Son importance. — Les limites qui
nent l'esprit dans le jeu automatique de son organisme, ceux-là se vantent de nous affranchir de tout préjugé et de toute erreur. Quiconque au contraire afteste La conscience universelle du genre humain, et tout ce qui nous relève à la liberté, à l'héroïsme de la vertu, à la dignité morale de notre nature, celui-là ne serait que fanatique ou superstiticux adorateur de chimères! »)
(105) Mon cher lecteur ! parcourez louvrage de Pinel sur les manies, ôtez-en quelques pratiques dont je mé suis servi dans le cours de cet ouvrage et dont je remercie l’auteur, et dites-moi ensuite si ce qui reste ne ressemble pas plutôt à un roman qu'à un ouvrage de médecine ?
En effet, Pinel, écrivant tout-à-fait sans ordre, a entièrement négligé la base de toute médecine, l'anatomie pathologique ; à peine a-t-il touché en passant l'étiologie physique, et il a presque flétri la matière médicale. Ajoutez à cela le mépris avec lequel il parle de la plupart de ses prédécesseurs ; ajoutez le silence sous lequel'il passe Lorry, auteur classique sur les manies; ajoutez la jactance avec laquelle il s'efforce de se poser comme le fondateur de l’étude des manies, elc., et vous ne trouverez pas mon Jugement trop sévère.
(406) Coxe (1. c., p. 79) a déjà averti que la négligence du traitement matériel et les efforts pour agir directement sur l'âme étaient des obstacles au succès dans le traitement des manies. Et, en effet, les efforts de ceux qui s'efforcent de combattre les manies, en agissant seulement sur l'esprit, excitent aux lits des malades, sinon le rire, au moins la pitié, et de simples barbiers réussissent mieux dans ce cas, en employant la saignée et les émétiques, que ces médecins pseudophilosophes attentifs à combattre leur chimère et ne voyant pas ce qu'ils ont sous les yeux.
s’parent la raison (1) et même la sagesse de la folie sont parfois tellement rapprochées qu’il devient difficile de les déterminer exactement. Cependant, si nous ne les déterminons pas, nous sommes continuellement exposés au danger d'infliger un grave dommage à nos concitoyens. Si par exemple vous vous trompez dans le diagnostic d’une manie, outre les maux qu’il faut attendre dans toute maladie lorsque cela arrive, ils’en présente encore d’autres tout-à-fait particuliers. En effet, si vous déclarez qu’un homme est maniaque tandis qu'il feint la manie, pour échapper soit au châtiment, soit à la prison, soit à un autre danger (2), vous faites tort aux lois, et vous mettez en péril la sécurité publique ; si, au contraire, vous agissez différemment, vous privez un infortuné de tous ses priviléges de citoyen et de sa liberté, ct vous serez l’auteur des maux innombrables qui en résulteront pour lui. Au coniraire, un homme est suspect de manie, ou parce qu'il a l'astuce de cacheï sa maladie, ou parce que vous lavez examiné superfciellement, vous déclarez qu’il se porte bien, votre conscience sera chargée des torts graves que le malade pourra faireaux autres où à lui-même.
2. Manie périodique. — Mais jamais le danger de se tromper dans le diagnostic des manies n’est plus grand que lorsque nous tombons sur l'intervaile lucide d’une manie périodique. Car ici un ma- Jade, quelquelois jouissant de toute sa raison, est cevendant déclaré maniaque, par la même raison que celui qui se trouve dans le stade d'apyrexie d’une fièvre intermittente est néanmoins considéré
comme fiévreux, ou que celui qui est
sujet à l'épilepsie est considéré comme épi'eptique hors du paroxysme. Et nous
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(1) G. Parkman, Analogieentre la santé et la folie. D'après London medical and physical journal, No. 254, dans Sédillot, Rec. périod. de la soc. de méd. de Paris, 1. LXIV (série 11, t. 111), p. 376.
(2) J.-B. MϾgling, Mutitas ex melancholia vel simulata rustici 12 aunorum.
Ephem. acad. nat. cur., cent. 9 et 10, p.
554. — Alberti, Diss. de melancholia vera et simulata. Hal.,1743.—Ueber verstellie Krankheiten dans Froriep’s Notizen aus dem Gebiete der Naiur -und Hints to young medical officers of the Heilk., B. 22, No. 9, de H. Marshal, army, on the examination ofrecruifs respecting the feigned disabilities cfsoldiers.
MALADIES
ne parlons pas de cette manie périodique qui naît à l’occasion d’une fièvre intermittente larvée, mais de cette manie qui n'a rien de commun avec l’autre, qui existe d’une manière chronique sous diverses formes, mais surtout sous ceile de manie furieuse , se montre par paroxysmes , est dissimulée par le repos , et qui a été très-bien décrite par Celke (3), Lupinius (4), Lanzoni (5), de Meza (6), Benedeck (7), Gmelin (8) et Pinel (9).
3.S'ilexiste des symptômes pathognomoniques.— Comme on peut feindre faci- Jement l'aliénation mentale, cherchons si, parmi les symptômes de la manie, on peut en trouver un qui soit pathognomonique. Voici les symptômes que l’on remarque principalement dans les man'es : la faculté de supporter un degré remarquable de froid, le défaut de sommeil, l’augmentation de l’action musculaire, un pouis normal, un appétit dépravé, et ia faculté de résister au sommeilet au vomissement, malgré de fortes doses d'émétique et de narcotiques.
Mais nul de ces symptômes n’est tellement constant et si exclusivement propre aux manies qu’il puisse être dit pathognomonique. En effet, la faculté de soutenir le froid consiste seulement en ce que les maniaques supportent l'intempérie de l'air sans se plaindre, et non qu'ils n'en ressentent point de mal (10), Le sommeil n’est pas absent dans toutes
(3) Lib. xvin, $ 1.
(4) Histor, morbor. difficil., p. 112.
(5) De insania diurna seu solari. Miscell. acad. nat. cur., dec. in, a. 5, 1695 et 1696, p. 56.
(6) Act. soc. reg. Iafn., vol. 11, p.
(7) De statu maniacorum in paroxysmo, Traj:,.1762.
(8) Dans Mauchart, Repertor. für empir. Psychologie, 4 B., No. 7.
(9) L. c., p. 155, et : Mémoire sur la manie périodique et intermittente. Bulletin de la soc. philomath., 1798, p. 88.
Mém. de la soc. méd. d'émulation , ann.
(10) y a long-temps que j'ai reproché à l'hôpital de la Salpétrière à Paris (v. mon ouvrage : Reise nach Paris, London, ete., 1 th.), que les maniaques qui y étaient renfermés étaient exposés à un 1r0p grand froid, et que ces malades ne le supportent pas aussi facilement qu’on le croit. Pinel (L.c., p.62) et Tuke (1. c.) se sont rendus récemment à cetie opinion,
DU SYSTÈME NERVEUX
sortes de manies, et il n’est point constamment présent dans les autres maladies. Il en est de même de l’augmentation de la force musculaire. Dans la mahie furieuse, à cause de l'agitation du malade, le pouls bat avec fréquence ; quelquefois 11 est subordonné à l'empire de la volonté (11), ou bien on observe qu'il est plus lent que dans l’état de santé. Quant aux appétits dépravés, on a vu des hommes feignant d’être maniaques manger leurs propres excréments (12).
Dans d’autres maladies du cerveau, comme l'apoplexie, des malades ont pu supporter de fortes doses d'émétique sans que le vomissement s’en suivit, et, bien que cela soit rare (13), les maniaques ne peuvent pas toujours les supporter ; il faut en dire autant des narcotiques relativement au sommeil; cependant plusieurs signes réunis ont de la valeur. Un des meilleurs consiste dans l'examen du pouvoir de répéter les choses, soit entendues, soit lues, car ce pouvoir est refusé aux aliénés (14). Il
(41) Cette observation de Cox (l. c., p.
118}, que j'embrasse, m'a été prouvée dès l’année 1792. En effet, étant à Florence , je fus conduit par le célèbre Felix Fontana auprès d’une dame noble, douée d'une grande imagination, et qui, par le seul effort de sa volonté, pouvait porter les battements de son pouls de 76 pulsations par minute au-delà de 100,
(12) Mon père a vu cela chez un incendiaire renferiné dans les prisons de Bruxelles. :
(13) Sur environ deux cents maniaques auxquels j'ai prescrit le tartre émétique, “un seul a vomi à la dose ordinaire; les autres pouvaient prendre ce remède depuis un scrupule jusqu’à deux gros, dans l'espace de vingt-quatre heures, sans vomir.
(14) On lit dans Froriep’s Notizen aus den Gcbicte der Natur-und Heilk,, B, 25, No. 10, p. 158. « In der Versimmlung des College of physicians zu Londonlenkte am 1. July 1829 Sir Henry Halford die Aufinerksamkeit der Versammlung auf die Stelle im Hamlet : Verzückung ?
Mein Puls hælt ordentlich wie eurer Tackt, spielt eben so gesunde Melodien ; es ist kein Wahnwitz, was ich vorge« bracht. Bringt mich zur Prüfung, und ich wiederhole die Sach euch Wort für Wort, wovon der Wahnwitz abspringen würde. Nach Schiegel’s Uebersetzung yon Shakespeare, »
faut aussi tenir compte de l’odeur de la transpiration, qui est particulière dans la manie (15).
4. Preécautions.— Avant de nous décider dans notre diagnostic sur une maladie où nous soupconnons la manie, n'oublions pas de prendre les précautions suivantes : 1° de soumettre l’individu suspect à une longue observation; 2° de l’observer tandis qu’il pense être seul et à l'abri de toute observation ; 3° de lui donner l’occasion de s’entretenir avec des étrangers de l’un et de l’autre sexe, et de tenir un compte trèsexact de ses conversations ; 4° de lui accorder Ja permission d'aller dans les lieux publics (16); 5° de nous assurer, par un examen rigoureux et spécial, et souvent répété, de l’état habituel du corps, de celui de toutes les fonctions, et surtout des sens , des perceptions, des idées, de la mémoire, de l'imagination, du jugement, de la volonté, des mouvements de l’âme, des envies, etc.; 6° de s'informer auprès des parents, des alliés, des instiluteurs, des domestiques, de tout ce qui peut jeter de la lumière sur les maladies héréditaires, l'enfance et la puberté, l'éducation, la manière de vivre, et les émotions que le malade aurait éprouvées ; ét 7° comme les parents et les amis pourraient avoir juré de perdre un innocent, il est bon d’entendre leurs adversaires et leurs ennemis. En général, il faut plus s’en rapporter aux faits qu'aux paroles. Nous passons ici plusieurs autres points sous silence, parce qu'ils appartiennent entièrement à la médecine légale (17).
(15) Burrows, Commentaries, etc.
(16) J'ai vu plusieurs maniaques qui, renfermés dans leurs hôpitaux, paraissaient jouir de Ja raison, et qui, conduits dans les lieux publics, donnaient toutes les marques de la manie.
(17) Ceux qui sont curieux là-dessus peuvent consulter : Zacchias, Quæst.
med. legal., lib 17, tit. r, quæst. 46, lib.
ut, quæst. 5, Consult. No. 86.— Thomasius, Diss. de præsumt. furoris et dementiæ. Hal., 1719. — Hebenstreit, De homicida delirante ejusque criteriis et pœna. Lips., 1723. — Camerarius, Diss.
medicæ quædam annotationes ad Thomasianam, Disputat. de præsumptione furoris atque dementiæ. Tub. 1750. — Crelhius, Diss. de probationibus sanæ mentis.
Vitemb., 1757. — Pitschmann, Praxis criminalis specimen de eo quod justum
5. On a coutume de distinguer Île délire des manies par les signes suivants
Délire.