‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 73 sur 261 · Signes indiquant les dispositions · texte numérisé non relu

Signes indiquant les dispositions

— Les signes qui indiquent les disposiions à la manie sont : une condition particulière du crâne et de la physiono-

mie (2), la mobilité de l'attention et la

difficulté qu’on éprouve à l’arrêter , les inclinations extraordinaires, les sympathies et les antipathies fréquentes, la confiance et le soupcon sans fondement, le passage rapide du chogrin à la joie, de la joié au chagrin , l’exercice succédant tout à coup à des travaux inutiles et enrepris souvent la nuit, une manière

552, — G. Szekulitz, Diss. de mania. Bu- 1æ, 1828. — J.-L. Zaccarelli, Sull’ eduazione de’ pazzi. — Omodei, Annali iniversali di medicina, 1828, Maggio. — .-A. Diez, Diss. de ment. alienat. sede t caussa proxima, Friburg., 1828. — J.- 3. Friedreich, Skizze einer allgemeinen Diagnostik der psychischen Krankheïten.

Würzb., 1829. — H. Nasse, Comment.

le insania secundum libros Hippocratis.

Lips. 1850. — G.-B. Fantonetti, Della pazzia saggio teoretico-pratico. Milano,

(1) Jusqu'ici on a fait d’inutiles efforts pour classer les manies (Tandler, Diss. de melancholia ejusque speciebus. Vitemb., 1614.— Saltzmann, Diss. de mania ejusque speciebus. — Sauvages, Nosolog.

method. morb. classis octava. — Sims, . €.— J,.-B. Frœhlich, Uber Begriff und Eintbeilung der psychischen Krankheitsustænde. — Henke, Zeitschrift für die taatsarzneyk. Zehntes Ergænzungsheft, >. 120.—V. Reil, Fieberlehre, I. c.), et il 1e pouvait pas en être autrement, puisque la nature repousse les limites étroies des systèmes. Mais, comme il est né- #essaire de mettre un certain ordre dans es choses que l’on veut enseigner, cha- ‘un doit choisir celui qui lui semble se ‘approcher davantage de la nature, et tre le plus propre à l'instruction des élères. C’est surtout sous ce dernier point le vue que l’ordre que j'ai adopté me paait occuper le premier rang.

(2) Lavater, Essai sur la physionomie, Part., 4 Ffagant., Ch4p. 1. = Esquirol, . c. dans Dictionnaire des sciences mélicales.

de marcher ou de s'asseoir montrant trop de timidité ou trop de hardiesse , des gestes extraordinaires (3), l'habitude de se parler tout seul, l'amour du merveilleux, des spéculations commerciales fausses, et, en général, la négligence des choses présentes et certaines pour des choses à venir et incertaines (4).

3. Prodromes.— Les prodromes des manies présentent une forme diverse selon celle que devra prendre la maladie.

En général, outre l'augmentation des signes que nous venons de donner, on observe : de l'horreur pour la lumicre, une antipathie pour des couleurs déterminées, la vue de spectres qui tourmentent surlout avant ie coucher, la sensation de murmures, de sifflements, de bourdonnements dans les oreilles, la perception de sons et de voix qui n’existent pas, un désir continuel de priser, de la voracité, de l’anorexie, le pica, un désir effréné de liqueurs fermentées ou d’eau, la fougue dans les passions et des pollutions nocturnes, un sentiment de chaleur universel , une impulsion à se meitre nu, à ouvrir les fenêtres et les portes , dans quelque saison que ce soit, la fuite des matelas, des promenades nocturnes, des insomnies continuelles , un sommeil léger et court, des songes terribles se liant aux pensées vagues et prolongées de la journée, des méditations auxquelles se livrent principalement les malades solitaires, des terreurs pour des causes légères , des colères subites et fréquentes pour rien ou pour la plus petite chosé, des tentatives de vol (5), des éclats de rire sans aucun motif dans les assemblées sacrées et publiques, des dépenses qui ne sont nuilement en rapport avec les revenus, Phostilité contre des innocents (6), une face rouge,

(5) M.-B. Valentini, Admirandi maniacorum gestus. Miscell. acad. nat. cur., dec. 11, a. 5, 1686, p. 190.

(4) Allemand, Projekte machen; français, faire des projets.

(5) Esquirol, Dict., [. c., p. 159.

(6) C’est pourquoi Thomasius dit (Diss.

de præsumtione furoris et dementiæ.

Hal., 1719) : « L'expérience déimontre que les avares, lorsqu'ils sont riches et puissants, ont souvent coutume de faire, avec beaucoup de jactance mêlée à un grand nombre de mensonges palpables, leur propre éloge et de viser à la céléprité. Ils ont aussi coutume de poursuivre avec cruauté leurs adversaires, bien qu'ils

une douleur continueile de tête, des ver:

tiges , des douleurs Gans les lombes, de l’angoisse, des palpilations de cœur, du battement dans les arières au pli du bras (7), un écoulement de sang des mamelles, lorsqu'on les comprime, chez les femmes (8), les évacualions sanguines accoutumées supprimées, la constipation, ia peau sèche, les cheveux gras (9), et, lorsque la maladie a déjà fait des progrès, une odeur particulière de la transpiration (10).

4. Formes diverses. — Les formes sous lesquelles toutes les manies bien caraclérisées, soit continues , soit périodiques, se montreni, peuvent être réduites à dix.

5. Manie hypochondriaque. | — La manie hypochondriaque (11) se fait remarquer par des perceptions erropées et graves relativement à l’état de son propre corps; les malades pensent qu’ils ont un corps de beurre (12)

soient d’ailleurs honnêtes et innocents, ou bien, dissimulant leur inimitié et affectant de se comporter d’une manière purement passive , ils leur nuisent en secret par des artifices et par des lettres.

Mais tous ces effets, qui appartiennent à une sorte d’aliénation morale, sont souvent les préludes de la fureur et d’une affection cérébrale.

(7) Hippocrates, Epid., lib. v.

(8) Hippocrates, 1. c. — fIlardouin, Diss. Ergo ex sanguine in mammis col-

lecta mania. Paris, 4615. Voy. Mœbii, Citat. dissertat., $ 36. — Schenk, Obs., lib. iv, obs. 239. — Santacrux, |. €., p. 52. Je n’ai vu cela que deux fois chez des fernmes en couches.

(9) Dürr dans Hufeland’s Journ.

pr. Heilk., 25 B., 2St., p. 45.

(10) Simes (V. Samml. auserl. Abh. f.

pr. Aerzte, 19 B., p. 600), Erhard (V.

Wagners, Beyir. z. philos. Anthrapologie, 4 th., P. 113). Cette chose n’est pas douteuse, et j'ai perçu plusieurs fois cette odeur chez les maniaques les plus pro-

res.

(11) Synon., melancholie hypochondriaque., — J. Schmidt, De falsa imaginatione melancholiæ. Miscell. acad.

nat, cur., dec. 1, a, 9 et 10, 1678 et 1679, p. 112. — Krey, Diss. de connub. inter melanchol, et mal. hypochondriac. Erf., 219%.

(12) Schrætter, Diss. de melancholia hypochondriaga. Wittemb., 1645. (Un malade luyait le feu et Les foyers dans la crainte d'y fondre.)

der

MALADIES

ou de bone (13), qu’il est double (4 4, qu'ils ont la tête coupée (15), qu'ils em ont perdu la moitié (16), qu’elle est rem plie de livres(1 (17), que leur nez a une au ne de longueur (18), qu’ils ont des cor nes sur le front (19), qu'une branche d'arbre est attachée à leurs épaules (20),

que leurs fesses soni faites de verre (214

et que leurs pieds sont de eire (22) :

qu’ils ont un serpent dans l’estomac ( (23) une grenouille dans le ventre (24), ete.; qu'ils sont affectés de rmollissinois des os (25), de cécilé (26), des suites d'un poison (27), qu'ils sont menacés

(15) Aretée raconte qu’un malade na buv ait pas, pensant qu'il était de boue e:

qu'en buvant l’eau pourrait le faire fondre.

(14) Mauchart (Allgem. Repertor. f: da} empir. Psychologie, 2 B., p. 121) rap:

porte qu'un homme convalescent d’une fièvre croyait voir un de ses deux individus couché dans le lit, tandis qu'i voyait l’autre se promener dans la cham bre. Quoique dépourvu d'appétit, il man geait avec force, affirmant qu'il avai deux individus à nourrir. Voy. Reil’s Fies berlehre, 1. c., p. 562, et Herz dans Mao:

ritz, Magaz. zur Erfabhrungs-Seelenkunde:

Bérl., 1189,1 B:, 98t., p.70.

(15) Schrœtter, 1.1, ‘aph. 4.

(16) Muratori, Della forza della lanta sia umana. Venez., 1745. Parma, 1770 L. 11. °

(47) Forest, 1. c., obs. 15. Il proférai continuellement ces paroles en langue belge : « J’ai des livres dans la tête, une tête est dans des livres. »

(18) Duchesne, Diæt. et polyhistor.,, pi 9295. Bartholin parle d’un homme du peu.

plequi,s’imaginant quesonnezavaiteettt longueur, s ‘batenail de paraitre en pu blic, de peur que les passants ne foulas.

sent au pied son nez (Fachs, Disp. dé melancholia. Jen., 1671).

(19) Sennert, lib. La Ce: ds

(20) Arnold, 1], c., t. 1, p. 129-140.

(21) Lemnius, lib. 11, de complex. » ©

6 (Le malade faisait tout ce qu il avait.

faire debout, de peur qu'en s’asseyant i ne se cassät les fesses). Voy, Perfect, 1 Ce, Obs. 53.

(22) 4.-C. Grimm, Act, nat, cur., vol 1, p. 01.

(23) Schenk, lib. 1, obs. 253.

(24) Fel. Plater, Lib. obs. — Gatinaria Lib. de cognitione et curat, notatum.

(25) Tulpius, obs., lib. r, c. 18.

(26) Tulpius, lib. 1v, c. 55.

(27) Pinel, Traité cité, traduct. alle mande, p. 168. — Sauvag es, 1. © d'a.

DU SYSTEME NERVEUX

d’une descente de l'estomac dans le scrotum (28), qu'ils sont congelés (29), que la lumière est trop forte (30), que leur urine est tellement copieuse , qu'en la Jchant ils pourraient donner lieu à un déluge (31), qu'ils sont sur le point de mourir (32), ou qu’iis sont déjà morts (33), ou qu'ils sont changés en

des animaux dont ils imitent alors les:

mœurs, par exemple : en poules (34), en chiens (35), en chats (36). en chevaux

es

traité plusieurs malades qui attribuñient tous leurs maux à un poison qu'ils avaient prs autrefois, sanscependant qu'ilyeûteu le moindre lieu de soupçonner cette cause.

(28) Henr. ab Heer, L. Ce

(29) D'après Zacut. Lusitan. — Sauvages, 1. c., p. 291.

(30) Voyez plus bas $ ox1, No. 2.

(31) Marc. Donat., 1. ©. — Sennert, Inst. med., |. € , p. 5.

(32) Cette variété de la manie hypochondriaque s'appelle nécrophobie(crainte de la mort). Delpit l’a très-bien décrite (Dictionnaire des sciences médicales, t. xxxv, p. 557-545). J'en ai eu deux exemples irès-frappants, l’un à Vilna dans la personne d’un juif, au mois de septembre 1819 ; l’autre à Milan chez l'épouse d’un commissaire de vivres, dans l'hiver de 1828 à 1829. Le premier malade était âgé de vingt-huit ans; auparavant il s'était très-bien porté, et élail d'une humeur enjouée; il commença à être pris de cette crainte de la mort, seulement dix jours après une violente colère. La femme avait vingt-trois ans ; à la suite de querelles domestiques, elle devint mélancolique. Elle affirmait con- . tinueilement que sa mort était proche.

Lorsqu'on lui donnait des preuves du contraire, elle les écoutait très-attentivement et semblait s'y rendre; inais bientôt elle s’écriait de nouveau : « Je vais douc mourir. » Parfois il lui prenait des envies de frapper fortement ceux qui l’environnaient (sans en excepter une sœur que, d’ailleurs, elle chérissail).

(35) Holler, De morb. inter., lib. 1, c.

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