DE LA SUETTE MILIAIRE
confondait toutes les maladies aiguës et même chroniques dans le cours desquelles survenait une éruption de sudamina. L'éruption miliaire était toujours recherchée avec le plus grand soin par nos devanciers ; et toutes les fois qu'ils en constataient l'existence, ils en faisaient le symptôme essentiel et prédominant, tandis que ce n'était qu'un épiphénomène presque sans i^nportance. J'établis donc en principe que la suette miliaire telle que la comprenaient les médecins d'autrefois, n'existe pas. Pour se convaincre de la vérité de ce que je dis, on n'a qu'à lire le traité de Gastellier.
Pronostic. — Le pronostic varie beaucoup dans les diverses épidémies, et suivant que la maladie affecte une forme bénigne ou maligne. Cependant il faut savoir que la suette est une maladie des plus perfides. Aussitôt qu'elle est bien caractérisée, il faut rester toujours sur le qui-vive ; ne pas hasarder un pronostic, même dans les cas en apparence les plus bénins ; car on a vu maintes fois, notamment à Périgueux et à Poitiers, succomber en quelques heures des malades dont l'état n'inspirait aucune inquiétude. La fréquence du pouls, l'aridité de la peau, rabaissement de l'éruption^ les pressentiments sinistres, sont des signes toujours fôcheux. Le pronostic est également grave lorsque les accès de constriction thoracique ont une durée longue et qu'ils se succèdent à de courts intervalles; le délire enfin, les convulsions, les syncopes, sont tout autant d'accidents qui annoncent une issue promptement funeste. Dans beaucoup d'épidémies, une constitution forte a été une circonstance plutôt aggravante que favorable; on a vu aussi quelquefois la maladie offrir plus de gravité tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre sexe. Quant à l'âge, il n'y a rien de constant; car, suivant les épidémies, on voit la maladie faire un plus grand nombre de victimes, tantôt d'un âge, tantôt d'un autre. En somme, la mortalité est plus ou moins forte; si dans les temps ordinaires elle peut n'être que d'un vingtième ou d'un vingt-cinquième, d'autres fois elle emporte le sixième ou même le cinquième des individus. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, dans l'épidémie de Poitiers.
Étiologie. — On ne sait rien sur la cause qui engendre les épidémies de suetle miliaire ; peut-être les localités humides et ombragées favorisent-elles leur développement. La maladie atteint tous les âges ; elle semble pourtant plus fréquente chez les adultes. Dans quelques épidémies les enfants sont respectés : c'est ce que j'ai vu à Poitiers. M. Parrot a noté la même particularité à Périgueux. Suivant les épidémies, on voit aussi tantôt les deux sexes également atteints, tantôt au contraire la maladie prédominer chez l'homme ou chez la femme. Une constitution forte est souvent une prédisposition à contracter la suette. Dans quelques cas celle-ci sévit surtout sur les pauvres ; d'autres fois elle les respecte pour ne frapper que des individus de la classe riche ou aisée, comme je l'ai noté à Poitiers. La suette s'est montrée dans les localités les plus diverses et à la suite de conditions météorologiques si dissemblables, qu'il est impossible de trouver dans ces circonstances la cause véritable de la maladie. La cause vraiment prpductrice nous échappe. On a dit que la suette était contagieuse à la manière de la rougeole et de la scarlatine ; mais ce fait n'a pu être encore démontré. La maladie peut affecter plusieurs fois le même individu, soit à un intervalle de quelques mois, soit au bout d'un plus ou moins grand nombre d'années.
Traiiament. — Je disais dans la première édition de ce livre que d'après plusieurs relations d'épidémies de suette miliaire que j'avais consultées, il me semblait que la saignée générale devait être rarement indiquée, et qu'elle était souvent nuisible. J'ai trouvé, en observant l'épidémie de Poitiers, la confirmalion de cette idée émise d priori. Les saignées générales ne conviennent en effet
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Ue DES FIEVRES ERUPTIVES.
qu'exceptionnellement et lorsque le pouls est large et dur; les saignées locales, surtout à la base du crâne, sont quelquefois utiles pour remédier à la céphalalgie chez les sujets pléthoriques. Cependant l'indication de leur emploi se présente fort rarement. La constriction thoracique, l'oppression, sont les accidents qui préoccupent le plus le médecin : les agents les plus efficaces pour les modérer sont les révulsits (sinapismes et vésicatoires) appliqués sur les extrémités inférieures. M. Gaillard signale aussi, comme particulièrement efficaces contre l'oppression, les frictions faites avec un mélange de térébenthine et d'ammoniaque. On obtient aussi de bons effets de l'emploi de l'ipéca ou d'un émétocathartique; ce dernier a souvent réussi à Poitiers, tandis qu'on voyait échouer l'opium et lea antispasmodiques, qu'on préférait d'abord en raison de la nature toute nerveuse des accidents.
Les émétiques sembleraient devoir être d'un emploi plus restreint que les évacuants intestinaux dans le traitement de la suette. Ceux-ci, en effet, en raison de la ^constipation, qui est un phénomène presque constant dans la suette, conviennent dans presque tous les cas, soit qu'on les administre en lavements, soit qu'on les donne par la bouche, ce qui est préférable. Le moment le plus opportun pour les employer, c'est de les donner après que l'éruption s'est faite. Les vomitifs, par contre, sont avantageusement administrés dès le début. On voit que nous nous montrons partisan de la méthode évacuante; son utilité a été de nouveau reconnue dans quelques épidémies de suette qui ont sévi dans ces dernières années. Foucart a particulièrement insisté sur les avantages de l'administration de l'épicacuanha dans toutes les formes et à toutes les périodes de la suette. Ayant traité de la sorte, en 1849, un millier de malades et n'en ayant perdu aucun, il crut que la racine du Brésil avait une vertu souveraine. Je pense que ce précieux médicament n'a rien qui soit ici spécifique, et bien qu'il se soit montré efficace dans une épidémie^ rien n'empêche qu'il n'échoue dans une autre : c'est là l'histoire de toutes les médications exclusives. Cependant Foucart n'en a pas moins rendu un véritable service en employant l'ipéca avec plus de résolution qu'on n'avait tait et en démêlant avec sagacité le génie spécial de l'épidémie qu'il était appelé à combattre.
Il arrive souvent, à certaines époques des suettes graves, qu'il y a indication de recourir à l'administration des toniques et des excitants. Ces médicaments conviendront en e£fet toutes les fois que les forces sont prostrées, que la chaleur s'éteint, que l'éruption pâlit et s'affaisse.
La suette a quelquefois une marche rémittente et un caractère pernicieux : c'est ce que M. Parrot a parfaitement établi. Dans ce cas, on peut enrayer la maladie, la faire avorter au quatrième ou cinquième jour en administrant le sulfate de quinine à la dose de 1 ou de 2 grammes. Cependant cette méthode, préconisée par le médecin de Périgueux, est loin d'être applicable à tous les cas, et à plus forte raison à toutes les épidémies; on sait du reste qu'à Poitiers elle a échoué, comme dans la plupart des épidémies survenues en France depuis une quinzaine d'années.
Les individus atteints de suette seront mis à l'usage d'une tisane douce, tempérante, qu'ils boivent tiède ou mieux encore à la température de la chambre. Us observeront la diète et le repos au lit. On évitera de lessurcharger de couvertures, afin de ne pas exciter les sueurs; on ne les couvrira que juste pour les empêcher d'avoir froid. On devra, toutes les fois qu'il sera nécessaire, les changer de linge et même de lit, en prenant toutes les précautions usitées en pareil cas pour prévenir un refroidissement; l'air de l'appartement sera renouvelé. Dans les campagnes, ces principes trouvent des