‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 105 sur 220 · ÉPILEPSIE PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE PSYCHIQUE

Historique. — L'épilepsie psychique est restée longtemps méconnue. A la vérité, les troubles intellectuels par lesquels elle se traduit sous forme d'états délirants et de paroxysmes accompagnés d'altérations de la conscience et du souvenir, avaient été observés et décrits par les aliénistes du commencement du siècle. Mais ces derniers n'avaient pas su pénétrer la nature de ces états psychiques. La psychiatrie était encore à l'état cahotique. Préoccupés surtout de classer les psychoses d'après leurs caractères morphologiques, Pinel, Galmeil, Esquirol décrivaient la folie spontanée, la folie transitoire, la manie homicide comme autant d'espèces distinctes et sans apercevoir le lien qui rattache ces différentes formes à leur commune origine, l'épilepsie. Cependant Bouchet et Gazauvielil observaient que certains accès de folie pourraient bien n'être au fond qu'une modalité du paroxysme épileptique. Plus tard cette hypothèse s'affirmait encore dans les études et les commentaires de Trousseau sur le vertige et l'absence. Mais c'est à Morel (1869) j qu'appartient le mérite d'avoir établi définitivement l'épilepsie larvée mentale I et marqué ses principaux caractères. Les observations de Morel étaient si nettes, si probantes que sa conception ne tarda pas à s'imposer. Dans la dis- cussion restée célèbre qui eut lieu en 1873 devant la Société médico-psychologique, Falret, Lasègue, Baillarger, etc., s'accordèrent à reconnaître la \l justesse de ses vues et l'existence de l'épilepsie mentale à côté du mal con- P vulsif. De nombreux travaux sont venus depuis cette époque soit en France, soit à l'étranger compléter et préciser le tableau clinique du mal intellectuel et nous devons citer ici les noms de Falret, Chai"cot, Magnan, Howden, Saint, Legrand du Saulle, Krafft-Ebing, Lombroso et Ottolenghi, Maudsley... etc. K

Si tous les cliniciens admettent aujourd'hui l'existence des troubles mentaux épileptiques apparaissant soit avant, soit après l'attaque comitiale, le paroxysme psychique pur, l'équivalent psychique n'est pas aussi universellement reconn'ûrilorel et les auteurs que nous venons de citer affirment que l'on peut observer chez certains malades soit dans l'intervalle des attaques, soit longtemps avant l'apparition des premiers accès convulsifs, des délires, des paroxysmes mentaux, véritables succédanés psychiques de l'accès comitial dont le développement n'a été précédé immédiatement d'aucune espèce d'attaque épileptique.

D'autres auteurs, en petit nombre il est vi^ai, estiment que cette modalité clinique de l'épilepsie repose sur une observation imparfaite et que toujours le trouble mental a été précédé et suscité soit par un accès convulsif incomplet ou nocturne, soit par un vertige méconnu. Telle était notamment l'opinion professée par Legrand du Saulle. Mais depuis lors un grand nombre de faits ont été publiés qui mettent Iiors de doute la réalité des équivalents psychiques du mal comitial, de l'épilepsie larvée mentale.

Ces équivalents psychiques peuvent en effet se rencontrer cliez des malades atteints des diverses variétés de l'épilepsie (forme convulsive ou forme vertigineuse) et cela, quelle qu'en soit l'origine (traumatisme, alcool, syphilis, etc.).

' J. Voisin. L'Epilepsie, 1897.

En outre ils présentent des caractères généraux qui les rapprochent étroitement des paroxysmes convulsifs.

Ils débutent brusquement et se terminent de même après une durée variable de quelques secondes à plusieurs heures ou plusieurs jours. Us apparaissent avec une certaine régularité périodique, et presque toujours sous une forme invariable chez le même sujet, de telle sorte que chaque accès est la reproduction exacte du précédent. Us s'accompagnent toujours d'altération de la conscience et du souvenir. Ils laissent après eux les mêmes phénomènes d'épuisement du système nerveux qu'on observe à la suite des attaques vulgaires. Et ce sont là autant de traits de ressemblance qui justifient leur assimilation avec les paroxysmes convulsifs. Si dans la majorité des cas on les voit apparaître au lieu et place des accès convulsifs chez des sujets notoirement atteints de mal comitial et alterner avec ces accès, il arrive parfois qu'ils occupent séuls et pendant plus ou moins longtemps la scène morbide pour s'effacer ultérieurement dès que se développeront les accès convulsifs.

Ceci étant dit, nous rappellerons ici une fois pour toutes que chacun des états psychiques dont l'ensemble constitue l'épilepsie larvée mentale, peut se montrer soit à l'approche, soit immédiatement à la suite d'une attaque convulsive complète ou incomplète, c'est-à-dire à titre d'accident psychique pré ou post paroxystique.

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