‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 58 sur 261 · CHAPITRE XXL. = DE L'AMOUR EFFRENÉ, Ier. Définition. Bibliographie · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL. = DE L'AMOUR EFFRENÉ, Ier. Définition. Bibliographie

1. Définition. Le désir intense d'obtenir un individu d’un autre sexe, COnstitue l'amour effréné ({).

2. Bibliographie. — Outre le grand maître en fait d'amour (2), on doit consulter sur ce sujet Galien (3), Ferrand (4), Felix Plater (5), Sennert (6), Forestus (7), Schenk (8), Backhaus (9). Vetter (10), Du Chateret (11), Esquirol (12) et autres (13).

Hoffmann, Med. rat. syst., 1. c., $ 16, Scholia. Cependant je vois dans Riedlin qu'autrefois le thé a été en usage contre la colère, Lin. med., ann. 11, obs. 2, 26.

(14) Hoffmann, IL. c., atteste qu’un bain chaud fit beaucoup de mal.

(4) En latin, cupido, cupiditas (Ovide), ignis (Virgile), ardor (Sénèque) ; en allemand, die tolle Liebe, die unsinnige Liebe, die rasende Liebe; en français, une grande passion, aimer à la passion.

(2) Ovide, lib. De remediis amoris.

‘3) Opp.

(4) Traité d'amour, 1625.

(5) Prax. med. op., lib.1:, c. m1. De mentis alienatione.

(6) Institut., lib. m1, part. 5, sect. à, c. À.

(7) Lib. x, obs. 24.

(8) Lib. 1, obs. 268.

(9) Diss. de amore insano. Jen. 1686.

(10) Diss. de morbisamatoriis. Erlang.,

(44) Diss. de affectibus eroticis. Monüuspes., 1776.

(12) Dict. des scienc. méd, , t. 15.

Voy. Erotomanie.

(13) Histoire des troubadours(çàet là).

Des causes et des remèdes de l’amiour, :

considéré comme maladie, par 3. F,, médecin anglais, Paris,

6 II. Syriptômes. Causes,

4. Symptômes. — L'amour tantôt s’insinue furtivement, et se développe par degrés, tantôt débute ouvertement et brûle avec rapidité (1). Dans le premier cas, si on veut le cacher, il ne peut être connu qu’en ayant égard aux plus petits indices. Nous soupçonnons l'existence cachée de l’amour, si quelqu'un prononce ou plus fréquemment ou plus rarement que de coutume le nom d’un individu d’un sexe différent, tantôt sans nécessité, tantôt à la place d’un autre ; si en entendant prononcer ce nom par d’autres, il s’en suit de la rougeur; si la main , presqu’à l'insu de l'esprit , trace dans toutes les occasions sur le papier ou sur le sable les initiales du même nom ; si la personne s'occupe de sa toilette plus qu'elle n’en avait couiume , et qu’à cet elfel elle choisisse certaines couleurs de préférence à d’autres; si les gestes qui: lui sont propres sont changés, et remplacés par ceux de l’autre personne ; si la même chose arrive pour le choix des mots; si les hommes qui étaient d’abord indifférents deviennent chers , si ceux qui étaient chers deviennent indifférents ; si on s’acquilte de ses devoirs avec nonchalance ou mal ; si les animaux domestiques qui attiraicnt d'abord toute ia sollicitude, ne sont plus maintenant qu'un sujet d’ennui; si l’on fait dans son appartement des changements qui ne soient pas indiqués par la commodité ; si dans la promenade et dans les affaires on ne garde plus ni la même heure ni le même chemin ; si le carac-

ère est tellement changé que de gai il

devienne triste, et de triste il devienne gai; si la physionomie surtout, si l’état des yeux et le regard se rapportent avec ce changement; si une même image s'offre continuellement en songe; si on observe’ fréquemment des soupirs, des palpitations de cœurs et des larmes involontaires , et surtout si on aperçoit des mouvements de jalousie. Les signes d'un amour effréné confirmé sont : la

(1) « Mars videt hanc, vsspes Qt ; YILEs Théocrite prouve par les paroles qu’il n’était pas éloigné du mêrne sentiment :

«ut vidit, ut insaniit, ut in profundum incidit amorem, »

maigreur (2), la paleur (3); les yeux Caves enfoncés sous les sourcils ; un pouls qui dans l'absence de l’objet aimé , est inégal, petit, faible, mais qui dès que le malade se souvient de cet objet, ou le voit, ou en entend parler, ou lit de ses lettres, devient troublé et fort; la tendance aux hémorrhagies ; par exemple, à l'épistaxis, à la pneumonorrhagie (4), à La métrorrhagie, à la rupture des veines (5), les mouvements désordonnés du cœur, une douleur avec angoisse de la région épigastrique, une inquiétude continuelle (6), une petite fièvre (7), l’inconstance de l'esprit lorsqu’il s’agit de toute autre passion, comme la joie (s'il y a espérance d'obtenir quelque chose en amour), la tristesse (lorsqu'il n'y a aucune espérance d’un amour réciproque ), la colère ( lorsqu'il y a jalou-

sie), une espérance chimérique , une :

crainte vaine, tantôt l'abattement et la crainte, tantôt l’orgueil, une médita-

(2) C'est pourquoi Ovide a dit : « Facit amor maciem et longa iaternodia crurum.» À cette opinion, il faut ajouter celle de Virgile : « Hic quos durus amor crudeli tabe peremit. » Et Théocrite :

« Ubi tandem fuistis, o Nymphæ , cum Daphnis amore tabesceret? » Aussi un poèté a dit:

« Fugcrat ore color, maciesque chduxerat artus,

Suinebant minimos ora coacta cibos.

Nec somui faciles et nox erat aunua nobis,

Et gemitu'n nullo fæsa dolore dabam. »

(3) Ceux qui sont tourmentés par celte maladie atroce et cruelle « deviennent décolorés, faibles, pâles, grêles, sans muscles. » Galien. Plater dit: « Tout amant pâlit. » 1. ç.

(4) J'ai connu une jeune fille qui, à l'aspect imprévu de son amant, et en recevant de lui des lettres qu’elle attendait depuis lcng-temps, crachait beaucoup de sang.

(5) Schenk (lib. 1, obs. 270) parle d’un gentilhomme qui fut pris d’un amour excessif pour une veuve noble et honnête qu'il voulait épouser. Tandis qu'il parlait en dinant, une des veines de la tempe, près des oreilles, s’ouvrit d’eliemême, el il s’en écoula une grande quantité de sang; on fut obligé de l’arrèter au moyen du tourniquet. V. aussi Dornax, Consult. med., lib. 1, c. 5.

(6) En effet, comme le dit très-bien Virgile (lib. 1v, Æneid.) :

Hærent iufixi pectore vultus Verbaque, nec placidam memibris dat cura quietem. »

(7) La fièvre érotique de Lorry.

MALADIES

tion continuelle, la négligence de tou:

ce qui est nécessaire à la conservation du corps, comme la nourriture , le som:

meil , les vêlements accommodés au cli:

mat, le mépris des richesses , des hon:

neurs, de l'opinion publique, l'omission des affaires, l'extinction du respect en:

vers les parents, et des devoirs enveri les enfants, la perversion du jugement!

qui n'admet ni les conseils utiles ni unt consolation de la part d’un ami (8), une promptitude puérile à se rendre au moin:

dre signe de la volunté de l’objet aimé bien qu'il commande un crime ou des:

bagatelles; le mépris des dangers qu:

menacent la vie. Tous ces signes ont éte parfaitement décrits par Plaute (9).

2. Causes. — Parmi les causes qui disposent à l'amour, on trouve : la jeu:

nesse (10), surtout le sexe féminin, ur tempérament sensible, sanguin , cho:

lérique, une éducation efféminée, lé:

tude de la poésie, la musique (11), lé:

(8) « Meliora probant, deteriora se:

quuntur amantes. »

(9) Dans Cistell., act. r, sc. 1.

«a Credo es0 amorem prinum apud homines carnifcinan» [conimentum :

Hanc ego de me conjecturam doini facio , ne foris quæ - [ram ,

Qui omnes homines suxero atque antedeo cruciabilitalit [bus auimi

Jactor, crucior, agitor, stimulor, versor in ameris rol4 [miser

Exanimor, feror, differor, distrahor, dicipior: ita nubi [lam mentem

Animi habeo: ubi sum, ibi non sum ; ubi non sum, ibi [+st animus.

Tia mihi omnia ingenia sunt: quod lubet, non lubet jam [id continuo.

Ita me anor lapsum animi ludificat, fugat, agit, ap; [petit,

Raptat, retinet, jactat, largitur : quod dat, non dat, [deluäit:

Modo, quod suasit, dissuasit : quod dissuasit, ic ostentat

Mariüimis moribus mecum experitur . ira ineum frangi [amant mi

Auimum ; peque, nisi quia miser non eo pessum, m'hi [ulla abest

Perdito pernicies. »

Les symptômes d’un amour effréné sont

encure très-bien décrits dans un petit ouvrage intitulé : Lettres de Julie Lespinasse.

(10) C'est ce que le poète paraît don= ner à entendre dans ce vers :

+ Aut Deus, aut lapis est, qui non juveniliter ardet. »

(41) La puissance de la musique pour inspirer l'amour est une chose qui n’a pas besoin de preuve. Dans Homère, Hector se moque de Pâris, parce qu'inhabile aux armes, il cherche par des chants lascifs à s'assurer le cœur d’Hélène. Pour augmenter l'amour conjugal, les bergers égyptiens se servaient de la

DU SYSTEME NERVEUX

tude deg arts libéraux en général, les romans (12), les mets succulents assaisonnés d’aromates, le vin pur, l’oisivelé (13), l'ennui, la chasteté (14) et lamour-propre. L'amour est excité par une sympathie particulière que lon ne peut guère expliquer (15), et qu’on peut quelquelois attribuer peut-être à une ressemblance, d’autres fois à la qualité de la transpiration. L'amour est produit encore par la beauté (16), par une conver-

Page 1