DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE
Ter une compression qui se traduit souvent par un aplatissement notable des circonvolutions et qui apparaît aussitôt après qu'on a incisé la dure-mère.
Symptômes. — La congestion cérébrale a presque toujours un début brusque; d'autres fois on dit qu'il y a des prodromes, et l'on cite comme tels des vertiges, des bluettes, des illusions d'optique, des troubles de la vue, des tintements d*oreilles, de la lourdeur de tète, une irritabilité plus vive, phénomènes qui, dans l'espèce, sont bien moins des prodromes que- des effets d'une congestion déjà existante, et qui bientôt va se caractériser encore davantage. Quoi qu'il en soit, que le début soit brusque ou progressif, on voit, dans les deux cas, la figure s'injecter vivement. Si la congestion* est légère ou de moyenne intensité, les facultés intellectuelles peuvent rester intactes, et alors les malades se montrent vivement préoccupés de leur état. Cependant presque toujours l'intelligence est plus ou moins obtuse, les malades sont somnolents, engourdis, ils ont les membres lourds, ils sentent des fourmillements, ils ont une démarche incertaine, autant par faiblesse musculaire que par suite des vertiges qu'ils éprouvent ; chez quelques-uns la parole est plus ou moins embarrassée, et la sensibilité cutanée obtuse. Mais au milieu de ces troubles les individus sont sans fièvre ; le pouls reste calme, mais a souvent plus de force et plus d'ampleur.
Lorsque la congestion est plus forte, les malades peuvent perdre tout à coup connaissance, être alors privés de sentiment et de mouvement; tous les muscles sont dans la résolution; la respiration est stertoreuse, quelques-uns vomissent; beaucoup, dit-on, auraient des évacuations involontaires aussitôt qu'ils sont frappés; mais prenez garde à ces signes, ils sont suspects et doivent faire plutôt redouter l'épÛepsie qu'une congestion simple. Quelquefois, au lieu d'une résolution générale de tous les muscles, on n'observe qu'une paralysie bornée à un seul membre, à quelques-uns des sens ou bien à une moitié du corps. On a noté parfois des mouvements convulsifs, mais il est probable que dans la plupart de ces cas on a eu moins affaire à une congestion simple qu'à un accès d'épilepsie essentielle ou symptomatique de quelque tumeur intra-crânienne. La paralysie du sentiment et du mouvement qu'on voit dans cette forme grave de congestion coïncide presque toujours avec l'abolition des facultés intellectuelles. Mais d'autres fois celles-ci ne sont qu'obtuses, et même on a vu qu'elles étaient conservées nonobstant une perte étendue de la motilité. Quelques ma* lades, enfin, ont un délire maniaque, délire également suspect d'origine épileptique lorsqu'il éclate brusquement. L'hypérémie avec perte de connaissance et paralysie caractérise ce qu'on nomme vulgairement la congestion apoplectique ou le coup de sang.
Formes. — Comme on le voit, les symptômes de la congestion cérébrale varient beaucoup suivant les individus; c'est ce qui a porté quelques auteurs à distinguer cinq, sept et jusqu'à huit formes différentes d'hypérémie cérébrale. On pourrait en admettre un plus grand nombre encore, mais ces distinctions n'ont aucune importance; pour la pratique, il suffit de distinguer, à l'exemple de M. Rostan, une forme bénigne et une forme grave.
Marche. Durée. Terminaison. — Quels que soient d'ailleurs les symptômes qu'on observe, ceux-ci n'ont généralement qu'une durée assez courte. Il suffit souvent de quelques minutes ou de quelques heures pour que le rétablissement des malades devienne complet. Cependant, lorsqu'il y a eu perte de connaissance ou paralysie, il est rare de voir cet étal cesser aussi brusquement. Si rinteiligence, si le sentiment et le mouvement peuvent renaître, au bout de quelques heures, d'une demi-journée ou après vin^-quatre heures, les individus éprouvent néanmoins après une aussi grave secousse, et durant plusieurs jours,
de la torpeur, de l'embarras dans toutes les fonctions de la vie de relation. Il est rare que les symptômes graves de la congestion cérébrale persistent plus de trois jours; lorsqu'ils durent au delà de cette époque, il faut soupçonner quelque autre lésion du cerveau, particulièrement une hémorrhagie ou un ramollissement.
Il peut arriver que des malades succombent en quelques minutes à une congestion cérébrale; ces faits, pourtant, sont des plus rares. Dans ce cas, Tautopsie est généralement impuissante pour expliquer la terminaison funeste, et même les symptômes observés pendant la vie. Des individus morts après avoir éprouvé une hémiplégie ou des convulsions dans un côté du corps, ne nous ont pas toujours montré une congestion plus marquée dans un hémisphère que dans l'autre, et avec quelque attention qu'on examinât alors leur cerveau, on ne voyait nulle part la raison des accidents qui s'étaient montrés dans une moitié du corps. Souvent aussi, bien que les malades meurent avec des symptômes de compression et de coUapsus, on ne trouve, pour expliquer la terminaison funeste, qu'une injection médiocre. Il faut nécessairement admettre, dans tous ces cas, que l'hypérémie a diminué dans les derniers instants de la vie; ce que nous voyons à l'extérieur prouve d'ailleurs que ce n'est pas là une supposition gratuite.
La congestion cérébrale peut suivre une marche chronique, elle persiste alors des mois, des années même, présentant des alternatives journalières en rapport avec le travail de la digestion, avec l'exposition à une température basse ou élevée, etc. Cette congestion permanente ou à accès répétés entrelient un état de gène, de torpeur, qui rend difficiles les travaux intellectuels et même les occupations manuelles exigeant de la précision ou qui ne peuvent s'exercer qu'en inclinant la tête en bas.
La congestion cérébrale, quelle que soit sa forme, est une des maladies qu'on voit récidiver le plus souvent. Lorsqu'elle se produit ainsi à de courts intervalles, elle a souvent pour résultat de troubler gravement les fonctions cérébrales; c'est ainsi que les facultés intellectuelles s'émoussent, que la contractililé musculaire s'affaiblit; enfin les malades arrivent avant l'âge à un état qui se rapproche de la démence sénile. La congestion a souvent aussi pour eflfet de provoquer une hémorrhagie, ou un ramollissement du cerveau, ou une périencéphalite. Quand elle se montre chez les aliénés, elle les conduit promptement à la démence paralytique, et chez ceux qui sont déjà atteints de cette dernière affection, on voit robtusion des facultés, tous les accidents paralytiques s'aggraver, et la mort survenir à la suite de ces congestions qui ont pour résultat de produire, de multiplier les lésions qu'on trouve le plus souvent alors dans les méninges et dans la couche corticale du cerveau.
Diagnostic. — La congestion cérébrale offre des points de contact avec plusieurs maladies, spécialement avec les hémorrhagies intra-crâniennes, avec le ramollissement cérébral, avec l'arachnitis, l'épilcpsie, le vertige nerveux, le rhumatisme épicrânien, la syncope, etc. On verra, en parlant de chacune de ces affections, que leur diagnostic différentiel d'avec la congestion cérébrale est le plus souvent facile. Je rappellerai seulement ici que les symptômes qui accompagnent les congestions du cerveau, même les plus graves, comme la paralysie, le délire et les convulsions, disparaissent promptement; ils ne sont même quelquefois qu'éphémères, tandis qu'ils ont une durée incomparablement plus longue dans les autres maladies. Ainsi la rapidité avec laquelle disparaissent les symptômes propres au^ congestions cérébrales sera un caractère distinclif de la plus grande valeur; mais il y a souvent à se demander si ces troubles