‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 35 sur 176 · DE LA PLÉTHORE, OU POLYÉMIE · texte numérisé non relu

DE LA PLÉTHORE, OU POLYÉMIE

ment général; il est paresseux, son travail est pénible; il s'assoupit dès qu'il est au repos, son sommeil est lourd, agité par des rêves ; le réveil est difficile. La tête est pesante; il y a des vertiges, des bourdonnements d'oreilles; la face, plus ou moins injectée, devient momentanément plus rouge; les malades se plaignent d'y éprouver un sentiment de chaleur incommode : c'est ce qu'on nomme des bouffées de chaleur. En même tenips l'appétit est diminué ou perdu; les selles sont rares, les urines sont rouges, les sueurs plus abondantes; il y a quelquefois un peu d'oppression.

Marche. Durée. Terminaison. — Ces symptômes peuvent persister un ou plusieurs jours, une ou plusieurs semaines, ou plusieurs mois, en présentant des alternatives; puis ils diminuent et cessent spontanément. D'autres fois, c'est une hémorrhagie, une sueur abondante, un flux urinaire ou intestinal, une fièvre éphémère, qui jugent la maladie. Chomel fait observer avec juste raison que dans cette affection les rechutes sont rares, tandis que les récidives sont très-fréquentes. La maladie se reproduit alors avec les mêmes symptômes, et elle se termine toujours de la même manière.

La pléthore est une cause prédisposante ou efficiente de plusieurs maladies : c'est ainsi que des congestions sanguines, des hémorrhagies actives, une fièvre synoque, ne reconnaissent parfois d'autre cause qu'un état pléthorique. On a dit aussi que la pléthore prédisposait aux inflammations ; mais cette opinion n'a été émise que par analogie, et par suite des idées qu'on s'était faites sur la composition du sang, qu'on croyait très-riche en fibrine. H. Andral, d'ailleurs, s'est assuré par l'observation clinique que cette opinion n'avait aucun fondement. Mais si la pléthore n'engendre pas la phlegmasie, elle complique souvent celle-ci, aggrave alors les symptômes de réaction, et force à insister davantage sur le traitement antiphlogistique. Il y a, par contre, antagonisme entre la pléthore et les affections chroniques.

Diagnostic. — Le diagnostic de la pléthore offre rarement de la difficulté. Il faut juger cet état par l'ensemble des troubles qu'il produit, et non pas seulement par le pouls, qui peut tromper. Il est, en effet, des pléthoriques qui, ayant les radiales petites ou profondément placées, présentent un pouls grêle et qui frappe mollement le doigt; d'autre part, il est beaucoup d'individus, un grand nombre de vieillards surtout, dont les artères sont roides ou ossifiées, et qui ont alors un pouls ample, dur, vibrant, sans que pour cela ils soient pléthoriques. Nous rappellerons seulement ici, et nous dirons plus tard avec quelques détails, que beaucoup de médecins confondent, surtout chez les femmes grosses, la pléthore et certaines formes de la chlorose ; mais à l'occasion de l'anémie, nous indiquerons la manière d'éviter une erreur toujours très-préjudiciable.

Pronostic. — Le pronostic de la pléthore n'est presque jamais f&cheux : il le deviendrait pourtant, si la pléthore, récidivant fréquemment, s'accompagnait d'un état de congestion permanente du côté de quelque viscère important.

Étiologie. — La pléthore, rare dans l'enfance et dans l'adolescence, est plus commune dans la période moyenne de la vie. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes, ce qui s'explique par leur vie sédentaire, par les troubles de la menstruation, et enfin parce qu'en raison de Thémorrhagie mensuelle qu'elles ont, la sanguification est beaucoup plus active chez elles. La grossesse est généralement regardée comme une cause extrêmement fréquente de pléthore pour la fenkne ; ce qu'on attribue à la suppression des règles , au défaut plus complet d'exercice, à une alimentation plus abondante; mais il ne faut pas oublier qu'on a exagéré cette fréquence et rattaché à la pléthore des

accidents qui lui sont étrangers. La pléthore atteint rarement les hommes robustes qui se livrent à des travaux rudes. Elle affecte au contraire fréquemment les sujets sanguins, replets, obèses, au visage coloré, qui fatiguent peu , qui usent peu de leur intelligence, qui dorment beaucoup et qui se nourrissent trop substantiellement. Le printemps est la saison qui semble favoriser la pléthore. Cet état se développe parfois à l'occasion de quelque cause qui excite la circulation, telle que l'exposition à une température élevée, Fimmersion dans un bain trop chaud, un excès de table, une émotion morale, la suppression d'une hémorrhagie, ou l'omission d'une saignée habituelle. Il est enfin des individus qui héréditairement, ou en vertu d'une disposition innée ou acquise, fabriquent, quoi qu'on fasse, plus de sang qu'il» ne peuvent en dépenser, et sont atteints d'une sorte de diathèse pléthorique dont les effets sont très-variés.

Traitement. — La saignée générale est le moyen par excellence pour combattre la pléthore; on y joindra l'emploi de quelques laxatifs, des boissons délayantes, les diurétiques, et un régime doux.

Si la pléthore récidive fréquemment, il faut astreindre les individus à un régime sévère. Leur alimentation sera surtout composée de végétaux herbacés et de viandes blanches; ils s'abstiendront de prendre des* liqueurs spiritueuses et des vins généreux; ils entretiendront la liberté du ventre par des lavements; ils feront tous les jours de l'exercice k pied, ils exciteront la transpiration; enfin ils auront recours à la saignée le moins possible, car les saignées répétées, comme les hémorrhagies constitutionnelles, ont souvent l'inconvénient d'activer la sanguification, et par conséquent d'être une cause éloignée de pléthore.

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