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DE LA CONGESTION DU FOIE

Le foie est un des organes les plus faciles à se congestionner. La richesse de l'appareil vasculaire qui le traverse, les modifications fréquemment et facilement imprimées ,à sa circulation par le travail digestif, l'absorption veineuse si prodigieusement active dans l'intestin, le voisinage des poumons et surtout du cœur dont les troubles retentissent si aisément partout, et, à plus forte raison, sur l'un des plus vastes réservoirs du fluide sanguin, tout cela explique pourquoi le foie a une si grande tendance à se congestionner. Cependant jusque dans ces derniers temps cet état morbide n'avait que peu fixé l'attention des pathologistes français. M. Ândral a été pendant longtemps presque le seul qui s'en soit occupé. Il a, en effet, publié dans le tome IP de sa Clinique quelques remarques dont le temps n'a fait que confirmer la justesse. Il y a vingt ans, dans ma première édition, je lui avais colisacré deux petites pages. Plus récemment, M. Haspel, dans son Traité des maladies de l'Algérie; M. Fleury, dans son livre sur Y hydrothérapie; Frerichs, dans son Traité pratiqtAe des maladies du foie, et M. le professeur Monneret, dans les Archives de 1861, ont éclairci quelques points de la symptomatologie et de la thérapeutique d'une affection qu'on rencontre fréquemment.

Anatomie pathologique. — Le foie congestionné est plus volumineux et plus lourd; son tissu est entièremeiit rouge ou faiblement mélangé de jaune, ou bien il est violacé. Quand on l'incise, on en voit suinter une quantité con-

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sidérable de sang. L'hypérémie est presque toujours générale, très-rarement elle est partielle ; dans tous les cas elle atteint surtout les granulations rouges. Kiernan a dit encore qu'on devait admettre deux autres espèces de congestions, suivant que le sang stagnait dans les capillaires des veines hépatiques ou dans ceux de la veine porte ; mais une pareille distinction est difficile à établir, et elle n*a d'ailleurs aucune importance sous le rapport pratique.

Rien n'est plus variable que l'aspect de la bile, dont la sécrétion peut être ou diminuée, ou augmentée, ou stationnaire.

Étiologie. — La congestion sanguine du foie est, dans la plupart des cas, tout à fait passive. Elle dépend alors d'une gêne dans la circulation pulmonaire et surtout cardiaque. Aussi l'hypérémie du foie se remarque-t-elle habituellement dans le cours de la plupart des maladies organiques du cœur, spécialement dans les cas de rétrécissement des orifices et des cavités, ou bien dans les dilatations avec amincissement des parois. La congestion passive est souvent un effet de l'intoxication paludéenne.

M. Ândral a depuis longtemps appelé Taltenlion sur les hypérémies actives du foie, qui tantôt seraient primitives et tantôt surviendraient dans le cours de certaines maladies, surtout dans les phlegmasies des voies digestives. C'est là un point de pratique que je n'ai pas constaté aussi souvent que mon illustre collègue ; mais si l'hypérémie active du foie nous semble assez rare dans ce climat, même après des écarts de régime, il n'en est pas de même dans les pays chauds, dans l'Afrique française, par exemple, ainsi que M. Haspel l'a démontré. Cet auteur a fait voir combien la congestion, soit aiguë, soit passive, était commune dans le nord de l'Afrique. La première se développerait préférablemcnt chez les individus jeunes, robustes, non acclimatés, exposés à une chaleur sèche et aride dans les pays marécageux. La seconde forme, plus commune chez les constitutions affaiblies, se trouverait spécialement sur les individus vivant dans un air humide et ayant longtemps souffert des fièvres intermittentes et de la dysenterie.

Symptômes. Marche. Durée. Terminaison. — Le foie congestionné, avons-nous dit, augmente de volume : c'est ce que prouvent la percussion et la palpation. La première fait voir que la matité de l'organe s'étend verticalement dans une plus grande étendue; par la palpation on constate, en outre, que le foie déborde plus ou moins le rebord costal. On reconnaît la présence de l'organe dans ces points par la sensation qu'on a d'un rebord tranchanty anguleux et oblique. Les malades accusent de la pesanteur à l'hypochondre, parfois de la douleur, et une douleur assez vive : c'est ce que j'ai vu, surtout dans les maladies du cœur, lorsque l'hypérémie est considérable et qu'elle s'est très-rapidement développée. M. Haspel note, comme accompagnant la congestion du foie, une teinte ictérique bornée à la sclérotique ou s'étendant à tout le corps; c'est, en effet, ce qu'on observe très-fréquemment. Cet ictère est remarquable par les variations qu'il présente. Pour M. Fleury, ce serait moins un ictère qu'une coloration jaunâtre assez analogue à celle qu'on voit dans la cirrhose, et qui est surtout évidente aux pommettes et au pourtour de la bouche. Les malades dont nous parlons conservent parfois leur appétit; mais la plupart ont de l'anorexie et des digestions difficiles; d'autres ont un appétit augmenté ou capricieux. Dans tous les cas, les digestions sont plus ou moins pénibles. Tous sans exception maigrissent, et parfois le dépérissement est tel qu'on pourrait aisément croire à une lésion organique du foie ou de l'estomac. Les individus dont je parle sont complètement apyrétiques; on a prétendu pourtant que l'hypérémie hépatique pouvait exciter un mouve-

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