Jugement. — Le jugement s'exerce
(5) < Eas mutationes in sensorio conservatas ideas multi, nos vestigia rerum vocabimus, quæ non in mente sed in ipso corpore, et in medulla quidern cerebri ineffabili modo ircredibiliter minutis notis et copia infinita inscriptæ sunt. »
(6) Chap, xvin, de l’amnésie,
4° en comparant entre elles des perceptions excitées par les objets externes, par exemple lorsqu'on détermine le nombre, le volume, le poids, etc., d’objets présents; 2° en comparant les perceptions , qui viennent des objets externes présents , avec des idées et des opinions qui déjà avaient été acquises, par exemple lorsqu'on compare un édifice placé sous ses yeux, avec d’autres édifices vus autrefois ; 3° en comparant entre elles des idées et des opinions déjà recues et établies, par exemple dans des questions de métaphysique, et de philosophie morale; et, 4° en faisant entre elles des comparaisons d’après ces divers modes, comme fait un médecin quand il compare l’état présent du malade avec celui d’autres malades, dans de semblables maladies qu’il a observées déjà , et quand ensuite il juge, non-seulement de la nature de la maladie qu'il traite, mais même de son issue probable. En effet le jugement de l’avenir, qui, s’il est énoncé, constitue la prédiction, est entièrement fondé sur lexpérience des choses passées, et constitue le véritable caractère de la sagesse. On peut en excepter peut-être les prédictions qui ont rapport à notre existence, ce que l’on appelle les présages (7), car elles paraissent être l'effet äe perceptions insolites et obscures , résultant d’une lésion dans l'action des viscères qui servent aux fonctions vitales (le cerveau, le cœur, les poumons, ou les nerfs, surtout le plexus cœliaque). Mais quel que soitle jugement que l’on porte des choses, soit passées, soit présentes, soit futures, il résulte toujeurs de la perception de la simiiitude et de la dissimilitude de deux ou de plusieurs notions. La faculté de percevoir la similitude ou la dissimilitude, en tant qu’elle regarde les notions générales et abstraites, s'appelle raison. Celle:ci constitue un trésor précieux et incomparable pour le genre humain (8).
(7) En français, pressentiment; en al.
lemand, Ahnungen. J'ai ramassé un trop grand nombre d'exemples d'hommes qui prédisaient ponctuellement leur maladie et leur mort prochaine, pour refuser confiance à ces présages de l’âme, qu'il faut bien distinguer des effets de l’imagination.
(8) Les jugements des brutes sont bornés aux choses externes et à des objets
spéciaux; mais iln'y en a auçune qui puisse
MALADIES
Ea effet, c'est par la raison que nou connaissons les choses, c’est par elle qu:
nousles comprenons, enfin que nous sai sissons toutes choses; c’est la raison qu nous inspire le désir d’une béatitudi éternelle, et une ardeur insatiable di science; enfin, la raison nous fait joui de biens infinis. Lorsque son usage es perdu , l’homme cesse d’être homme Quand son usage est perdu, disons-nous car nous nions que la raison puisse elle:
même être malade. A la vérité la faculti de juger chez l’homme doué d’un espri sain et chez le maniaque paraît tout-à. fait diverse, mais en effet elle est 1!
même. Car les jugements diffèrent seu lement en cela que le maniaque ayan un cerveau et des nerfs lésés, ses per!
ceplions diffèrent des perceptions d!
l’homme sain, d’où il résulte qu'ils til rent nécessairement des conelusions difi férentes. Ces choses seront de plusen plu éclaircies dans les chapitres du délire:
de l'ivresse , de l’aliénation qui résult:
des passions et des manies.
$ IV. Des sources du plaisir et de le peine, du desir et de l'aversion, et de:
affections.
1. Sources du plaisir et de la peine — La conservation de l'individu, la pro:
pagation de l’espèce, et le soin de la pos térité, sur lesquels est appuyée l’existenc:
du genre humain, n'auraient pu s’ob tenir autrement qu’en portant l’homme:
rechercher les choses quirépondent au bu:
de lanature et à fuir celles qui lui sontcon traires au moyen d’un sentiment de plai sir et de peine. Le plaisir est réveille par l’impression des aliments sur l’orga ne du goût, par la respiration d’une at:
mosphère pure, l’action d'une tempéra:
ture modérée, le rejet des matières qu doivent être excrétées, l'exercice, le re:
pos après la fatigue, et le soulagemen des douleurs, etc. La peine arrive à 1:
suite de la faim et de la soif, d’une res:
piration empêchée, d’une températur.
froide ou très - chaude, de la rétention de matières qui doivent être excrétées de l’inertie, de la fatigue, des lésion externes, etc.
2. Sources du desir et de l'aversion — Le plaisir engendre le désir, et la pei ne l’aversion. Par le désir nous prévoyon quelque chose d’agréable, par l’aversio:
concevoir des conclusions logiques ou de:
notions abstraites.
DU SYSTÈME NERVEUX
quelque chose de désagréable. Delà nous sommes affectés de deux manières entièrement opposées.
3. Affection. — L’affection est donc un sentiment agréable ou désagréable , qui accompagne l’accomplissement de objet du désir et de l’aversion. Les affections diffèrent des désirs ét des aversions, en ce que les désirs et les aversions se percoivent seulement dans cette partie du corps d’où ils tirent leur orisine ; par exemple, la faim et l’anorexie dans l'estomac, tandis que les affections
se sentent dans tout le corps, et surtout
dans la région du cœur. Car le cœur est comme le principal siége des affections; et c’est à juste titre que le peuple parle de la joie et du chagrin comme affectant le cœur, ou du bon et du mauvais naturel du cœur. Les affections sont d'autant plus vives, que la faculté de sentir du système nerveux est plus grande. En général, c’est par les conditions anormales lu système nerveuxet des sens qu’on peut se rendre compte des sources morbides du plaisir et du chagrin, de l'appétit et le l'aversion, et même des affections tu moins par conjecture. Nous ferons nenlion çà et là des appétits et des averions morbides , que Sauvages (1) comprend sous le nom de morosités, dans les ndroits où il sera question des malalies des viscères, dont ils viennent.
$ V. Des passions et de la volonte.
1. Passions. — Les affections véhé- “entes absorbent entièrement l’attenion ét éloignent des objets qui n’ont aucune liaison avec l’affection. Le jugement st par là affaibli, car il ne saurait exister ans une analyse égale des idées, et sans que l'attention soit soumise à son ordre.
Mais, plus le jugement faiblit, plus l’inagination lève la tête. Par suite l’esrit est accablé par une suite d'images
(4) Nosol. method., t. 1V, p. 309, seond ordre. « Morosus est ille, qui sine ‘atione quodpiam constanter appetit, juod ipsi bonum reale non est, aut averatur, quod malum apparens est tantumnoûo, licet realiter bonum sit. » Je ranerai seulement parmi les morosités le >ica (appétit dépravé), la boulimie (faim anine), la polydipsie (soif excessive), le atyriasis , la nymphomanie et l’antipabie. — Sauvages donne des limites plus argese
relatives à l’affection. Cet état violent du sensorium commun s'appelle passion.
Par suite le corps tout entier est entrainé dans cet accord. Nous définissons donc une passion: cette condition dans laquelle l'affection absorbe l'attention au détriment du jugement, et avec exaltation de l'imagination, tout le corps se mettant en harmonie. Les passions en général exercent leur empire sur la température du corps , sur les nerfs, les artères et les veines. En outre, chacune d'elles a une affinité particulière pour quelques viscères. Ainsi la crainte affecte spécialement le tube intestinal et les reins, le chagrin l'estomac et les glandes lacrimales, la, colère le foie et la vésicule biliaire , l'amour les parties génitales, la terreur les muscles soumis à l’empire de la volonté. Il nous suffira de considérer comme des maladies spéciales le chagrin profond, la colère effrénée, et l’amour insensé.
2. Remarque. — On n'a pas l'habitude de séparer assez des passions de l’âme, quelques conditions morales, qui produisent une sensation de plaisir ou de peine d’un ordresupérieur. Delàil arrive que l’on met au rang des passions excitantes de l’âme et des plaisirs de l’esprit : la joie qui naït des choses ou des actions passées (la sécurité de l’âme, ou l'âme contente de son état ), la joie anticipée (l’espérance), le plaisir qui nait lorsqu'on désire le bonheur d’un homme dont on a recu des bienfaits (la reconnaissance, le souvenir des bienfaits), la douce sensation que nous éprouvons lorsque nous nous employons à secourir autrui (la commisération), et la perception agréable que nous avons en considérant les hautes qualités d’un homme (lestime, l'admiration, l’amour platonique). Et l’on met de mêmeau nombre des passions qui abattent l’âme et des peines de l'esprit le chagrin qui vient de nos actions (la honte, le repentir, le remords de la conscience), le chagrin anticipé (la sollicitude , une attente inquiète), un sentiment désagréable provenant des mauvaises qualités des autres (le mépris, la haine), le chagrin provenant des injures (la colère), ou de la félicité des autres (l'envie, la zélotypie).
Aux passions mixtes de l’âme on joint les efforts pour se venger des injures (la vengeance).
3. Volonte.—Les passions de l’âme, les objets qui excitent la perception du plaisir et de la peine, quelques juge-
ments et conclusions, qui résultent de Ja comparaison des idées, produisent cette faculté de l'âme, que l’on appelle volonté, au moindre signe de laquelle plusieurs parties du corps {les organes soumis à l'empire de la volonté) sont mises en mouvement. D’après cela il est évident que le mouvement volontaire est déterminé par le désir et l’aversion. Mais il ne faut pas entendre cela d’une manière trop matérielle. Car la raison peut tellement assurer l’empire de la volonté que les parties soumises à cet empire n’obéissent ni au commandement du plaisir, ni à celui de la douleur. C’est ce que démontre la force d'âme avec laquelie les hommes chastes résistent aux plaisirs illicites , les martyrs supportent les tortures , ou des malades faibles les opérations chirurgicales, et les coupables la question. Il est donc faux que les hommes d’un esprit sain, et convenablement instruits des préceptes de la religion et du devoir, soient des automates, obéissant à l’attraction du plaisir et à la répulsion de la peine. Cette horrible opinion, appuyée sur le suffrage surtout des médecins, conduit à nier la liberté des actions, et a porté dans la société des maux beaucoup plus dangereux que la peste. Cependant le libre exercice de la volonté reconnait un terrible adversaire dans les lois de l'habitude. En effet, chaque fois que, par le défaut d'éducation, ou par d'autres causes qui ne sont pas encore assez bien comprises, on contracte des habitudes mauvaises, il peut arriver que les mouvements volontaires obéissent mécaniquement à la loi d'associalion , avant que la délibération, source de la volonté rationnelle , puisse avoir lieu. En effet, les mouvements que l'on produit dans la première enfance par le seul effort de la voionté (par exemple, dans l’action des muscles pour prononcer les lettres de l’alphabet), plus tard , sans que l'esprit s’en apercoive, on fait ces mêmes mouvements par les lois de l’association. En général, les idées qui excitent les actions du corps peuvent en produire plusieurs dans un seul et même temps. Îl n’en est pas ainsi des idées qui occupent seulement les facultés de l'âme. Car personne ne peut se présenter à la lois deux idées excitées ou par la mémoire, ou par l'imagination, ou par le jugement. Bien plus, si deux idées excitent à la fois la volonté, et que celle-ci pour agir soit obligée de se servir des mêmes nerfs, l'une de ces choses
MALADIÉS
empêche l'autre, et de là résulte l'hésitation. Ce défaut doit être en grande par:
lie attribué au doute. Mais le doute est l'elfet de la timidité. En outre, il est des maladies des organes soumis à l’empiré de la volonté qui éludent souvent l'impulsion de la volonté , témoins la para:
lysie et l'incube. Dans la catalepsie l’im:
pulsion de la volonté manque dans tous les cas, les impulsions externes produisent les actions plus fortement que celles qui agissent seulement sur l'esprit (1).