Douleur.— Quoique les douleurs
soient perçues par les nerfs de toute es-.
pèce, il existe cependant une grande dif-
férence entre l'intensité de la douleur, si le nerf est seulement le conducteur de la douleur dont la cause siége sur un autre endroit , ou si le nerf renferme en luimême la cause de la douleur (89), ce qui constitue alors la classe de maladies que nous désignons sous le nom de névralgies. Nous divisons les névralgies (outre celles des viscères et des ganglions), en névralgies faciale, cubitale, radiale, ischiatique et crurale. En général, dans les névra'gies, la douleur, le plus ordipairement périodique, rémittente, dépasse de beaucoup toute autre douleur sous le rapport de son intensité. Aussi le malade, poussé au désespoir par son excessive violence, ne pourrait la supporter si elle durait trop long-temps. (Cette douleur, du reste , se dirige avec la rapidité de la foudre, soit par les rameaux des nerfs qui s’échappent de la partie malade , soit par les lois de la sympathie (90). Les nerfs le plus fréquemment affectés de cetle nianiere sont les nerfs sous-cutanés, surtout ceux de la face, les nerfs entourés d’un tissu cellulaire lâche , enfin ceux qui sont exposés (91) aux lésions traumatiques et aux variations de température. Quelquefois la cause de la névralgie siège au commencement du nerf, et la douleur est perçue à son point de terminaison. C’est ce que démontrent les affections des plexus cardiaques, qui déterminent des douleurs dans les bras ; celles des plexus nerveux abdominaux et du bassin, qui déterminent des douleurs dans les jambes (92) ;
(89) Bilon, Diss. sur la douleur. Paris, Pan x1.
(90) P. ur, vol. 1, sect. 1, c.1, S 3, 29, p. 50. i
(91) Chaussier, Tables synoptiques.
(92) En 1814, un malade, à la suite
mais ce qui est vraiment singulier, ce sont les douleurs qui semblent être perques dans les membres amputés (93) par les individus qui ont subi cette opération.
2, Crampes et convulsions. Comme la plupart des nerîs commandent aux mouvements volontaires, où du moins aux muscles, qui servent aux mouvements volontaires, et comme par conséquent ils distribuent en quelque sorte la faculté locomotrice, il s'ensuit que les maladies des nerfs doivent exciter des contractions anormales et des mouvements convulsifs dans les muscles auxquels ils se distribuent. Or, l’on pourra attribuer ces différentes lésions musculaires aux nerfs spéciaux, toutes les fois qu’ils se présenteront sans aucun signe d’une affection du cerveau ou de la moelle épinière.
4. Amaigrissement. — Comme Îles nerfs président à la fonction de la nutrition, l’on comprend que les névralgies, où du moins celles qui ont une marche chronique, s’accompagnent d’amaigrissement. Ce dernier phénomène est d’ailleurs quelquefois l’effel (94) de la simple compression d’un nerf.
5. Anesthésie et paralysie. — De même qu'une corde trop tendue finit par se rompre, de même l’excès de la douleur laisse à sa suite ou bien l'abolition de la sensibilité du nerf (anesthésie), ou bien l'impuissance pour imprimer le mouvement aux muscles (paralysie), ou enfin ces deux altérations en même temps. Du reste, un homme distingué avait déjà professé cette opinion (95),
d’une fièvre intermittente guérie intempestivement par l’écorce de quinquina, fut pris d’une douleur très-vive dans la plante des pieds qui ne céda qu’à l’emploi des résolutifs et des eccoprotiques.
J'ai vu plus d’une fois les malades affectés de calculs vésicaux se flaindre d’une douleur à la plante des pieds. Et, en réfléchissant à ces circonstances, est-il permis de supposer que les douleurs goutteuses des pieds peuvent avoir pour point de départ une inflammation goutleuse des plexus nerveux abdominaux ?
(93) Cfr. P. 1, vol. 11, sect. 1, Cap. XXXIX, 6 160, 2 (24). |
(94) Monro, De nervis., p. 176. — Tissot, |. c., 4 B., p. 208.
(95) Boerhaave, Op. c., p. 700. « Si nata est inflammatio in nervorum tunicis, bhæc toturn nervum comprimens, pro tempore facit paralysin; illa vero per artem vel sponte resoluta, morbus sanatur. »
MALADIES
que la. paralysie peut se. montrer sous l'influence de l’inflammation d’un nerf.
$ V. Remarques sur la névrite.
1. Généralités. — On comprendre l'origine des douleurs, des crampes, des convulsions, de l’amaigrissement, dt l'anesthésie et de la paralysie dans les affections des nerfs en particulier, si l’on. réfléchit que la plupart des névralgies ne sont que les symptômes de l’inflammation du nerf malade ou de son névri.
lemme (96), inflammation à laquellt nous donnons, avec d’autres ob.ervas teurs (97), le nom de névrite. Du rester nous n’admettons (98) cette inflammation qu'après l'avoir démontrée par des faits!
2. Distinction de la névrüte d'avec li névralgie. — Nous n'avons pu distinguer jusqu’ici la névralgie de la névrite qu par la périodicité de la douleur, ou biet lorsque cette douleur est continue, pa l'absence ou par la présence de la fièvr:
(la fièvre locale au moins caractérisé:
par la chaleur, larougeur, et la puisatio»
plus forte des artères de la partie malade} Ce dernier caractère distinctif sert bien:
il est vrai, à établir une ligne de démar cation entre la névrite aiguë et la né vralgie, mais il ne sert en rien à distin guer la névrite chronique, qui ne s’aa compagne que d’un mouvement fébril très-faible , ou même qui n’en présent pas du tout. |
3. Terminaison de la nevrite, — Mai s’il est diflicile de distinguer la simplh névralgie de la névrite au début de I
(96) « Nemo forte unquam vidit inflam mationem in nervo; hæc vero si contir gat, in sola tunica vaginali hæret..
(Boerhaave, De morb. nerv., p. 265:
Quoique l’inflammation du nerf [ui-mé me, comme nous le verrons plus tard ne soit pas douteuse dans quelques cas l'expérience confirme cependnnt en gt néral l’opinion de ce grand homme.
(97) Nasse, Diss.deneuritide.Nal.,180?
(98) « Je ne conçois même pas con ment, dans un temps où la méthode an:
lvtique est si justement reconnue pour .
neilleur flambeau dont puisse s’éclaire le médecin, on a osé reproduire l'espr de système au point de professer l’inflan mation des nerfs et du névrileme, sax l'avoir auparavant démontrée dans c« maladies chroniques du système nervet qui accompagnent chaque année tant € malades au tombeau. » Nicod, 1, c., :
DU SYSTÈME NERVEUX
maladie , il n’en est pas ainsi plus tard, orsque l’on peut observer les effets des lifférentes terminaisons de l’inflammaion. Lorsque la névrite ne se termine as par résolution, elle présente les dizerses terminaisons des inflammations.
Jn a vu en effet des nerfs enflammés 99) adhérer (100) aux parties voisines ; n les a trouvés plus volumineux (1), cartilagineux (2), contenant des tumeurs lans leur intérieur (3); des tumeurs (4), les concrétions calculeuses (5), de la séosité (6), ont été aussi observées entre le erf et son enveloppe. Enfin l’on a obervé des hydatides adhérentes au névriemme (7); les nerfs ulcérés (8), fonrueux (9), gangrenés (10). Du reste, les aerfs résistent ordinairement plus que es autres parties du corps à la suppuraion , à la gangrène et à la carie (11), et
(99) Brugmann, V. P. S. van Hoorn, Diss. de iis quæ in partib. amputatione ruln. notanda sunt. L. B., 1805, S 9, p.