‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 17 sur 176 · DE LA FIÈVRE BILIEUSE DES PAYS CHAUDS · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE BILIEUSE DES PAYS CHAUDS

commun que la constipation, si la coloration jaune de la peau ne consiste qu'en ube suffusion très-légère et presque toujours circonscrite à quelques points de la face, il n'en est plus exactement de même pour la forme bénigne de la fièvre bilieuse des pays intertropicaux. Ici, en effet, la supersécrétion delà bile est un phénomène très-marqué : aussi la coloration jaune de Ig peau est plus générale et plus intense, les selles sont diarrhéiques et ne contiennent que de la bile verte, les vomissements sont plus fréc^uents et plus abondants.

Dans une forme plus grave (et c'est elle surtout qu'on prétend désigner quand on parle de la fièvre bilieuse), la maladie se déclare brusquement ou après quelques jours d*indisposition. Les individus soi^t alors accablés; ils ont des douleurs dans les lombes, ils ont perdu Tappétit et éprouvent des alternatives de froid et de chaud. A ces symptômes succèdent bientôt une chaleur ardente par tout le corps, un pouls fréquent, une céphalalgie frontale- ou susorbitaire souvent intense, une gène extrême à travers la poitrine, une soui^ france plus ou moins vive et une tension plus ou moins pénible à l'épigastre et aux hypochondres, spécialement à droite. La langue est couverte d'un enduit blanc et jaunâtre; il existe communértient de la soif, des vomissements fréquents formés phv une bile verte et filante, que les malades rendent parfois en quantité énorme. Il y a tantôt de la constipation et tantôt une diarrhée bilieuse avec ou sans coliques; une teinte ictérique plus ou moins marquée est répandue sur tout le corps ou occupe seulement le visage, surtout les conjonctives. Les facultés intellectuelles sont souvent intactes, mais dans beaucoup de cas il existe du coma, delà somnolence et surtout du délire; dans certaines épidémies, ce symptôme est même prédominant et se déclare avec beaucoup de violence dès le début. Ces accidents s'accroissent rarement d'une manière continue; dans la plupart des cas, après avoir persisté avec violence, ils s'amendent pendant quelques heures; cette rémission est marquée par une sueur copieuse ou du moins par de la moiteur. Les paroxysmes sont ordinairement quotidiens, doubles-quotidiens ou tierces; ils ont rarement un autre type. Mais souvent, à mesure que la maladie se prolonge, les rémissions sont de moins en moins marquées : la langue alors se dessèche et brunit ; le pouls s'accélère encore, devient inégal et intermittent; les vomissements se rapprochent; il y a des soubresauts des tendons, du délire ou du coma, et la mort arrive quelquefois avant la fin du premier septénaire, mais plus souvent dans le cours du second.

N'ayant jamais observé cette maladie, j'ai essayé d'en donner une idée exacte d'après les descriptions des auteurs anglais. Toutefois, quand on a parcouru quelques relations d'épidémie de fièvre bilieuse, on reconnaît, avec M. Littré, qu'il est difficile de tracer un tableau un peu complet de l'affection, tant la constitution, le climat, la saison impriment de changements à sa physionomie.

Diagnostic. — La fièvre bilieuse parait être d'un diagnostic généralement facile; cependant, dans les pays où elle règne simultanément avec la fièvre jaune, on éprouve parfois beaucoup de peine à la distinguer de cette dernière (Voy. Fièvre jaune.)E\\e a aussi quelques points de contact avec la forme bilieuse de la fièvre rémittente; voilà pourquoi quelques auteurs ont regardé ces trois afl'ections (fièvre bilieuse, fièvre jaune et fièvre rémittente) comme ne constituant que des degrés ou variétés d'une seule et même maladie. Ou pense bien que, n'ayant aucune expérience personnelle à cet égard, il nous est impossible de dire si cette opinion est fondée.

Pronostic. — La fièvre bilieuse est une maladie très-grave, et qui fait un grand nombre de victimes parmi les Européens qui arrivent dans les Indes. Elle parait néanmoins être moins meurtrière que la fièvre jaune.

Étiologie. — Une haute température réunie à l'humidité sont les deux conditions qui développent la fièvre bilieuse et la rendent endémique dans plusieurs contrées, et notamment dans le Gange. Elle paraît affecter surtout les étrangers..

Traitement. — Les purgatifs forment la base du traitement; les plus usités sont un mélange de jalap en poudre et de calomel. On donne aussi ce dernier tout seul, jusqu a ce qu'il excite, le ptyalisme : les vomitifs sont d'un usage moins général. Il en est de même *de la saignés par la lancette, que beaucoup blâment, que tous conseillent de faire avec grande prudence, et en choisissant le moment le plus violent du paroxysme. Les saignées locales faites ^ Tépigastre et à Thypochondre paraissent être assez généralement utiles. Les boissons fraîches, délayantes et les bains doivent compléter le traitement. Quelques-uns y joignent les diaphorétiques ; mais on blâme généralement leur emploi. Les toniques ne sont indiqués qu'à la période où la prostration est. grande.

Nature. — Nous ne possédons aucun renseignement précis sur les altérations qu'on trouve sur le cadavre de ceux qui succombent à la Oèvre bilieuse : on parle de congestion et même d'inflammation du foie, de l'estomac, des conduits biliaires et de la veine porte; mais rien n'est plus vaguement indiqué. Il reste donc à déterminer si la fièvre bilieuse a, comme la fièvre rémittente et la fièvre jaune, une lésion plus ou moins constante. Mais sans vouloir rien préjuger à cet égard, et à quelque résultat d'ailleurs qu'on soit conduit par une observation ultérieure, nous croyons pouvoir admettre dès à présent que la fièvre bilieuse a une existence réelle, et qu'elle dépend d'une cause générale, comme le prouvent la multiplicité et la gravité des accidents qui la caractérisent. A priori, on ne saurait la considérer ni comme une gastrite ni comme une hépatite; car ces maladies, étudiées dans les mêmes climats, ont d'autres symptômes et une marche différente. D'ailleurs nous croyons que les inflammations et toute les autres altérations qu'on peut observer sont secondaires, ou n'ont que la valeur que nous attribuons ici aux lésions intestinales dans les cas de lièvre graves. En raison de son caractère rémittent, on pourrait être tenté de considérer la (lèvre bilieuse comme étant l'effet d'une intoxication palustre. C'est l'opinion qu'a cherché à faire prévaloir récemment H. le docteur Dutroulau (1), tout en reconnaissant d'ailleurs lui-même que les preuves qu'il donne sont insuffisantes. Ses descriptions présentent, en effet, beaucoup de vague, et Ton peut objecter à sa manière devoir, que la rémittence n'est pas un caractère ronstant de la maladie, et que le quinquina, si utile dans les pyrexies d'origine palustre, est constamment nuisible dans la fièvre bilieuse, ainsi que l'ont constaté tous ceux qui ont su distinguer cette affection des fièvres rémittentes qui régnent souvent dans les mêmes lieux et qui reconnaissent une autre origine. La fièvre rémittente est, en effet, avant tout, une maladie miasmatique, tandis que la fièvre bilieuse se rattache surtout au climat de la température tropicale.

SVNONVMII. — FKîvre de SUm; fièvre îcléiiquc maligne, matelote; fièvre gaslro-hcpalique; fièvre putride conllnut. — Typbui d'Amérique, ou ictérique, ou bilieux. — Vomito negro, vomito prieto des Espagnols, etc.

Définition. — La fièvre jaune est une pyrexie propre à certains climats chauds, où elle règne ordinairement d'une manière épidémique; elle est spécia-

(1) Archivée yénéraUi de médednet octobre et novembre 1858.

lement caractérisée par une couleur ictérique de la peau et par des Tomissements noirs.

Historique. — La fièvre jaune a été complètement inconnue des anciens; les premières notions que nous possédons sur cette redoutable maladie sont postérieures à la découverte du continent américain. Vaguement signalée lors du second voyage de Christophe Colomb (en 1493), elle fut longtemps confondue avec les autres maladies pestilentielles; et ce ne fut guère que vers le milieu du XVI* siècle que les descriptions qu'on en donna eurent quelque précision. M. Horeau de Jonnès a calculé qu'en moins de quatre siècles on avait compté au moins deux cent soixante-quatorze grandes épidémies de fièvre jaune. Je mentionnerai entre autres celle qui, en 1793, sévit dans TAmérique du Nord, spécialement à Philadelphie; celles de Cadix, en 1808 et 1803; celle de Saint- Domingue, en 1801^ si meurtrière pour nos soldats; enfin, les épidémies de Barcelone, en 18^2, et de Gibraltar, en 1828, sur lesquelles nous possédons les relations les plus complètes, et qui toutes ont été illustrées par le courage et le dévouement des médecins français. Parmi les nombreux travaux que nous devons à nos compatriotes, nous citerons surtout les monographies de Devèze, de Dalmas, d'Audouard, deBailly, François et Pariset; les Recherches de H. Louis, publiées d'abord en Amérique par Shattuck, et insérées plus tard dans le toiAe II des Mémoires de la Société médicale d'observation; enfin, les documents que Chervin a recueillis avec un zèle, une persévérance et une sagacité rares, et qui sont surtout relatifs à Tétiologie et au mode de transmission de la maladie.

Anatomie pathologique. — L'état extérieur des cadavres est remarquable par une coloration jaune, particulièrement visible aux joues, aux aisselles et aux aines : on aperçoit aussi très-souvent des pétéchies et de larges ecchymoses. Le sang est généralement noirâtre, fluide ou en caillots mous; tout porte à croire qu'il a perdu une partie de sa fibrine. Le système nerveux et les organes contenus dans la poitrine ne sont, en général, le siège d'aucune altération. Cependant M. Louis a fréquemment trouvé, pendant l'épidémie de Gibraltar, une exhalation sanguine dans le parenchyme pulmonaire, plusieurs fois même il existait de véritables noyaux apoplectiques. Hais les lésions principales ou caractéristiques se remarquent du côté des viscères abdominaux. Ainsi l'estomac, plus ou moins distendu, contient une quantité de sang variable. Ce liquide est tantôt pur; le plus souvent il est brunâtre, noir, floconneux, plus ou moins altéré et d'une odeur aigrelette. H. Louis a trouvé du sang dans l'estomac chez les trois quarts environ des sujets : à Barcelone, on en rencontrait sur les sept dixièmes des cadavres. La muqueuse est parfois imprégnée de ce liquide et ecchymosée; elle peut être injectée, ramollie,|épaissie, ulcérée ; mais le plus souvent elle est intacte, et, dans le cas où elle est enflammée, cette lésion n'est jamais ni très-intense ni étendue. Dans l'intestin grêle et dans le gros intestin, on retrouve encore de la matière noire; elle y est plus ou moins coagulée: M. Louis l'a rencontrée dans les deux tiers des cas. La muqueuse est aussi quelquefois ramollie; mais cette lésion est loin d'être constante, et lorsqu'elle existe, elle ne diffère pas de ce qu'on voit chez les sujets emportés par les autres maladies aiguës. Le foie est l'organe qui éprouve les changements les plus remarquables. Quelques auteurs avaient déjà noté que ce viscère acquérait assez souvent une teinte jaune; mais c'est M. Louis qui, dans sa relation de l'épidémie de Gibraltar, a fait surtout connaître les altérations dont le foie était le siège chez les sujets emportés par la fièvre jaune. L'illustre observateur a trouvé que, chez tous les cadavres, le foie était plus ou moins décoloré, ou qu'il ofl'rait une coloration tantôt beurre frais, paille, café au lait, tantôt une teinte jaune gomme-gutte ou couleur de mou-

78 DES FIÈVRES OONTINOES.

tarde, Unt6t enfin une couleur orange ou pistache. La décoloration était presque toujours générale, mais elle n'était pas exactement la même dans toute retendue de l'organe; elle coïncidait constamment avec un état anémique du foie : aussi la coupe de cet organe était sèche et d'un aspect aride; le tissu avait, en général, sa consistance normale. Cette altération n'avait aucun rap* port avec l'état du duodénum. Il est impossible encore aujourd'hui de déterminer quelles sont la nature et la cause de l'altération si remarquable du foie que je viens ^e décrire : mais tout semble prouver à M. Louis qu'elle doit être considérée comme constituant le caractère anatomique de la fièvre jaune. Les observations de M. Louis ont été confirmées à la Martinique par le docteur Dutroulau, qui n'a pas vu l'altération du foie manquer une fois sur plus de cent autopsies. Hais M. Rutz, qui observait précisément dans la même épidémie (de 1839 à 1841), dit, au contraire, avoir trouvé le foie intact une fois sur trois. S'il en était ainsi, si l'altération du foie manquait dans une aussi forte proportion, si elle était subordonnée au génie épidémique de la maladie, il ne faudrait pas le regarder comme étant le caractère essentiel de l'affection, mais plutôt comme une lésion concomitante très-fréquente. Pour terminer ce qui est relatif à l'anatomie pathologique, nous dirons que l'appareil biliaire est généralement intact; quelquefois pourtant on a trouvé la vésicule injectée, ramollie, pleine de sang. La rate est ordinairement saine, mais son volume est parfois considérablement augmenté et son tissu plus friable. Les reins sont plus ou moins congestionnés, les bassinets contiennent parfois du sang. Les autres organes génito-urinaires sont presque toujours intacts ou n'offrent que quelques taches ecchymotiques.

Symptômes. Début. — En général, la fièvre jaune débute brusquement au milieu des occupations ordinaires de la vie. Les malades éprouvent une céphalalgie plus ou moins intense, accompagnée de frissons, de douleurs convulsives dans les membres et dans les lombes. La chaleur succède bientôt aux 'frissons, ia figure s'injecte, les yeux deviennent rouges et larmoyants; la soif est vive, il y a de l'anorexie; parfois une douleur notable existe à l'épigastre. Les symptômes qui succèdent varient. Mais, pour procéder avec méthode, il importe de distinguer à la maladie deux périodes.

Première période. — Les symptômes précédents persistent et s'accroissent pour la plupart. Bientôt les malades accusent une douleur épigastrique plus ou moins vive, s'accompagnant de nausées et de vomissements blanchâtres, provoqués par l'ingestion des boissons. La langue est humide et limoneuse; il y a de la constipation; le sommeil est nul; beaucoup de malades sont agités, presque tous éprouvent une vive anxiété. Dans d'autres cas, il y a de la stupeur et une somnolence habituelle; les réponses sont lentes et pénibles; la langue et la lèvre inférieure sont tremblantes. Le pouls, plein, régulier, est médiocrement accéléré; quelquefois mâne sa fréquence est moindre que dans l'étal normal; la chaleur est presque toujours peu élevée. Les téguments de la poitrine sont souvent injectés.

Seconde période, — Elle commence vers le quatrième jour. Â l'injection des téguments succède une tante jaunâtre de ces parties; bientôt les épistaxis ont lieu. Les vomissements deviennent plus fréquents, et pour la première fois les matières qui sont rejelées sont en partie ou en totalité noirâtres, semblables à de la suie ou à du marc de café; elles ont un goût acre qui brûle la gorge; les selles sont également noirâtres. L'urine est rare, parfois supprimée lorsque la réaction persiste, et l'on voit, dans celte deuxième période de la maladie, l'urine précipiter abondamment de l'albumine, lorsqu'on la traite par la cha-

leur et par l'acide azotique. C'est un caractère nouveau qui a été trouvé constamment par M. Ballot, dans répidémie de Saint-Pierre*Hartinique (1856-57), et par M. Magalhaes Coutinho, dans celle de Lisbonne (1857-58) (1). Le malaise et l'anxiété redoublent; parfois il y a des hoquets. Les forces se prostrent, la ckaleur diminue; des pétéchiçs, des ecchymoses, des plaques gangreneuses se montrent dans différents points du corps, et la mort arrive au milieu de ce cortège de symptômes effrayants. Tel est le tableau de la maladie. Cependant il importe de savoir que, dans quelques épidémies, certains autres symptômes ont été observés et ont prédominé : ainsi on a noté, tantôt un délire violent, tantôt une chaleur brûlante; d'autres fois une soif inextinguible; ou, bien, comme cela eut lieu dans l'épidémie de Gibraltar, les forces sont généralement peu prostrées , de sorte que beaucoup de malades continuent à se lever et meurent pour ainsi dire sur pied.

Parmi les symptômes que je viens de décrire^ on notera spécialement Tanxièlé des malades, la coloration jaune des téguments, les hémorrhagies, surtout celles qui ont lieu par l'estomac/, puis enfin le ralentissement du pouls et une faiblesse d'impulsion du cœur telle, que parfois il est impossible de la per^ cevoir même à l'aide du stéthoscope : c'est ce qui fut noté surtout pendant la meurtrière épidémie de Barcelone. Il ne faudrait pas regarder, avec quelques personnes, les vomissements noirs comme un symptôme essentiel de U maladie, puisque M. Louis les a vus manquer chez le tiers dessi^ets qui succombèrent; cependant les vomissements, abstraction faite des matières expulsées, sont un symptôme plus, fréquent dans la fièvre jaune que dans une autre maladie aiguè, Jes affections de l'estomac étant exceptées.

Marche. — D'après la description qui précède, on voit que la fièvre jaune a une marche régulière et continue; cependant, dans quelques épidémies, on a noté des rémissions parfaitement caractérisées. On observe le plus souvent une simple rémittence; le type intermittent est beaucoup plus rare, et on ne le remarque guère qu'au début. Dans certains cas on voit assez fréquemment la transformation des différents types entre eux : c'est ce que 101. ChamboUe et Chervin ont noté maintes fois à la Pointe-à-Pitre. Les rémissions surviennent spécialement au. début et à la fin des épidémies.

Durée. — La durée de la fièyre jaune est de cinq à dix jours dans les cas graves; elle est moindre si la maladie est bénigne.

Tenninaisons. — La terminaison par la mort est annoncée par l'accroissement des symptômes graves que j'ai énumérés plus haut; mais parfois aussion voit les malades succomber après une amélioration apparente; d'autres enfin meurent rapidement et d'une manière inattendue.

Lorsque U. maladie a une heureuse issue, on voit les symptômes généraux ti locaux iOesser de s'accroître, ou perdre de leur intensité à une époque plus ou moins éloignée du début; terme moyen, vers le cinquième jour. Alors la chaleur et.U douleur épigastriques diminuent, le pouls reprend sa fréquence, la peau s'humecte, et l'appétit renaît avec les forces.

La, convalescence ^t presque toujours longue, pénible, eu égard surtout au peu (Je durée de la maladie; il s'écoule, en général, plusieurs semaines avant le rétablissement des, forces. Des .rechutes peuvent avoir lieu; le plus souvent elles sont provoquées par quelque écart de régime; toutefois elles sont assez rares,

Une première attaque de fièvre jaune ne préserve certainement pas d'une seconde; cependant il résulte aujourd'hui de documents et de faits nombreux,

(1) GwietU àeMomadatre, t. V, p. 64^99 et S76.

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particulièrement de ceux recueillis par M. Louis à Gibraltar, et par M. Dutroulau à la Martinique, que la fièvre jaune est moins sujette à récidive que la variole elle-même, et qu'un individu qui en a été atteint, même au plus faible degré, en est, sauf quelques rares exceptions, préservé pour toujours.

Diagnostic. — Le diagnostic de la fièvre jaune ne présente généralement aucune dificulté. On ne pourra pas confondre la maladie avec une hépatite, car, dans celle-ci, le volume du foie est augmenté, et une douleur plus ou moins vive existe dans l'hypochondre. Dans cette dernière affection, les symptômes généraux sont en outre moins graves et la marche est moins rapide. 'On verra également plus tard qu*il est impossible de confondre la fièvre jaune avec la gastrite simple. On dit que le typhus d'Amérique a beaucoup de rapport avec la fièvre bilieuse des pays chauds ; plusieurs autres pensent même que ces deux maladies sont identiques, et ne diffèrent entre elles que par leur degré d'intensité; cependant, dans la fièvre bilieuse, l'ictère n'est jamais aussi marqué que dans la fièvre jaune; on n'observe jamais dans la première les vomissements noirs, qui sont un phénomène prédominant de la seconde. Toutefois il parait que, dans les pays où les deux maladies sont endémiques,* les hommes les plus habiles sont souvent embarrassés pour établir Une ligne de démarcation entre elles. Voilà pourquoi quelques-uns les considèrent comme constituant des degrés ou des variétés d'une même affection.

n serait impossible de confondre la fièvre jaune avec un accès de fièvre intermittente pernicieuse franche; cependant il parait que, dans quelques cas, il est difficile de distinguer la fièvre jaune de certaines fièvres rémittentes ou subcontinues des pays chauds. Cette distinction, d'ailleurs, est d'autant plus difficile, que, dans beaucoup d'^épidémies, ces deux affections coexistent manifestement ensemble; quelquefois même on peut suivre aisément la transition ou la transformation des fièvres intermittentes en rémittentes, puis en continues, avec les symptômes ordinaires de la fièvre jaune. Toutefois disons par anticipation, que, dans la fièvre rémittente, il n'y a pas de coloration jaune des téguments; que les vomissements sont bilieux mais jamais noirâtres. La douleur et la tension des hypochondres, le refroidissement et l'état cyanique des extrémités, la rapidité avec laquelle la langue se dessèche et brunit, sont des caractères qui n'appartiennent pas à la fièvre jaune, et qui, au contraire, accompagnent la fièvre rémittente. Enfin on pourra s'aider, pour établir le diagnostic, de l'ouverture des cadavres. En traitant ailleurs de Victère grave, nous verrons les analogies et les différences qui existent entre cette maladie et la fièvre jaune.

Pronostic. — La fièvre jaune est presque aussi meurtrière que la peste, mais la mortalité varie beaucoup dans les différentes épidémies, et pour chacune d'elles, suivant l'époque où on l'observe. En général, cette mortalité oscille entre un tiers et un sixième. Presque tous les auteurs sont unanimes pour regarder la maladie comme étant plus grave chez les hommes que chez les femmes (à part pourtant les femmes grosses) ; plus grave aussi chez les adultes que chez les enfants, chez les sujets robustes et pléthoriques que chez ceux dont la constitution est moins forte. Elle est aussi incomparablement plus meurtrière chez les étrangers que sur les gens du pays. Une habitation étroite, des jchSgrins, un corps épuisé par les privations et les fatigues, enfin une saison humide et chaude, sont tout autant de circonstances qui influent sur la terminaison fâcheuse de la maladie.

Les symptômes qui doivent être regardés comme étant d'un sinistre présage sont : les ecchymoses, les pétéchies, la gangrène, les hémorrhagies, les vomisements noirs, la suppression de l'urine ou la présence de l'albumine dans ce

liquide, surtout quand elle s'y montre prématurément/ c'est-à-dire dès la première période. Le coma, les syncopes, le refroidissement du corps, la prostration extrême, et, suivant beaucoup d'auteurs, Ticlère lui-même, lorsqu'il apparaît de bonne heure, sont tout autant de signes d'un fâcheux augure. L'albuminurie est un signe également grave, parce qu'il parait marquer le passage de la maladie de la première à la deuxième période. On peut aussi mesurer par elle le degré de gravité de l'affection, car elle augmente lorsque la maladie doit avoir une issue funeste ; elle diminue si la terminaison doit être favorable.

Étiologie. — Dans l'étiologie de la fièvre jaune^ nous devons étudier : 1* les causes qui président à son développement; 2® son mode de propagation.

La*plupart des auteurs modernes, surtout les médecins américains, admettent que deux choses sont indispensables poar la production de la fièvre jaune. Ces causes sont : 1^ une grande élévation de température et un foyer d'infection, c'est-à-dire un centre de putréfaction produit par la décomposition des matières végétales et animales : aussi disent-ils que c'est spécialement sur les bords de la mer, des lacs et des grands fleuves, que la fièvre jaune se montre. Nul doute que ces deux causes ne produisent le développement et ne favorisent aussi la propagation du typhus d'Amérique; des faits nombreux l'ont prouvé. C'est ainsi que trop souvent on a vu des navires naviguant en pleine mer dans les latitudes où la fièvre jaune a coutume de régner, et dans lesquels ua foyer d^infection s'était accidentellement développé, être tout à coup envahis par la maladie. Cependant ces faits ne sauraient nous autoriser à regarder avec Chervin les deux causes dont je parle comme essentielles, et à croire qu'aucune épidémie de fièvre jaune ne saurait exister sans leur concours. Car, d'une part, il est des pays, tels que certaines provinces des Indes orientales, où se trouvent réunies au plus haut degré les causes d'insalubrité qu'on regarde comme engendrant la fièvre jaune, et cependant ce fléau a toujours respecté ces contrées, ou bien il y est à peine endémique; d'autre part, on cite divers pays sur le sol desquels on ne trouve aucun foyer d'infection, bien que la fièvre jaune s'y développe plus ou moins souvent. Enfin^ il y a des contrées où ces causes sont permanentes, bien que la maladie ne s'y montre qu'à des intervalles plus ou moins éloignés. Il faut donc admettre que la cause productrice du typhus d'Amérique ne nous est pas encore parfaitement connue.

Quoi qu'il en soit, la fièvre jaune est une maladie propre aux climats chauds, on ne l'a pas observée chez nous au delà de l'embouchure de la Loire ; encore n'y est-elle pas apparue comme maladie produite par des influences locales, mais y a-t-elle été seulement transportée par des navires. L'élévation du sol a une influence non moins remarquable sur le développement de la maladie qui cesse d'exister dans les pays situés à plus de 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle sévit surtout dans les lies et sur le continent américain, dans quelques parties de l'Afrique, comme le Sénégal, et parfois dans le midi de l'Europe, surtout en Espagne. Là où la fièvre jaune est endémique, on la voit souvent régner toute l'année; la maladie n'atteint guère que les étrangers non encore acclimatés. Les indigènes n'en sont point pourtant à l'abri, mais ils y sont moins prédisposés. Les individus nouvellement débarqués sont d'autant plus aptes à contracter l'affection qu'ils arrivent d'un pays plus froid. Si la maladie se déclare dans les régions plus tempérées, en Europe, par exemple, elle n'y règne guère que pendant les saisons d'été et d'automne, frappant indistinctement les indigènes et les étrangers, à part peut-être ceux qui sont récemment arrivés des pays tropicaux. Toutes choses égales d'ailleurs, la fièvre jaune fait plus de ravages chez les blancs que dans la race nègre. Le sexe 10'' £dit. l — 6

masculin, Tâge adulte, la constitution forte et pléthorique, le régime exclusivement animal, l'usage des spiritueux, les fatigues et les émotions morales, sont autant de causes qui prédisposent à la maladie.

• Le mode de transmission de la fièvre jaune est un point sur lequel on a beaucoup discuté depuis soixante ans. Aujourd'hui les médecins sont encore divisés en deux camps : les uns, longtemps en minorité, soutiennent que la maladie est contagieuse ; les autres, en tète desquels se placent Chervin, Dalmas, Devèze, Yalentin, Rush, etc., prétendent qu'elle ne peut jamais se propager par voie de contagion ; qpe, par conséquent, elle ne saurait être importée des Antilles dans notre Europe; ils disent enfin que, née sous l'influence de causes tout à fait locales, elle vit et meurt dans le foyer plus ou moins circonscrit qui l'a vue naître. Une observation souvent répétée a prouvé, en effet, que, dans les pays où la fièvre jaune est endémique, la maladie reste bornée au littoral et s'étend rarement dans l'intérieur des terres. Un individu qui quitte le foyer d'infection ne la transporterait pas avec lui; s'il en a rapporté le germe, il peut périr plus ou moins loin du centre de l'épidémie, mais il ne comrauni* querait pas la maladie aux personnes qui l'entourent et qui le soignent ; en un mot, les malades, en sortant de la sphère du foyer, ne pourraient l'agrandir, rétendre au loin : ils ne pourraient enfin développer par eux-mêmes un nouveau foyer d'infection indépendamment de toute influence locale. Ce fait serait capital, car il semblerait démontrer que la fièvre jaune n'est point réellement contagieuse; cependant la chose n'est nullement exacte. Il n'est pas possible d'accepter comme des faits irrécusables de contagion ceux où des individus, vivant dans le foyer d'infection, ou y étant venus accidentellement et y ayant eu des rapports avec des sujets malades, ont été atteints de Taflection régnante : car alors on peut avec plus de raison peut-être croire à un efl^et de rinfection des lieux plutôt qu'à la contagion directe; cependant celle-ci est possible même lorsque la fièvre jaune est transportée par navire des Antilles dans notre pays. C'est ce qu'on a vu en 1861 à Saint-Nazaire, où non-seulement ceux qui pénétrèrent dans le navire furent frappés, mais où l'on vit, en outre, la maladie s'étendre à une distance plus ou moins grande du foyer : tel est l'exemple d'un tailleur de pierres qui, travaillant à 260 mètres du navire infecté et n'ayant eu avec lui ni avec les objets qui en provenaient, ni avec les matelots, aucune espèce de rapport, fut néanmoins frappé. On a même vu l'affection se transmettre directement par les individus infectés, c'est ainsi qu'un médecin est mort victime de ce mode de transmission. Concluons donc que la fièvre jaune est contagieuse même dans notre climat (1).

Traitement. — Le traitement de la fièvre jaune se divise en traitement curatif et en traitement prophylactique.

1^ Traitement curatif. — Un grand nombre de moyens ont été préconisés contre la fièvre jaune ; mais jusqu'à présent on n'a pu trouver un agent spécifique ou une méthode uniforme de traitement. Les saignées, les vomitifs, les purgatifs, le mercure, l'opium, le quinquina, les sudorifiques, les bains chauds et froids, le bains de vapeur, la glace, les frictions huileuses, etc. , sont tout autant de moyens qui peuvent être utiles, mais seulement dans certains cas spéciaux.

Lorsque la fièvre jaune attaque des sujets robustes, et qu'elle s'accompagne d'une vive réaction inflammatoire, il convient de recourir promptement à la saignée générale. Il est des auteurs qui conseillent même de la répéter plu-*

(1) Voyez TexceUente relation de M. Hèlier dans le tome XXVI des Mémoires de V Académiede médeme.

sieurs fois, surtout dans les premiers jours de la maladie. D'autres médecins, qui ont pratiqué aux Antilles et en Europe, ont blâmé l'emploi de la saignée, comme produisant la prostration, ou comme rendant les convalescences inter^ minables; mais nous croyons que ces auteurs se sont trop hâtés de poser des règles générales à Foccasion d*une seule épidémie qu'ils ont décrite. Pour nous, nous devons admettre que, suivant le génie de la constitution épidémique, on devra saigner peu ou beaucoup, sans qu'il soit possible d'établir à ce sujet aucune règle fixe. Dans tous les cas, la saignée générale est préférable aux saignées locales, celles-ci devenant quelquefois l'occasion de gangrènes sur les parties de la peau qui ont été entamées, ou bien encore d'hémorrhagies difficiles à arrêter.

Dans les commencements de la maladie, lès boissons douces, acidulés ou gazeuses, seront données en abondance; on plongera les malades dans des bains frais ou tièdes, et l'on fera sur toute la surface du corps des lotions froides avec de l'eau vinaigrée ou aiguisée avec du jds de citron. On a conseillé de combattre les symptômes gastriques par l'emploi des vomitifs ; mais, ces médicaments pouvant être nuisibles, il faut user de la plus grande réserve dans leur emploi. Les laxatifs sont, au contraire, généralement utiles ; on conseille de préférence Thùile de ricin, la pulpe de tamarin, la manne, le calomel, ou les purgatifs salins.

Dans la deuxième période de la maladie, lorsque la jaunisse, les vomissements noirs et la prostration surviennent, l'indication capitale qui se présente est de soutenir les forces; c'est dans ce but qu'on administre le quinquina, le vin, les aromatiques. Si des accidents nerveux se déclarent, on leur oppose les antispasmodiques, tels que le camphre, le musc, le castoréum. On a encore conseillé alors de promener à la surface du corps des sinapismes et des vésicatoires ; mais il serait imprudent d'employer les exutoires, et même les simples rubéfiants, toutes les fois qu'il y a tendance à la gangrène, ou que les hémorrhagies passives se produisent aisément, attendu que la portion de peau qui a été dénudée ou irritée pourrait être frappée de mortification ou être le siège d'un écoulement sanguin.

Les vomissements étant un symptôme très-pénible, on a conseillé de les calmer par l'usage de l'opium, de l'éther, de l'eau de menthe, de la potion de Rivière, et en appliquant' un vésicatoiro à l'épigastre; mais ces moyens ne paraissent pas très-utiles. Peut-être obtiendrait-on plus d*avantage de l'emploi des boissons acidulés et glacées prises en très-petite quantité à la fois; elles auraient en outre pour effet de modérer les hémorrhagies qui se font par les organes digestifs.

Le quinquina est, après les sangsues, le moyen dont on a peut-être le plus abusé dans le traitement de la fièvre jaune. Sous le règne de la doctrine de Brown, les médecins français, anglais, et surtout les Espagnols, prescrivaient, dès le début, des doses parfois énormes de quinquina, jusqu'à 250 grammes en trente-six heures; plus tard on a préféré le sulfate de quinine. Mais si ces médicaments ont été manifestement utiles dans certaines épidémies, cela n'a ou lieu que momentanément, et l'expérience a prouvé qu'on ne pouvait en faire une méthode de traitement applicable à la généralité des cas. Aujourd'hui l'élite des médecins qui pratiquent dans les pays où la fièvre jaune sévit est à peu près unanime pour réserver l'emploi du quinquina ou du sulfate de quinine pour les deux indications suivantes, qui sont : 4* de relever les forces quand elles sont prostrées; 2« de combattre les symptômes de périodicité quand ils existent.

i"* TraiiemetU prophylactique. —Le seul moyen de s» préserver de la fièvre

jaune, c'est de fuir les foyers d*infection et d*aller habiter des lieux salubres, élevés et bien ventilés. Les personnes qui par état et par devoir sont obligées de vivre dans le centre de l'épidémie ne devront pas s'écarter des règles d'une bonne hygiène; elles n'accorderont aucune confiance aux saignées, aux exutoires, aux purgatifs, aux émétiques, moyens qu'on a regardés comme prophyactiqueSy et qui, par le trouble qu'ils occasionnent, sont plutôt capables de favoriser le développement de la maladie.

Les contagionnistes, dans le but de nous préserver de l'importation de la fièvre jaune, ordonnent les quarantaines et l'observance de toutes les lois de police médicale qui étaient autrefois en vigueur contre la peste. Mais nous croyons qu'on peut sans danger se relâcher d'une sévérité qui n'est plus justifiée aujourd'hui. Nous ne conseillons pas pourtant de négliger toute espèce de précautions et d'admettre en libre pratique, aussitôt après leur arrivée dans nos ports, les navires qui viennent des pays infectés par la fièvre jaune ; loin de là, mais nous pensons qu'il suffirait dans ces cas de déplacer, de disperser l'équipage, de ventiler, de laver, d'assainir, par tous les moyens, les navires ; d'exposer les marchandises sur des chantiers vastes et bien aérés avant de les livrer au commerce. Si une rue est infectée, forcez les habitants à Fabandonner; failcs-cn de même pour un quartier ou pour une ville. Si c'est impraticable, conseillez au moins l'émigration à une partie des habitants. Ces moyens ont suffi plusieurs fois aux États-Unis pour anéantir rapidement une épidémie de fièvre jaune.

Nature de la maladie. — Les recherches d'anatomie pathologique empêchent d'admettre que la fièvre jaune soit une gastrite, ou, comme le voulait Thomasini, une inflammation hépato-gastrique; caries altérations de Testomac ne sont point constantes. S'il est vrai que le foie soit toujours affecté, cette altération ne peut rendre compte du mouvement fébrile ni des autres symptômes graves, et n'explique pas non plus la mort. Nous croyons donc que, dans la fièvre jaune, il existe une cause plus générale. Nous regardons la maladie comme produite par un empoisonnement miasmatique, par une infection du sang, et l'on s'explique aisément alors la réaction vive de l'organisme, les perturbations nerveuses, les symptômes de décomposition générale, les hémorrhagies qui ont lieu par diverses voies, et même l'ictère.

Doit-on, ainsi que le fait Chervin, regarder la fièvre jaune comme étant, par sa nature, identique avec la fièvre intermittente? Faut-il considérer la première comme étant le degré le plus élevé des accidents que les effluves marécageux peuvent produire? C'est une question qu'il nous est impossible de résoudre. Disons toutefois que les raisons que donne Chervin pour défendre son opinion ne sont pas très-concluantes, et, dans tout ce qu'il dit, on trouve bien moins des preuves que de simples assertions. Si nous osions nous fier aux impressions <)ue nous avons reçues des lectures que nous avons faites, nous conclurions tout autrement que l'auteur dont nous parlons; car, quoi qu'il en dise, nous ne trouvons dans la fièvre intermittente et la fièvre jaune non-seulemen nulle identité, mais même nulle analogie dans les lésions cadavériques et dans les symptômes. Ainsi, le quinquina, si efficace contre les accès périodiques, échoue presque toujours dans la fièvre jaune : si celle-ci règne souvent dans les pays marécageux, il eal avéré néanmoins que son intensité et sa fréquence ne sont pas en rapport constant avec l'insalubrité du lieu, tandis que le contraire 86 voit dans les fièvres d'accès. Enfin, nous avons vu que la fièvre jaune pouvait régner épidémiquement et endémiquement dans les lieux salubres, chose qui n'arrive jamais pov les fièvres intermittentes. Nous ne contestons pas ce-

pendant qu'on ne voie quelquefois des symptômes intermittents avec la fièvre jaune; nous reconnaissons même volontiers que la fièvre jaune peut commencer ou se juger par des accès périodiques. Mais que conclure de cela, si ce n'est que les deux maladies dans quelques cas peuvent se compliquer, et que les caractères de Tune peuvent s'effacer par la prédominance de l'autre? C'est ce qu'on rencontre pour une foule d'autres affections.

SYKOimm. — Peâtilentia, luet, contagium, mwbut eontagUuut, — Fièrre an Levant. — Typhus (TOrient. -* Fidrre adéno-nenreose, ete.

Définition. — La peste est une pyrexie régnant ordinairement d'une manière épidémique, et qui, indépendamment des phénomènes qui lui sont communs avec les autres maladies pestilentielles, présente en outre comme symptômes particuliers des bubons, des anthrax, des charbons et des pétéchies gangreneuses.

Historique. Bibliographie. — Les livres sacrés, les auteurs grecs et latins font mention d'un grand nombre d'épidémies meurtrières qu'on rapporte généralement à la peste, mais dont il est impossible pourtant de bien fixer la nature, puisqu'elles ont été décrites presque uniquement par des historiens ou par des poètes. Ce n'est qu'à dater du milieu du vi* siècle qu'on a recueilli quelques renseignements précis. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, on a observé un nombre presque infini d'épidémies dans toutes les provinces de l'ancien continent; les plus meurtrières sont celles qui ont régné aux xv*, xvi* et XYii* siècles : la peste noire du xn* fut celle qui exerça les plus affreux ravages.

La peste a été l'objet d'une foule de travaux importants. Nous distinguerons spéciaiemen le traité de Diemerbroeck, qui décrivit la peste de Nimègue en 1635, les ouvrages de Bertrand, Chicoyneau, Verney et Deidier, qui ont fait connaître l'épidémie de Marseille de 1720; ceux de Mertens et de Samoilowitz, qui ont traité de la peste qui, en 1771, ravagea Moscou. Desgenettes, Larrey, Louis Frank, et Pugnet surtout, ont donné des notions précises sur les pestes qui régnèrent en Egypte de 1798 à 1800-; plus récemment, plusieurs de nos compatriotes, ayant observé la cruelle épidémie qui, en 1835, a ravagé l'Egypte, ont publié sur elle des documents précieux, et qui ont fait entrevoir la maladie sous une face toute nouvelle. On consultera surtout avec fruit les livres de MM. Bulard, Clot-bey, Aubert-Roche, Brayer, et le Mémoire lu par le docteur Lachaise à l'Académie de médecine, dans l'année 1836. Enfin, Prus, organe d'une commission nommée par l'Académie impériale de médecine, a rédigé, d'après tous les documents qui existent, et après une enquête sévère, un rapport remarquable qui est devenu le texte d'une discussion importante à la suite de laquelle ont été modifiées, au grand avantage du commerce, les lois quarantainaires. U est juste de proclamer ici que c'est en grande partie aux eiïorts persévérants de M. le docteur Âubert-Roche qu'on doit le triomphe des idées nouvelles. Son nom ne saurait être oublié, car il a rendu un éminent service à la science et au pays.

Anatomie pathologiqua. — Les anciens ne nous avaient rien appris de positif sur les lésions qu'on trouve chez les sujets emportés par la peste. Cette lacune importante fut comblée par les médecins français qui observèrent les diiïérentes épidémies qui ont régné de 1833 à 1838 en Egypte, à Smyrne et à Constantinople. Bulard et Clot-bey sont ceux qui ont tracé avec le plus de soin le tableau des altérations cadavériques : aussi est-ce à l'ouvrage de ces deux

auteurs que j'emprunterai la plupart des détails qui vont suivre, et qui furent recueillis sur les lieux, de concert avec les docteurs Gaetany-bey et Lachaise.

L'habitude extérieure du cadavre ne présente de remarquable que la persistance des pétéchies observées pendant la vie, et raflaissement des bubons et des charbons. La figure n'est pas sensiblement altérée : en général, il y a peu de roideur cadavérique. Le cerveau et la moelle n'offrent d'autre altération qu'un léger piqueté et une diminution de consistance de leur tissu ; les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang: Les ganglions du trisplanchnique seraient rouges et indurés, d'après M. Aubert. L'appareil respiratoire est rarement enflartimé; les poumons sont seulement engoués. Le cœur, souvent ramolli, est généralement distendu par du sang noir caillebotté ou fluide et d'un aspect veineux. L'appareil digestif est généralement friable. L'estomac contient souvent un liquide noirâtre, mélanique, et sa surface interne est le plus communément recouverte de pétéchies parfois confluentes et semblables à celles de la peau. Lorsque la mort arrive à une période avancée de la maladie, on trouve quelquefois dans cet organe des ulcérations linéaires, livides ou noirâtres, situées entre les replis de la muqueuse et n'intéressant que l'épaisseur de cette membrane; ces ulcérations n'existent jamais dans l'intestin grêle. Celui-ci est moins souvent ramolli et ecchymose que l'estomac. Le gros intestin n'offre qu'une distension gazeuse ; les follicules de Brunner et ceux de Peyer sont sains. Le foie est gorgé de sang noir et fluide; il ne présente en général rien de notable dans sa couleur, dans son volume ni dans sa consistance. La rate, au contraire, a acquis un volume trois ou quatre fois plus considérable; son tissu, gorgé de sang noir, est' friable et se réduit, à la moindre pression, en un détritus putrilagineux. Les reins, souvent ecchymoses à leur surface, ont presque toujours le double ou le triple de leur volume normal; ils sont remplis de sang.

On voit par ce qui précède que les viscères ne sont pas le siège fréquent de gangrène et de charbons, comme les anciens l'avaient prétendu, et comme l'avaient dit slusâi après eux la plupart des historiens de la dernière peste de Marseille (1720). Bulard parait pourtant avoir observé cette dernière lésion sur le foie de quatre pestiférés. Mais l'altération la plus profonde, la moins connue, bien qu'elle soit presque constante; est celle qu'on rencontre du côté du système lymphatique.

Nous verrons bientôt que des tumeurs particulières, nommées bubons, se développent pendant la vie dans plusieurs endroits du corps, spécialement aux aines et dans les aisselles. Ces tumeurs siègent dans les ganglions lymphatiques. Ceux-ci ont acquis un volume qui varie depuis celui d'une pistache jusqu'à celui d'un œuf d'oie; ils ont une coloration grisâtre, café au lait, livide ou noire; leur consistance peut égaler celle qu'à le squirrhe, ou bien leur mollesse est telle qu'on les réduit en putrilage à la moindre pression. Lorsque les bubons occupent la région inguinale, les ganglions abdominaux qui js'étendcnt de l'arcade crurale au plexus solaire participent à la même altération, lis ne forment plus entre eux qu'une masse compacte, bosselée et noirâtre ou violacée, due au sang qui infiltre le tissu cellulaire. Si les bubons siég;ent dans l'aisselle, les ganglions abdominaux sont intacts, tandis que ceux de la région axillaire sont volumineux, friables, noirs et infiltrés de sang. Ces mêmes altérations se continuent sous la plèvre, le long des vaisseaux lymphatiques, jusqu'au canal thoracique, ou à la grande veine lymphatique, suivant le côté malade. Dans aucun cas, les vaisseaux lymphatiques ne semblent participer à l'altération dcD ganglions, le canal thoracique lui-même a toujours été trouvé sain. Bulard regarde les différentes lésions jies ganglions que nous venons de décrire, et

qu'un autre médecin, H. Lachaise, a également toujours reconnues, conune étant le caractère essentiel et primitif de la maladie. M. Glot les a même vues chez des individus morts avant Tapparition des bubons. Notons, en terminant, que les lésions ganglionnaires sont toujours limitées à quelques points et que jamais elles n'affectent toutes les régions à la fois.

Prodromes. — La peste débute souvent brusquement, mais souvent aussi elle est précédée par quelques signes avant^coureurs, comme malaise, inappé^ tence, et surtout des douleurs dans les aines et dans les régions pourvues de ganglions lymphatiques, souffrances tantôt vives, tantôt obscures et vagues. Ces douleurs affectent parfois un grand nombre d'individus : dans quelques épidé^ mies, presque toute la population s'en plaint; elles atteignent surtout ceux qui, ayant eu la peste jadis, portent à l'aine ou ailleurs la cicatrice d'un bubon suppuré. Si cet accident n'annonce pas chez les sujets qui le présentent une invasion prochaine de la peste, il dénote au moins l'influence de la cause pestilentielle chez ces individus; il révèle chez eux l'existence d'une prédisposition plus grande à être frappés par l'épidémie.

Symptomatologie. — Les malades éprouvent d'abord une lassitude extrême, des frissons irréguliers, une céphalalgie plus ou moins vive, avec vertiges, étourdissements. La maladie date à peine de quelques heures que déjà la pros* tration est extrême; la station et la marche sont impossibles; la figure exprime l'abattement ou la stupeur; les malades sont tourmentés tantôt par une insomnie opiniâtre, d'autres tombent dans le coma, quelques-uns ont des songes effrayants, des visions; enfin, il en est qui sont agités par un délire paisible ou furieux, comme on l'observa très-communément durant la peste de Digne, en i629. Le pouls est en général fréquent, petit, misérable; le sang tiré par la phlébotomie, d'un, rouge obscur, assez dense, ne se recouvre jamais de couenne (Bulard et Lachaise); la peau est chaude et sèche, et la respiration accélérée. La langue est humide et blanche, la soif nulle ou inextinguible. D y a des vomissements ou de simples régurgitations de matières aqueuses, ou bien jaunes, vertes, quelquefois sanguinolentes; tantôt il y a de la constipation; tantôt, au contraire, les malades ont des selles fétides, jaunes, noires. L'urine varie beaucoup dans sa couleur et dans sa quantité. Indépendamment des symptômes qui précèdent, on voit, à une époque indéterminée de la maladie, apparaître dans divers point du corps des bubons, des anthrax, des charbons et plusieurs exan*» thèmes.

1* Bubons, ^^he bubon pestilentiel est une tumeur ronde ou oMongue, lisse ou bosselée, rouge, violacée, ou sans changement de couleur ila peau, d'un volume variant depuis celui d'une amande jusqu'à celui d'un gros œuf. Ces tumeurs sont parfois indolentes, mais le plus souvent elles sont le siège de douleurs plus ou moins vives. Les bubons sont formés aux dépens des ganglions lymphatiques^ on les observe le plus souvent dans les plis inguinaux, un peu moins fréquemment dans le creux de l'aisselle, plus rarement encore dans les régions cervicale et parotidienne; les bubons du creux poplité sont les moins communs. En général, on les rencontre isolément dans l'une des régions que je viens de nommer; quelquefois on en voit se développer dans plusieurs points à la fois; mais il n'y en a jamais dans les points du corps dépourvus de ganglions lymphatiques. Leur nombre varie d'un à quatre chez le même individu ; leur développement est en général rapide : quelques-uns arrivent promptement à maturité et laissent échapper, quand on les ouvre, un pus sanieux ; d'autres sont à peine développés qu'ils disparaissent; enfin, il en est qui restent longtemps stationnaires.

2^ Uànthrax de la peste a la forme d'une tache rouge, très-doulonreuse, ayant trois ou quatre doigts d'étendue, occupant le dos, les épaules ou les aines, et se terminant par résolution ou par gangrène.

3.^ Le charbony que la commission médicale du Caire a proposé avec raison de nommer pustule gangreneuse, est formé par une ou par plusieurs pustules entourées d'une auréole rouge, remplies d'une sérosité brune ou noirâtre, qui, après avoir atteint le volume d'une aveline, se déchirent et laissent à nu une surface complètement gangrenée. La mortification fait bientôt de nouveaux progrès et pénètre plus ou moins profondément; si la gangrène se limite, l'eschare finit par se détacher. Les charbons pestilentiels se développent ordinairement sur le tronc et sur les membres; parfois c'est sur les parties génitales, sur le cuir chevelu ou à la face ; on en a vu jusque sur des bubons (Chénot). n y en a rarement moins de trois, mais leur nombre ne dépasse guère douze.

4^ Exanthèmes, éruptions, etc. — Enfin, la peau peut présenter encore des plaques érysipélateuses, mais surtout des pétéchies discrètes ou confluentes, rosées, violettes ou noires, ayant de 1 à 5 millimètres de diamètre.

Ce^ quatre symptômes, bubons, anthrax, charbons et pétéchies, peuvent exister simultanément ou isolément. Les premiers sont ceux qui manquent le plus rarement; on les voit, dans quelques cas bénins, constituer à eux seuls presque toute la maladie, et n'être point accompagnés de fièvre ; celle-ci, du moins, est si légère et de si courte durée, que les malades ne sont pas même obligés de s'aliter et continuent de pouvoir vaquer à leurs affaires. Cependant, le plus ordinairement, des symptômes généraux fort graves coïncident avec le développement des lésions que nous venons de décrire. Les traits sont alors décomposés; il y a des soubresauts des tendons, et parfois des mouvements convulsifs ; la voix est altérée ou éteinte, les sens sont abolis ou pervertis; la langue est sèche et couverte de fuliginosités ; il y a des hoquets, de la dyspnée; le pouls est inégal, irrégulier, insensible; il y a des syncopes; le sang s'échappe par diverses voies ; toutes les excrétions exhalent une grande fétidité. C'est au milieu de ces désordres que la mort arrive.

Marche. — En général, la peste a une marche toujours ascendante; on observe rarement dans son cours des rémissions et des exacerbations alternatives.

Durée. Terminaisons. — La durée moyenne de la maladie varie entre cinq et huit jours; d'autres fois la vie se prolonge jusqu'à la fin du deuxième septénaire, tandis que dans quelques épidémies, telles que celle de Marseille en 1720, beaucoup de malades succombent au bout de vingt-quatre ou de trente heures. Enfin, on a dit que la peste pouvait frapper comme la foudre et tuer subitement des individus qui jouissaient en apparence de la meilleure santé; ce fait est encore loin d'être prouvé.

Lorsque la maladie a une heureuse issue, les symptômes graves s'amendent peu à peu; s'il y a eu gangrène quelque part, l'eschare est éliminée, les bubons se résolvent ou suppurent ; dans ce dernier cas, le pus est généralement de bonne nature. Le petit nombre de malades qui échappent à l'affection reprennent lentement leurs forces ; leur intelligence est affaiblie ; quelques-uns restent languissants; ils sont parfois privés de l'usage d'un sens, d'autres sont paralysés d'un ou de plusieurs membres, tantôt*passagèrement, parfois d'une manière durable.

Formes. — Les auteurs ont distingué plusieurs formes de peste. Ils ont décrit des pestes inflammatoire, gastrique, nerveuse, putride, suivant que les phénomènes inflammatoires, bilieux, nerveux, etc., prédominaient. Ces distinctions sont peu importantes; il suffit, pour la pratique, de reconnaître qu'il y a une forme bénigne et une forme grave ou maligne.

La peste n'attaque, en général, qu'une fois la même personne, cependant on observe de nombreuses exceptions à cette règle : on a même vu des individus en être atteints plusieurs fois dans le cours d'une seule épidémie. Pendant la dernière peste de Marseille, Bertrand contracta jusqu'à trois fois la maladie.

Diagnostic. — Il importe que chaque médecin soit bien fixé sur les symptômes diagnostiques de cette terrible affection, car de cette connaissance pourra dépendre souvent le salut de provinces entières. Chose remarquable, dans presque toutes les épidémies qui ont eu lieu, la nature de la maladie fut méconnue dans les commencements. Cette erreur a été commise par des médecins d'un grand mérite, en particulier par N. Massa, J. Hercurialis, Chicoyneau et Yerney. D'autres fois, on a annoncé comme pestilentielles des maladies qui n'avaient pas ce caractère, erreur non moins funeste que la première, qui a jeté tout un pays dans la consternation et causé le plus grand dommage aux fortunes privées et publique.

Quoiqu'il n'y ait aucun symptôme qui soit pathognomonique de la peste , t^pendant il y a une réunion de caractères qui font aisément distinguer cette maladie de toutes celles avec lesquelles elle peut avoir quelque ressemblance. Ainsi, une maladie fébrile débutant en général brusquement, sévissant sur un grand nombre d'individus à la fois, et qui, au milieu de symptômes typhoïdes graves, s'accompagne de bubons, d'anthrax, de pustules gangreneuses, ne peu être que la peste. Si, la maladie mal caractérisée d'abord, on avait quelque incertitude sur sa nature, il faudrait, comme le conseille Chomel dans son Traité des fièvreSy isoler les malades, ainsi que les personnes qui les soignent, et toutes celles qui, dans le même lieu, offriraient des symptômes suspects : on concilierait ainsi tous les intérêts.

Nous avons dit précédemment que les personnes qui avaient eu la peste jadis éprouvaient souvent des douleurs dans les cicatrices des bubons et des charbons pendant l'épidémie et même quelque temps avant. Il faudrait tenir grandement compte de cette circonstance, car c'est jusqu'à présent, d'après Prus, le meilleur moyen de découvrir si une constitution pestilentielle existe, ou bien si elle est imminente.

Pronostic. — La peste est un des plus terribles fléaux qui puissent affliger l'espèce humaine; elle enlève quelquefois la moitié des habitants d'un pays, elle interrompt le commerce et tous les rapports sociaux; elle expose souvent celui qu'elle épargne à toutes les horreurs de la misère et de la famine. La mortalité varie dans les différentes épidémies, et ne saurait être calculée. D parait, toutes choses égales d'ailleurs, <iue la peste qui survient pendant une saison humide et chaude, celle qui sévit au sein de populations pauvres et entassées, est plus grave. La plupart des auteurs ont également reconnu que les sujets vigoureux et pléthoriques étaient plus rapidement enlevés que ceux d'une constitution moins forte. Quant aux signes pronostiques, il n'y en a aucun qui ait une valeur certaine; et, comme l'a dit avec raison J. Morello, dans la peste, les sens, la raison, les aphorismes d'Hippocrate, tout nous trompe; un signe favorable dans une épidémie devient pernicieux dans une autre. Cependant^ règle générale, les charbons,^ la gangrène, les syncopes, la prostration extrême, le refroidissement du corps, la décomposition des traits, les convulsions, les urinesanguinolentes, sont des signes qui indiquent une mort presque certaine et imminente.

Ëtiologie. — La peste est endémique dans plusieurs pays d'Orient, spéciales ment en l^ypte, en Syrie et en Turquie, ainsi que dans quelques autres contrées d'Afrique et d'Asie; on l'a même vue naître spontanément dans plusieurs pro-

1* Traitement curatif, — On a tour à tour préconisé un grand nombre de remèdes empiriques dont l'expérience n*a pas jusqu'à présent sanctionné l'efficacité : telles sont les frictions avec la glace, vantées par Samollowitz dans la peste de Moscou ; les frictions huileuses, qui ont été employées dans plusieurs épidémies sans que leur utilité comme moyen curatif ait été démontrée. D'autres médecins ont eu recours à une médication perturbatrice. Ainsi, les saignées abondantes, les sudorifiques puissants, administrés dès le début de la maladie, ou bien les excitants diffusibles, les toniques, le hachisch, les narcotiques et les mercuriaux eux-mêmes ont compté plus ou moins de partisans. Malheureusement le traitement de la peste, comme celui de la plupart des autres affections, ne saurait être soumis à une méthode uniforme; les moyens thérapeutiques doivent varier suivant la physionomie de la maladie et la prédominance de quelques symptômes; en un mot, il faut obéir aux indications les plus pressantes. C'est ainsi que, lorsque dès le début il existe des signes d'une violente réaction inflammatoire, lorsque le sujet est vigoureux, une saignée générale sera pratiquée; mais il faut user de ce moyen avec prudence, en raison de la prostration qui se déclare tôt ou tard. On conseillera concurremment les boisso.s acidulées, rafraîchissantes.

Nous avons vu que, dans la peste, on observait presque toujours quelques troubles vers les fonctions digestives. La plupart des auteurs avaient cru pouvoir les combattre par l'émétique ; mais ce remède est le plus souvent inutile, il est même quelquefois dangereux, en raison des altérations dont l'estomac peut être le siège. Il est donc préférable de n'opposer aux symptômes gastriques que les boissons acidulées, gazeuses, froides, et même glacées, prises en petite quantité à la fois.

Lorsque les accidents nerveux prédominent, il faut les combattre par une médication spéciale. A la prostration on oppose les toniques et les cordiaux, spécialement le vin et les préparations de kina; contre le délire, les soubresauts, les contractures, on administre le musc à haute dose, le camphre et les affusions froides.

Quelques-uns des symptômes de la peste réclament en outre des moyens particuliers. Ainsi, pour les bubons, on s'attachera, en règle générale, à en favoriser la suppuration. Ils seront, à cet effet, couverts de topiques émollients, et on ne les incisera que lorsque la fluctuation sera très-évidente. Pendant longtemps les anthrax et les charbons ont été scarifiés, irrités, brûlés de diverses manières : ce traitement était presque toujours nuisible. Aujourd'hui, docile aux conseils de Diemerbroeck, de Chénot et de J. Frank, on n'emploie plus ces moyens violents, mais on fait sur ces tumeurs des fomentations avec de l'huile ou bien avec de l'eau blanche. Les charbons seront pansés avec de la poudre de quinquina, ou recouverts de compresses trempées dans du vin aromatique. Enfin, on se conduit ici comme dans tous les cas de gangrène et de plaie avec perte de substance.

2* Traitement prophylactique. — Voici les précautions que la commission de l'Académie conseille d'adopter, si la peste venait à éclater dans une de nos villes. Si la maladie se manifestait dans une maison, il faudrait immédiatement porter le pestiféré dans un lieu bien aéré, où il ne puisse former un foyer d'infection et où il recevrait les soins que son état exige. Tous les autres habitants se rendraient dans un lieu désigné par l'autorité, et ils y seraient à la surveillance d'un médecin. La maison évacuée serait nettoyée, purifiée et resterait vide pendant un mois au moins. Plusieurs maisons viendraient-elles à être frappées, on tiendrait pour chacune d'elles la conduite qui vient d'être tracée. On agirait

de même à Tégard de villes entières. Il faudrait toujours, d'une part, s'attacher À faire sortir des foyers épidémiques toutes les personnes non encore atteintes par la maladie; de l'autre, isoler, disséminer les pestiférés, en les plaçant dans des endroits élevés et bien ventilés, de manière à prévenir la formation de foyers pestilentiels.

L'isolement est un bon moyen de préservation, mais non pas un moyen d'une efûcacité absolue. On comprend, en effet, comme l'indique d'ailleurs le rapport à l'Académie, que quand une contrée est en proie à une peste épidémique, les habitants sont exposés d'abord à l'influence des causes générales épidémiques, et ensuite à l'influence des malades. Or l'isolement peut bien préserver de celle-ci, mais il ne préserve pas de la première. Au contraire, en dehors des foyers épidémiques ordinairement circonscrits, et dans les pays habituellement sains, rinflùence des causes générales épidémiques étant nulle, celle des pestiférés et des foyers qu'ils peuvent créer reste seule. Aussi l'isolement, dans ce dernier cas, est-il un moyen certain de se mettre à l'abri (Prus).

Il n'y a, en dehors des règles d'une bonne hygiène, aucun moyen préservatif pour le médecin qui est appelé à soigner les individus atteints de la peste ou qui doit pénétrer dans les foyers d'infection. Porter des gants et même un masque, se frotter les narines, les mains, avec de l'huile et du vinaigre, mâcher des aromates, ne point avaler sa salive, ne pas respirer l'haleine des malades, sont autant de préceptes sans efficacité réelle; d'ailleurs l'observation de plusieuis d'entre eux pouvant inquiéter, effrayer les individus que nous devons soigner, il convient de s'en abstenir et de traiter le pestiféré comme on soigne et traite un individu atteint de toute autre affection. Les précautions barbares adoptées autrefois et mises encore en pratique dans certains lazarets ne sont plus de notre temps; d'ailleurs elles avaient nécessairement pour effet de produire des foyers pestilentiels et de favoriser par conséquent l'extension de la maladie.

La peste est un de ces fléaux qu'il est au pouvoir de l'homme de détruire. Nous sommes convaincu que les progrès de la civilisation éteindront un jour la peste en Egypte, où elle était inconnue avant que ce pays fût tombé à l'état de barbarie. La ville de Londres est un exemple remarquable de ce que peut l'hygiène pour l'extinction de la peste. On voit en effet que cette terrible maladie était presque endémique à Londres il y a encore deux siècles; mais l'incendie en 1666 ayant consumé en quelques jours la plus grande partie de la Gté, le feu ayant surtout dévoré les quartiers les plus insalubres, on eut soin, dans leur reconstruction, d'élargir les rues et d'exhausser le sol : aussi, dès ce moment, Londres cessa d'être ravagé par des épidémies de peste, bien qu'à dater de cette époque, cette ville ait eu des relations plus fréquentes qu'autrefois avec les pays d'Orient.

Nature de la peste. — La peste est une maladie générale produite par un empoisonnement miasmatique, mais jusqu'à présent il n'a pas été possible de préciser la nature de l'affection, puisque nous ignorons le mode d'action de l'agent morbifique, et que nous ne pouvons connaître l'organe ou l'appareil qu'il impressionne primitivement. Bulard suppose pourtant que la peste est une maladie par altération de la lymphe; il regarde celle-ci comme constituant l'essence de l'affection ; il admet consécutivement une altération du sang par laquelle il explique les phénomènes nerveux et les symptômes généraux d'infection qui caractérisent la maladie. Cette opinion est à la rigueur soutcnable, cependant on ne saurait avoir à cet égard aucune conviction. Il reste d'ailleurs prouvé, par les ouvertures des cadavres, que la peste n'est point constituée

94 DES F1ÊVR£S ËRIPTIVES.

par une inflammation viscérale quekonque, pas plus par une gastro-entérite, que par une inflammation des gan^rtions du trisplanchnique.

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