‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 58 sur 176 · DE LA GASTRITE AIGUË · texte numérisé non relu

DE LA GASTRITE AIGUË

site, il est rare que les malades soient rétablis avant la fin du second septénaire; souvent la convalescence se prolonge pendant un temps fort long et tout à fait indéterminé.

Diagnostic. — La gastrite aiguë doit surtout être distinguée du ramollissement atonique de Testomac, de Tembarras gastrique, de la gastralgie, des vomissements nerveux, de l'hépatite, de la péritonite, des coliques hépatique et néphrétique, etc. ; j'établirai ces diagnostics différentiels lorsque je traiterai eu particulier de chacune de ces maladies. Hais on peut résumer ainsi les caractères distincts de la gastrite , en disant que dans cette affection il existe une douleur vive à Tépigastre, augmentant par la pression et s'accompagnant d'une soif intense, de nausées, de vomissements et de la non-tolérance des aliments et des boissons. La rougeur de la langue est un phénomène exceptionnel qui, d'ailleurs, n'a par lui-môme aucune valeur. C'est en étudiant ainsi l'état local, et en le comparant aux autres symptômes, qu'on ne prendra pas pour une gastrite aiguë les troubles de l'estomac qui ne sont que sympattiiques. Dans la variole, par exemple, nous avons vu qu'il existait souvent, au début, des nausées, des vomissements et une vive sensibilité à l'épigastre, mais les autres symptômes, comme le lumbago, la fièvre intense, l'état d'anxiété, Taccablement extrême, phénomènes qu'on ne rencontrera point dans la gastrite spontanée, ne permettront jamais le moindre doute. »

Pronostic. — La gastrite spontanée est généralement une maladie peu grave chez l'adulte; il n'en est pas de même chez les enfants très-jeunes et chez les vieillards.

Causes. — La plus grande incertitude règne encore sur les causes de la gastrite aiguë. Tout ce qu'on a dit de l'influence du sexe masculin, de l'âge adulte, des climats chauds, de l'alimentation, des excès alcooliques, des émotions morales, etc., comme favorisant la manifestation de la maladie, est loin d'être encore démontré. Dans la plupart des cas, du moins dans ce climat, l'inflammation de l'estomac succède à une cause traumatique, comme une plaie, un coup sur l'épigastre, l'introduction d'un corps étranger, ou de substances irritantes et corrosives.

Traitement. — Pour peu que la gastrite soit intense, on devra recourir à une ou plusieurs émissions sanguines; il suffira presque toujours d'appliquer un plus ou moins grand nombre de sangsues à l'épigastre; en même temps on recouvrira cette partie de cataplasmes émoUients. Les malades seront mis dans des bains tièdes très-prolongés; on administrera des boissons douces, mucilagineuses, acidulés; celles-ci seront prises en très-petite quantité à la fois; on les donnera tièdes ou fraîches, ou même tout à fait froides, si l'on ne parvenait pas à modérer les vomissements. On devrait également ne pas hésiter à prescrire une petite quantité d'opium, si les douleurs étaient trop vives ou si les malades étaient tourmentés par l'insomnie. On ne commencera l'alimentation que lorsque tous les accidents aigus auront été calmés. On débutera toujours par les substances les plus douces, comme le lait, le bouillon de poulet, etc. ; puis on augmentera en raison directe de la tolérance de l'estomac et des forces digestives. Quelquefois celles-ci sont engourdies; il faut alors les ranimer doucement par l'emploi de la pepsine, des eaux gazeuses, des boissons amères et des révulsifs externes, tels que les vésicatoires, les pommades émétisées sur l'épigastre, etc. Ces derniers moyens conviennent d'ailleurs après l'emploi des antîpblogistiques pour hâter la résolution et empêcher le passage de la gastrite à l'état chronique. (Voyez, comme complément, l'article Ramoir lissemerU iê Vêitomae^ dans le tome U.)

De la gastrite chronique simple.

Caractères anatomiqaes. — De même que la gastrite aiguë, la gastrite ehronique est caractérisée par des changements dans la coloration et la nutrition de la membrane muqueuse; fréquemment aussi on observe des modifications dans l'ampleur et dans la forme du viscère. Celui-ci peut être tellement revenu sur lui-même, lorsque la maladie s'est prolongée, qu'il égale parfois k peine le volume du gros intestin. Dans la gastrite chronique, la membrane muqueuse est rarement colorée en rouge; le plus souvent elle est grisâtre, ardoisée ou brune. Ces colorations sont uniformes, ou bien disposées par zones, par plaques, plus rarement par pointillés, etc. ; mais quelle que soit leur distribution, et quelle que soit la nuance de la teinte, on ne peut jamais, d'après <^ seul caractère, établir l'existence de la gastrite chronique ; car ces colorations se rencontrent fréquemment chez des sujets qui ne présentent aucun trouble du c6té des fonctions digestives. D'ailleurs, ainsi que cela résulte surtout des recherches de H. Louis, les colorations diverses de la membrane muqueuse indiquent bien moins une phlegmasie actuelle que l'existence d*une inflammation ancienne. Dans la gastrite chronique, indépendamment de ces altérations de couleur, on trouve la membrane muqueuse épaissie, plus consistante, ou bien ramollie, et ce ramollissement coexiste souvent avec un amincissement du tissu. D'ailleurs, l'épaississement, l'atrophie ou l'hypertrophie de la muqueuse ne sauraient jamais, à eux seuls, caractériser l'inflammation; car ces lésions peuvent survenir sous l'influence d'une simple altération de nutrition encore inconnue dans son essence, mais que rien ne démontre avoir son point de départ dans un travail inflammatoire. Il en est de même des tissus subjacentsà la muqueuse, et surtout des tuniques celluleuse et musculaire qu'on a trouvées quelquefois hypertrophiées isolément ou simultanément avec la membrane muqueuse, et dans un^e étendue plus ou moins considérable. Sans contester que la gastrite chronique ne puisse produire un pareil effet, il ne faudrait pas, néanmoins, en présence d'une semblable altération, et en n'ayant qu'elle comme élément de diagnostic, conclure tout de suite à l'existence d'une phlegmasie.

D est une autre variété d'hypertrophie de la membrane muqueuse connue sous le nom d'état mameUmnéy lésion que M. Louis, qui le premier l'a bien décrite, considère comme étant aussi un résultat de l'inflammation. Dans les points où cette altération existe, la membrane muqueuse présente une foule de saillies plus ou moins arrondies, de 5 à 7 millimètres de diamètre, assez semblables aux bourgeons charnus des plaies en suppuration, mais un peu plus décolorées qu'eux, et séparées les unes des autres par des sillons étroits, dans lesquels la muqueuse est légèrement amincie. Cette lésion, rarement générale, oecupe surtout la région pylorique et le voisinage de la grande courbure. Je ne crois pas qu'on puisse être encore bien fixé sur sa nature. Il est possible qu'elle se développe exclusivement par suite d'un travail inflammatoire; mais, 8*il en est ainsi, il faut reconnaître que la lésion peut persister encore longtemps après que la phlegmasie est complètement éteinte. Tous les jours, en effet, nous ouvrons des cadavres chez lesquels cet état mamelonné existe au plus haut degré, bien que pendant la vie on n'ait observé aucun trouble appréciable du côté de l'estomac. Je conclus donc que l'état mamelonné, coexistant même avec une coloration ardoisée, ne saurait caractériser sûrement une gastrite chronique ocfuelte, mais ces deux alttoitions sont l'indice ou le vestige

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