Diagnostic de la convalescence
— Nous ne pouvons indiquer de quelle manière la convalescence vraie, à la suite de la manie, peut être distinguée des intervalles lucides qui peuvent exister dans cette maladie, à moins qu’un intervalle de plusieurs années n’aide le diagnostic (65). Nous croyons seulement que le nombre de récidives de manies après la guérison (66) serait beaucoup
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constitution scrofuleuse, éprouva pour la seconde. fois un rhumatisme aigu. La maladie étant montée à sa plus haute période, la malade, que ses souffrances empêchaient de dormir, entendit la nuit un horrible aboiement de chiens. Prenant cet aboiement pour un présage assuré de sa mort prochaine, elle fut fortement effrayée, et, bientôt après, perdant l'usage de la raï$on, elle se leva et gagna la porte. Elle craignait sa famille, affirmant qu'ils étaient prêts à l’enterrer toute vivante. On lui appliqua des sangsues et ensuite un vésicatoire à la tête; on employa divers moyens antiphiogistiques et diapnoïques, à la suite desquels la malade devint plus tranquille, mais elle tomba dans une mélancolie parfaite et presque dans la démence. Le docteur Herberski cherchait la cause, tantôt dans le rhumatisme, tantôt dans une métastase au cerveau, tantôt dans un vice scrofuleux, tantôt dans une liqueur extravasée com primant le cerveau. Il avait appelé d’autres
médecins, ainsi que moi, en consulta-
tion, et avait tout tenté en vain. Voyant tout cela, et considérant que la maladie s’étaitaggravée pendantla convalescence, tenant en même temps compte des menstrues qui coulaient peu, je dis qu'il fallait avoir recours aux martiaux. Et en
effet, ayant pris de la teinture de malate.
de fer à une assez forte dose pendant l’espace de six semaines, elle reprit ses forces avec l'usage de la raison. Deux années se sont écoulées depuis, etiln'ya pas eu de récidive. Voyez Pargeter dans Mém. de la soc. méd. d'émulation, t. 11, pét4b 4 <
(65) Dans l'hôpital de Sonnenstein, en Saxe, aucun maniaque n’est déclaré guéri, à moins qu'il n'ait véeu trois aus sans àâttaque de la maladie (E. Klotz, Diss.
de vesaniæ prognosi. Lips., 1827).
(66) J'accorde bien volontiers qu'il faut mettre les manies au nombre des maladies très-sujettes aux récidives, et cela prinçipalement çhez les hommes, Mais,
MALADIES
plus petit si on tenait davantage compte de cette distinction. |
Ç VI. Pronostic.
4. En général. — Parmi tous les maux qui désolent la pauvre humanité (1), il n’y en a pas de plus affligeant que celui qui menace l’usage de la raison (2).
D'ailleurs les manies sont, parmi les maladies, les plus difficiles à traiter. Les anciens médecins étaient-ils plus heureux dans leur traitement (3) que les modernes, et la manie se présente-elle aujourd’hui bien plus fréquemment qu'autre:
fois (4)? nous n’osons le décider. On observe que les manies les plus rebelles sont les manies héréditaires (5), celles qui sont compliquées d’épilepsie (6) ou de paralysie (7 a), célles qui naissent de
d’un autre côté, je suis aussi persuadé que ce que l’on appelle récidives dans beaucoup de cas ne sont que des paroxysmes d’une même maladie.
(1) Sur la manie des animaux, voyez J.-B.-C. Rodet dans Journ. complémentaire du dictionnaire des sciences mêdicales, t. xvi, cahier 64, p. 303.
(2) « Of the uncertainties of our present state, the most dreadful and alarming is the uncertain continuance of reason. »
(Johnson dans Rasselas Prince of Abyssinia.) à
(3) Lorry, Op. c., vol. 11.— Cox, I. c., p- x, vol. 1, dans une note.
(4) Esquirol (Mém. de l'acad. R. de médec., t. 1. Paris, 1828, No. 3) pense que la manie ne fait pas plus de ravages de nos joursqu’autrefois, mais seulement qu’elle est plus évidente, à cause de la meilleure condition des hôpitaux et du soin plus grand que l’on prend des aliénés. Je ne puis être de l’avis de cet homme distingué, En effet, les maladies qui, comme la manie, se propagent par hérédité, doivent nécessairement prendre de l'accroissement, à moins que les lois ne s’y opposent. D'ailleurs de nos jours plusieurs des causes de la manie, telles que les guerres et leurs suites, les revers de fortune, le fanatisme politique et scientifique, le mysticisme, se sont surtout multipliés. ,
(5) Je suis surpris que Battie (1. c.) prétende que les manies héréditaires ne sont pas plus difficiles à guérir que les autres.
(6) Manuet, Ergo melancholiæ et epi= lepsiæ mutuæ vices. Paris, 4650.
(7 a) Calmeil, De la paralysie consi= dérée çhez les aliénés, Reçherçhes faites
DU SYSTÈME NERVEUX
la terreur (7 b), celles qui existent chez les femmes (8) et celles qui sont habituelles. Il y à cependant des manies invétérées qui s'évanouissent à la fois d'elles-mêmes (9). De là, il est évident qu'ilest bien diflicile de porter un jugement sur les manies incurables (10). IL n’est pas moins difficile d'établir une proportion entre les maniaques guéris et les autres (11).
2. Pronostic d'après la forme. — Si nous vouions établir un pronostic d'après la: forme des manies, nous trouvons que
la manie hypochondriaque cesse quel-
quefois par un stratagème, par le hasard, par. le temps, ou du moins qu’elle retourne à la condition d’une simple hypochondrie, que d’autres fois elle passera très-facilement en mélancolie. La manie chimérique, si elle est invétérée , sera plus rarement susceptible de guérison.
Îl faut dire la même chose de la manie gaie, quoique le délire que le rire ac-
dans le service de M. Royer-Collard et M. Esquirol. Paris, 1826.
(7b) Burrows, Commentaries , etc.
(8) Burrows, 1. e.
(9) Pinel (p. 88, dans une note) rapporte le cas d’une dame qui guérit d'une manie furieuse qui avait duré vingt-sept ans, À peine eut-elle repris son intelligence, qu’elle redemanda tout de suite les enfants qu’elle avait laissés en bas âge. Mais comme on lui dit qu'ils étaient assez grands pour avoir pu se marier, elle put à peine le concevoir. Voyez Esquirol, L.
(16) Reil (dans Append. ad version.
germ., op. cit. Coxii, p. 8) traite légèrement cet objet,
(11) Ceux qui aiment ces calçuls peuvent lire Pinel (1. c., p. 404, et Résultats d'observations et construction des tables pour servir à déterminer le degré de probabilité de la guérison des aliénés.
Mém., de l’Institut de France, a. 4807, t.
vur, Semestr. 4, mém. 169); Esquirol (Dict., p. 204, et Della pazzia, cap. 1, Tavol. 8, 9); Tukeum (1. c.); Bisset Hawkins (Elements of medical statistic., chap.
9) et Klotz (1. c.). — Tuke rapporte que dans l’hospice de Saint-Luc de Londres, en 4807, sur 55 maniaques, 108 ont guéri, 27 sont morts et 100 sont restés incurables, Dans l'hôpital de la même ville, appelé Bediam, depuis 1784 jusqu’en 1794, on a reçu 1664 malades, dont 564 sont guéris. J'avouerai que moins ces calculs sont satisfaisants et plus je les crois sinçèress
compagne ait élé considéré comme moins dangereux que celui qui est triste. (12).
La manie mélancolique est plus difcile à guérir que la manie furieuse (13), à moins qu’elle ne soit combatlue à temps ; et déjà Hippocrate nous en a averti (14) : « elle dégénère en apoplexie ou en épilepsie et en spasme , ou en cécité eten manie. » — La manie fantastique , à moins qu’elle ne passe en mélancolie , ou qu’elle ne vienne d’une méditation trop prolongée, laisse beaucoup d'espérance. — La manie érotique n’est pas très à craindre. surtout si elle est platonique ; mais la nymphomanié laisse à peine l'espérance d’une guérison. — La manie furieuse s’évarouit bien plus facilement que toutes les autres (15), au moins pour un temps. — La stupidité est le plus ordinairement rebelle , et l’idiotisme , au moins celui qui est de naissance, est incurable (16).Le pronostic de la manie furieuse peut être appliqué à la manie chaos. |
3. Pronostic d'après la nature. — Le pronostic qui se tire de la nature de la maladie est beaucoup plus sùr. Les manies inflammatoires, si elles sont récentes, se guérissent très-facilement. La manie gastrique ne présente pas non plus, en général, de grandes difficultés.
La manie arthritique, après avoir été dis-
(12) Hippocr., Aph., sect. 6, aph. 55.
— Pline au contraire considère comme mortel le rire dans une maladie furieuse (lib. vn, cap. 51), ce qu’il faut probable.
ment entendre du rire sardonique dans les fièvres aiguës,
(13) Tuke, contre l'expérience de tous, soutient le contraire, affirmant que l'on guérit les deux tiers des mélancoliques et la moitié des maniaques furieux.
(14) Lib. vi, aph. 56. <
(45) Benizot, Ergo vera mania, melancholia et phreuitis, faciles ut fiant, jita et curantur. Paris, 1586.
(16) Il ne faudrait cependant pas désespérer trop (ôt; Th. Moore nous en averlit.avec raison (Mémoires sur la vie de M.R.Shéridan. Paris, 182%5, t. 1, p. 4) lorsqu'il dit: < Les parents qui, lorsqu'ils reconnaissent dans leurs enfants une stupidité désespérante, éprouvent tant d’impatience et de douleur, apprendront peut-être avec quelque consolation que la premièreaurore de Shéridan fut aussi sombre et aussi décourageante que sou midi fut brillant. IL était déctaré-en 1759, par le consentement commun de ses parents et de son précepteur, être un enfant épais, dont l'esprit était absolument bouché, »