‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 59 sur 261 · AE OR GERS · texte numérisé non relu

AE OR GERS

musique, comme l’atteste Arthur Bedford dans le traité: The great abuse of music., p. 4. — S. Jérôme, écrivant à Léta , lui prescrit de faire en sorte que sa fille n’entende point les orgues; qu'elle ne sache point à quoi servent la flûte, la lyre et la harpe.

(12) Bien que les auteurs de ces sortes de livres partent toujours du but moral qu'ils se proposent, cependant ils peignent avec des conleurs trop attrayantes la passion dont il s’agit, pour que l’on puisse en sûreté les mettre entre les mains des Jeunes gens.

(15) Diogènes avait soutenu que l’amour était l'affaire des paresseux. D'où Ovide a dit :

« Otia si tollas, periere cupidinis arcus Despectæque jacent et sine luce faces. »

Et Martial :

« Quæritur, Ægysthus quare sit facius adulter ?

Îu prompiu caussa est : desidiosus erat. »

Anton. de Quevara (lib. 11, cap. 12. Horol. Principum) dit : « Per otium deses et supervacaneas cogitationes oculi aberrare, mens perturbari, voluntas depravari solent. » — « Patrum negligentia matrumque indulgentia facit, ut faborem misellæ honestum fugiant et inhonesta amplectantur oblectamenta. »

(14) Plus les mœurs sont pures et plus il y a danger de concevoir un amour effréné.

(15) De même que l’antipathie, la sympa’hie en amour ne peut pas s'expliquer.

C’est ce qui a fait dire à un poète :

« Livia, non amo te, nec possum dicere quare, Hoc saltem possum dicere, non amo te,»

Et ailleurs :

« Odi et amo: quare id faciam, fortasse requiris , escio, sed fieri sentio et excrucior. »

Caruzz. ad Lesbiam.

x Il est des nœuds secrets, il est des sympathies, Dout, par le doux rapport, Les âmes assorties S'atiachent l’une à l’autre, et se laissent piquer Par ce je ne sai: quoi qu’on ne peut expliquer.»

P. Corxerze, Rodogune, act. 1, sc. 7.

(16) Théophraste appelait la beauté une fraude silencieuse. On rapporte d'O-

Frank. Tom. m1,

sation de tous les jours (17), par la danse etsurtout les valses (18), par la fréquentation des théâtres , soit publics (19), soit de société (20), par les jeux (21), etc.

Autrefois on en accusait les philtres (22); à la vérité nous accordons bien que ces philtres peuvent exciter au coït, mais ne sauraient jamais allumer de l'amour pour une personne en particulier, à moins qu'il ne soit question peut-être d’or et d'argent (23). La différence du sexe n’est pas absolument nécessaire pour exciter un amour effréné, insensé et criminel, c’est ce qu’attestent les infamies des pé-

lympias, épouse de Philippe, roi de Macédoine, que son mari étant amoureux d’une jeune fille, elle s'était laissé persuader que cet amour élait produit par un philtre administré auroi par sa maitresse, Mais ayant fait venir celle-ci, et ayant apprécié sa beauté et la grace de ses manières, elle cessa de la soupçonner et s’écria : « Trève aux calomnies, car tu portes en toi tes philtres. »

(17) Stobée (serm. 6) fait dire à Socrate avec beaucoup de sagesse : « Le vent allume le feu, mais l'habitude allume l’amour. » Que les parents se souviennent donc de ces mots, lorsqu'ils placent leurs fils dans des colléges sans choix et qu’ils contient leurs filles à de nouveaux Abeilard et Saint-Preux.

(18) Allem., Das Walzen, manière de danser convenable pour les ours, également contraire aux mœurs et à la santé, comme on en est très-bien averti dans OEsterreich. Beobachter, 1816, No. 914.

(19) Certes il y a bien peu de jeunes gens qui puissent échapper aux sirènes et résister aux tentations des danseuses.

(20) Les scènes que l’on joue aujourd’hui sur les théâtres de société, souvent le lendemain ne deviennent que trop bien des réalités.

(21) Les Allemands surtout, agissent trop librement à cet égard, et prodiguent les baisers, comme s'ils ignoraïeut que ces jeux et ces baisers ont toute Ja puissance d’un philtre.

(22) Parmi les philtres, on comptait autrefois : le cœur de l’hirondelle, le cerveau du chat et de l’âne, l'utérus de l'hyène, la verge et la queue du loup, l'urine du bouc, le sang des menstrues, les produits de l'avortement ou le fœtus mort avant le baptême, et d’autres choses aussi absurdes à employer, soit exté rieurement, soit intérieurement.

(23) « Quæ prudentiæ, potentiæ, as-

‘ tutiæ facta sunt impossibilia , auri parent

atque obédiunt fulgori, »

dérastés et des sodomistes (24). L'amour n’épargne pas non plus le cœur des eunuques, ét assez souvent les femmes leur rendent cet amour. Bien plus, les tableaux (25) et les statues (26) ont produit cet effet. Tout cela démontre évidemment la grande puissance des yeux en amour [20

S IIT. Diagnostic. Pronostic.

1. Diagnostic. — Ce n'est point par mépris, mais par commisération (1) que nous avons accordé une place à amour parmi les maladies; mais cela ne doit s'entendre ni de l'amour conjugal, ni de l'amour social, mais de l'amour lascif.

Pour le reconnaitre, si les signes donnés plus hautexcitent du soupcon, à l’exemple d'Erasistrate (2), d'Hippocrate (3),

(24) Ce crime est si abominable, que nous n’en eussions même pas parlé si les médecins ne devaient pas le reconnaître comme cause de langueur dans un assez

rand nombre de cas.

(25) Un poète dit de Päris, qui, diton, devint amoureux d'Hélène de cette manière :

« Et nunquain visæ flagrat amore puelkæ. »

(26) Prenons pour exemple Alkiade ui devint amoureux d’une statue de Cuidon faite par Praxitèle.

(27) Platon (lib. 6, stromat.}) dit : « La vue est le commencement de l’amour» ; et Plutarque (lib. de amore) : « La vue est le moyen de se prendre d'amour ».

Cfr. Zacut. Lusitan., lib. 1, Prax. hist.

‘1) « Nescis, quid sit amor? Furor est, et post omvia

[mentem Eripit et damnis pascitur suis, v

(2) Antiochus, fils du roi Séleucus, brûlant d’un amour très-violent pour Stratonice, était tombé dans une maigreur extrème el était couché dans son lit comme quelqu'un qui va bientôt périr. Le médecin, le père et toute la foule de ses amis ignoraient la cause de sa maladie, et c’en était fait du malade, si, 1a prudence d’Erasistrate ayant découvert Aa source du mal, le père n’eût accordé à son fils le seul et véritable remède qui lui convint. En effet, le médecin que nous venons de nommer remarquant un

rand changement dans le pouls, soit que Stratonice fût présente ou absente, saisit Ta véritable cause de la maladie, et la découvrit au père qui céda sa maitresse à $on fils ét lui rendit par à même la santé.

(5) Plutarque parlé dés moyens cm-

de Galien (4), de Ferrand (5), ete., il est permis d’avoir recours à divers stratasèmes , cependant avec les précautions voulues, de peur que le médecin ne passe pour un dénonciateur ou pour un conciliateur. Nous montrerons ailleurs que la chlorose et la manie érotique ne doivent pas être confondues avec l'amour. [l a plutôt de la ressemblance avec l’'amour-propre, avec la passion effrénée du jeu, et avec l’avarice.

2. Pronostic. — Combien de guerres, soit publiques , soit privées, n’a pas produites la violence d’un amour insensé?

Comhien de meurtres, combien de carnages n’en sont point sortis ? Combien de villes lui ont dû leur ruine ? Combien de milliers d'hommes n’a-t-il pas fait périr (6). La terminaison de l'amour, quand il ne s’éteintpas promptement par

le désespoir, est la haine, le dépérisse-

ment, la fièvre que nous avons appelée lente nerveuse (7), des convulsions, l’épilepsie, la manie et le suicide. Tout cela n'empêche pas que l’amour ne produise quelquefois des effets salutaires(8), qu’il ne corrige l’âme (9), et qu’il n’éguise le génie (10).

oo

ployés par Hippocrate pour découvrir l'a-

mour de Perdiccas, roi de Macédoine,

pour Phriné. Cfr. Beverovicius, Idea

med. vet.; Pur, db. vi, ©. 2, p. 448.

(4) I jugea très-bien de l'amour d'O-:

reste pour Pylade.

(5) Il raconte qu’il découvrit l'amour:

d’un jeune homme par la rougeur de son

visage et la plus grande fréquence de son

pouls lorsqu'une certaine servante ap-.

portait de la lumière dans sa chambre.

Le C.

(6) Euripides dans Hippolyte.

(7) Esquirol a rapporté une observation:

remarquable de ce genre, L. c., p. 489.

(8). Chap. xvn, $ zxxvu, 2 (51). Cfr..

Kempius, De osculis, cap. 18. De osculo salutari.

(9) « Chimon aima, puis devint honnête homme. v

(10) Tissot parlé d’un jeune homme assez stupide qui devint amoureux d’une

Espagnole, et comme elle ignorait la langue française, il apprit en trente-cinq,

jours l’espagnol, de manière à pouvoir causer librement avec son amante (1. c.).

Dans les derniers temps, les armées:

étrangères, dans les différentes parties

de l’Europe, ont offert plusieurs exemples de ce genre. Le célèbre Alfiéri dit de lui-même : « Io non mi sentiva mai ridestarc in mentee nel çuore un çerto

DU SYSTÈME NERVEUX

$ IV. Traitement.

1. Traitement prophylactique , et traitement moral. — À moins qu'il n’y ait l'espérance certaine d'un mariage , il importe aux parents et aux époux d’écarter les causes que nous avons mentionnées, soit comme prédisposantes, soit comme excitantes de l’amour. Aujourd'hui l'éducation pour toute l’Europe, si l’on en excepte peut-être l'Angleterre et l'Italie, étant efféminée, vaine et trop peu

religieuse, donnant trop d'importance à

la danse et à la musique, ne défendant pas autant qu'il conviendrait la lecture des romans, s’attachan! trop pen aux mœurs dans le choix des instituteurs de l’un et de l’autre sexe , accordant trop de liberté aux jeunes gens, cherchant toujours à les sortir de leur condition, fortifie plutôt les causes rapportées ci-dessus qu’elle ne les affaiblit. Pour prévenir les amoursillicites, il faut surtout chasser du sanctuaire des familles, les oisifs, les flatteurs et les hommes envirounés d’un vain éclat et dont le rang est supérieur {1}. Si ces moyens ne sufüisent pas pour détruire le mal , il faut au moins résister à son Cummencement (2). La meilleure manière de le faire consiste à fuir promptement le danger (3). C’est pourquoi il faut conseiller en premier lieu, et aux hommes surtout , de voyager. Pour les demoiselles, il convient plutôt de les placer dans une autre famille où elles trouveraient des personnes étrangères aux

desiderio di studi ed un certo impeto ed effervescenza d’idee creatrici, se non se in questi tempi, in cui mi trovava il cuore fortemente occupato d'amore »

(fs c.).

(4) Ovide dit : « Apte nubere, nube

ri, » Ce conseil ést donné aussi par Pittacus de Mitylène, cité par Plutarque (Tract. de lib. educ., c. 19).

{2) « Dum novus est, cæpto potius pugnemus amori : Flanma recens parva sparsa residet aqua, »

Ov. lib, xvr. Her.

Et libr.:1, De remedio amoris :

« Dum licet, et modici tangunt præcordia motur, Si piget, iu primo limine siste pedem. à Opprime, dum nova sunt , subiti mala semiua morbi Ettuus incipiens ire resistat equus.

Nam mora dat vires, »

(5) Voici ce que dit Properee, lib. rt, élég. à Cynthie :

« Crescitenim assidu spectando cura puellæ , Ipse al menta sibi max ima præbet am ir, Unuin exit auxilium mutatis, Cynthia, te:ris, Quantum oculis, anjruo tam proeul ibit amor,

tbles de l'âme et vivant tranquillement. Aux uns comme aux autres (4), un ami qui mérite leur confiance et leur respect estnécessaire. Cet ami devra d'abord prêter une oreille attentive aux plaintes réciproques des amants , et les accepter comme naturelles et vraies. 11 pourra même par des services licites tenter de capter leur bienveillance. Quandles choses en seront à ce point, illaissera quelquefois échapper comme par hasard un mot de prudence, par exemple un doute ou une remarque contre les choses qui servent de base à l'amour. Par ces moyens il donnera aux amours Comme un aliment pour la contemplation, dont les effets se montreront tôt ou tard d'eux-mêmes. Jamais, pour le bien d’un des amants, il ne faut calomnier l’autre, car il vaut mieux révéler des défauts réels dont personne ne manque (5).Si un des amants a péché contre les lois mêmes de l'amour, par exemple , en manifestant de l’amour2 propre, ou quelque dessein étranger, une telle révélation faite à l’autre amant ne reste jamais sans effet. Il est toujours nuisible d’enflammer la jalousie, car ou l'amour n’en devientque plus fort, où l’on fait naître la haine, la plus honteuse de toutes les passions. Il faut cependant en excepter une haine momentanée qui fraye le chemin à l'indifférence, indice très-certain d’une guérison réelle (6). Nous aimons à combattre l'ennemi par ses propres armes; car l'amour surtout peut triompher de l’amour. C'est l’amour des parents, des alliés et des amis que nous appelons ainsi à notre secours contre Vamour effréné. Mais si nous voulons réussir, il ne faut pas nous ivriter contre ceux que l'amour possède ; il faut les cxresser plulôt ; car il ne faut jamais oublier que l'amour effréné est une male= die comme la fièvre, dont il n’est donné à personne de se délivrer à Pinstant par l'effet de sa volonté. Les amis doivent donc être pleins d’indulgence. En effe!,

png

(4) Un ami fidèle est une médecine s9a lutaire, » Sirac. vi, v. 16.

(5) + Exige quod cantet, si qua est sine voce puélla, Non didicitchordas tangere, posce lyram, Turgida, si pleua est, si fus:a est, nigra vocelur, Et poterit dici rustica, si qua proba est, »

Ovin,

(6) <Et qui amore gravi premantur, si in odium personæ, quara amant, adioi queant, eertissime liberantur.» Plater, LE, D, FPT

nous sommes d'avis qu’il faut cd strictement aux lois morales, plutôt poûr empêcher les maux à venir que pour les extirper violemment lorsqu'ils existent.

Dans ce cas, une sévérité trop grande écarte les hommes pour toujours de la bonne voie dans laquelle lindulgence eùt pu facilement les ramener. En effet il est tout-à-fait naturel que l'homme méprisé et rejeté par la société devienne de plus en plus la proie de son désordre, et que son esprit s'exaspère.

Aussi désirons-nous que les dames, qui donuent l'exemple dans les sociétés, ne repoussent pas les jeunes filles et les femmes jeunes que l’amour égare, et qu’elles ne déchirent pas sans pitié leur réputation comme cela se fait communément ; mais qu’elles les entourent plutôt de leurs conseils et de leur protection. Pour achever le traitement de l'amour chez le sexe le plus faibie, il est souvent avantageux d'appeler la vanité à son Secours; Car il arrive que des femmes qui ne craignent pas la mort quand il s'agit de l'amour, craignent , en prolongeant trop leur douleur, de perdre leur beauté.C'est aussi uue consolation dans un amour malheureux de ne pas ignorer qu’on est un objet d'attention (7). — Lorsque des hommes sont pris d’un amour effréné, 1l convient d’exciter leur ambition, et de leur montrer, en mème temps, combien ce trouble fatal s'oppose à ce qu’ils arrivent aux honneurs, et par là mème combien il offre d'avantage à leurs rivaux.

2, Continuation. — Pendant que ce traitement moral marche d'après nos désirs , il arrive assez souvent que les fruits de plusieurs mois € trouvent perdus dans une minute par l'effet d'un hasard, tel que la réception d'une lettre, la vue de l'objet aimé, où de son portrait, etc. ; dans ce cas, loin de désespérer, il faut chercher aussitôt à tirer parti de celte contrariété. On n'observe pas en amour, comme dans les autres maladies , que les bechutes soient pires que les premiers acces ; au contraire elles constituent trèssouvent comme la crise du mal. Aussi en général le meilleur moyen de détruire ce qui peut rester d'illusion , consiste-tila faire revoir au bout de quelque temps, à celui qu’on cherche à guérir, l'ebiel de son amour. On obtient d'autant plus sùrement ce résultat de lui, qu’on se fie

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