Délire produit par la jusquiame
— La jusquiame noire, plante dont les émanations même sont nuisibles à f’homme (16), produit en général un délire querelleur, et la fureur avec un rire sardonique, une figure pèle, de l’insom nie, un pouls très-faible, une sueur froide, des lipothymies, des convulsions+elle produit assez ordinairement un &ffiblissement de la vue (17). Les cadavres ont offert les vaisseaux des méninges gonflés, et l'estomac marqué de taches noires (18). Ou à surtout vu des accidents produits par la jusquiame, lorsque Les racines de celte plante (19) ont été nr
em
(15) Murray, Apparat. medic. Vol, 11, P. 253. Voy. Kzæmpferi, Amoœnilat., Fasc. 5.— Madden, Travels in Turkey.
ete.— P.-E. Botta dans Froriep's Notizen aus dem Gebiete der Natur-und Heilk., B. 26, No. 11.
(14) Sauvages, 1. c., p. 368.
(15) Jones dans Medical and Physical Journal published by Fothergill and Want., 1815, Mai. — Crampton dans Transact. of the association of Fellows.
and Licentiates of the King's and Queen's college of physicians in Ireland. Vol. 1,
(16) Gurdane , Gazette de santé, 1773 et 74, p. 294.
(17) Reyserns dans Wepferi, Hist, cicut, aquat., p. 250.
(48) Barrère dans Haller.
ep. ©. +. 1, D, 448.
(49) Ephem. nat, cur., dec. 11, ann. 8,
Ÿ. Murray,
pour des racines de chicorée (20), de panais (21), et mangées comme telles; lorsqu'on en a pris les semences (22). ou à la place d’anis (23), ou comme médicament (24); enfin, lorsque les feuilies ont été mises avec des bouillons (25).
3. Délire produit par la belladone, — La belladone done heu à un délire semblable à l'ivresse (26), qui se change en fureur el se iermine jar l’assoupissement. Les pupilles sont alors dilatées, immobiles, la face profondément rouge; il ya de la soif, des vomissements, on grincement de dents, du trismus et des convulsions , quelquelois AUX à la chorée (27). Les baics de la belladone prises pour des cerises ont le plus souvent donné lieu à des malheurs. On les rencontre au mois d'août dans les mon tagnes couvertes de bois. On a trouvé chez ceux qui succombent les intestins
enflés.et enflammés, la phlogose du mésen t du foie (28) et des érosions à l'estomac (29)
# Délire produit par le datura-stra monium. — Le datura-stramonium et d'autres espèces du même genre (30), surtout leurs semences, engendrent tantôt le sommeil d'abord, ct ensuite le délire (31), tantôt les mêmes symptômes dans l'erdie contraire. Dans lun et l’autre cas ce délire est semblable à l'ivresse, et
(29) Reyserus, L. e., et Gmelin, L. c., 292,
(20) Potovillat dans Philosoph. transact. Vol. x£, p.446.-—Blom dans Vetensk, ac Handl., 4774, p. 52.
(22) Haller, Hist. stirp. Helvet., No.
(25) Helmont, Ort. med., p. 506,
(24) J'ai vu le délire résulter d’une émulsion de semences dejusquiame noire, dont je me sers quelquefois dans la phthisie.
(25) Murray, 1. c., p. 447.
(26) Giraudy, Le délire causé par la belladone a-t-il un caractère qui lui est propre? Paris, 1802. — Thomassen a Thuessink , Diss. de atropa belladonna , Grœæning., 1805.
(27) d. Frank, Toxicologie, $ 411, not.
do Commerc. Ncrimb.,
(29) Boulduc, Histoire de l'académie des sciences de Paris, 1705, p. 56.
(50) D. Metel, D. Ferox, D. T'atula.
(51) Sauvages, E c., p. 365.
(52) J. Frauk, l..c., $ 123. mot. 404, ET.
celui qui l’éprouve est agité de mille images très-agréables. Aussi le voit-on rire, et souvent par des gestes liscifs montrer l'ardeur réveillée de ses passions. Ce phénomène est accompagné de rougeur à la face, de grincement de dents, de trembiements et de suppression des excrétions. Comme poison, le datura-stramonium est souvent mis en usage par les voleurs, afin de pouvoir, pendant le sommeil, dépouiller les malheureux (33), par les corrupteurs (34) et les débauchés C3) » pour exciter des femies chastes au plaisir, par d’autres, enfin, pour satisfaire le plaisir de la vengeance (36), pour renüre la bière enivrante (37), etc. On a pris aussi, au lieu de semences de nielle (38), ou par suite d’une autre erreur (39), les semences et les capsules de stramon:um.
5. Délire produit par la fausse oronge.— La fausse oronge quand on la mange enivre teliement qu’un homme devient gai, saute, chante, déclame des vers sur des objets amoureux, sur la chasse, sur les héros, parle à tort et à travers, prophétise, éprouve une augmention inaccoutumée de forces, porte sur soi ou sur les autres des mains hostiles, est pris de tremblement et de convulsions. Cette fureur se ralentit après douze ou seize heures, et fait place à une diminution des forces, ou même à une prostration parlaite, et, enfin, au sommeil, après lequel le malade, sans aucune autre suite fâcheuse, revient peu à peu à son calme ordinaire (40).
6. Délire produit par les autres rnarcotiqués.— Nous passons sous silence les autres narcotiques, car ils excilent plus rarement le déiire. Fels sont : l'aconit-
napel, l'ialropha-manihot, l'il à baie, la noix vomique, la noix de St-lgnace, etc.
7. Délire produit par des composilions secrêles. — En mélangeant divers nar-
(53) Sauvages, 1. €. , p. 565,
(54) Ibid.
(55) Lindestolpe , 1. e., p. 554,
(56) Lindestolpe, 1. c., et Kramer dans Comm. nor., a. 1753, p. 254,
(57) Gmelin, Reise durch Russland., 4 Th,, p. 45, — Spraat, ist. of R. soc. ,
(38) Aüghners Misc. phys. math. med, 4727, p. 122 —- Haller, Hist. stirp. Helvet. P.s, p. 259.
(59) Swaine dans Ess. et obs. phys. et ht. Tausipe 247%.
(40) Murray, op. c., t. v.
DU SYSTÈME NERVEUX
eotiques entre eux, on produit quelquefois des compositions qui excitent un genre de délire surprenant , et qui, à cause de cela, à été appelé magique par Sauvages (41). Ainsi chez les lusiens on fait un usage fréquent de l'électuaire magique , que Kæmpler lui-même à pris
avec des amis (42). À près en avoir avalé,
its furent toas saisis et remplis d’une joie incroyable, qui se manifesta par un ait souriant, par des éclats de rire, par des embrassements muluels. À la nuit ils montèrent à cheval, et, sembla être portés par Pégase au milieu des airs, être environnés d’ares-en-ciel; revenus à eux, ils dévorèrent d'un appétit de loup tout ce qu’on leur présenta, et le lendemain se trouvèrent très-sains de corps et d'esprit. C’est encore ici le lieu de parler de ce médicament masticaloire, si usité dans toute l’Inde, ordipairement appelé bétel, qui, outre son effet astringent sur la bouche, a la propriété d'agir sur le cerveau en enivrant doucement et en portant à la gaité (43).
Ïl ne sera point uon plus hors ‘de propos de faire mention ici du délire provoqué par les philtres, qui, entre les mains d'hommes ignorants, comme les T'artares, les Juifs de nos pays, et les vieilles femmes, troublent, dit-on, quelquefois la raison, au lieu de provoquer à l'amour, comme ils l’auraient dû. On peut lire sur ce sujet, déja devenu vieux pour le resie de l’Europe, Ruland (44), Stalpart Van der Wie] (45), Borelli (46), et Riedlin (47), dont Wolff (48) et Rœser (49) ont recueilli les témoignages.
$ HIT, Diagnostic. Pronostic. T'raitemené.
. Diagnostic. — Le diagnostic du délire occasionné par les poisons est
(41) L. c., p. 370. Voy. Heucher, Diss.
vegetabilia magica. Witemb. 4700. Opp.
(42) Amoœnitat., fasc. 5, p. 651.
(45) Sauvages, 1. c., p. 371.
(44) Cur. empir., p. 52.*
(45) Obs. med, rar. cent.
rior., obs. 19.
44 Obs. med. physie., cent. 1, cbs, 65,
(47) Obs. med. 52, p. 11,
(48) Diss. de philtris rite examinandis et dijudicandis. Witt., 1797.
(49) Diss, de philtrorum agendi modo et nox. Alt,, 14701.
post. part.
alors, il leur
souvent difficile. En général on le tire plutôt des circonstances extérieures, comme des végétaux qui poussent à telle ou telle saison de l’année, comme des (qua lités des aliments que l’on a mavugés, et de ceux qui restent, etc., que des symptômes de la maladie. Cependant, parmi ces symplômes, d'abord l'attaque subite de la maladie, et ensuite le genre d’ivresse, les différentes affections du sÿstème nerveux, le trouble des sens, et surtout la constriction ou la dilatation de la pupille, sont ceux qui ont le plus d'importance.
2. Pronostic. — Si le malade rejette le poison par un vomissement spontané, ou provoqué, avant que le délire se change en une grave torpeur, le pronostic est assez favorable.
3. l'raitement. — C'est pourquoi, à moins que le malade ne vomisse sponlañément, car dans ce cas on peut se contenter de favoriser le vomissement par de l’eau tiède avec du vinaigre et du miel, il faut recourir sans perdre de temps, sinon à la pompe appelée stomacale, du moins aux vomitifs. Le sulfate de zinc l'emporte alors en efficacité sur les autres médicaments de ee genre. En outre, surtout quand fa maladie est récente, il faut prévenir les congestions sanguines, et les inflammations des viscéres, principalement du cerveau, de l’estomac et des intestins, par la saignée et surtout par celle de la jugulaire (1). On peut employer en toute süreté les sangsues et les ventouses scarifiées, et il ne faut pas négliger les pédiluves tièdes et les lavements d’eau et de vinaigre. Il faut surtout insister sur les vinaigres pris à l’intérieur , à moins que l’estomac ne soit fortement enflâmmé. Il y en a qui préfèrent l’acide sulfurique étendu (2). On soutient son action par le froid appliqué extérieurement, en aspergeant ou en lavant (3) le corps d'eau froide,
(1) « La saignée de la veine jugulaire doit être comptée parmi les moyens les plus propres à combattre les effets produits par le poison dont il s’agit (la mor« phine). » Orfila, Mém. sur fa morphine dans Nouveau Journal de médec., chir.
et pharmac., 1818, Janvier, p. 15.
(2) Orlila, L e.
(5) Rien de nouveau certainement n'a été dit par Wocdekind über den Nutzen des kalten Wassers bei Vergiftungen durch Mohnsaft. Hufeland’s Journ. der pr. Heilk,, 1824, Febr., p. 84. Voyez A.
en placant de la glace ou de la neige sur la tête. Les autres surfaces du corps, surtout les extrémités inférieures, seront excitées afin d’éloigner le sang de la tète. Les sinapismes nous paraissent être ce qu'il y a de plus convenable sous ce rapport. D’autres médecins proposent des moyens différents (4). S'il ÿ a gastrite ou entérite, il faut donner des mucilagineux et du lait, à la place des acides. En mèême temps on doit songer à éliminer la portion du poison qui a pu arriver dans
les intestins, et on doit administrer dans
ce but le petit-lait tamariné et le surtartrate de potasse. Si déjà sa vie était en danger, il faudrait avoir recours à la méthode recommandée contre l’apoplexie spasmodique, et les asphyxiés, et insister spécialement sur l’ammoniaque et le café.