‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 62 sur 176 · DE L'ENTERITE ET DE LA COLITE AIGUËS · texte numérisé non relu

DE L'ENTERITE ET DE LA COLITE AIGUËS

tionnë au nombre des évacuations alvines et à la violence des coliques. Pour peu que la pblegmasie ait une certaine intensité, il existe aussi un mouvement fétirile plus ou moins fort, avec céphalalgie, et souvent accompagné de nausées et de vomissements. Ces derniers sont le plus souvent sympathiques; quelquefois pourtant ils sont Teffet d'une phlegmasie concomitante de l'estomac; dans ce cas, il existe concurremment les divers symptômes que nous avons déjà énumérés en traitant de la gastrite : on dit alors qu'il y a gMro-mUrite^ mot dont on a étrangement abusé pendant quinze ans, puisqu'il a servi à dé* nommer très-improprement la fièvre typhoïde elle-même.

Variétés. Siège. — La plupart des médecins admettent que les symptômes et la marche de l'entérite offirent de nombreuses différences, suivant le siège de la phlegmasie. Ainsi, on a prétendu que lorsque le duodénum était enflammé, il existait une douleur vive et profonde au-dessous du foie, vers la région ombilicale, s'irradiant vers les flancs ou les lombes ; que les souShmces, continues ou non, se réveillaient toujours deux ou trois heures après le repas, c'est-à-dire lorsque, la digestion stomacale étant finie, les aliments arrivaient dans le duodénum. On a cru surtout que la duodénite pouvait déterminer un flux bilieux et pancréatique, en vertu de cette loi qui fait qu'une inflammation existant à l'extrémité d'un canal excréteur active la sécrétion de la glande à laquelle il aboutit. On a dit aussi qu'elle s'accompagnait fréquemment d'ictère, et l'on expliquait celui-ci par l'oblitération de l'orifice intestinal du canal cho* lédoque, oblitération qu'on supposait devoir être produite par le boursouflement de la muqueuse duodënale. Mais ce sont là des idées purement théoriques, et qui n'ont point été sanctionnées par l'observation. La duodénite, dont nous ne contestons nullement l'existence, est d'ailleurs une affection excessivement rare, presque impossible à diagnostiquer, et qui ne joue pas, à coup sûr, dans la production des maladies des organes biliaires, le rôle que l'école de Broussais lui avait si gratuitement départi.

L'inflammation du côlon et celle du rectum ont des signes plus positifs. Dans la première, en effet, il y a, indépendamment de la diarrhée, une douleur superfMeUôj et qui dessine souvent fort exactement le trajet connu de l'intestin malade. Mais il est rare que la colite existe seule; dans la presque totalité des cas, en effet, l'inflammation atteint simultanément la fin de l'intestin grêle {iléO'ColUe ou entér<hColUe). Enfin, lorsque le rectum est enflammé, les malades accusent une douleur profonde dans le bassin; il y a souvent du ténesme et une pesanteur incommode à l'anus.

On insistait beaucoup autrefois sur une forme d'entérite qu'on nommait pMegnumeuBe^ dans laquelle toutes les tuniques intestinales, et jusqu'au tissu cellulaire sous-péritonèal, participeraient à l'inflammation. Mais, en consultant les faits rapportés par les auteurs, on se convaincra que, sous ce titre, on a compris des affections très-différentes, particulièrement diverses espèces d'iléus, ou bien des phlegmons développés au pourtour des intestins, spécialement au voisinage du cacum. Nous croyons également qu'il faut rapporter aux phlegmons iliaques la plupart des faits qu'on a décrits en Allemagne sous le nom de ifphUie (inflammation du cacum). Les travaux publiés à ce sujet offrent généialement peu de précision. Cependant il y a un point curieux dûis l'histoire des phlegmasies du cœcum que je dois signaler, c'est la possibilité d'une inflammation limitée à l'appendice vermiforme. Celle-ci peut certainement être primitive, comme le prouvent un certain nombre de faits observés en France; mais presque toiyours elle est consécutive à l'introduction dans la cavité de l'appendice de corps étrangers, tels que des Oces endurcies, des

calculs, des concrétions, des noyaux ou des pépins de fruits, etc. Dans l'un et l'autre cas, on observe des douleurs plus ou moins violentes dans la fosse iliaque, des vomissements, de la diarrhée, et plus souvent encore de la constipation; puis au bout de quelques jours, et parfois lorsque les accidents locaux s'étaient considérablement amendés, survient tout à coup une péritonite suraiguë qui emporte les malades. A Tautopsie, on trouve le péritoine enflammé, et l'appendice vermiforme ramolli, gangrené, perforé. Les faits les plus curieux de ce genre ont été réunis par Fréd. Herling (i), dans une petite monographie sur les maladies du cîBcum. (Voyez Perforation de Vappendice cmcd^ tome U.)

Marche. — L'entérite a presque toujours une marche régulière, c'est-à-dire que les symptômes, après s'être accrus pendant quelque temps, diminuent peu à peu et finissent par cesser complètement et d'une manière définitive. Cependant il n'est pas très-rare de voir la maladie présenter des exacerbations à époques fixes, ou bien, après avoir cessé, se reproduire ensuite à certains intervalles, à la manière des affections périodiques. Mais il est rare que l'entérite dépende de la cause spécifique qui produit ces dernières; car, dans rimmense majorité des cas, on reconnaît, comme d'ailleurs nous l'avons déjà dit précédemment, que les exacerbations ou les retours périodiques des coliques et de là diarrhée dépendent uniquement de quelque écart de régime ou de l'heure à laquelle les malades ont pris des aliments. Si, en effet, l'entérite est limitée à un petit espace, on n'observera peut-être aucun phénomène morbide, à moins que les malades ne mangent; dans ces derniers cas, on verra des accidents intestinaux survenir à une époque plus ou moins éloignée du repas, au moment où les aliments arriveront au niveau de la portion d'intestin malade. On conçoit aussi pourquoi les accidents pourront alors continuer ou se reproduire d'une manière périodique, suivant que les malades persisteront à manger ou se mettront de temps en temps au régime.

L*àge des malades influe d'une manière remarquable sur la physionomie de l'entérite et sur sa marche. Chez les enfants, en effet, l'entérite et l'entérocolite revêtent souvent une gravité qu'elles ne présentent presque jamais chez l'adulte. Ainsi, chez les enfants à la mamelle, on la voit souvent précédée d'érythème aux fesses, puis accompagnée d'une réaction fébrile très-intense, avec développement du ventre et sensibilité vive à la pression; les selles sont muqueuses, jaunâtres, parfois sanguinolentes, plus souvent verdàtres et trèsnombreuses. On remarque aussi fréquemment, au début, des vomissements abondants et qui souvent ne s'expliquent par aucune lésion de l'estomac; c'est dans ces circonstances qu'on voit survenir des ulcérations aux malléoles, des points de muguet, ainsi que des ulcérations dans la bouche. Dans ces cas, où les selles sont si abondantes et si rapprochées, dans ces entérites qu'on pourrait nommer choUriformeSy l'amaigrissement fait des progrès rapides : en vingt-quatre heures, ces petitis êtres deviennent méconnaissables, et presque tous succombent. Chez les enfants plus âgés, c'est-à-dire de deux à cinq ans, Tentérite, comme l'ont prouvé MM. Barthez et Rilliet, peut se montrer également sous une forme très-grave, de manière même à simuler une affection typhoïde. C'est ainsi que la langue se dessèche et brunit, et que les dents s'encroûtent : le ventre se ballonne, se tend, et il peut y avoir du délire ou du coma. Disons cependant que c'est là une forme heureusement très-rare de l'entérite du jeune âge. La plupart de ceux qui sont aussi gravement affectés succombent en deux septénaires.

(1) Journal VBvpénmoe^ année 1838.

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Durée. Terminaison. — Dans la ^ande majorité des cas, Tentérite a une durée qui dépasse rarement un ou deux septénaires. Sa terminaison est presque toujours heureuse, du moins chez l'adulte. La maladie peut cependant avoir une issue funeste. La mort résulte alors de l'étendue et de l'intensité de la phlegmasie, qui, dans ce cas, envahit communément une grande partie du tubs intestinal et détruit très-rapidement sa membrane muqueuse. On conçoit qu'en pareille circonstance il puisse exister une fièvre intense, du délire ou du coma, et des symptômes adynamiques fort graves; mais cet appareil symptomatique, fort rare dans notre pays, ne se remarque guère que dans des climats chauds. Chez nous, dans la forme la plus grave de l'entérite, on ne constate qu*un mouvement fébrile médiocre et presque jamais de symptômes cérébraux; la langue reste humide, mais les douleurs sont vives et brûlantes, les selles sont fréquentes, muqueuses, jaunes, verdâtres, plus ou moins sanguinolentes et généralement aussi abondantes chaque fois; la prostration est assez en rapport avec rintensité de la diarrhée. L'entérite passe souvent à Tétat chronique par suite du traitement peu rationnel qu'on lui oppose, ou des écarts de régime que les malades commettent, ainsi que des autres mauvaises conditions hygiéniques auxquelles ils sont exposés.

Diagnostic. — La diarrhée et les coliques, ayant les caractères précédemment indiqués, feront distinguer très-aisément l'entérite de la dysenterie, de la diarrhée catarrhale, de la colique de plomb, de l'entéralgie, de l'iléus, de la péritonite et du rhumatisme des parois abdominales. (Voyez ces maladies.)

il n'existe pas le moindre rapport, chez l'adulte, entre l'entérite et la fièvre typhoïde; car, eu égard à la gravité, la première tue très-rarement, tandis que la seconde emporte un grand nombre des individus qu'elle atteint. Dans l'entérite, il n'existe communément que peu de fièvre; le ventre est douloureux, mais sans météorisme, avec peu ou point de gai^ouillement dans la fosse iliaque; la rate n'est point développée; il n'y a pas de râle sibilant dans la poitrine; on n'observe point de symptômes cérébraux; les malades ne sont pas tourmentés par l'insomnie ; la faiblesse est médiocre et généralement proportionnée à l'intensité de la diarrhée ; tandis que nous savons que, dans la fièvre typhoïde, l'accablement des forces n'est pas en rapport avec le nombre et l'abondance des évacuations. Chez les enfants âgés de deux à cinq ans, il n'en est pas absolument de même ; car nous avons vu que quelquefois à cet âge, l'entérite, par Tabondance de la diarrhée, par le développement du ventre, par la sécheresse et l'état fuligineux de la langue, et par sa complication avec les accidents cérébraux, pouvait être confondue avec la fièvre typhoïde. Cependant la marche de la maladie, et surtout l'absence de quelques signes importants, comme le non-développement de la rate, l'absence des râles dans la poitrine et (les taches à la peau, permettront le plus souvent d'établir le diagnostic différentiel; celui-ci, nous en convenons pourtant, peut, dans quelques cas fort rares, rester incertain jusqu'à la mort.

L'existence de l'entérite une fois établie, nous avons vu qu'on pouvait quelquefois en déterminer exactement le siège dans telle ou telle partie de l'intestin ; mais nous avons reconnu également que, dans le plus grand nombre des cas, celte localisation était absolument impossible, surtout pour les trois divisions de Tintestin grêle, et même pour déterminer si celui-ci est seul affecté, ou bien s'il l'est simultanément avec le gros-intestin. Tout ce qu'on a dit depuis Bioussais sur la manière de distinguer entre elles l'inflammation de la muqueuse de l'intestin grêle de celle du côlon est entièrement controuvé. Je crois que ceux qui sont habitués à observer les malades avec soin partageront

mon opinion, qui est également celle de M. Louis, dont personne assurément ne conteste la supériorité dans Tart du diagnostic.

Pronostic. — Chez l'adulte, et dans notre climat, l'entérite (toujours en excluant celle qui est toxique) est une affection ordinairement bénigne et qu'on ne voit presque jamais se terminer par la mort. Mais il n'en est pas absolument de même chez les vieillards, chez les enfants à la mamelle, surtout chez ceux qui peuplent les hospices, et qui, promptement épuisés par les douleurs et la diarrhée, succombent en grand nombre. En parlant de la bénignité de Tentérite des adultes, je n'ai entendu désigner que l'entérite primitive, car il n'en est plus de même de celle qui est secondaire. C'est ainsi que nous avons vu précédemment cette affection faire périr beaucoup d'individus ayant d'abord échappé aux dangers de la variole et de la rougeole.

Ëtiologie. — L'entérite est une affection commune à tous les âges; mais il n'existe encore aucun relevé exact d'après lequel on puisse fixer approximativement quelle est la fréquence de cette maladie aux différentes périodes de la vie et dans l'un et l'autre sexe. Plus commune dans les saisons et dans les climats chauds, l'inflammation des intestins survient surtout après l'impression du froid, lorsque le corps est échauffé, ou bien après des écarts de régime, ou bien enfin après l'ingestion de substances acres, irritantes, de purgatifs violents. L'entérite est une affection souvent épidémique. Chez les enfants à la mamelle, la maladie reconnaît souvent pour cause une nourriture trop abondante, la dentition, un sevrage prématuré, etc.

Traitement. — Dans la grande majorité des cas l'entérite cède à un traitement très-simple comme l'emploi de boissons douces et mucilagineuses, de demi-lavements adoucissants et calmants, et de cataplasmes émollients sur le ventre; mais le principal moyen de traitement est dans le régime. Ainsi, dans Tentérite la plus bénigne, les malades s'abstiendront de toute alimentation solide, et si la maladie est plus intense, la diète sera de rigueur. La réaction fébrile, la force du pouls, indiquent l'emploi d'une ou de plusieurs saignées générales. Si les douleurs abdominales sont très-vives, il sera également utile d'appliquer des sangsues. Beaucoup les posent à l'anus, dans le but de dégorger plus facilement l'intestin; mais nous croyons qu'il est préférable de les mettre sur le ventre, si l'on veut que les malades soient soulagés plus complètement et plus rapidement. Dans les cas dont nous parlons, on retirera encore de bons effets des bains tièdes et suffisamment prolongés. Enfin nonobstant ces moyens, si les coliques sont très-vives, ou si l'entérite atteint un sujet trèsirritable, on devra de prime abord administrer une certaine quantité d'opium, afin de modérer les douleurs. Les préparations opiacées sont encore indiquées à une épQque plus éloignée, lorsque, les symptômes de réaction étant éteints, la diarrhée seule persiste. Dans ces cas, l'opium modifie presque toujours avantageusement la sécrétion intestinale. L'entéro-colite se complique parfois d'un état bilieux que l'on peut combattre par l'emploi d'un vomitif : seulement on devra préférer Tipécacuanha à l'émétique, parce que le premier borne à peu près toute son action à l'estomac , tandis que l'autre médicament agit le plus souvent à la fois comme émétique et comme purgatif. L'ipécacuanha est aussi employé quelquefois à titre de révulsif au début de l'entéro-colite des jeunes enfants : H. Trousseau le conseille alors dans l'espoir d'opérer sur l'estomac un effet de dérivation en faveur de l'entérite ; mais cette pratique est loin d'avoir encore reçu la sanction de l'expérience. Dest inutile d'insister pour prouver combien on doit surveiller le régime des malades si l'on veut éviter des rechutes continuelles, et, en définitive, le passage de la maladie à l'état chronique.

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