‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 63 sur 176 · DE L'ENTÉRITE ET DE L'ENTÉRO-GOLITE CHRONIQUES · texte numérisé non relu

DE L'ENTÉRITE ET DE L'ENTÉRO-GOLITE CHRONIQUES

Les règles de traitement sont à peu près les mômes pour l'enfant à la mamelle. A celui-ci on donnera à teter un peu moins souvent, on réglera ses repas; on remplacera en partie le lait de la mère par quelques boissons douces comme l'eau de gomme ou de gruau, ai le dévoiement est abondant, on administre un lavement avec une ou deux gouttes au plus de laudanum de Sydenham; s'il résiste, il faut, à l'aide d'un vésicatoire, établir une vive révulsion sur la peau de l'abdomen. Dans les cas où le ventre est tendu, très-doulouneux, et lorsque la fièvre est intense, l'application préalable de deux sangsues sur le ventre pourra être avantageuse. Les enfants seront en outre plongés une ou deux fois par jour dans des bains émollients. Si l'entérite survient après un sevrage prématuré, on devra rendre la nourrice à l'enfant, et ne pas lui permettre d'autre nourriture que le lait; ce qui n'exclut pas, d'ailleurs, l'emploi des émollients, des mucilagineux, du bismuth et des opiacés. On a employé aussi dans ces derniers temps les lavements au nitrate d'argent (5 à 10 centigrammes); on a môme prescrit ce sel par la bouche à la dose d'un centigramme dans une potion. M. Trousseau a surtout prôné cette méthode, qui, d'après le témoignage de H. Bouchut, guérirait quelquefois et soulagerait toujours. Nonobstant ces témoignages, le nitrate d'argent est peu usité, moins par crainte d'accident que parce qu'il est inutile. On comprend, en effet, que le médicament n'a qu'une action locale et toute topique : or, donné en lavements, il ne peut agir que si la lésion existe dans le rectum, ce qui est rare, en dehors de la dysenterie; si d'autre part on choisit la voie de l'estomac, la minime quantité d'azotate d'argent qui est prescrite arrivera nécessairement transformée en chlorure insoluble sur les points de l'intestin qui auraient le plus besoin d'être modifiés. (Voyez, comme complément, l'article RamoUissemerU de la muqueutedigesHve.)

DE L'ENléRrrE ET DE L*ENTÉRO-GOLrrB CHRONIQUES

La forme chronique de l'entérite et de Tentéro-colite peut être primitive; d'autres fois elle est consécutive à l'état aigu.

Caractères anatomiques. — Chez la plupart des individus qui succombent à l'entérite chronique, on constate une maigreur extrême de tout le corps; le calibre de l'intestin grêle est diminué au point de n'avoir plus quelquefois chez l'adulte que la grosseur du petit doigt, tandis que le côlon atteint à peine le volume naturel de l'iléon. Les parois intestinales sont amincies, comme atrophiées, et présentent souvent dans une grande étendue une coloration brunfttre, ardoisée, à laquelle le péritoine est tout à fait étranger, et qui dépend de la couleur des tissus subjacents, surtout de la membrane muqueuse. D'autres fois, au contraire, les parois intestinales, surtout si c'est le côlon qui est malade, sont épaissies, indurées, blanchâtres, demi-transparentes à la coupe et comme lardacées, par suite de l'épaississement du tissu cellulaire; la membrane muqueuse est d'un gris brunâtre, tantôt épaissie et friable, d'autres fois ramollie, amincie, détruite, et parfois aussi ulcéiée dans une étendue plus ou moins considérable. Cependant on a tort de regarder généralement les ulcérations comme un caractère anatomiqoe fréquent de l'entérite chronique. Dans l'intestin grêle, cette lésion ne se rencontre guère que chez les sujets tuberculeux, et alors eUe résulte bien moins d'un travail inflammatoire primitif que de la fonte des tubercules sous-muqueux. Nous n'avons pas d'ailleurs à nous occuper ici de cette espèce d'entérite, que nous décrirons avec soin à l'article Phthine. U n'en est pas de même du gros intestin : U est assez commun, en effet, de rencontrer à tout âge, à la suite des diarrhées chroniques, des ulcérations presque toujours

très-superficielles, souvent linéaires, très-nombreuses, à directions variées, occupant souvent le sommet des plis que forme la muqueuse. Ce sont des érosions qui passent aisément inaperçues, lorsqu'on n'a pas soin de bien laver rinlestin, d'étendre la muqueuse et de Texamine'r attentivement à un jour convenable. L'estomac, qu'on a dit, à une autre époque, être altéré d'une manière si constante, participe au contraire rarement, quel que soit l'âge du sujet, aux lésions inflammatoires de la muqueuse intestinale.

Symptômes. Marche. Terminaisons. — Dans l'entérite ou l'entéro-colite chronique, la douleur est peu vive et occupe généralement les mêmes points du ventre. Rarement continue, elle ne survient le plus souvent que de temps en temps, et elle précède alors chaque évacuation; les selles sont plus ou moins nombreuses; il y en a cinq ou six dans les vingt-quatre heures, très-souvent davantage, rarement moins. Elles sont constamment liquides, ordinairement jaunâtres, muqueuses et fétides. Les besoins de défécation sont souvent provoqués par la marche, par une émotion, et surtout par l'ingestion des aliments et des boissons. C'est ainsi qu'il est beaucoup de malades atteints d'entérite clironique qui ne peuvent ni boire ni manger, sans être pris aussitôt d'un besoin subit et pressant d'aller à la selle; presque tous sont tourmentés par des grognements intestinaux ou par un gargouillement bruyant, qui se manifestent surtout peu après le repas, et sont souvent les avant-coureurs des évacuations alvines. La soif est variable; la plupart des malades conservent de l'appétit, la digestion stomacale se fait régulièrement et sans souffrance. Cependant, pour peu que Tentérite se prolonge, U nutrition s'altère profondément, les malades perdent leurs forces; ils pâlissent et maigrissent; leur ventre se rétracte vers le rachis; la peau devient sèche et rude, le pouls s'accélère, la fièvre s'allume. Celle-ci est généralement plus intense; tantôt continue, tantôt revenant sous forme d'accès, elle a le caractère de la fièvre hectique. Si la maladie persiste, si elle s'aggrave, la mort peut en être la conséquence. Ces malades meurent épuisés et dans le dernier degré de marasme.

Dans les cas où, par contre, la maladie a une heureuse issue, on voit les lésions intestinales s'amender, et tout aussitôt la diarrhée diminuer, les coliques s'éteindre; enfin, l'alimentation pouvant se faire d'une manière de plus en plus régulière, l'embonpoint et les forces ne tardent pas à renaître. Mais, quel que soit le mode de terminaison, il est rare que l'entérite chronique suive une marche uniforme et très-régulière; le plus ordinairement, en effet, on observe des rémissions et des exacerbations. Celles-ci surviennent spontanément; le plus souvent elles sont provoquées par différentes causes, spécialement par des écarts de régime ou par l'impression de l'humidité ou du froid. L'entérite et l'entéro-colite ont une durée illimitée. Beaucoup d'individus, quoique bien guéris, conservent néanmoins une grande susceptibilité du côté des intestins; chez eux aussi on observe des dérangements des voies digestives, au moindre écart de régime qu'ils font, ou lorsqu'ils prennent des aliments indigestes, ou bien encore lorsqu'ils s'exposent à l'humidité ou lorsqu'ils ingèrent une boisson trop froide.

Diagnostic. — Les coliques et la diarrhée s'accompagnant d'amaigrissement et de dépérissement sont des symptômes d'entérite chronique, mais ils n'en constituent pas le caractère pathognomonique, puisqu'on les rencontre au même degré dans diverses lésions organiques des intestins, spécialement dans les altérations tuberculeuses et les dégénérescences squirrheuses. Ce n'est donc que par voie d'exdusion qu'on pourra arriver au diagnostic précis de l'entérite chronique simple. Il ne faut pas oublier que cette dernière est rare-

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