DE LA LARYNGITE
Par le mot laryngite ou angine laryngéCy on désigne Tinflammation de la membrane muqueuse du larynx. Celle-ci se présentanl sous des formes trèsdifférentes, eu égard surtout à ses symptômes, aux altérations anatomiquef qui la constituent, ainsi qu'à sa marche, on a dû la diviser en plusieurs espèces distinctes, qui sont : les laryngites simple ou muqueusey stridukussy pseudomembraneuse, sous-muqueuse; enfin, on a admis une laryngite aiguë et une laryngite chronique, Cett€ dernière devra même être distinguée en chronique simpk et en chronique ulcéreuse.
De la laryngite aiguë simple ou muqueuse.
Caractères anatomiques. — Les seules lésions anatomiques qu'on rencontre consistent en une rougeur de la muqueuse, qui souvent est en même temps friable et épaissie. Dans ce dernier cas, on constate une diminution dans le calibre du tuyau aérien. Le même effet pourrait être produit si l'infiammation avait occasionné l'infiltration séreuse ou purulente du tissu cellulaire sousmuqueux. Dans certains cas de laryngite, on trouve que l'appareil folliculaire seul est enflammé (Cruveilhier); ou bien il existe des ulcérations superficielles ou plutôt des érosions qui passent aisément inaperçues. Dans quelques cas de variole, on peut trouver des pustules qui ont l'aspect, la structure de celles que la maladie développe sur quelques autres membranes muqueuses.
L'inflammation peut être bornée à l'épiglotte, qui est alors gonflée, dure, tendue, peu mobile.
Sjrmptdmes. — Dans la plupart des cas, la laryngite aiguë ne détermine que des symptômes locaux sans aucune gravité. La voix est constamment altérée dans son timbre; elle est criarde, inégale, le plus souvent rauque; quelquefois il y a une aphonie complète. Les malades accusent, en outre, un sentiment de chaleur et d'ardeur dans le larynx ; ils éprouvent, au niveau de la glotte, un picotement incommode qui excite la toux; celle-ci est souvent pénible en raison de la douleur cuisante qui accompagne l'expulsion brusque de l'air; elle présente parfois un timbre qui la rapproche de la voix croupale : on pourrait, en effet, la comparer à l'aboiement d'un chien. Cette circonstance, qui est sans importance, préoccupe en général beaucoup les parents. Dans la laryngite l'expectoration est nulle, ou du moins elle n'est formée que par quelques crachats blancs et épais. La pression exercée extérieurement sur le larynx est quelquefois douloureuse et excite souvent la toux ; il en est de même des mouvements de déglutition, pendant lesquels l'épiglotte est refoulée sur l'ouverture du larynx, qu'elle comprime parfois, non sans provoquer quelque souffrance. Il est ordinaire de voir qu'à ce degré la laryngite n'excite ni malaise, ni fièvre, ni dérangement des fonctions digestives.
Cependant, dans une forme plus grave, la gêne vers le larynx est plus grande; quelques malades ont la sensation d'un corps étranger qui s'oppose à rentrée de l'air : la voix est éteinte, sifflante, et se produit après de grands efforts; quelquefois alors on entend à distance ou en auscultant le larynx un râle muqueux trachéal plus ou moins bruyant. Pour peu que cette gêne de la respiration se prolonge, la figure exprime l'anxiété; elle est pâle, altérée; les lèvres sont bleuâtres, les yeux saillants; la peau est chaude, le pouls fréquent,
petit. Ces symptômes asphyxiques peuvent aller sans cesse en s'aggravant; d'autres fois ils se calment momentanément après que les malades ont rejeté quelques crachats muqueux, opaques ou filants. Cependant ces instants de répit sont très-courts; bientôt les accidents s'aggravent de plus en plus, et la mort survient presque toujours avant le huitième jour, au milieu des symptômes d'asphyxie lente ou dans un accès de suffocation. Le plus souvent, pourtant, la maladie a une heureuse issue : les symptômes diminuent alors graduellement et rapidement de violence; l'altération de la voix est le seul trouble qui persiste pendant un temps quelquefois très-long.
L'inflammation de l'épiglotte se présente avec des caractères particuliers qui ont été parfaitement tracés par Dezeimeris, dans le tome lY du journal VExpérience.
Dansi'épiglotite, le malade éprouve, à la partie antérieure et supérieure du cou, une douleur plus ou moins vive, et la sensation d'un corps étranger. Le timbre de la voix est plus ou moins altéré ; il y a parfois de la dyspnée, et même des accès de suffocation. En faisant ouvrir largement la bouche au malade et abaissant la base de la langue, l'épiglotte apparaît; elle est rouge, ressemblant beaucoup soit à une cerise mûre, soit au gland du pénis en érection; elle est douloureuse et tendue. La déglutition est ou simplement gênée et douloureuse, ou bien impossible. La dysphagie tient alors à plusieurs causes; au rétrécissement du passage que les aliments doivent franchir, à l'exquise sensibilité de l'épiglotte et aux efforts convulsifs que la douleur détermine, ce qui excite la contraction du pharynx ; enfin, les liquides peuvent pénétrer dans le larynx pendant l'acte de la déglutition, à cause de la difficulté que l'épiglotte éprouve à remplir ses fonctions ; les malades sont pris alors d'une toux convulsive qui vient encore augmenter leur anxiété.
L'épiglottite est une affection essentiellement aiguë, elle débute quelquefois d'une manière brusque, et elle arrive rapidement à un très-haut degré d'intensité.
Quelle que soit l'espèce de laryngite qu'on observe, depuis la plus bénigne jusqu'à la plus grave, on peut voir persister, plus ou moins longtemps après elle, un enrouement ou une aphonie désagréable ; elle tient probablement à un peu d'épaississement des cordes vocales. Graves croit plutôt alors qu'il existe un affaiblissement de ces organes, et peut-être aussi des muscles laryngiens.
Diagnostic. — Nous dirons plus tard comment on pourra distinguer la laryngite simple des autres espèces d'inflammation du larynx, comme l'angine striduleuse, le croup et l'angine œdémateuse. On ne confondra pas la forme grave de la maladie avec un corps étranger dans le larynx, parce que, dans ce derùiers cas, il y a absence de fièvre, parce que les quintes de toux, qui sont d'une violence extrême, ainsi que la suffocation, surviennent subitement au milieu de la santé, et parce qu'enfin les intervalles de calme sont beaucoup plus tranchés que dans les cas d'inflammation aiguë grave du larynx. Nulle difficulté non plus pour ne pas confondre la laryngite avec une inflammation vive du pharynx et des amygdales ; car pour celle-ci l'inspection seule des parties sufCt; en outre, la douleur accusée par les malades siège vers la base de la mâchoire, et la voix n'est pas rauque ou éteinte comme dans la laryngite, mais nasonnée et désagréable comme elle Test quand un gonflement quelconque existe dans le pharynx.
La laryngite doit être distinguée de cette espèce d'enchifrènement de la glotte, arrivant souvent brusquement à la suite des transitions de température, et souvent en passant du froid au chaud ; il suffit souvent, pour la dissiper en
quelques heures, d'exciter une forte diaphorèse, ou d'appliquer sur le cou un sinapisme énergique.
L'épiglottite a été souvent méconnue, cependant son diagnostic n'est pas en général dilTicile. La dyspnée et la dysphagie surtout, qui ne peuvent être expliquées ni par une inflammation vive, ni par un gonflement considérable des amygdales, devront tout de suite faire soupçonner l'existence d'une épiglottite. L'inspection de l'arrière-bouche permettra de vérifier le diagnostic. Cette exploration est en général possible; car dans l'épiglottite, la possibilité d'écarter les mâchoires éprouve moins d'obstacle que dans beaucoup d'amygdalites.
Pronostic. — La laryngite n'est fâcheuse que lorsqu'elle est intense ; elle est plus grave chez l'enfant, en raison de Tétroitesse du larynx à cet âge. L'inflammation de l'épiglotte doit éveiller au plus haut degré la sollicitude du médecin.
Ëtiologie. — Presque toutes les laryngites sont produites par l'action du froid et de Thumidité; d'autres fois la maladie est consécutive à l'exercice immodéré des organes de la voix ; plus rarement elle est déterminée par l'inspiration de vapeurs irritantes, comme celles de l'acide chlorhydrique, ou par l'ingestion de boissons trop chaudes qui enflamment en passant l'épiglotte et la glotte. Cet accident a surtout été signalé en Angleterre : il peut survenir lorsque les mères font boire leurs enfants au bec de la théière. Si l'eau est bouillante, il peut en résulter alors une véritable brûlure de l'épiglotte et de la glotte. La laryngite est souvent épidémique; mais rien ne prouve qu'elle ait jamais été contagieuse. La forme grave survient quelquefois dans le cours de la variole ; elle est alors caractérisée par le développement de pustules nombreuses dans l'arbre aérien; j'en ai vu plusieurs cas.
Traitement. — Dans la forme bénigne de la laryngite, on conseille le repos de l'organe malade, au milieu d'une température douce et uniforme. On pourra y joindre l'usage de pédiluves irritants et de boissons pectorales. Ces moyens sont insuffisants dans la forme la plus grave. Ici, en effet, les émissions sanguines sont indispensables; on ouvrira donc la veine, et l'on appliquera simultanément un grand nombre de sangsues sur le larynx. On insistera sur les révulsifs cutanés, et si ces moyens sont insuffisants, il faudra produire une violente secousse en administrant un éméto-catbartique ; on excitera, en outre, une forte révulsion à l'aide de larges vésicatoires appliqués à la nuque ou sur le larynx lui-même, ainsi qu'aux extrémités inférieures. Enfin, si la mort était imminente par le développement de symptômes asphyxiques, il faudrait recourir au plus vite à la laryngo-trachéotomie.
L'inflammation de l'épiglotte ne réclame pas une médication spéciale. Cependant on parait avoir employé quelquefois avec succès la cautérisation de cet appendice avec le nitrate d'argent. On n'y aura recours pourtant qu'après avoir vainement essayé les antiphlogistiques et les révulsifs.
Contre l'aphonie et l'enrouement persistant longtemps après la cessation des accidents aigus, on emploiera des révulsifs sur le cou et l'usage de gargarismes fortement astringents; mieux vaut encore diriger sur l'organe une eau pulvérisée et plus ou moins chargée de tannin ou d'alun.
De la laryngite striduleote.
StmOMTHU. — Pseudo-croup, ttnx croup; laryngite epaioiodique; afthme de lOUar on de Wlchmann.
La laryngite dite striduleusey en raison du bruit qui l'accompagne, peut être considérée comme une variété de la laryngite simple; elle est surtout caractérisée par des accidents de suffocation souvent formidables, qui reviennent par accès.