MÉNINGITES CHRONIQUES
mal caractérisés, qui intéressent à la fois la sensibilité, la motiiité et l'intelligence; qui se développent lentement, irrégulièrement, dans une évolution progressive, souvent accidentée A' épisodes aigus transitoires : ceux-ci. d'ordre inflammatoire ou hémorrhagique , constituent les étapes de la maladie, jusqu'au jour oîi l'un d'eux, généralement une hémorragie plus abondante que les autres, vient clore la série des accidents et emporter le malade dans le coma.
Au point de vue spécial de la psycho-séméiologie, on doit distinguer dans les méningites chroniques celles de la base et celles de la convexité. Les méningites basilaires sont relativement pauvi'es en symptômes psychiques ; les méningites de la convexité provoquent, au contraire, dans la sphère de l'intelligence, des troubles pi^écoces, diffus et graves.
Avant d'essayer de serrer de plus près le problème des rapports qui, dans les méningites, relient les symptômes aux lésions, il convient de remarqueique les agents pathogènes des méningites chroniques, exerçant leur action nocive, depuis longtemps, non seulement sur les séreuses et l'appareil vasculaire du cerveau, mais sur les éléments ganglionnaires et névrogliques de l'écorce, déterminent un ensemble diffus de lésions méningo-encéphaliques très complexes, dont les altérations méningées ne représentent qu'une des conséquences, un des effets secondaires. Dans le complexus de ces méningoencéphalopathies chroniques, il ne faut pas subordonner aux lésions méningées tous les phénomènes cliniques constatés, et rapporter tous les symptômes aux altérations de l'appareil conjonctivo-vasculaire de soutènement et de nutrition de l'écorce. On doit invoquer, pour expliquer les symptômes psychiques, non seulement les troubles circulatoires, dus aux artérites corticales, non seulement les accidents mécaniques, dus aux compressions d'origine méningo-scléreuse, méningorragique, ou hydrocéphalique ; mais encore les troubles nutritifs du neurone cortical, dus à l'intoxication directe des divers éléments de l'écorce, par les agents étiologiques pathogènes de la méningite. Ces agents déterminent ainsi tout un ensemble de troubles fonctionnels et de lésions anatomiques, entre lesquels n'existent pas toujours les rapports de causalité, qu'on suppose en subordonnant les symptômes aux altérations organiques constatées sur le cadavre.
Quelle que soit Vorigine éliologique de la méningite chronique ; qacWa relève de la syphilis (méningite diffuse, exsudative, scléreuse, ou gommeuse) ; de V alcoolisme (pachyméningite hypertrophique, plastique, hémorragique, etc.) ; de la dyscrasie brightiqve et artério-scléreuse (méningite chronique plastique, diffuse; méningite œdémateuse) ; du rhumatisme (G. Sée, Mesnetj, delà tuberculose, àalsi pellagre, des suites infections aiguës (variole, etc.), du traumatisme crânien, ou de l'association de ces diverses causes : le processus anatomo-pathologique peut intéresser uniquement ou au moins presque uniquement la dure-mère et l'arachnoïde pariétale [pachyméningiles), ou au contraire la pie-mère et l'arachnoïde viscérale (leptoméningites) . Dans ce dernier cas, la pie-mère interne participe, avec les plexus choroïdes et l'épendyme ventriculaire, au processus morbide. Au nom de la pathologie
PSYCHOPAÏHIES ORGANIQUES
générale, on doit, en comparant le processus des méningites à celui des pleurésies, distinguer les méningites pariétales, jiixta-craniennes, et les méningites viscérales, juxtacérébrales, comme on distingue les pleurésies pariétales, juxtacostales, et les pleurésies viscérales, juxtapulmonaires. Cette division anatomique, que j'ai indiquée^ et que KlippeF, dans son intéressant article, auquel je renvoie pour l'étude des lésions, développe en distinguant les méningites pariétales et les méningites encéphaliques, offre un grand intérêt au point de vue de l'étude pathogénique et clinique de l'affection, et particulièrement au point de vue de la symptomatologie mentale des lésions.
Dans les méningites pariétales, l'écorce cérébrale est en effet tardivement et indirectement intéressée dans le processus morbide : dans les méningites viscérales, la nutrition du cortex peut être immédiatement et rapidement compromise.
Dans les méningites viscérales, ou encéphaliques, les formes hypertrophique et plastique du processus morbide déterminent un épaississement plus ou moins considérable de la pie-mère et du feuillet adjacent de l'arachnoïde, sans envahir beaucoup l'écorce ; la convexité cérébrale se laisse décortiquer facilement : il n'existe pas d' adhérences (planche Vlj et la substance des circonvolutions parait macroscopiquement intacte. Au microscope, on constate des lésions diffuses et souvent légères d'ati'ophie dégénérative des cellules ganglionnaires. Dans les formes à caractère inflammatoire plus marqué, il existe un processus mixte d'encéphaloméningite, avec lésions vasculaires et péri-vasculaires, adhérences, qui déterminent, du côté du cortex, des altérations graves et diffuses : ce sont ces formes qui se traduisent par des réactions psychiques précoces et prédominantes.
Les modifications de l'état mental, au cours des pachyméningiles chroniques, sont, comme le processus anatomique lui-même, insidieuses dans leur apparition, lentes dans leurs progrès, au moins au début de l'évolution morbide, et relativement effacées et discrètes dans leur expression clinique. Essentiellement diffuses, elles portent sur l'ensemble des facultés psychiques et se traduisent par trois séries distinctes, mais intimement combinées de symptômes : d'abord, une diminution plus ou moins marqiiée de l'intelligence, qui aboutit tardivement à un état démentiel manifeste; ensuite un engourdissement, une obnubilation psychique, qui se traduit par l'immobilité relative, l'absence de réactions, le retard des réponses, l'indifférence morale et affective, l'isolement du malade. Ces deux syndromes se combinent dans un complexus clinique, qu'il est nécessaire d'analyser avec soin, si l'on veut bien évaluer, à sa véritable mesure, le degré de démence des malades,, qui paraissent toujours plus affaiblis qu'ils ne le sont en réalité. L'intelligence chez eux est plus voilée que détruite, plus engourdie qu'absente.
La troisième série des troubles psychiques est représentée par un ensemble de symptômes irréguliers, variables et très différents les uns des autres, la
' E. Dupré. Les méningites. iVaîu^eZ (2e médecine Debove-Achard, 1894, t. III. ^ Klippel. Méningites chroniques. Traite' de Rrouardel-Gilhert, t. IX, 1902.