DE LA MÉNINGITE RACHIDIENNE ET CÉRÉBRO-SPINALE
malades, Tinutilité des autres moyens, pourraient seuls justifier une médication si violente.
Les sédatifs ont aussi trouvé plusieurs partisans; la plupart préfèrent l'opium. Ce médicament employé par M. Chauffard à Avignon, par M. Boudin et par les professeurs lourdes et Forget à Strasbourg, paraît avoir été souvent utile. On a conseillé de le donner dès le début, associé ou non aux émissions sanguines, et d'en porter la dose à 30, 40 et 60 centigrammes et plus par jour. Les malades ont une remarquable tolérance pour ce remède, et cette tolérance est d'autant plus grande que les symptômes sont plus graves; il faut proportionner It^s doses à l'intensité des accidents. Lorsque le délire est violent, les douleurs et le tétanos intenses, M. Boudin débute par 50 centigrammes et même 1 gramme d'extrait thébaïque, administrant ensuite toutes les demi-heures 5 centigrammes, jusqu'à ce qu'il survienne de la somnolence ou une rémission dans les symptômes. A mesure que la maladie rétrograde, la tolérance pour l'opium cesse, et l'on peut voir alors ce fait remarquable d'individus chez lesquels 5 centigrammes d'opium provoquent le sommeil, tandis que des doses vingt fois plus grandes étaient impuissantes à le faire pendant la violence des symptômes. Les résultats obtenus jusqu'à présent autorisent à essayer ce remède : c'est en effet la méthode qui compte en sa faveur le plus de succès.
H. Boudin emploie l'opium sans émissions sanguines préalables. Cette pratique doit-elle être imitée dans tous les cas? Les faits sont encore insuffisants pour le dire. Bien que les saignées seules n'aient pas donné des résultats bien favorables dans le traitement de la méningite cérébro-spinale, je les crois néanmoins indiquées au début lorsque la réaction est forte et lorsque les sujets sont vigoureux : c'est ainsi d'ailleurs qu'ont agi la plupart de ceux qui ont vanté l'opium. Les succès obtenus par ce médicament ont sans doute engagé à recourir à d'autres sédatifs. C'est ainsi qu'on a conseillé les inspirations d'éther ou de chloroforme; on les fait dès le début nombreuses et rapprochées, jusqu'à ce qu'on obtienne du sommeil et du calme ; mais les faits rapportés jusqu'à ce jour sont encore en assez petit nombre, et sont d'ailleurs peu concluants. L'opium devra donc être préféré aux agents anesthésiques.
Disons enfin que quelques médecins, considérant l'affection comme une sorte de fièvre pernicieuse, ont eu recours contre elle au sulfate de quinine ; mais ce médicament ne peut rien contre la maladie.
Nature. — D'après l'opinion générale, la méningite cérébro-spinale serait une phlegmasie légitime devant occuper dans le cadre nosologique la place que nous lui avons assignée. Cependant deux de nos médecins militaires les plus distingués ont émis récemment une opinion différente. Pour M. Boudin, la maladie dont nous parlons ne serait rien autre qu'une variété du typhus. Il se fonde sur ce que cette forme de la maladie aurait été observée pendant les typhus qui ont régné de 1805 à 1815, sur la possibilité de sa transmission, sur l'insuccès des antiphlogistiques, ainsi que sur l'absence, dans quelques cas, de tout désordre anatomique. On peut objecter à ces diverses raisons que la transmissibililé de la maladie n'est pas encore établie sur des preuves suffisantes; que les altérations révélées par l'autopsie siègent exclusivement vers les centres nerveux, à moins de complications, et qu'elles sont constantes, excepté dans les cas rares où la mort est survenue dans la période congestive. Si les antiphlogistiques sont presque toujours impuissants, ils le sont de môme dans la plupart des phlegmasies de l'axe cérébro-spinal, que celles-ci soient spontanées ou bien traumatiques. Si du pus a été trouvé dans les méninges cérébro-rachidiennes pendant quelques épidémies de typhus, cela ne prouve
pas que les deux affections soient de nature identique, mais seulement que Tune peut compliquer Tautre; quelquefois aussi on a dû rapporter à la maladie prédominante des cas de méningite simple : ce sont là des erreurs qui ont été commises dans toutes les épidémies. Les analyses du sang ayant démontré une augmentation de la fibrine, sont une preuve nouvelle que la méningite cérébrospinale doit être classée plutôt dans les phlegraasies que dans les pyrexies.
Pour M. Michel Lévy, la maladie ne serait pas une phlegmasie simple, mais elle serait l'effet d'une altération indéterminée du sang qui se révélerait par une tendance à la suppuration de la part des membranes séreuses du corps. CL^)en dant nous dirons que dans la majorité des cas la maladie est concentrée dans les méninges, et qu'on ne saurait bâtir toute une théorie sur quelques faits exceptionnels et sur une simple supposition.
Pour nous donc, la méningite cérébro-spinale est une phlegmasie qui emprunte sa gravité à son siège, à son état souvent épidémique, ainsi qu'aux conditions plus ou moins f&cheuses au milieu desquelles elle se développe.
DE l'encéphalite
Quoique le mot encéphale serve à désigner toute la masse nerveuse qui est logée dans le crâne, l'usage néanmoins a conservé l'expression d'encéphalite pour caractériser seulement l'inflammation qui envahit le cerveau, le cervelet et la protubérance. La phlegmasie de la moelle allongée ne pouvant être séparée de celle qui occupe les parties inférieures de ce cordon nerveux, nous en traiterons à l'article Myélite.
Divisions. — L'histoire de l'encéphalite est difficile à tracer, puisque, sous ce nom, on a confondu les maladies les plus diverses, depuis l'injection et l'apoplexie capillaire jusqu'aux transformations et dégénérescences oi^aniques. Cependant, depuis quelques années, on a fait de louables efforts pour mettre fin à une confusion très-déplorable ; aussi la science doit-elle beaucoup sous ce rapport à Abercrombie (1), Lallemand (2), à MM. Andral (3), Calmeil (4), Cruveilhier (5), Rostan (6), Durand-Fardel (7).
L'encéphalite est distinguée, d'après sa marche, en aiguë et en chronique; d'après son siège, en diffuse et en partielk ou locakf suivant qu'elle s'étend superficiellement sur une grande surface ou qu'elle occupe un point circonscrit. U a déjà été question de la première espèce à l'occasion de la méningite, avec laquelle elle coexiste presque toujours, et dont on ne peut la distinguer pendant la vie. Enfin, suivant que l'inflammation occupe le cerceau, le cervelet ou le mésocéphale, la maladie est désignée sous les noms de cérébrUe^ de cérébellite et de mésocéphalite.
Anatomie pathologique. — Dans un premier degré de l'inflammation, la pulpe cérébrale présente dans une étendue plus ou moins considérable un piqueté rouge très-fin : il semble alors que le sang pénètre un plus grand nombre de vaisseaux capillaires. Quelquefois, au lieu de ce piqueté fin, ou bien à une période un peu plus avancée de la maladie, on constate une coloration
(1) Maladies de Veneéphale, traduit de Tanglais. Paris, 1S35. ii) Lettres sur Vencéphale, 1820, voyez surtout les six premières. (8) Clinique médicale, L V.
(4) Dans le Dictionnaire de médecine, t. XI, et Maladies inflammatoires du cerveau.
(5) Anatomie pathologique. Ht. xxxm.
(6) Recherthes sur le ramoUiuement du cerveau. Paris, 1823, 2o édition.
(7) Thèse inaugurale, année 1846, n» 261, et Traité du ramoUistement. Paris, 1818, in-8'.