'action d'une cause déterminante ; d'autres fois la maladie sunient aussitôt après une secousse morale, comme un accès de colère, après l'emploi intempestif d'un éméto-cathartique, et plus souvent encore après l'ingestion de certains aliments, tels que la chair du porc, les crabes, les œufs de brochet^ certains fruits, comme le melon, l'ananas. On a vu également le choléra se déclarer chez les individus qui avaient bu des vins nouveaux, des boissons glacées pendant que le corps était en sueur. Enfin l'exposition du corps aux intempéries de l'air, à la fraîcheur des nuits, ou bien encore l'inspiration de miasmes putrides, a plusieurs fois été la seule cause efficiente du choléra. Cette maladie peut affecter un grand nombre d'individus à la fois, et régner même épidémiquement, comme on l'a vu à Varsovie en 1701, à Londres en 1669 et 1676 (Sydenham).

Traitement. — Les antiphlogistiques, que l'école physiologique avait essayé de mettre en vogue dans le traitement du choléra, sont presque toujours contre-indiqués par l'état du pouls et des forces du malade. La pratique des anciens, qui voulaient qu'on respectât pendant quelque temps les vomissements et les évacuations alvines, parce qu'ils supposaient que la nature se débarrassait d'un produit irritant, était également vicieuse. Nous croyons, en effet, que la première indication à remplir consiste à arrêter les vomissements et les selles, et à calmer les phénomènes spasmodiques et nerveux qui tourmentent les malades à un si haut degré. La glace et l'opium sont les deux agents thérapeutiques qu'il convient d'employer dans ce but : les malades prendront donc une boisson acidulé ou faiblement aromatique et glacée; elle leur sera donnée par cuillerées. En même temps on prescrit l'extrait gommeux d'opium en pilules, à la dose de 5 à 10 centigrammes tous les quarts d'heure ou toutes les demi-heures, suivant l'intensité plus ou moins grande des douleurs. On continue l'administration du remède jusqu'à ce qu'on obtienne un efiet sédatif. On pourra simultanément agir directement sur les intestins en injectant dans le rectum un quart de lavement fait avec une décoction de guimauve, ou avec une solution d'amidon, de gomme adragant, additionnée de 12 à 25 gouttes de laudanum de Sydenham. En même temps le malade sera placé dans son lit : on lui recommande l'immobilité, on rappelle ou Ton entretient la chaleur aux extrémités par des frictions aromatiques, irritantes, et mieux encore par l'application de la chaleur artificielle, et par des cataplasmes sinapisés. Les doses d'opium qu'on prescrit seront d'autant plus fortes et plus rapprochées que les douleurs sont plus vives, les spasmes plus forts, les évacuations plus nombreuses. Celles-ci sont parfois tellement répétées, que les médicaments séjournent à peine dans les organes digestifs ; souvent même leur ingestion devient la cause déterminante de nouvelles évacuations. Dans ces cas si graves, il faudrait se hâter d'appliquer sur le ventre un vésicatoire avec la pommade ammoniacale, et s'en servir pour introduire dans l'économie un sel de morphine, en commençant par 5 centigrammes; on pourrait aussi porter le médicament dans le tissu cellulaire à l'aide de la seringue de Pravas. Lorsque la maladie a une heureuse issue, il convient de continuer la même médication pendant plusieurs jours ; on diminuera seulement la quantité d'opium.

Le traitement précédent s'applique au plus grand nombre de cas. Quel* ques personnes ont voulu qu'on s'abstînt de l'opium dans le traitement du choléra sporadique des très-jeunes enfants : M. le docteur Ménard conseille de n'employer chez eux que les boissons à la glace; si les enfants sont à la mamelle, il ne leur rend le sein que lorsque les évacuations ont complètement

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