DE LA LARYNGITE ŒDEBIATEUSE, OU ŒDSME DE LA GLOTTE
seconde aurait lieu sans efforts. Cependant il y a, à ce siqet, d'assez nombreuses exceptions, et nous avons vu nous-mêmes plusieurs laryngites œdémateuses dans lesquelles l'expiration et l'inspiration étaient également pénibles. Cette anomalie ne tiendrait-elle pas à ce que, dans ces cas, l'infiltration ayant gagna l'intérieur du larynx, et surtout les cordes vocales, il y aurait alors un obstacle permanent, fixe, à l'entrée comme à la sortie.de l'air? Quoi qu'il en soit, ce signe, d'une part, n'est pas constant, et, d'autre part, il peut exister dans plusieurs autres circonstances, notamment lorsque le nerf récurrent est comprimé ou tiraillé. Il n'y a, en somme, aucun signe pathognomonique de la laryngite œdémateuse; nous pensons que le diagnostic de cette affection ne peut être établi que par un ensemble de caractères. Ainsi un sentiment de gîftne à la partie supérieure du larynx s'accompagnant d'enrouement, une respiration siiflante, presque toujours plus pénible pendant l'inspiration que durant l'expiration ; bientôt des accès de suffocation qui cessent et se reproduisent ordinairement à de courts intervalles, indiquent un obstacle dans le larynx, et font supposer qu'il est déterminé par le gonflement, par l'infiltration séreuse ou purulente des replis aryténo-épiglottiques. Avouons cependant qu'il est souvent fort difficile de distinguerl'angineœdémateused'avec une laryngite simple, mais très-intense : l'existence de bourrelets sentis derrière l'épiglotte pourrait seule ôter toute incertitude. Mais nous avons dit combien la chose est difficile. Observons pourtant que dans la laryngite simple, l'inspiration et l'expiration sont également difficiles, ce qui est un fait exceptionnel dans la laryngite œdémateuse; enfin dans ces cas obscurs, on ne doit pas oublier d'examiner l'arrièrebouche, qui est souvent infiltrée chei les sujets atteints d'angine œdématepse; cette circonstance peut fournir au diagnostic incertain une présomption de plus. Comparant entre elles les affections principales qui peuvent produire la suffocation, il est possible le plus souvent de remonter à la nature et au siège de l'obstacle. Ainsi les accès de suffocation produits par les maladies de l'aorte, du cœur et des poumons, seront facilement reconnus, et distingués de ceux que l'angine œdémateuse détermine, à l'aide des moyens d'exploration dont nous pouvons disposer et que nous exposerons ailleurs. L'aphonie, le timbre de la toux, l'expulsion des fausses membranes, la coexistence d'une angine pseudomembraneuse, la tuméfaction des ganglions du cou, ne permettront pas de prendre un croup pour une laryngite œdémateuse. On confondrait difficilement la laryngite striduleuse avec l'œdème de la glotte, qui d'ailleurs se remarque très-rarement dans le jeune âge. Il y a dans les deux maladies des accès de suffocation; mais, dans l'angine striduleuse, la dyspnée et la plupart des symptômes disparaissent parfois, à tel point que les enfants reprennent leurs jeux ; tandis que, dans l'angine cedémateuse, il y a entre les accès des troubles fonctionnels assez graves. Les accidents qne celle-ci produit ne pourront non plus être confondus avec ceux que détermme l'introduction d'un corps étranger qui occasionne une suffocation subite, un raclement particulier perceptible à distance et par l'auscultation médiate; il est rare enfin qu'on ne puisse s'éclairer par les commémoratifs. Un polype pédicule du larynx produit les mêmes accidents qu'un corps étranger venu du dehors. Cependant j'avoue que le diagnostic pourra être, dans quelques cas, fort difficile, sinon impossible : toutefois cette production est tellement rare, qu'il est permis, jusqu'à un certain point, d*en faire abstraction lorsqu'on établit le diagnostic différentiel de la laryngite œdémateuse. Un rétrécissement de la trachée résultant d'une cicatrisation vicieuse de ce conduit peut produire une dyspnée continue, des accès d'oppression, et comme dans l'œdème glottique une inspiration pénible, bruyante, tandis
que l'expiration est relativement facile, la voix peut être aussi plus ou moins altérée. Mais si Ton a égard au siège différent de la douleur, à une déformation du larynx et de la trachée parfois très-appréciable, à rabaissement, à la dépression que le premier a subis, on pourra à la rigueur arriver à un diagnostic différentiel. Nulle difficulté, par contre, pour ne pas confondre avec l'œdème des replis aryténo-épigloltiques un cancer du larynx et un abcès rétro-pharyngien. En effet, le premier se distinguera aisément par une tumeur bosselée et par l'expectoration d'une matière sanieuse. Quant à l'abcès rétro-pharyngien, la gêne de la déglutitioù, l'œdème du cou, l'existence d'une tumeur fluctuante qui existe souvent à la face antérieure du pharynx, et qu'on voit quand on fait ouvrir la bouche au malade, éclaireront assez sur la véritable nature de la maladie pour que le doute soit impossible.
Dans tous les cas on pourrait arriver à un diagnostic plus précis à l'aide du laryngoscope, puisque par ce merveilleux instrument on peut voir distinctement la glotte et même une partie du larynx. Mais nous avons dit plus haut ce qui pouvait en gêner ou en empêcher même l'application.
Pronostic. — Le pronostic sera toujours extrêmement grave, puisque, sur les quarante malades dont Yalleix a réuni les observations, on ne compte que neuf guérisons. Bayle rapporte, dans son mémoire, avoir perdu seize malades sur dix-sept. D est vrai que les individus étaient presque tous dans des conditions fâcheuses. Sestier évalue la mortalité à la moitié, pourvu que la maladie soit primitive, qu'elle ne frappe pas des individus déjà malades ou convalescents d'une affection sérieuse. Parmi les symptômes les plus fâcheux, Sestier signale la difGculté de VexpircUion^ puisque ce signe semble indiquer, en effet, un obstacle plus étendu existant dans l'intérieur même du larynx.
Dans le pronostic, il faut se tenir en garde contre les fausses convalescences : il y a souvent, en effet, des rémissions plus ou moins longues pendant lesquelles la sollicitude du médecin doit rester éveillée.
Étiologie. — La laryngite sous-muqueuse est tantôt primilivey c'est-à-dire constituée par une inflammation primitivement développée dans le larynx ou qui s'y est propagée de l'arrière-gorge ; d'autres fois la maladie est œnséculive à l'altération des parties voisines, telles qu'ulcération du larynx ou carie de ses cartilages, etc. Rare dans l'enfance, on a surtout vu la maladie chez les individus âgés de dix-huit à trente ans ; elle parait être beaucoup plus fréquente chez Thomme que chez la femme. Bayle a reconnu que le plus souvent la laryngite sous-muqueuse survenait pendant la convalescence des maladies fébriles et très-rarement au milieu d'un état de santé parfaite, opinion qui a été confirmée récemment par les recherches de Yalleix : sur quarante malades, dit ce médecin, l'angine n'aurait été primitive que quatre fois. On comprend d'ailleurs aisément que, chez des individus affaiblis, îa moindre inflammation de la muqueuse ait pour effet de produire une suffusion séreuse dans le tissu cellulaire subjacent. Les affections chroniques du larynx avec ulcérations paraissent prédisposer à l'angine œdémateuse. Cependant celle-ci est fort rare dans ces laryngites ulcéreuses qui accompagnent la tuberculisation pulmonaire. Les replis aryténoépiglottiques peuvent-ils s'infiltrer par les causes qui produisent l anasarque ? La chose est probable, et l'on a même cité quelques faits en faveur de cette opinion; toutefois c'est là une circonstance assez rarement observée.
Dans la plupart des cas, la maladie survient sans cause déterminante appréciable; mais quelquefois elle succède à l'impression du froid, ailleurs elle a une origine en quelque sorte toute traumatique. Ainsi M. Charcellay l'a observée après un empoisonnement par l'acide nitrique, d'autres l'ont vue après les plaies