‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 104 sur 220 · MANIFESTATIONS PSYCHIQUES LÉGÈRES PRÉ ET POST PAROXYSTIQUES · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS PSYCHIQUES LÉGÈRES PRÉ ET POST PAROXYSTIQUES

a. Prodromes éloignés. — ■ Les modifications du caractère que nous venons d'énumérer en décrivant l'habitus mental des épileptiques, se manifestent plus particulièrement chez certains malades à l'approche des accès convulsifs ; on les voit alors s'affirmer avec une intensité singulière. Les malades deviennent tout à coup maussades, inquiets ou querelleurs, irritables. D'autres sont pris d'une gaieté folle, d'autres encore se montrent enthousiastes, optimistes à l'excès. A côté de cette exaltation momentanée des sentiments affectifs on peut observer une sorte d'éréthisme des facultés intellectuelles. Ces divers troubles peuvent précéder l'accès de quelques heures ou de quelques jours : telles sont les manifestations psychiques qui ont été signalées comme précurseurs éloignés de l'attaque convulsive.

b. Auras psychiques. — Les auras psychiques sont aussi fréquentes et aussi variées que les auras sensorielles. Gomme ces dernières, comme les auras motrices, elles précèdent immédiatement l'accès dont elles ne sont à vrai dire que le symptôme initial. Elles consistent en phénomènes d'ex.citation ou de dépression. On a proposé de les diviser en auras émotionnelles et en auras intellectuelles bien qu'il ne soit pas toujours facile de décider quel est de ces deux éléments, émotionnel et intellectuel, celui qui domine la situation. Parfois l'accès est annoncé par un état mélancolique qui s'établit graduellement; les malades présentent des idées de ruine, de déchéance; rarement des idées de suicide. D'autrefois la dépression mentale prémonitoire s'accuse brusquement par un sentiment de ci'ainte ou de terreur poignante. Dans certains cas on observe un affaissement rapide des facultés intellectuelles. Le malade est comme hébété ; il ne comprend plus ce qu'on lui dit ; sa mémoire est perdue et bientôt l'accès éclate. Les phénomènes d'excitation psychique qui marquent le début de l'attaque consistent le plus souvent en impulsions irrésistibles et plus ou moins violentes : le malade s'agite, va, vient, commet des actes bizarres et tombe en convulsions. Dans d'autres cas le sujet présente une surexcitation des fonctions psychiques qui peut aller, ainsi que nous le verrons, jusqu'à l'état maniaque. Le symptôme prémonitoire peut consister en un trouble subit et conscient des sentiments affectifs. Un jeune malade observé par Féré éprouva tout à coup de la répulsion pour les personnes et les objets qui lui sont chers. Il a conscience de ce pénible revirement et lorsque ce sentiment s'accentue, jusqu'à entrahier des paroles ou des actes violents, les convulsions se produisent K

L'aura psychique consiste parfois en une idée étrange qui surgit tout à coup et s'impose au malade jusqu'à ce qu'il tombe en accès. Tantôt l'idée est pénible et accompagnée d'angoisse, tantôt elle est indifférente ou simplement bizarre.

' Féré. Loc. cit.

Hughlings Jackson ' a signalé une variété d'aura intellectuelle qui consiste en une réminiscence subite et rapide de quelque événement antérieur. Cette réminiscence se déroule dans un état de rêve, d'obnubilation légère de la conscience. Ces diverses manifestations psychiques annonciatrices du début de l'attaque ne sont pas toujours inconscientes ; mais il arrive souvent qu'au sortir de la crise, le malade en a perdu le souvenir. Il est rare du reste que ces auras soient purement psychiques. Le trouble mental s'y montre fréquemment associé à d'autres troubles précurseurs, moteurs, sensitifs ou sensoriels. Mais quelle que soit sa forme l'aura psj'chique, et c'est là un caractère important, apparaît toujours chez un sujet donné identique à elle-même et toujours associée aux mêmes symptômes d'ordre moteur, sensoriel ou sensitif. Cette remarque est applicable aux troubles mentaux ordinairement légers qui suivent le paroxysme.

c. Api'èsV attaque quelle qu'ait été sa forme (convulsive, vertigineuse. ..) on observe un état d'hébétude ou de torjDeur intellectuelle passagère. Au sortir de la période de stertor, notamment le malade semble s'éveiller d'un profond sommeil : son regard est vague, sa physionomie stupide, ses gestes sont incertains et lents, ou se répètent d'une manière automatique ; il répond à grand'peine aux paroles qu'on lui adresse, il n'a pas conscience de ce qui lui est advenu. Cette torpeur intellectuelle se double en effet d'une amnésie complète. Vanmésie ne porte le plus souvent que sur la durée du paroxysme ; mais il arrive parfois qu'elle s'étende à une certaine période antérieure à la crise, semblable en cela à l'amnésie rétrograde que l'on observe à la suite des excitations violentes, des chocs traumatiques. Cet état d'obnubilation de l'intelligence peut être de très courte durée : en quelques minutes ou en un quart d'heure tout est fini etle malade peut alors reprendre ses occupations. Il est cependant moins apte au travail, il a des oublis ; et cette incapacité relative peut se prolonger de quelques heures à un ou deux jours.

Au lieu de ces phénomènes d'exhaustion psychique, les malades pi^ésentent quelquefois une légère excitation qui se traduit par de la loquacité, un peu d'agitation, ou bien par une de ces modifications du caractère que nous avons mentionnées dans les phases de préparation de l'attaque.

Tels sont les troubles mentaux légers qui accompagnent ordinairement les paroxysmes complets ou incomplets de l'épilepsie commune et régulière.

IIL El'ILEPSIE PSYCHIQUE, ÉQUIVALENTS PSYCHIQUES DE l'ÉPILEPSIE

Les accidents mentaux que nous devons décrire ici sont très fréquents et très variés. Ils ont été désignés par le terme général de folie épileptique, dCépilepsie psychique. Tantôt ils précèdent les attaques et tantôt ils les suivent; quelquefois ils les remplacent et, dans ce dernier cas, ils constituent de véritables équivalents de l'accès comitial.

' Hughlings Jackson. On a particular variety of epilepsv (intclloctual aura), Brain, 1888, p. 179.

TROUBLES MENTAUX DANS L ÉPILEPSIE

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