‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 251 sur 261 · Vue double (T), polyopie.—Nous · texte numérisé non relu

Vue double (T), polyopie.—Nous

avons déjà parlé de la vue double ou diplopie comme symptôme de la pellagre (8), de la plique (9), de l'hydrocéphale (10), de lapoplexie (11). Ce vice est de denx sortes : tantôt les objets ne

(3) Chap. v, Sa4.

(4) Rhodius, ç. nr, obs. 61.

(5) Diss. qua visus vitia duo rarissi-

ma, etc. 1, praes. Vater, Vitt., 4093.

(6) « Madame la marquise .de Pompa-

dour, ayant eu froid en décembre 1762, dans le parc de Versailles, se réveilla le lendemain, ne voyant plus que la moitié des objets qu’elle regardait avec l'œil gauche. » Demours, op. c., t. 1, p. 397.

(7) Vater, Diss. qua vitiis visus duo

rarissima, alterum duplicati, alterum &imidiati, exponuntur. Wittemb., 14723.— Klankhold, Diss. de visu duplicato. Argent., 1746. — Haller, Coll. diss. pract., vol. 1, n. 21, — Buchner, De visione simplici et duplici. Argent., 1755.— Home, in Philos. transact. for fe 7 FRERE FR Reil’s, Archiv. f. d, Physiol., 3 B., p, 8.

(8) P. 1, c. xxv, $. 139, 1. (Édit. de Leypsick.)

(9) Ibid., €. xxxvr, S 444, 2.

(10) P. 11, sect. 1, c. 1v, $ 12, 4.

(14) Ibid., c. 1, $ 25, 1.

DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES

paraissent doubles ou multiples (*) que quand on les regarde avec les deux yeux; tantôt ils se montrent tels même lorsqu’on les fixe à l’aide d’un seul œil. Il est rare que le malade apercoive la double image des objets avec une égale netteté ; l'image la plus éclairée correspond ordinairement à l’objet réel, la moins éclairée à l’objet apparent. C’est pour cela que les individus affectés de diplopie se trompent rarement quand il s’agit de désigner un objet. Il en est qui ne -voient les objets doubles que lorsqu'ils sont éloignés ou quand l’œil est dirigé latéralement d’un côté ou de l’autre. On regarde comme causes de la diplopie toutes les circonstances qui font que l'image double d’un seul et même objet vient se peindre sur la rétine; telles sont une sorte d'inégalité particulière de la face antérieure de la cornée ou du “cristallin, qui, en pareil cas, sont divisés en deux ou plusieurs surfaces; l'iris double (12); la situation anormale de la pupille (13), du cristallin (14) ; les altérations des muscles moteurs de l’œil (15); une grande diversité dans les deux yeux, de telle sorte que le même objet vient se peindre d’une manière tout-à-fait différente dans chacun d’eux, quant à la grandeur, à la position , à la distance; l’exophthalmie (16), le strabisme, comme dans le cas où les deux yeux n’étant point doués d’une force égale, les objets, au lieu de former image sur un même point de la rétine, se peignent, par exemple, au centre de cette membrane, dans un œil, et sur ses côtés, dans l’autre; enfin, les altérations du système nerveux oculaire, sans excepter la portion cérébrale (17). Indépendamment des maladies

(") Polyopic.

(12) Rechellini, Lettera al Sr. Cocchi, Vicenz., 1749.

(15) Baumer, in Act. soc. Hass., n. 27.

-(14) Schenk, Observ., 1. 1, n. 281.

(15) Pelargus, Med. Jahrgange, 2 B., p. 528; 5 B., p. 526. —Morgagni, epist.

x, art. 26, Cfr. Autenrieth, Physiologie, $ 1001.

(16) Hufeland’s Journ., 15 B., 2 st., p.

(47) On trouve des exemples de diplopies développées à la suite de violences extérieures faites à la tête, chez Schmucker, op. ©c.,4 B., n. 26. Au rapport de F. Home (Philos. trans., 1814), un stéatôme du lobe postérieur du cerveau a commencé par léser les fonctions

Frank. rom. x,

de l’encéphale, la diplopie reconnait pour causes : le regard prolongé sur un lieu très-éclairé (18), la dessiccation des impetigo, la disparition prématurée des fièvres et des hémorrhagies, la suppres sion de la transpiration (19), l'ivresse, la frayeur, la colère (20), les saburres, les acides des premières voies et les vers.

Le pronostic et le traitement dérivent de l’étiologie. On conçoit aisément dès lors que , dans certains cas , l'électricité (21), le magnétisme (22), la valériane (23), le mercure (24), le soufre (25), le repos des muscles de l’œil (26), l’agitation violente du corps (27) et l'éternuement (28) aient produit de bons effets.

14. Photopsie. — Il a été question déjà de la photopsie, ou apparition morbide de lumière, comme symptôme de la plique {29), des ophthalmies (30) et de l’amaurose (31). La lumière pourra en pareil cas se présenter sous forme de flamme, d’éclair, de globe de feu, et apparaît principalement dans l'obscurité et pendant les mouvements et la compression du bulbe de l’œil. Lorsque le mal dont il s’agit est passager et accidentel , sa cause réside le plus souvent dans la pléthore, hémorrhoïdale surtout, les saburres, la perte de la semence et la fatigue de la vue. Le traitement de cette affection n’offrira aucune difficulté si l’on se rappelle ce qui a été dit.

de l’estomac et des intestins, a produit ensuite la diplopie, et enfin la cécité.

(18) J’ai vu contracter la diplopie à une Juive qui étalait ses marchandises sur une place, en face d’un mur blanchi sur lequel les rayons solaires se réfléchis-

3 q RTE RE saient pendant une grande partie du jour.

(19) Hoffmann, Med. rat, syst., t. 1v, P. 1v, cap. 1v, obs. 1.

(20) Weber, Wurkungen d. kunstl.

Magnets, p. 7, 10.

(21) Grimm, in Archiv. d. pr. Heilk, F, Schiesien, 4 B., 1 st., n. 4.

(22) Weber, 1. c., p. 10.

(25) Gooch, Cases, ed. nov., p. 41.

(24) Idem, 1. c.

(25) Ibidern.

(26) Home, 1. c.—Arnemann's Magaz. f.

d, Wundarzneyk., 2 B., p. 490.

(27) Ploucquet, Lit. med. digest., t, 1, vocab. Diplopia.

(28) Commerc. lit. Norimb., 1745, p.

(29) P.1, c. XXXVI; $ 144. Edition de Leypsick.

(30) Chap. 1v, $ 10; n. 2,

(31) Chap. V, $ 4; n. À.

15. Myodesopsie. — Dans la myodesopsieou vision de mouches volantes(32), les yeux aperçoivent des objets qui n’existent réellement point (scotoma).

Ce sont des points, des taches noires, des vésicules demi-transparentes, des lignes serpentantes et autres objets analogues qui tourmentent les malades, tantôt constamment, tantôt par intervalles ; dans ce dernier cas, la vue est principalement fatiguée par l'apparition de corps lumineux et blancs. Les objets fantastiques sont ou mobiles ou fixes.

Les premiers voltigent devant les yeux, au-dessus et au-dessous de l’axe visuel, quoique ces organes restent immobiles ; les seconds suivent les mouvements des yeux, mais ne changent jamais de place relativement à l'axe visuel. Les uns et les autres sont tantôt décolorés, tantôt noirs. [a cause prochaine de la myodesopsie réside, soit dans un point de la rétine qui est privé de la faculté de percevoir la lumière, probablement par la compression de la choroïde (33), soit dans l’opacité d’une partie de l’humeur vitrée, soit enfin dans une stimulation du système nerveux de l’œil, analogue à celle que produisent les corps extérieurs qui irritent la vue: La myodesopsie est occasionnée, en général, par le refroidissement et l'humidité ; par la fatigue des yeux due à la lecture, à l’écriture, au regard du soleil couchant ; par les secousses de la tête, une épistaxis imminente; pat les affections des viscères abdominaux, les vers, les hémorrhoïdes, les pertes de semence, la rétropulsion des impetigos. Dans tous les cas, celte affection peut être considérée comme de nature amaurotique ; on n’a cependant pas à craindre la cécité lorsque la pupille est mobile et que les objets rapprochés ne paraissent point troubles.

Le traitement doit être dirigé suivant les préceptes que nous avons imdiqués (34).

16. Strabisme et luscité. — Le strabisme (35) se distingue de la luscité (36), selon Beer (37), en ce que, dans le pre-

(32) En allemand, Muckensehen; en français, mouches volantes.

(33) Ware, in Medico-chir. transact., vol. v, 1814. London.

(54) Chap. v, $ 5.

(55) En allem., das Schielen; en français, vue louche.

(56) En allemand, das Schiefschen,

(57) Op. c., 2 B., p. 667.

MALADIES

mier, on peut rétablir l'œil ou les yeux dans leur position naturelle, tandis que cela est à peine possible ou ne l’est même pas du tout dans la vue louche.

En outre, le strabisme affecte ordinairement les deux yeux; et la luscité, au contraire, n’en atteint qu’un seul dans la plupart des cas. Les causes du strabisme (divisé en divergent et convergent) dépendent d’une habitude vicieuse (contractée fréquemment au berceau par l'incurie des nourrices), de l’atonie nerveuse, de l’hydrocéphale (38) et des vers.

La vue louche a le plus souvent son origine dans la lésion, le déchirement, la paralysie de l’un des muscles moteurs de l’œil; dans l'inégalité de force des deux yeux (39), dans une cicatrice considérable de la cornée, un leucome ne laissant libre qu’une petite partie de la pupille, dans l’amaurose qui n’affecte qu’un seul œil, dans le squirrhe de la glande lacrymale ou dans d’autres tumeurs dures de l’orbite. On remédie au Strabisme et à la luscité qui sont dus à une mauvaise habitude chez les enfants, et qui ne datent pas de fort loin, en présentant toujours les objets directement devant les yeux. La persuasion et le

fouet, à l'égard des jeunes garcons , la vanité, à l'égard des petites filles, sont

‘les moyens à employer pour corriger le

regard vicieux ; Car, en pareil cas, une volonté ferme peut beaucoup (40). Il est bon aussi quelquefois d'empêcher l’exercice de l’œil sain pendant une heure de la journée d’abord, ensuite pendant la journée tout entière, afin d’habituer peu à peu l’œil affecté de strabisme ou de luscité à retrouver l'axe visuel (41).

Beer (42) rejette l'application sur les yeux de linges ou de bandeaux percés.

Le strabisme et la vue louche qui ne sont que des symptômes d’autres maladies réclament un traitement approprié à l’affection primitive. Enfin, nous avons fait mention de l’oscillation du bulbe oculaire comme effet de l’hystérie, d’une | habitude vicieuse (43), de l’hydrocé- EE LOT ER PNR NES CUIR

(38) P. n, sect. 1, c. 1v, & 42.

(89) Buffon, dans les Mém. de l’Acad, royale des sciences, 1743.

(40) Beer, 1. c., p. 672, ; . (41) Beer, I. c.—Roux, Journ, de méd, générale, 4814, avril.

* (45) En 1815, j'ai observé, chez un tailleur de Vilna, une oscillation des deux

DES YEUX, DES OREILLES ET DES NARINES

phale (44), d’un vice congénial (45); maladie qui parait dépendre d’un vice des

yeux contractée dès l'enfance. V. mes Actes cliniques, vol. u.

(44) V. mes Actes cliniq., vol. 11.

(45) Le 19 novembre 1818, une jeune fille de dix-huit ans, affectée depuis sa naissance d’une oscillation continuelle des yeux, fut reçue dans ma clinique; en même temps le globe oculaire était entraîné en haut. Je cherchai la cause de la maladie dans un tremblement des muscles moteurs de l’œil, et surtout du muscle droit supérieur; la malade Fattribuait à ce que sa mère avait été ef-

muscles obliques de l'œil. Elle a beaucoup de rapport avec la contraction spasmodique du muscle orbiculaire, qui, à un faible degré, mérite à peine le nom de maladie (46), mais qui constitue au contraire une affection fort grave (47), quand elle revient périodiquement.

frayée par un lièvre, lorsqu'elle était enceinte d'elle. Cfr. Demours, op. c., t. 1, P- 4, 6; t. 11, p. 498.

(46) En français, la souris. « En effet, le mouvement que l’on aperçoit sous la peau a quelque ressemblance avec celui qu'exciterait en s’agitant une souris Cachée sous un drap de lit. » Demours, |. c.

(47) Demours, 1. c., p. 475.

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