‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 23 sur 176 · DE LA SUETTË MILIAIRE · texte numérisé non relu

DE LA SUETTË MILIAIRE

marquées par un redoublement dans les sueurs, dans l'oppression et dans i*angoisse épigastrique.

L'éruption une fois complète, on voit les sueurs diminuer, souvent même il n'y a plus que de la moiteur; la fièvre persiste en général au même degré; la constriction épigastrique et l'oppression reviennent encore de temps en temps, mais la céphalalgie cesse. Vers le troisième jour de Téruption, le liquide con^ tenu dans les vésicules devient opalin. Celles-ci se rident et s'affaissent, la rougeur des téguments pâlit et s'éteint, la fièvre tombe, l'oppression ne se renouvelle plus, et vers le sixième ou le septième jour de l'éruption, la desquamation commence. Elle a lieu ordinairement par petites écailles furfuracées, quelquefois par larges plaques comme dans la scarlatine. Elle est lente à se terminer ; nous l'avons vue se prolonger pendant six ou sept semaines, ce qui dépend sans doute en grande partie de ce que, pendant la desquamation, et même à une époque où la convalescence est déjà avancée, de petites éruptions partielles ont encore lieu sur le tronc et sur les membres. Celles-ci, arrivant aussi tardivement, ne sont guère annoncées que par quelques sueurs, mais elles ne s'accompagnent plus, comme les premières, ni de fièvres ni de constriction thoracique.

On voit, par ce qui précède, qu'il serait possible d*établir dans l'étude de la suette les mêmes divisions que dans les autres fièvres éruptives, c'est-à-dire qu'on pourrait admettre, comme dans celles-ci, une période d'invasion durant ordinairement de deux à quatre jours, et une période d'éruption. Mais dans la suette, ce sont des éruptions successives et en nombre qui n'a rien de fixe; elles cessent, en général, après quatre, cinq ou six jours, pour être remplacées par une période de desquamation dont la durée est illimitée.

Cependant la suette ne suit pas toujours une marche aussi régulière, et elle ne se présente pas constamment avec la même physionomie. On voit dans toutes les épidémies, et nous-mêmes avons rencontré à Poitiers des cas d'une bénignité extrême, et d'autres qui sont d'une gravité excessive. J'ai vu des individus qui, pris sans cause d'une sueur abondante, présentaient ensuite une éruption railiaire discrète, bornée à quelques points du corps, et cela presque sans fièvre, sans céphalalgie ni constriction épigastrique; de sorte qu'en trois ou quatre jours ces malades étaient guéris ; quelques-uns même n'ont pas été obligés d'interrompre leurs occupations. De pareils cas sont rares; il est beaucoup plus commun de voir la maladie revêtir un caractère fâcheux, tantôt dès le début, le plus souvent à une période plus ou moins avancée. En général, la gravité du mal tient à la prédominance des accidents nerveux ; la céphalalgie peut être atroce, ou bien il y a du délire ou du coma, des convulsions, des contractures, des soubresauts et des syncopes. Les malades accusent surtout de l'épigastralgie et de la constriction thoracique; ils sont souvent alors dans un état de suffocation imminente. Dans ces cas, l'anxiété est extrême, le pouls prend une grande fréquence, les traits se décomposent ; pour peu que cet état se prolonge, ou que les accès d'oppression se rapprochent, la mort ne tarde pas à arriver : il en est qui sont comme sidérés, ils meurent tout à coup, sans agonie, après un léger délire, ainsi que nous l'avons noté dans la scarlatine. U est des individus, enfin, chez lesquels le caractère grave de la maladie se révèle bien moins par la prédominance d'un seul symptôme que par un ensemble d'accidents fâcheux : le pouls s'accélère et faiblit, les sueurs se suppriment, la peau devient aride et brûlante, l'éruption pâlit et s'affaisse, la langue se dessèche ; il survient enfin un état de subdelirium, qui, dans certaines épidémies, était un présage presque certain d'une mort prochaine.

144 DES FIEVRES ERUPTIVES.

J'ai dit précédemment que dans la suette on observait communément plusieurs éruptions successives, et que chacune d'elles était marquée par une augmentation dans la fièvre et dans la constriction thoracique. Ces accès n'ont communément rien de régulier, mais dans certaines épidémies ils se sont reproduits assez périodiquement pour donner à la maladie une physionomie spéciale, et devenir la source d'une indication précise : c'est la forme rémittente.

La suette, à l'instar des autres fièvres éruptives, suit parfois une marche plus ou moins anomale. On a dit que l'éruption pouvait manquer tout à fait; c'est ce qui arrive dans ces suettes à marche rapide, foudroyante, qui se terminent prématurément. Plus souvent, on voit des cas où les sueurs sont peu marquées, et même font complètement défaut; la «peau est alors aride, ou bien il n'existe qu'un peu de moiteur. Celte absence des sueurs se rencontre peut-être plus rarement dans les cas graves que dans les cas bénins.

Durée. — La durée de la suette est très-variable. Quelquefois les diverses périodes se succèdent si rapidement, qu'en trois ou quatre jours les individus sont en pleine convalescence; ailleurs, au contraire, les accidents se prolongent pendant deux septénaires. La durée moyenne pour les cas bénins est de sept ou huit jours, et de quatorze à seize pour les cas graves qui guérissent. La mort arrive le plus souvent du troisième au quatrième jour; cependant quelquefois la terminaison funeste a lieu après douze ou quatorze, tandis que d'autres malades, comme foudroyés, périssent après quarante-huit, vingt-quatre, douze, six et même trois heures. M. Parrot a vu des cas semblables pendant l'épidémie de Périgueux.

Convalescence. — La convalescence dans la suette est presque toujours assez longue et plus ou moins pénible. Les individus restent pendant assez longtemps faibles, anémiés ; ils sont plus ou moins amaigris, ils éprouvent des vertiges et de l'insomnie. Quelques-uns ont des rechutes caractérisées par du malaise, par un peu de fièvre, par des sueurs, ou seulement par de la moiteur et par une éruption miliaire partielle. Ces symptômes ont généralement une durée assez courte et sont surtout exempts de tout péril.

Diagnostic. — Au commencement de beaucoup d'épidémies, la suette a été méconnue et confondue avec une rougeole et surtout avec une scarlatine anomale. Le diagnostic pourtant n'offre aucune difficulté, car la constriction épigastrique, les sueurs excessives et l'éruption miliaire la caractérisent déjà suffisamment et la font distinguer de toute autre affection. Elle diffère, en outre, de la rougeole parce qu'elle n'est ni précédée ni accompagnée de larmoiement, ' de coryza ni de catarrhe bronchique. Les deux éruptions diffèrent aussi beaucoup entre elles : si dans les deux cas il y a des taches irrégulières, celles-ci sont simples dans la rougeole, tandis que dans la suette on trouve à leur centre un point vésicuieux ou papuleux. Le diagnostic d'avec la scarlatine, même quand elle se complique de miliaire, n'est pas moins facile, car dans la suette on ne voit ni l'angine, ni cette coloration rouge framboisée que la bouche et le pharynx présentent. Si l'on compare les deux éruptions, on ne trouve pas, dans celle de la suette, la coloration d'un rouge vif et la régularité qu'on observe dans la scarlatine, soit que l'éruption existe uniformément ou par larges plaques, ou bien sous forme d'un granit très-confluent. Il est inutile, je pense, de parler du diagnostic de la suette d'avec la variole; car une confusion entre ces deux maladies est impossible.

Je ne rechercherai pas ici en quoi la suette diffère de la fièvre qu'on a appelée miliairey et dont les médecins ont tant parlé dans la seconde moitié du dernier siècle, car il est actuellement prouvé que sous cette dénomination on

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