CHAP, 17, DE L'OPHTHALMIE EN GÉNÉRAL
$ Ier, Importance du sujet. Ordre des matières.
1. Importance du sujet. — De même qu'il n'existe rien de plus élégant, de plus admirable et de plus divin (1) que la structure de l'œil, de même il n’est rien de plus utile et de plus agréable que la vue elle-même. Toutefois, les yeux sont sujets à des maladies d'autant plus graves et plus difhciles à guérir, qu’ils Pemportent davantage sur tous les autres brganes par un appareil plus compliqué et plus fini de parties éminemment tenires et délicates. En perdant la vue, on perd Ja faculté de contempler les ouvraxes de Dieu, d'exercer les charges de itoyen (2), de mauifester les affections le l'âme (3), d'établir des entretiens muuels (4). Quoi de plus affreux, la mort nême von exceplée ? [l n'est point étonant d’après cela que les maladies des veux 1e Soient pas traitées comme celles des ulres parties du corps en général dans es livres et les établissements consacrés | l'étude des sciences médico-chirurgi-# ales, mais comme une science spéciale ormant le domaine des traités et des coles d’ophthalmologie (école dont auune université ne peut plus se passer
(4) Fr. Hoffmann, De atheo convinendo ex arlificiosissima machinæ huaanæ structura, Orat. inaug. Hal., 4695.
(2) L’aveugle peut à peine servir de émoin, dit l’empereur, $ fin. [nst. de radu cogn.; v. Voigt, Diss. jurid. de eo uod justum est circa oculos. Lips., 1724.
(3) « Est speculum mientis facies, oculique revelant Quales sunt intus mens animusque viri, »
entence que confirment les livres sacrés
ux-mèmes : « Visu cognoscitur vir. »
(4) D. G. Molleri , Disp. de oculiloquio.
. trad. franç. Les yeux. Inserip., , v.
Frank, ToM. 1.1,
désormais (*) ). Que si un traité des malae dies des yeux trouve ici sa place, c'est
Re GR
(”) Dès l’année1817, je proposai la créa tion d'un établissement de clinique ophthalmologique. dans l’université de Vilna, mais ou décida qu’une chose semblable n'était point de première nécessité! Cependant l’acrdémie césarienne médico -chirurgicale de Pétersbourg en à jugé autrement, car elle vient de créer une école d’ophthalmologie parfaitement bien organisée; et en effet, l'étude des maladies des yeux est une de celles qui appartiennent également à la médecine et à la chirurgie, de sorte qu’elle est exposée en même temps par les professeurs, soit de pathologie et de thérapeutique Spéciales, soit de règles et opérations chirurgicales. . Il suit de là que les élèves sont obligés d'entendre deux fois les mêmes Icçons.
Ce double emploi, en supposant que les professeurs ne différent pas de principes, est tout-à-fait inutile; dans le cas con= traire, il est nuisible (à cause de la confusion des idées); et dans les deux cas il est insuffisant, car, à moins que les professeurs dont il s’agit ne voulussent enseigner l’ophthalmologie aux dépens de l'étude des autres maladies, il leur est impossible de consacrer à cette partie plus de quinze leçons ; or l’état actuel de l’ophthalmologie est tel, qu'il exige au moins six mois de leçons journalières.
Maintenant, une question se présente :
dans quelle clinique doit-on recevoir les individus affectés de maladies d’'yeux, s’il n’y en à pas qui leur soit affectée ? Estce dans une clinique chirurgicale? Je ne le pense point, car la plupart des ophthalmies, l’amaurose, tiennent à des affections générales de tout le système, et appartienneni,; pour cette raison, à la clinique médicale. On les enverra donc dans cetie derrière? Mais quel est le médecin qui aura la main assez exercée pour faire une opération chirurgicale, si elle devient indispensable ? En vérité la difficulté aug-
seulement pour l’ordre des matières et dans le but de porter et de préparer les jeunes médecins à l’étude del'ophthalmo-
logie, selon le vœu exprime déjà par © Galien (5). Ge n’est pas que nous ayons l'espérance ou le désir de voir tous les médecins devenir oculistes (6), mais nous voudrions seulement que chacun fût dans le cas de reconnaître exactement les maladies de ces organes de la vision, d'en prédire l'issue, d'établir le
mente. Dans une clinique médicale, l’his-
toire des exanthèmes, des dartres, de la physionomie des malades, des humeurs excrétées, etc., exige la plus grande lucidité, tandis que les maladies des yeux, au contraire, réclament toujours plus ou moins d’obscurité. Il n’en est pas autrement dans la clinique chirurgicale, où la même obscurité est attachée à la description des ulcères, des inflammations, de la suppuration, etc. Ensuite, personne n’ignore combien sont redoutables pour les maladies des yeux les exhalations gangréneuses des ulcères, tout-à-fait inévitables dans une clinique chirurgicale. De plus, parmi dix professeurs distingués de chirurgie, vous en rencontrerez à peine un seul qui excelle dans la pratique des opérations que réclament les maladies des yeux? Et en supposant le cas rare qu’un professeur fût également habile, et dans les opérations chirurgicales en général et dans celles des maladies d'yeux, sa main habituée à la pratique pénible des grandes opérations, telles que les amoutations, pourra-t-elle faire avec la perfection voulue ces opérations délicates qu'exigent les maladies des yeux, celle de la pupille artificielle, par exemple? D'après tout cela, le besoin d'établir dans chaque université une école théorico-pratique d’ophthalmologie, distincte des auires enseigneraents de médecine et de chirurgie, devient évident. Mais cette nécessité ne se fait nulle part mieux sentir que dans les universités où l’on forme des officiers de santé pour le service militaire (car il est constant que c'est dans les armées que les maladies d'yeux exercent le plus de ravages); ainsi, il faudrait une école de ce genre dans l’université de Vilna , l’une des plus riches du monde, d’ailleurs.
(5) Fr. Bœttiger, Dissert. de visionis kesionibus, in specie mydriasi et myosi.
Præs. Vater. Vitemb., 1706.
(6) En effet, si tous les médecins pratiquaient les opérations des maladies des yeux, aucun d'eux ne trouverait OCCASIon de les pratiquer assez souvent pour acquérir l’habileté nécessaire.
MALADIES
genre de traitement indiqué (7), de distinguer un oculiste habile d'un iguorant (8), et de prévenir sans retard un danger imminent de cécité (9). Enfin, nous sommes persuadés que rien ne peut mieux rendre un médecin exact:observateux des moindres choses, que l’étude de l’ophthalmologie.
2, Ordre des matières. — Après avoir exposé l’histoire de la littérature ophthalmologique générale , nous traiterons des maladies : 1° des paupières ; 2° des organes lacrymaux; 3° de l'orbite et du globe oculaire. Cet ordre est loin d’être parfait, nous l’avouons volontiers, vu la complication fréquente de ces maladies entre elles ; mais nous en avons en vain cherché un meilleur.
$ IT. Histoire et litiérature. :
Il résulte de l’histoire et de la littéra= ture ophthalmologiques qui nous ont été clairement transmises par Haller (10), Jugler (11), Sprengel (12) et Beer (13),
(7) Combien de malades affectés de maladies d’yeux sont adressés par leurs médecins, de fort loin, à des oculistes, pour se faire opérer, et qui ensuite, re.
connus incurables et tout-à-fait impro-
res à l'opération, sont renvoyés chez eux dans l’état le plus déplorable, après avoir : dépensé, pendant un long voyage, jusqu’à | leur dernier obole!
(8) Aucun médecin, s’il n’a lui-même!
acquis de l’expérience dans l'art de pra=:
tiquer des opérations sur les yeux, ne sera capable de juger les controverses qui s’agitent parmi les oculistes les plus cé=:
lèbres; mais rien n’est plus facile pour!
un homme versé dans une théorie oph-:
thalmologique, que de distinguer un ocu-:
liste habile d’un charlatan qui en usurpe:
le nom, comme on en voit se répandre:
partout. À
(9) P. ex. dans l’ophthalmo-blénor-:
rhée, dans l'iritis, maladies où tous les:
moments sont précieux, et où l’on n’a pas:
le temps de faire venir un oculiste de; loin. |
(10) Dans sa bibliothèque.
(11) Dans deux opuscules de littérature!
médicale, dont l’un est un essai de bi-!
bliothèque ophthalmologique, et l’autrel un traité des collyres des anciens. |
(42) Vers. e. pragm. Gesch. d. Heilke| (sparsim). | |
(15) Repertor. aller bis zu Inde d.] Jabres 1797 erschien. Schriften ub. d.
Augenkrankh. Wien.,1799, 3 th. Gesche
qu’il existait déjà en Égypte des médecins qui s'adonnaient d'une manière spéciale au traitement des maladies des yeux (14), bien qu'il n’en soit pas dit un seul mot dans les livres de Moïse (45) ; que parmi les Grecs, Chiron (16) et Esculape (17) avaient opéré des guérisons d'aveugles si merveilleuses, qu’elles sont passées à la postérité gravées sur des tables d’airain (18) ; qu'Hippocrate fut le fondateur de l’ophthalmologie comme de toute la médecine (19), et qu’il étudia non-seulement la séméiotique de l'œil (20), mais encore sa pathologie et sa thérapeutique, tant médicale que chirurgicale ; que Celse (21) et Galien (22), en parlant de l'opération de la cataracte, avaient suivi ses traces ; que Rome aussi ne manqua pas de médecins-oculistes
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d. Augunkunde uberhaupt u. d, Augenheilk. ins Besondere. Wien., 1815, 1 Heft.
Ouvrage commencé, dont la partie encore inédite avait fait le sujet des leçons publiques de l’auteur, auxquelles j'ai assisté peñdant les mois de juillet et août de l’année 1817.
(14) Hérodote, liv. n, chap. cxxxiv, p. 169.
(15) Beer, Geschichte, etc., p. 14,
(16) Apollodore, Liv. 11, chap. XII, P.
(17) Sprengel, I. c., 2 Auf. HJal., 1809, + 170.
(18) Hundertmark, De incrementis artis med. per expositionem æzrotorum in Vias publicas, et templa. Lips., 1749.
(19) Beer, Repertorium, 4 th., P. xur.
(20) Lisez sur ce sujet : Fuchsius, Metoposcopia, et ophthalmoscopia. Art.
1675.—Hilscher, Pr, de oculis sanitatis, et morborum ïindiciis. Jen., 1745. — Juch., Diss, de oculis ut signo. Erf., 1748.
— Brown, Diss. de præsagiis ex oculis.
Edimb., 1750.—Buchner, Diss. de oculo ut signo, Hal., 1752. — Haertel (J.-P.
Frank), De oculo ut signo, Gœtt., 1786.
Nudow, Ueb. d. Zeichendeutung d, menschel. Auges in Krankh. Kœnigsb., 1791, —Meckel, Diss. de signis morborum, quæ ex oculorum habitu petuntur. Hal., 1793.
— Bœhmer, Diss. ophthalmoscopia pathologica. Witt., 1794.— Frannoy, Diss.
des affections sympathiques de l'œil, etc.
Paris, 1805.—Lobenstein-Lobel, Grundr.
d. Semiologie d. Auges. Jen,, 1817.
(21) Lib, vi. Cfr. Friedlænder, De medicina oculorum apud Celsurm comment.
Hal., 1817.
(22) De oculis. De compositione mediçcamentorum seçundum 10ç05, lib. ivet v.
(23); qu’au deuxième siècle de l'ère chrétienne, l'astrologie se glissa dans l'ophthalmologie (24) ; qu'aux cinquième et sixième siècles, Aëlius avait signalé l'influence de la lèpre sur les maladies des yeux (25) ; qu’Alexandre de Tralles (26) décrivit la xérophthalmie, et Paul d'Égine (27), au septième siècle, l’opération du ptérygion, ainsi que l’artériotomie, comme un moyen de guérir l’inflammation des yeux ; que les Arabes et les Espagnols, excepté jusqu’à un certain point Avicenne (28), Avenzoar (29), et un petit nombre d’autres, n’ont rien fait sur l'ophthalmologie; que le douzième siècle, à cause des croisades qui, sous le règne de saint Louis, donnèrent lieu à l’établissement de l'hospice des aveugles à Paris (Quinze- Vingt), et à cause de l’invention des lunettes par Roger Bacon 4 est mémorable pour les médecins. oculistes ; que le seizième siècle, quoique favorable à l'étude de l'anatomie pathologique, n’a fait faire aucun progrès à celle des organes de la vision, et n’a produit que deux hommes qui aient bien écrit sur les maladies des yeux : Bartisch (30) et Mercurialis (31); que le dix-septième siècle, grâce aux mathématiques et à l'optique, dus au génie des Kepler, des Scheiner, des Cartheuser, des New= ton, etc., créa la physiologie de l'organe de la vue, qui a été perfectionnée de plus en plus dans ces derniers temps (32) ; que pendant les deux siècles suivants l'anatomie de l'œil fut étudiée avec une distinction particulière par Zinn (33), Blumenbach (34), Michaelis (35), Rosenmn 5 À EDR
(25) E.T. Walch, Sigillum medici ocularii. Jen., 1765. Antiquitat. med. select.
Jen., 1772.
(24) Beer, Prælectiones.
(25) L. vi, c. xcvi; 1. vn, c. mr.
(26) Lib. 1. :
(27) Lib, vi.
(28) Lib. ui, fen. 5, tract, 4, c. xx.
(29) Theisir., Venet., 1553,
(50) opSxuodouheux , oder der Augendienst. Dresden, 1583, Nurnbero, und Sulzbach, 1688.
(31) Prælect. de morbis oculorum, et aurium. Francf., 4591.
(32) Reil excelle sous ce rapport.
Reil’s Archiv. f. Physiol.
(35) Descriptio anatomica oculi hu- Mani, iconibus illustrata, edit. Wrisbergii. Gœtt., 14780.
(54) De oculis leucæthiopum, et iridis motu commentatio, Gœtt., 478
(35) Ueber d. Durchkrentzung der Sche-
muller (36), Sœmmering (37), Rudolphi (38), Kieser (39), Gerson (40), Schræder (41), Gmelin (42), Niemeyer (43), Sachse (44), Much (45), Scopenhauer (46), Ribes (47), Boch (48). Pour ce qui concerne la pathologie prophylactique et Ja thérepeutique, ont excellé Maître- Jean (49), Woolhouse (50), St-Yves (51),
ES
nerven, mit einigen Anmerkungen, v.
Sommeriug, 1790.
(36) Partium internar. oculi humani, inprimis organorum lacrymal. descript.
anatom. Lips., 1794.
. (37) Abbild. d.menschl.Auges.Frankf., 1801, et l'ouvrage de l'illustre fils de ce grand homme :Commentatio de oculorum hominis, animaliumque sectione horizontali. Gœtt., 1818.
(58) Anatomisch-physiol. Abhandi.
Berl., 1805.
(59) Commentatio physiol. de anamorphosi oculi. Gœtt., 1804.
(40) Diss. de forma corneæ oculi humani, deque singulari visus phænomeno.
Gœtt., 1810.
(41) Das menschliche Auge nach. der Darstellung Sœmmerings, etc. Leipz.,
(42) Diss. sistens indagationem chemican pigmenti nigri oculorum, etc. Gœtt.,
(43) De origine paris quinti nervorum cerebri. Hal., 1812.
(44) Hist. natural. Leucæthiopum auctoris ipsius, et sororis illius. 1812.
(45) Diss. de ganglio ophthalmico, et nervis ciliaribus animalium.
(46) Ueb. d. Sehen u. d. Farben, e.
Abbandl. Leipz., 4816.
(47) Recherches anatomiques ct physiologiques sur quelques parties de l'œil.