Division de l’amaurose primitive
—L’amaurose primitive se divise en traumatique, inflammatoire, rhumatismale et
calarrhale, gastrique, périodique, ar-
thritique, et nerveuse primitive.
7. Amaurose traumatique.— L'amaurose traumatique est occasionnée par des violences extérieures faites au crâne, principalement à à Ja région:orbitaire ou:à l'organe de la vision lui-même. Elle débute brusquement par l'abolition de la perception de la lumière, l'aspect cadavérique de l’œil, le rétrécissement de la pupille, sa transparence, l’immobilité de l'iris, le larmoiement, et la paralysie des muscles de l'œil, ce qui a valu à cette
espèce d'amaurose le nom de paralyti-,
que (35). L’amaurose qui résulte de violences faites sur l’œil est ordinairement l'effet de l’ophthalmie traumatique (36), etse montre souvent avec d’autres restes d’inflammation.
8. Amaurose inflammatoire. — L'amaurose inflammatoire est le plus sou-
ns -
vent accompagnée de la suppression d’'hé<
morrhagies habituelles, surtout d’un épistaxis, des règles et des hémorrhoïdes (37), et elle se lie également à l’afflux des humeurs vers La tête, avec état variqueux des
vaisseaux de l’œil. La faculté de la vision se perd après les repas, à lasuite d’unesur-k excitation morale, ou quand onestdansun
lieu chaud, etelle revient lorsqu'on est à jeun, que l'esprit est tranquille , et sous l'influence d’une température fraiche.
Les mouvements de l'iris sont lents, mais
non entièrement abolis. Il survient fréquemment des éblouissements.
9. Amaurose rhumatismale et catarrhale. — L’amaurose rhumatismale doit son origine aux causes ordinaires des affections rhumatismales (38), affecte tantôt un seul œil, tantôt les deux à la fois, et se reconnait aux symptômes suivants :
la pupille est transparente, ni rétrécie.
peu près im—
mi fort dilatée ; l'iris est à
(35) Beer, 1. c., p. 5355.
(36) Chap. IV, 5.
(57) Heimann a donné une belle dise.
Sertation. sur l’amaurose hémorrhoïdale, :
(V. Russische Sammlung f. Naturwis= sensch. u. Heilk., 2 B., heft. .» P. 564.) (38) P.1, $ 12, n, 2 (Édit, deLeypsiçk.}
DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES
mobile ; il y a propension au larmoiement , difficulté de supporter la lumière; des douleurs, partant des bulbes de l'œil, s’irradient vers le front, les dents en parcourant le cou. La paupière supérieure est frappée d’atonie, la vue trèsfaible, mais non entièrement abolie. L’a-
maurose qui est produite par la suppres-
sion d’un coryza diffère peu de l'amaurose rhumatismale (39). Dans la première de ces affections, la pupille est plus rapprochée de la région temporale que de la nasale, et là son bord forme
un angle vers le côté qu’elle avoisine da-
vantage. En outre , le malade se plaint de sécheresse de l'œil et des narines, d’un sentiment de plénitude siégeant dans le bulbe, de pesanteur à la racine du nez. La vue, du reste, n’est presque jamais complètement abolie. Lorsqu'indépendamment de la suppression du coryza, les sinus frontaux sont affectés d’hydropisie purulente, ou renferment un abcès (40), outre lu douleur frontale et les autres symptômes propres à ces affections, l’axe visuel est dérangé dans Jun des yeux ou dans les deux à la fois, la vue devient double ; il y a chute de la paupière supérieure, et souvent le malade est tourmenté d’éternument et d’éblouissements. Si l’on n’a recours alors aux moyens curatifs, on doit s'attendre à une exophthalmie.
40. Amaurose gastrique.—L’amaurose gastrique présente des symptômes divers, selon qu’elle provient des saburres et de la bile, des vers, ou de l’obstruction des viscères abdominaux. Dars lamaurose produite par ies saburres et par la bile, la pupille est évidemment dilatée, noire, comme à l’état normal ; les mouvements de l'iris sont languissants, et le bulbe de l'œil est fréquemment inondé de larmes, L'apparition de ce dernier symptôme se joint, dans la plupart des cas, aux éructations acides et aux autres signes gastriques ordinaires. L’amaurose occasionnée par les vers présente, outre les phénomènes que nous venons d'indiquer, le globe oculaire roulant irrégulièrement dans son orbite, et le strabisme, On remarque en mêmetemps un cercle livide autour des yeux, et d’autres signes qui annoncent la présence des vers. Enfin, l'amaurose qui est due à l’obstruction des viscères abdominaux se développe
een
(39) Beer, L. c., p. 550.
(40) Beer, Fr Ce; P: 066,
d’une manière très-lente. Le mal se déclare par l’affaiblissement de la vue, affaiblissement à la suite duquel les objets se montrent enveloppés d’un nuage tour à tour noir et gris, et certains mots semblent disparaître de la ligne pendant la lecture (vision interrompue). La pupille se dilate de plus en plus; l'iris, en quelque sorte convexe, se meut avec peine ; son bord pupillaire devient anguleux, et, indépendamment de la turgescence des vaisseaux de l'œil, la sclérotique revêt une couleur d’un jaune rougeûtre. On remarque en même temps tous les symptômes généraux qui indiquent la souffrance des viscères de l'abdomen.
11. Amaurose périodique. — L’amaurose périodique est un symplôme de .
la fièvre intermittente observée par Monrand (41), Pechlin (42), Heister (43), Beer (44), et par nous-même (45). Elle suit le type tierce, soit simple, soit double, et s'accompagne souvent d’une violente migraine. On lira avec intérêt sur ce sujet Burserius (46), dont la description fait clairement voir que l’amaurose, dans cette fièvre, est le signe d’une affection inflammatoire du cerveau, qui accompagne le paroxysme. 2
12. Amaurose arthritique. — L'amaurose arthritique (*) se présente sous deux formes. La première, affectant les deux yeux à la fois, est caractérisée par la dilatation considérable de la pupille qui est anguleuse transversalement, décolorée par l’immobilité de l'iris, des douleurs vagues autour des yeux, et l’état variqueux des vaisseaux sanguins de ces organes. Les femmes très-sensibles, et qui ont les yeux noirs, y sont principalement sujettes. La seconde forme atteint les deux sexes, mais cependant les femmes de préférence, surtout à l’époque de la cessation des règles, et elle s’accompagne de l’affaiblissement de la vue.
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(41) De quibusdam tertianis perniciosis commentatio, Cap. lI. |
(42) Obs., L. 1, n. 42.
(45) Tant à Turin qu’à Vienne , dans la clinique ophthalmique même de Beer.
(46) Inst. med. pract., $ 75.
() Farre avait autrefois révoqué en doute l'existence de l’amaurose arthritique; mais des expériences ultérieures l'ont convaincu du contraire. V. Hymly,
Ophth. bibl., 4 B., 2st., p. 236,
Elle débute par un sentiment de formication dans la peau qui entoure l’œil.
La pupille, transversalement anguleuse, se dilate et devient pâle-verdâtre. L'iris décoloré, ainsi que tout l’œil, témoignent de l’état variqueux de tous les vaisseaux sanguins. L’œil est douloureux, de même que la tête entière, surtout à l’occasion des affections morales, des changements subits de température et des erreurs de régime. À chaque accès de douleurs tous les maux augmentent d'intensité. Le malañe, trompé par des visions lumineuses morbides, s’imagine jouir réellement de la vue, jusqu’à ce que l’apparition d’une cataracte verte, d’un glaucome, et l’atrophie de l’œil, viennent mettre fin à toute illusion. L’amaurose, qui doit son origine à la disparition prématurée de la teigne, de la gale et des vieux ulcères, ainsi qu'à la résection du trichoma, a le plus grand rapport avec l’amaurose arthritique ; elle n’en diffère que parce qu'elle survient brusquement et sans douleur.
13. Amaurose nerveuse. — On appelle nerveuse ou dynamique l’amaurose qui ne s'accompagne d'aucune altération évidente des parties dont le système nerveux de l’œil est composé, et qui peut être occasionnée, soit par l'augmentation, soit par l’affaiblissement de la sensibilité du nerf optique et de la rétine. Le diagunostic de cette espèce d’amaurose est d'autant plus difficile, surtout quand les deux yeux sont affectés en même temps, que les symptômes objectifs manquent,et qu’on est obligé de baser son jugement sur des signes subjectifs. En effet, tandis que les yeux sont en bon état, le malade se plaint de voir des mouches ou des nuages volliger devant ces organes; il accuse ensuite des éblouissements et, enfin, une cécité complète. Si ces plaintes étaient simulées, le plus habile oculiste pourrait être induit en erreur en pareil cas; il n'en est pas de même lorsqu'il n’y a qu'un seul œil d’affecté tandis que l’autre est sain : car alors le regard incertain de l’œil malade entraine le strabisme de l’autre. De plus, lorsque l'œil sain est exactement fermé, la pupille de celui qui est affecté d’amaurose se dilate aussitôt, et l'iris reste insensible à la lumière la plus intense.’ L’amaurose dynamique avec augmentation de sensibilité se développe brusquement. Le malade, ordinairement athlétique ou du moins pléthorique, se plaint d’abord d’un sentiment de plénitude dans l'œil et d’éblouissements qui le
MALADIES
fatiguent. Vient ensuite la douleur de tête accompagnée d’étourdissement, dont l'intensité croissante amène, dans le même rapport, l’affaiblissement de la vue.
Bientôt se développe devant les yeux malades un réseau qui paraît noir dans un lieu éclairé, de couleur de feu dans l’obscurité; et cette apparition morbide se.
renouvelle toutes les fois qu'il y a afflux
d’humeurs vers la tête; par exemple, pendant les efforts de défécation. Enfin, la cécité complète vient mettre un terme à tous ces maux. L’amaurose avec diminution de sensibilité se développe le plus souvent avec lenteur. Îl n’y a pas de douleur de tête, et le malade se plaint seulement d’avoir devant les yeux le réseau et le nuage dont ila été question, toujours avec les mêmes couleurs. Suivant que les forces générales croissent ou s’affaiblissent, la faculté visuelle augmente ou diminue, jusqu’à ce qu’enfin elle soit toutà-fait abolie. L’amblyopie dite sénile, et en général toutes les amauroses produites par le marasme, paraissent devoir être rapportées à cette affection. En pareil cas, l’œil amaurotique luit souvent dans l'obscurité comme les yeux des chats (47).
14. Amaurose passagère. — Nous rapporions à l’amaurose nerveuse l’affection passagère de même nature, qui :
est produite par les narcotiques, les affections de l’âme, l’idiosyncrasie et la " grossesse commencçante. Quant à l’amaurose qui est le résultat de la grossesse :
avancée, on peut plutôt l’attribuer à un afflux plus considérable d'humeur vers la tête.
15. Amaurose symptomatique. — I] a été question déjà de l’amaurose comme symptôme de l’hydrocéphale (48), de l'apoplexie (49). En général, cette aftection peut constituer un symplôme de toutes les maladies de l’encéphale avec lésion de l’origine et de la continuité des nerfs optiques. Il n’est donc point étonnant que l’amaurose accompagne si souvent les céphalées opiniätres (50), le typhus (51), l’épilepsie (52), les convul-
(47) C’est pourquoi elle a été nommée par Beer : Das amaurotische Kutzenauge, À. C., P. 495. :
(48) P. n, c.1v, $ 21, 5 ; $ 22, 5. (Édit, de Leypsick.)
(49) Ibid., c. v, $ 25, n. 1.
(50) Ibid. c. 11, 8 41, n. 2.
(52) Pelargus, Med. Jahrg., 5 B., p.
DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES
sions (53), la paralysie (54), la carie du crâne (55). En pareil cas, elle survient ordinairement avec l’affaiblissement des autres sens, de l’ouie surtout, ainsi qu’avec la perte de l’usage des facultés intellectuelles. Quand elle a sa cause dans la carie des os frontaux ou maxillaires, on doit s'attendre à une exophthalmie.
16. Pronostic. — L'amaurose complète, surtout si elle s’est développée avec lenteur et si elle existe depuis longtemps, est à peu près incurable ; et l’on ne sera tenté d’en faire un reproche déshonorant ni à l’art ni aux médecins si l’on considère la gravité des altérations que montre l’autopsie des individus morts amaurotiques. Qu’attendre en effet des secours de l’art, lorsque l'œil est profondémentlésé et son système nerveux en partie détruit! L'amauroseinflammatoire laisse plus d'espoir, surtout au début de la maladie. Il en estautrement quand celle-ci est avancée, que les altérations indiquées de l'artère et de la veine centrale ont eule temps de s’établir, lorsque déjà peut-être il s’est fait un épanchemert sanguin, sorle d'apoplexie locale du nerf optique et de la rétine. Le rhumatisme et l'arthritis qui affectent le cerveau et le système nerveux de l'œil, cèdent le plus souvent aux moyens de l’art, toutes les fois qu’il ne s’agit que d’une simple inflammafion ; mais en est-il de même lorsque ces affections produisent un épanchement de sérosité dans les ventricules du cerveau ou bien l’hydropisie aiguë du névrilème du nerf optique avec des concrétions calculeuses de la rétine? Il suit de là qu’il n’y a d’espoir de guérison que dans les cas où l’amaurose est due soit à une maladie abdominale, soit à la diathèse périodique, soit à l'augmentation ou à la diminution de la sensibilité du système nerveux de J’œil. Mais comme il n’est presque jamais possible d'établir un diagnostic absolument certain sur la nature de l’amaurose, l’on ne doit, en général, nise désespérer trop tôt, ni promettre témérairement une heureuse termimaison. Dans tous les cas, il ne faut ja-