‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 49 sur 176 · DV MUGUET. S · texte numérisé non relu

DV MUGUET. S

confluente ou lorsqu'elle devient l'occasion d'une gangrène de la bouche.

Ëtiologie. — Les aphthes sont surtcit très-fréquents dans l'enfance et dans la jeunesse, mais ils peuvent également se montrer à tous les autres âges. Une constitution lymphatique, une mauvaise alimentation, semblent y prédisposer ou les déterminer. Cependant le développement de la maladie a lieu si fréquemment dans les conditions les plus opposées, qu'il est impossible d'émettre sur soa étiologie aucune opinion raisonnable. Les aphthes semblent d'ailleurs constituer souvent une affection symptomatique, quelquefois consécutive à un état général plus ou moins grave : c'est ainsi qu'ils existaient fréquemment dans l'épidémie de Gœttingue, dont Rœderer et Wagler nous ont laissé la relation. Souvent ils coïncident avec un état sabnrral des premières voies, on bien ils régnent pendant certaines constitutions médicales. C'est un accident assez fréquent parfois dans le cours de l'étal puerpéral.

Traitement. — A l'aphthe simple, discret, il suffit presque toujours d'opposer un traitement topique, consistant au début en des lotions mucilagineuses, émoUientes, rendues plus calmantes par l'addition de quelques gouttes de laudanum. Puis, dès que la douleur et la tension des parties ont diminué, on remplace les moyens précédents par des astringents, comme l'acétate de plomb, le sous-borate de soude, l'acide chlorhydrique, l'alun ; enfin, il sera souvent utile, pour modifier promptement la surface de l'ulcération, de la toucher avec un crayon d'azotate d'argent. Ce moyen a même été conseillé comme utile dès le début, et comme pouvant arrêter le mal dans son développement. Il est vrai que quelquefois on a réussi de la sorte à faire avorter un aphthe commençant, mais le plus souvent nous avons vu un résultat contraire, de sorte que nous ne croyons ce moyen utile qu'après la période inflammatoire, lorsqu'il importe de modifier l'état local pour déterminer la cicatrisation. A ces moyens on joindra un régime doux, l'usage de boissons acidulées, de bains tièdes, et parfois l'emploi d'un laxatif.

Je n'ai rien dit du chlorate de potasse, si utile dans plusieurs autres stomatites, car ce médicament n'a pas encore été, que je sache, suffisamment expérimenté; cependant son usage à l'intérieur a paru parfois utile, et il n'y a aucun inconvénient à l'expérimenter aussi bien dans les aphthes discrets que lorsqu'ils sont confluents. Dans ces derniers on sera parfois contraint, par la violence des accidents inflammatoires, à tirer du sang par la veine ou par une application de sangsues sous les mâchoires. Le traitement local sera le même que pour les cas d'aphthes simples ou discrets.

Nature. Siège. — Les aphthes sont une forme d'inflammation des membranes muqueuses ; la vésicule constitue l'élément primitif de la maladie. Quant à son siège. Billard a essayé de le placer dans les follicules mucipares; d'autres, dans la muqueuse elle-même. Bichat et Gardien n'ont pas osé se prononcer, et nous imiterons leur réserve, car cette question ne nous parait pas encore résolue. Si nous ne consultions que nos propres observations, nous dirions quç les aphthes n'ont pas, à proprement parler, de siège anatomique ; en effet, ils nous ont semblé se développer tantôt sur les follicules et tantôt sur la muqueuse seule.

Du muguet, oa de la stomatite orémeuBe.

Les mots muguet^ blanchet, millet^ servent à désigner une forme de stomatite caractérisée par l'exsudation sur la muqueuse buccale de petites concrétions blanchâtres, disséminées ou confluentes, sur lesquelles naît un cryptogame de la famille des mucédinëes, Yoidium albkans.

Historique. — Le muguet a longtemps été confondu avec les aphthes. Son histoire n'a réellement été tracée que par les auteurs contemporains ; on doit citer surtout' les travaux des docteurs Véron (1), Lélut (2), Guersant et Blachc (3), Valleix (4), Trousseau et Delpech (5), Seux (6).

Division. — Relativement à l'abondance de l'éruption, le muguet a été divisé en discret et en confluent; ce dernier a été aussi nommé malin, en raison des symptômes généraux graves qui l'accompagnent. Une division plus importante encore est celle qui distingue le muguet en idiopathique et en symptomatique ou consécutif. Le premier affecte des sujets bien portants, et constitue une maladie toute locale ; le second, au contraire, se déclare chez les individus affaiblis et arrivés à une période avancée d'une maladie aiguë ou chronique. Le muguet idiopathique est spécial à l'enfaRce; celui qui est symptomatique est commun à tous les âges.

Lésions cadavériques. — Parmi les lésions qu'on trouve à l'ouverture des cadavres, les unes appartiennent au muguet, les autres aux complications. Les premières se retrouvent partout où l'exudation s'est faite, c'est-à-dire dans la bouche, où elle est constante; dans le pharynx et dans l'œsophage, où elle est très-commune; dans l'estomac, où on la rencontre dans un dixième des cas; dans le tube intestinal et jusqu'au rectum, où elle est plus rare. Cette exsudation est disposée par de petits points blanchâtres, ayant la grosseur d'un grain de riz ou de semoule, plus ou moins rapprochés entre eux; d'autres fois tout l'intérieur de la bouche est revêtu par une couche uniforme et mamelonnée. Cette exsudation, molle, pultacée, inodore, obéissant aux réactifs chimiques comme le feraient le mucus et la fibrine, adhère faiblement à la muqueuse, qu est souvent rouge, bleuâtre, plus sèche, quelquefois ramollie. Des ulcérations se rencontrent fréquemment (dans près de la moitié des cas) à la voûte palatine.

Depuis longtemps on a recherché quel était le siège précis des concrétions dans le muguet. Yan Winperse, qui écrivait en 1787, a prétendu qu'elles se formaient sous l'épithélium; cette opinion a trouvé dans Guersant et dans M. Lélut deux défenseurs habiles. Billard, au contraire, soutint que Texsudation se formait sur Tépithélium lui-même. Enfin plus récemment, HM. Trousseau et Delpech ont dit qu'elle se disposait plutôt à la surface de la muqueuse préalablement dénudée. Cette question litigieuse me semble résolue aujourd'hui, un examen attentif trouve en effet que la concrétion se forme sur l'épithélium intact.

Quelle est la nature de cette concrétion? Nul doute qu'elle ne soit formée des mêmes éléments que la' plupart des fausses membranes; c'est ce que prouve l'inspection simple, c'est ce que démontre aussi l'examen microscopique. Ainsi H. Monneret a trouvé dans tes concrétions du muguet : l*" de la fibrine en granulations et en fibres, 2® des cellules granuleuses, 3^ quelques globules de pus, 4"* beaucoup de cellules d'épithélium pavimenteux (7). Hais sur ce terrain pathologique croit et pullule un parasite spécial découvert par H. Gruby, bien décrit par M. Ch. Rohm, sous le nom d*oidium aUricans (8).

1) OhtervatiùM sur les maladieê de$ enfants, Paris, 1825i,

I) Archives, année 1827.

(8) Dictionnaire de médecine, article Mogubt. (4) Clinique des maladies des nauveawnés, Paris, 1838. ^) Journd de médecine, année 1845.

^ Recherehes sur les maladies des enfants nouveau-nés, Paris» 1853.

(7) Gatette médicale de Paris, année 1853, p. 589.

(8) Hist^e natunUa dos té^iUm» parasUes, 1853.

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