MÉNINGITES CHRONIQUES
somnolence diurne, Vinsomnie nocturne, des alternatives de dépression et d'excitation, enfin d'autres signes, qui se combinent aux troubles psychiques proprement dits, tels que la céphalée, les étourdissements, les vertiges, l'altération ébrieuse et titubante de la marche, etc.
La caractéristique de ces troubles psychiques est de progresser très lentement, jusqu'au début des symptômes physiques (ictus, paralysies, etc.), qui traduisent la formation des foyers Aliémorragies méningées. A ce moment, ils augmentent rapidement, s'exagèrent par brusques saccades et contribuent, par la physionomie très particulière qu'ils donnent entre les ictus au malade, à faire soupçonner la nature des lésions méningées en cause.
Les leptoméningites chroniques se traduisent par un ensemble de symptômes psychiques analogues ; mais d'une part, ceux-ci sont beaucoup plus précoces et plus marqués ; d'autre part, ils affectent, dans leur évolution et leur nature même, une irrégularité et une diversité qui compliquent le tableau clinique et nécessitent quelques distinctions.
On retrouve ici, comme dans les pachyméningites, la diminution intellectuelle, l'obnubilation psychique et les autres symptômes accessoires : mais tantôt les malades sont très déprimés, torpides, presque en état de stupeur ; tantôt ils sont excités, plus ou moins agités ; tantôt enfin, ils délirent, au milieu d'alternatives variables de dépression et d'excitation.
Dans la forme stupide, que, sous le nom de forme torpide, a fort bien décrite Klippel, le malade est inerte, prostré, dans un état de torpeur somnolente plus ou moins prononcé : par de brusques secousses, d'impératifs appels, on peut tirer le malade de cet assoupissement continuel dans lequel, laissé à lui même, il retombe aussitôt. Les réponses aux questions sontlentes, incomplètes, tardives. Le malade réagit avec du retard aux excitations sensitives ; et, lorsqu'on le force à marcher, il s'avance en titubant comme un homme mal éveillé ou pris de boisson. Des rêvasseries, des cauchemars, troublent son sommeil, dont il est parfois difficile de tirer le malade. Des gémissements plaintifs, des grincements de dents, des contractures variables et passagères, des attitudes catatoniques, des mouvements automatiques, des gestes coordonnés, répétés, s'observent chez ces malades, qui demeurent le plus souvent couchés soit en chien de fusil, soit au contraire dans une attiticde rigide, plus ou moins voisine de l'opisthotonos, avec de la raideur de la nuque.
Dans la forme agitée, le malade ne dort pas, se plaint de douleurs de téte atroces et continuelles, poussé des cris et des lamentations, va et vient dans la chambre, et présente, surtout le soir et la nuit, des hallucinations et de l'excitation délirante, à forme onirique : cette forme s'observe surtout chez les alcooliques.
Dans la forme délirante, le malade, plus ou moins déprimé ou excité, mais toujours très affaibli intellectuellement, présente des idées délirantes à caractère démentiel, analogues à celles de la paralysie générale. Ce sont ces formes de méningite chronique que, chez les athéromateux. les tuberculeux.
PSYGHOPATHIES ORGANIQUES
et surtout les alcooliques, Klippel a décrites sous le vocable de paralysies générales arthritiqué IConso) tuberculeuse, alcoolique, etc.
La littérature médicale compte d'assez nombreux exemples de pachyméningites, avec hématome subdural, ou de leptoméningites chroniques, ayant déterminé un syndrome souvent difficile à distinguer de celui de la paralysie générale. Je rappelle ici les cas, que j'ai cités ailleurs (Voyez : Paralysie généi^ale) de Boissier et de Bourdin. Macé^ a publié, dans cet ordre de faits, un cas intéressant. Santangelo Spoto - a observé un cas de démence subaiguë, consécutive à un hématome pachyméningé de la région frontale. Il faut conclure de ces faits, avec Boissier ^, que les troubles circulatoires et nutritifs, produits dans l'écorce cérébrale par la compression bilatérale et symétrique des hématomes peuvent produire des symptômes analogues à ceux de la paralysie générale, et que tout syndrome paralytique à marche rapide, avec ictus multiples, doit faire penser à la possibilité d'un hématome subdural.
Dans d'autres cas, la pachyméningite hémorrhagique reconnaît une origine Iraumalique. Il faut savoir distinguer alors le syndrome organique secondaire à la lésion, du syndrome de la névrose traumatique.Kœhl a cité un cas d'hématome subdural bilatéral traumatique, dont les signes diffus furent attribués à la névrose traumatique : il en conclut que de nombreux cas de soi-disant neurasthénie traumatique doivent relever de- pachyméningites hémorrhagiques légères, spontanément curables.
Quelle que soit la variété clinique de la méningite chronique, celle-ci, au bout de quelques mois, de quelques années, emporte le malade dans un état graduellement et irrégulièrement croissant de démence, de torpeur comateuse, de gâtisme, et de dénutrition avec eschares ; des ictus intercurrents, révélateurs le plus souvent d'hématomes pachyméningés, aggravent par saccades et terminent brusquement l'évolution morbide.
A côté de ces cas, qui sont les plus fréquents, des méningites chroniques peuvent, chez certains aliénés d'ancienne date, évoluer sans ajouter de symptôme saisissable, en dehors d'une involution démentielle plus ou moins précoce, au syndrome vésanique : la lésion méningée, le plus souvent d'ailleurs partielle, constitue dans ces cas une trouvaille d'autopsie.