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lement puissamment éclairé le diagnostic, mais dirigé en outre la thérapeutique dans des voies nouvelles. Cette application des méthodes exactes à la recherche des maladies a fait disparaître, condamner sans retour une foule d'idées abstraites, systématiques, qui ont longtemps obscurci le diagnostic, fait dévier la thérapeutique, et qui, donnant à la médecine Pair d'un roman plutôt que d'une science exacte, avaient ainsi contribué à la discréditer.
Non-seulement l'observation est devenue plus parfaite et l'expérimentation plus rigoureuse, mais pour s'élever de la connaissance des faits particuliers à celle des faits généraux, on ne s'est plus fié à la mémoire, aux impressions vagues, aux inspirations théoriques ; on a recueilli des faits nombreux, on les a comparés et comptés, et, par ce rapprochement, par cette analyse, par cette numération, on est arrivé à des déductions rigoureuses, à la connaissance de quelques lois précises, à des résultats positifs en séméiolique, en étiologie, comme en thérapeutique.
La science moderne peut être fîère de ces conquêtes, elle n'a rien à envier aux siècles précédents. Mais la pathologie, en agrandissant son domaine, en perfectionnant ses méthodes, est devenue par cela même plus longue, plus diflicile à étudier. Le diagnostic est surtout la partie de la pathologie qui offre les difficultés les plus grandes. Il constitue d'ailleurs le fondement de la médecine pratique, puisque sans lui le pronostic est impossible, la thérapeutique incertaine, et parfois même meurtrière. On ne parvient à surmonter les obstacles que cette étude présente et à saisir à propos les indications, que si, doué d'un jugement sain et de sens intacts, on se livre avec persévérance, avec ardeur, à l'observation des malades. La lecture des meilleurs ouvrages ne peut suppléer à l'étude clinique : sans elle l'éducation médicale est impossible; elle seule peut donner au médecin le vrai savoir, qui consiste bien moins à connaître ce que les autres ont dit qu'à juger d'après soi-même.
L'ordre suivant lequel les maladies doivent être étudiées n'est pas chose indifférente. Dans les traités de médecine, on a suivi jusqu'à présent trois méthodes principales de classification, qui sont : l'ordre alphabétique^ l'ordre anatomique, l'ordre philosophique. Ce dernier est le seul qu'on doive suivre; c'est celui, par conséquent, que nous avons adopté.
La méthode alphabétique est sans contredit la plus irrationnelle de toutes. Classer les maladies d'après la ressemblance des noms ou le hasard de la lettre initiale, c'est vouloir tomber dans la plus déplorable confusion, en plaçant à côté les unes des autres les maladies les plus
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dissemblables, n'ayant entre elles aucune analogie de siège et de nature, tandis qu'on sépare celles qui ont des caractères communs.
La méthode anatomique lui est de beaucoup préférable. Celle-ci consiste à diviser les maladies suivant les organes ou les appareils qu'elles afiectent : elle a pour avantage de réunir dans un même cadre toutes les maladies dont une partie peut être atteinte. Mais elle a, comme la méthode alphabétique, le grave inconvénient de disperser les maladies congénères, qui, comme les inflammations, les hémorrhagies, les névroses, etc., se prêtent à des considérations générales dont l'exposition prépare convenablement l'esprit du lecteur et épargne par la suite beaucoup de répétitions inutiles. Cet ordre, tout illogique qu'il est, pourrait, aussi bien que la méthode alphabétique, être toléré pour un manuel destiné aux praticiens ; mais il est essentiellement vicieux dans les livres élémentaires, car, les maladies diverses dont un organe est atteint déterminant une foule de symptômes communs, il en résultera souvent une grande confusion dans l'esprit du commençant. Très-souvent aussi le rapprochement, le voisinage de certaines maladies fera croire qu'il existe entre elles des rappoits de cause à eflet. Enfm un dernier inconvénient, non moins grave que les précédents, c'est que, bon nombre de maladies n'ayant pas de siège déterminé, l'ordre anatomique n'est plus applicable à une partie considérable de la pathologie ; et si l'on s'obstine alors à suivre la classification anatomique, ce n'est qu'à la condition de faire des rapprochements souvent monstrueux, et de résoudre sans la moindre preuve, par simple inspiration théorique, des questions encore indécises et souvent même insolubles.
Reste enfin l'ordre philosophique, ou, pour parler plus exactement, la métliode nosologique, consistant à diviser les maladies en un petit nombre de classes, celles-ci en ordres ou en genres renfermant un certain nombre d'espèces. Cette méthode, que Félix Plater semble avoir proposée le premier, était celle que Sydenham préférait, et c'est presque pour obéir à un vœu exprimé par ce grand homme, c'ans la préface de son immortel ouvrage, que Sauvages composa, en 1731, sa Nosologie méthodique. Ce même ordre fut adopté quelque temps après par Linné et par presque tous les nosographes dont le nom mérite de faire autorité, c'est-à-dire par Vogel, Sagar, CuUen, Pinel, etc. En effet, la méthode nosologique a l'immense avantage de réunir dans un même groupe, de confondre dans des considérations communes des maladies semblables, congénères, et de les séparer des maladies qui n'ont avec elles aucune espèce de rapport. On ne saurait nier, par conséquent, qu'une pareille méthode n'abrège beaucoup l'étude. Chomel, qui toujours a défendu
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cette opinion, reconnaissdt que la classification nosologique, en présentant dans un cadre déterminé toutes les maladies connues, conduit à reconnaître avec plus de précision les analogies et les dissemblances qui existent entre elles, et à mieux apprécier la valeur des assertions générales et des points de doctrine, en permettant d'en faire rapidement Tapplication à tous les groupes de maladies, rangés suivant un ordre que le médecin doit toujours avoir présent à Tesprit.
On a reproché à la méthode nosologique de faire souvent des rapprochements forcés, de réunir dans un même groupe des affections parfois fort dissemblables. Ce vice est réel ; mais il tient bien moins à la méthode elle-même qu'à Timperfection de la science. D'ailleurs nous avons vu que pareil défaut se rencontrait au moins aussi souvent dans la méthode anatomique, sans que celle-ci rachetât cet inconvénient par quelque avantage. Cependant il est possible d'éviter jusqu'à un certain point le défaut que nous signalons, en n'adoptant de classification que pour les maladies qui s'y prêtent, et en faisant une classe à part pour le très-petit nombre d'affections qui, spéciales à certains organes ou à certains tissus, ne pourraient être rangées dans les autres classes sans forcer l'analogie. C'était là la marche que le professeur Chomel avait autrefois adoptée dans ses cours, et c'est aussi celle que nous avons suivie dans ce livre, d'après son conseil.
Sur quels caractères se fonder pour déterminer les genres et les espèces morbides? Prendra-t-on exclusivement pour règle les désordres anatomiques, ou bien Les causes, ou bien enfin les troubles fonctionnels? L'anatomie pathologique serait sans contredit la base la plus solide, h moins variable; mais elle nous fait défaut dans un grand nombre de cas, et il est beaucoup de maladies (toute la classe des névroses, par exemple) qui, nonobstant les troubles nombreux qui les caractérisent pendant la vie, ne se révèlent sur le cadavre par aucune lésion matérielle saisissable. L'anatomie pathologique ne peut donc pas servir à classer toutes les maladies, mais à en classer seulement un grand nombre.
L'élude des causes est un guide bien moins sûr pour établir convenablement les genres morbides. C'est en se fondant sur l'étiologie que les divisions les plus arbitraires, disons même les plus ridicules, ont été apportées dans l'étude des maladies. Les causes sont si obscures, si difficiles à saisir, si variabes, qu'elles no pourront jamais être, je pense, le fondement unique d'une méthode nosologique. Mais il en est pourtant dont Taction est si évidente, si palpable, si positivement déterminée, qu'il est possible de les faire servir à la détermination d'un certain nom-