DU MUGUET
Ce sont des filaments tubuleux, cylindriques, formés de cellules allongées, ar> ticulés bout à bout. Au niveau des articulations naissent les ramifications. L'extrémité libre est renflée, e( terminée par une ou par plusieurs cellules ovoïdes qui sont des spores près de se détacher. Les spores sont libres, flottantes ou adhérentes à la muqueuse. Ce sont des cellules de 0"™,005 à 0""*,007 de diamètre, un peu allongées, contenant une poussière fine, douée du mouvement brownien.
La plupart des micrographes ont considéré ce parasite comme constituant essentiellement la maladie. Nous croyons plutôt que les mucédinées ne sont qu'un épiphénomène, et que, comme plusieurs produits analogues, elles se développent dans les détritus organiques au milieu des conditions que nous étudierons bientôt.
Chez presque tous les sujets qui succombent, surtout dans les hôpitaux, on trouve la muqueuse intestinale, celle de l'intestin grêle surtout, rouge, inr jectée, ramollie, quelquefois ulcérée; ces altérations ont le plus souvent précédé le muguet. Enfin, lorsque nous aurons dit que chez Tenfant, et surtout chez l'adulte, le muguet est une lésion qui survient dans le cours de toutes les altérations graves, on comprendra combien doivent être nombreuses les lésions révélées par les ouvertures cadavériques.
Sjrmptômes. — Vingt-quatre ou quarante-huit heures avant d'apercevoir aucune concrétion, la muqueuse buccale, surtout celle de la langue, devient sèche, plus chaude, et le siège d'une douleur cuisante; les papilles linguales sont aussi plus saillantes que de coutume. La succion est douloureuse, et la déglutition devient difficile lorsque l'inflammation érythémateuse s'est propagée au pharynx. Après un, deux ou trois jours, apparaît sur les côtés du frein de la langue, sur les bords de cet organe et à la face interne des joues et des lèvres, ainsi que sur les gencives, une matière crémeuse très-analogue pour l'aspect et par la consistance au caséum. Elle est disposée, comme nous l'avons déjà dit, par petits points semblables à des grains de semoule, tantôt discrets, tantôt confluents, pouvant alors recouvrir toute la muqueuse, sur laquelle elle forme une couche uniforme ou bien des plaques comme mamelonnées. Les enfants exercent alors, pour la plupart, un mâchonnement continuel ; ils tirent fréquemment leur langue hors de la bouche, comme pour expulser un corps étranger qui les gêne. Il est certain que, dans les muguets un peu étendus, les enfants éprouvent une douleur assez vive; car si on leur introduit le doigt dans la bouche, au lieu de teter, souvent ils se rejettent en arrière et pleurent.
Les concrétions qui caractérisent le muguet sont généralement molles, et on les détache aisément, mais parfois elles sont assez adhérentes pour qu'un effort soit nécessaire afin de les séparer de la muqueuse, qui à ce niveau est très-rouge, lisse, polie et parfois saignante. Il est à remarquer que, dans le muguet, l'haleine n'exhale point cette odeur infecte que l'on trouve dans toutes les autres stomatites, et l'on ne voit pas non plus un phénomène constant dans les inflammations buccales, le ptyalisme. Dans le muguet, au contraire, la bouche est en général plutôt sèche qu'humectée, les fluides qu'on y trouve donnent une réaction fortement acide, fait sur lequel on a beaucoup trop in-» sisté, car on le trouve chez un grand nombre de malades et chez beaucoup d'individus bien portants. Dans le muguet simple, il n'y a ni fièvre, ni diarrhée» ni aucun autre trouble fonctionnel : c'est à peine si l'on rencontre un peu d'érythème vers les fesses et aux cuisses.
11 n'en est plus de même du muguet symptomatique, de celui qu'on observe dans la plupart des asiles, et auquel se rapporte surtout la description que
Valleix a tracée de la maladie. Presque toujours on voit une diarrhée plus ou moins abondante, et chez les enfants un érythème plus ou moins confluent sur le siège et à la partie interne des cuisses, précéder le muguet de quelques jours. Les symptômes locaux de la maladie sont les mêmes que dans la variété précédente, seulement il n'est pas rare ici, à côté des grains de muguet, de trouver des ulcérations ovalaires à bords taillés à pic, à surface blanche ou rougeâtre, siégeant sur le palais ou sur le frein de la langue. D'après Valleix, ces solutions de continuité se montreraient, dans la majorité des cas, avant même l'apparition des premières concrétions ; et, chose remarquable, il n'est pas rare de les voir guérir alors même que la terminaison de la maladie est funeste.
Dans le muguet dont nous parlons et qui arrive après plusieurs jours de diarrhée, le pouls s'accélère, la chaleur de la peau s'élève, le ventre devient douloureux à la pression; il se ballonne, puis la diarrhée augmente, et bientôt des vomissements ont lieu. Dans les évacuations alvines on découvre souvent une matière crémeuse, pultacée, signe certain que l'exsudation qui existe dans la bouche s'est également formée dans le tube digestif. Les symptômes allant encore en s'aggravant, il survient une soif inextinguible ; l'exsudation buccale devient brunâtre; il se fait un amaigrissement rapide et tel qu'en peu de jours ces enfants ont les yeux caves et éteints, la figure rabougrie et ridée comme celle d'un vieillard; leur voix est cassée, ils tombent dans le coma; leur pouls devient insensible, la chaleur s'éteint, l'érythème des premiers jours se propage au loin, la peau s'ulcère dans divers points, surtout vers les malléoles et les talons (Valleix); enfin, la mort arrive dans un état de prostration extrême.
Cette terminaison est presque constante lorsque le muguet s'étend dans l'intestin, ou bien lorsqu'il existe du côté de la poitrine ou des organes digestifs quelques-unes des graves complications que nous avons énumérées. La maladie peut alors se terminer entre trois et cinq jours. Dans la plupart des cas, pourtant, la mort est moins prompte ; mais la guérison n'a presque jamais lieu.
Si le muguet est idiopathique, si la fièvre manque ou si elle est peu intense, s'il n'y a point de diarrhée ou s'il n'y a qu'une diarrhée insignifiante, on voit la maladie se terminer par la guérison après une durée qui varie entre trois et quinze jours. M. Seux, sur 286 cas de muguet sans complication d'entérite, n'a vu la mort survenir qu'une seule fois. Lorsque la maladie se termine heureusement, l'exsudatioii repullule plus lentement et cesse bientôt de se reproduire. On a dit que la maladie pouvait passer à la chronicité ; on verrait alors de temps en temps et pendant plusieurs mois, sur divers points de la bouche, des grains de muguet sans qu'il en résulte le plus communément aucun trouble notable du côté des principales fonctions ; mais c'est là un fait extrêmement rare.
Diagnostic. — Le diagnostic du muguet n'offre aucune difficulté. La présence de petites concrétions blanchâtres, molles, en général peu adhérentes, différencie aisément ces affections des aphthes qui commencent sur un point vésiculeux et se transforment bientôt en ulcérations manifestes. Nulle difficulté, non plus, pour distinguer le muguet de la stomatite ulcéro-membraneuse, dont nous parlerons bientôt, et qui est caractérisée par de larges plaques pseudomembraneuses grisâtres, commençant sur le rebord des gencives, lesquelles sont ordinairement molles, gonflées et ulcérées.
Pronostic. — Le pronostic du muguet est favorable toutes les fois que la maladie, atteignant un enfant bien constitué, n'excite point ou à peine de fièvre et de diarrhée; toutes les fois, en un mot, qu'il constitue une affection idiopathique