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DE LA CONGESTION CEREBRALE

et surtout les convulsions ne sont pas l'indice d'une épilepsie? Il est inutile de dire que, lorsque l'hypérémie cérébrale tue promptement, il est impossible de la différencier de l'apoplexie et de la plupart des autres causes de mort subite.

Combien il est fréquent de voir des médecins attribuer à une congestion et traiter en conséquence des troubles cérébraux, qui ne sont que sympathiques d'une souffrance de l'estomac ; ce sont des céphalalgies plus ou moins périodiques, des vertiges, de la somnolence, accidents très-communs en effet dans la dyspepsie. Il ne faut donc jamais négliger d'interroger les malades sur l'état de leurs fonctions dtgestives toutes les fois qu'on observera vers le cerveau des troubles qu'on pourrait à la rigueur rattacher à une congestion (voy. Dyspep- $ie). n faut aussi explorer le cœur, car j'ai vu souvent des vertiges subits dépendre d'un trouble de la circulation. Si les malades savent analyser leurs sensations, ils diront que le trouble cérébral a été précédé de palpitations ou d'un arrêt des pulsations cardiaques. Il y a ici lipothymie, syncope même parfois, mais non congestion; aussi les malades, au lieu d'avoir la figure rouge, animée, pâlissent subitement (voy. Syncope). Nous verrons enfin, en traitant des névroses, qu'il existe un vertige purement nerveux, indépendant de tout trouble circulatoire appréciable vers le cerveau; nous renvoyons à l'article spécial que nous avons consacré à cet état morbide dans le tome II.

Je serais porté à rattacher à une forme de congestion cérébrale l'affection connue sous le nom de eatenture, observée, dit-on, fréquemment à bord des navires qui naviguent sous les tropiques. Cette maladie serait caractérisée par un délire violent, survenant brusquement au milieu de la nuit, avec cris, vociférations, agitation extrême et hallucinations. Ces accidents disparaîtraient rapidement sous l'influence de saignées copieuses. Avouons pourtant que nous manquons encore d'autopsies qui puissent nous permettre d'établir quelle est la véritable nature de ta calenture. Ajoutons que, dans ces derniers temps, quelques-uns des médecins les plus distingués de la marine, juges très-compétents, et en tête M. Leroy de Méricourt, ont nié l'existence de la calenture et ont soutenu qu'on avait, à tort, imposé ce nom à quelques formes de délire dont on n'avait point recherché la cause (i) : c'est donc là un sujet d'études à poursuivre.

Pronostic. — La congestion cérébrale est toujours un accident sérieux, même lorsqu'elle est légère ; car, bien qu'elle ne compromette pas alors l'existence, elle est sujette à récidive, et elle finit par amener de graves désordres dans la texture et dans les fonctions de l'encéphale. Celle qui est assez forte pour produire le coma, la paralysie ou des convulsions, est doublement fâcheuse, puisqu'elle compromet immédiatement l'existence. Toutes choses égales d'ailleurs, la congestion est plus à craindre chez les vieillards que chez l'adulte, parce que, chez les premiers, elle produit plus souvent que chez les autres des hémorrhagies ou des ramollissements consécutifs, maladies auxquelles la vieillesse prédispose; elle a aussi une gravité spéciale chez les aliénés, parce qu'elle les conduit à la démence paralytique. Enfin, chez tous les sujets qui ont quelque lésion cérébrale, la congestion est un accident qui vient toujours augmenter les dangers de l'affection principale.

Causes. — Beaucoup' sont prédisposés aux congestions cérébrales par voie d'hérédité. Toutes les conditions qui augmentent la quantité du sang, ou qui font affluer ce liquide en plus grande abondance vers le cerveau, ainsi que celles qui gênent son retour vers le cœur, sont autant de causes prédisposantes

(1) Arckivm généraUi de médecine» août 1857.

fOO MALADIES PAR EXCES DE SANG.

ou efficientes des congestions cérébrales. Il faut ranger dans les deux premières catégories la pléthore, la suppression d'une hémorrhagie constitutionnelle, Tanévrysme du ventricule gauche du cœur, le mouvement fébrile, les émotions morales, les travaux intellectuels opiniâtres, l'abus des liqueurs alcooliques, une alimentation trop succulente, une diminution dans la pesanteur atmosphérique, une chaleur ou une insolation trop intense et un froid trop vif. Ainsi, les individus qui meurent après avoir été exposés à une température élevée, ou à un froid de 8 à 15 degrés, présentent surtout comme lésion cadavérique une vive injection de la pulpe cérébrale. Je dis surtout, car il est commun alors de voir simultanément une forte congestion des poumons. Cette lésion serait même prédominante d'après le témoignage de Russel (4). Le froid exerce peutêtre une action plus marquée sur la circulation cérébrale que la température contraire. C'est ainsi que de nombreux relevés statistiques, faits successivement à Paris, à Turin et en Hollande, ont prouvé que les congestions cérébrales ont leur maximum de fréquence en hiver.

Les causes principales qui produisent Thypérémie du cerveau mécaniquement, en empêchant le retour du sang vers le cœur, sont : les efforts violents, les ligatures et toutes les pressions exercées sur le cou. C'est le plus souvent à une constriction de cette partie, par le col utérin ou par le cordon ombilical, qu'il faut attribuer les accidents que Ton observe chez beaucoup d'enfants au moment de la naissance, et qu'on désigne communément sous le nom d'asphyxie, bien que, dans la plupart des cas, ils ne dépendent que d'une congestion encéphalique. Les professions qui forcent à tenir la tète dans une position déclive; les maladies du cœur, surtout celles du ventricule droit; les anévrysmes de l'aorte, ceux du tronc brachio-céphalique et des carotides, lorsqu'ils exercent une compression sur les veines jugulaires et cave supérieure ; enfin le rétrécissement ou l'oblitération d'un ou de plusieurs sinus de la dure-mère, quelle qu'en soit la cause, amènent sou vent une congestion cérébrale. C'est encore par suite d'une gène de la circulation qu'il faut expliquer le développement des congestions cérébrales qui surviennent dans les asphyxies par l'acide carbonique et par l'oxyde de carbone. Les substances narcotiques, stupéfiantes, comme l'opium, la belladone, l'alcool, le tabac, etc., prises en trop grande quantité, peuvent aussi déterminer une forte hypérémie cérébrale. On a dit que chacune de ces substances avait une action élective sur une partie spéciale du cerveau : d'après M. Flourens, l'opium agirait sur les hémisphères, l'alcool sur le cervelet, la belladone séries tubercules quadrijumeaux. Mais aucun résultat recueilli sur l'homme n a encore confirmé ces assertions, qui ne se fondent que sur quelques expériences, peu concluantes d'ailleurs, tentées sur les animaux.

A différentes reprises, on a vu les congestions cérébrales sévir d'une manière presque épidémique. Il n'y a encore aucun relevé statistique qui démontre le degré de fréquence relative des congestions cérébrales dans les deux sexes et aux différents âges de la vie; toutefois tout porte à croire que cette maladie est plus spéciale aux hommes qu'aux- femmes, à l'âge adulte et surtout à la vieillesse, tandis qu'elle est rare à toutes les périodes de l'enfance.

La congestion cérébrale est souvent symptomatique de lésions plus ou moinsgraves du cerveau; on l'observe souvent, en effet, chez des individus atteints de tumeurs intra-crâniennes, de ramollissements, de foyers hémorrhagiques en réparation; elle est commune aussi dans les maisons d'aliénés, surtout chez les déments paralytiques.

(1) Encydographie de$ sciences médicales, 1836.

DE LA CONGESTION RAGHIDIENNE. Mi

Traitement. — Le traitement sera prophylactique ou curatlf. Les individus prédisposés ou sujets déjà aux congestions cérébrales ne devront pas séjourner dans les lieux dont la température est trop élevée ou trop froide; ils useront modérément des plaisirs vénériens; ils éviteront les émotions morales, les contentions d'esprit et les exercices violents. Ils seront sobres et banniront de leur régime les boissons et les aliments doués de propriétés stimulantes; ils entretiendront la liberté du ventre à Taide de lavements, ou bien on leur administrera de temps en temps quelques pilules d'aloès, qui auront le double avantage de provoquer des selles et de déterminer vers le rectum un mouvement fluxionnaire ou un flux hémorrboldal. On évitera que le cou ne soit trop serré par des cravates; on proscrira toutes coiffures qui pourraient congestionner la tète; les pieds seront, au contraire, tenus le plus chaud possible et à l'abri de l'humidité. La construction du lit mérite aussi de fixer l'attention du médecin : il faudra bannir les oreillers de plume, et les remplacer par des oreillers de crin ou de balle d'avoine; enfin, le lit formera un plan fortement incliné de la tête aux pieds. Lorsque, malgré ces précautions, la congestion cérébrale se déclarera, on emploiera la série de moyens dont j'ai parlé dans mes généralités : saignées générales, révulsifs sur les extrémités, purgatifs drastiques. D'ailleurs, le traitement de cette maladie ne difi'érant pas de celui de l'apoplexie, je renvoie, pour plus amples détails, à celle-ci. Je dois pourtant dire un mot de l'emploi des émissions sanguines, sur lequel régnent quelques dissidences. Si tout le monde est d'accord pour conseiller là saignée générale, beaucoup blâment l'emploi des saignées locales faites dans le voisinage de l'organe^ congestionné; on craint que des sangsues mises derrière les apophyses mastoides, loin de combattre la congestion, ne la provoquent ou ne l'augmentent. Cette appréhension serait fondée si l'on n'appliquait qu'un petit nombre de sangsues, et si l'on n'obtenait qu'un faible suintement de sang; mais si, au contraire, on met d'emblée vingt à trente sangsues, et si l'on provoque un écoulement considérable de sang, on produira sûrement le dégorgement des vaisseaux cérébraux. On parviendra au même résultat en entretenant pendant douze, seize ou vingt-quatre heures, un écoulement continu par l'application de deux, quatre ou six sangsues qu'on remplace par d'autres aussitôt que les premières sont tombées. Ce dernier moyen est peut-être celui qu'il faudra préférer dans le cas de congestion cérébrale mécanique, comme lorsqu'une tumeur quelconque, comprimant les veines jugulaires, empêche le retour du sang vers le cœur.

Les eaux minérales ne conviennent guère aux individus dont nous parlons, cependant on pourrait mettre à profit les vertus purgatives de quelques-unes pour combattre des congestions habituelles ou répétées; les eaux de Niederbronn, prises en boisson, pourraient être utiles dans la forme chronique de la maladie.

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