‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 76 sur 176 · DE U LARYNGITE ŒDEMATEUSE, OU (EDËME DE LA GLOTTE · texte numérisé non relu

DE U LARYNGITE ŒDEMATEUSE, OU (EDËME DE LA GLOTTE

dans le tissu cellulaire, il pourra se frayer une issue dans le larynx; les malades, dont Fhaleine devient alors plus ou moins fétide, rejettent une matière opaque fluide, qui leur laisse une saveur désagréable. D est assez commun de voir chez les individus atteints d'angine œdémateuse la déglutition plus ou moins gênée; cette fonction peut devenir à peu près impossible, les efforts que le malade fait alors pour avaler augmentent encore le malaise, l'anxiété, et provoquent même des accès de suffocation.

Bientêt ces symptêmes s'aggraveiit encore, la respiration devient de plus en plus pénible et plus Jbruyante; puis des accès de suffocation se déclarent. L'inspiration, devenant plus sifflante, ne se fait qu'avec desefibrts inouïs. L'anxiété est extrême : les malades sont assis sur leur lit, ils ont la face livide ou cyanosée ; une sueur froide baigne leur corps, ils ont des vertiges, en un mot tous les troubles fonctionnels qui accompagnent l'asphyxie. Ces accès durent pendant sept à dix minutes, quelquefois davantage; ils se répètent au bout de quelques heures, ou de plusieurs jours et parfois même après un répit d'une semaine. C'est surtout dans la soirée ou pendant la nuit qu'ils reviennent et qu'ils ont le plus de gravité. Dans leur intervalle, la respiration, quoique toujours gênée, devient pourtant beaucoup plus libre. Si les accès se rapprochent à de courts intervalles, on voit alors l'orthopnée persister dans leur intervalle, la face et les extrémités restent livides, la calorification diminue, la sensibilité cutanée s'éteint et la mort arrive. Comme nous l'avons vu dans le croup, quelques malades sont emportés violemment dans un accès de suffocation, comme si un obstacle empêchait subitement l'arrivée de l'air; la plupart succombent plutêt avec tous les symptêmes d'une asphyxie lente, ils se cyanosent peu à peu, leurs sensations s'obscurcissent, ils tombent dans la somnolence et le coma, puis ils s'éteignent tout d'un coup.

Les accès de suffocation sur lesquels je viens d'insister ne sont pas cependant constants; d'après les calculs de Sestier, on ne les aurait guère notés que dans les trois cinquièmes des cas. Chez les deux autres cinquièmes, la dyspnée aurait été continue et à peu près la même dans tout le cours de la maladie.

Dans l'affection dont je parle, le thorax est toujours sonore à la percussion; mais le volume d'air qui arrive dans les poumons étant beaucoup moins considérable, en raison de l'obstacle qui siège dans le larynx, il s'ensuit que le murmure respiratoire est très-affaibli, il est en outre souvent masqué par le sifflement qui se passe dans la gorge et dans le larynx. La possibilité qu'il y aurait, d'après Thuiilier, Bricheteau, Legroux, Lisfranc, de constater la tuméfaction des replis aryténo-épigiottiques en portant profondément l'indicateur jusqu'au-dessous de l'épiglotte, ne nous est pas absolument démontrée. Nous avons essayé maintes fois d'arriver ainsi sur le siège du mal ; mais le resserrement spasmodique du pharynx ainsi que les efforts de vomissements nous ont toujours arrêté dans nos recherches, et nous savons que plusieurs médecins, entre autres Chomel et H. Blache, n'ont pas été plus heureux que nous. Ceux qui ont pu atteindre par le toucher les replis aryténo-épigiottiques, ont dit que ces organes donnaient au doigt explorateur la sensation de deux bourrelets, tantôt fermes, tantôt mous, tantôt lisses, tantôt comme veloutés, et d'une température plutôt froide qu'élevée (Sestier). Il est plus aisé de constater l'état de l'épiglotte, qui le plus souvent est tuméfiée, plus ou moins résistante, et parfois roulée sur ellemême. Le laryngoscope permettrait de reconnaître directement l'état des replis aryténo-épigiottiques, et d'arriver ainsi d'une manière certaine au diagnostic de l'affection, si toutefois le jeune âge des individus et chez tous l'anxiété et les accès de suffocation ne s'opposaient pas à l'application de l'instrument.

L'angine œdémateuse ayant souvent été précédée ou se compliquant fréquemment d'une inflammation, en général bénigne, de l'arrière-gorge, on peut trouver la luette, le voile du palais, le pharynx plus ou moins rouges, et surtout œdénuUeux.

Si, dans la grande majorité des cas, et lorsqu'il n'existe qu'une infiltration œdémateuse, Tinspection du cou ne présente rien d'insolite, il n'en est plus de même dans les cas d'inflammation phlegmoneuse, car alors la partie peut être tuméfiée. Si l'on exerce une pression sur elle, on provoque aussitôc une douleur vive, et l'on sent souvent en ce point une tension, une rénitence manifeste. U est digne de remarque qu'au milieu de symptômes aussi fftcheux, la fièvre est souvent nulle ou très-modérée. L'anorexie est le seul phénomène sympathique qu'on constate du côté des voies digestives.

Durée. — Comipe on vient de le voir, la laryngite œdémateuse a une marche inégale, mais rapide. Sa durée peut n'être que de quelques heures, le plus souvent la maladie se termine en cinq ou six Jours ; elle a paru parfois se prolonger pendant quatre ou cinq semaines, mais cette apparente lenteur ne se remarque guère que dans les cas de lésion chronique du larynx; il est probable qu'alors il y a eu plusieurs infiltrations successives. L'œdème qui est primitif ne présente point une marche semblable.

TerminaisoiiB; — La mort; qui est la terminaison la plus ordinaire de la maladie, est presque toujours la conséquence de l'asphyxie. Si l'issue doit être heureuse, les accès s'éloignent, la dyspnée diminue, puis cesse, la déglutition devient libre,et la voix, après un temps plus ou moins long, finit par reprendre son timbre normal.

Tariétés. — Sestier disthigue avec raison trois formes ou variétés d'angine œdémateuse, eu égard à la marche et à la durée de l'afiection. Il y a une angine en quelque sorte fomdroyante, e'êst-à-dire que, sans prodromes notables, tout à coup il survient une dyspnée extrême, au milieu de laquelle l'individu expire, et cela quelques minutes après l'invasion du mal ; c'est Ift une variété fort rare. Plus communément l'affection, débutant aprec ou sans prodromes, se caractérise par une dyspnée croissante qui de temps en temps se transforme en accès de suffocation, et les individus meurent après ûu, deux, quatre ou cinq jours d'angoisses eflBroyables. Enfin il y a une forme subaiguê, c'est la variété que Bayle a décrite. Celle-là débute communément d'une manière insidieuse par de la gène dans le larynx, par une dyspnée croissante. S'il y a des accès d'oppression, ils n'ont lieu souvent qu'à un intervalle de plusieurs jours, et même d'une semaine. La mort arrive plus souvent avec les symptômes de Tasphyxie lente.

Je serai bref sur une autre laryngite décrite par H. Cruveilhier et dont il existe peu d'exemples, c'est la laryngite sms-glottiquey occupant la partie du larynx qui est située au-dessous des ventricules. Presque toujours le tissu cellulaire est infiltré de pus ; le cartilage ericolde, dénudé, nécrosé, peut se séparer et être expulsé par l'œsophage ou par le larynx.

La laryngite sous-flottiquea une marche plus lente que celle qui siège audessus de la glotte; la douleur se. fiait sentir plus inférieurement que dans cette dernière, et elle s'accompagne moins fréquemment de gêne dans la déglutition; mais il existe dans l'une comme dans l'autre une respiration sifflante et des accès de suffocation. Le traitement ne varie pas dans les deux cas.

Diagnoâtio. — Bayle a indiqué, comme signes pathognomoniques de la maladie, des accès de suffocation, et surtout le contraste qui existe entre l'inspiration et l'expiration, la première se faisant péniblement, tandis que la

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