‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 140 sur 220 · TUMEURS DE L'ENCÉPHALE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L'ENCÉPHALE

Bibliographie générale. — M. Bernhardt. Beitrdge zur Symptomatologie und Diagnostik der Hirngeschnriilste (Berlin, 1881). — Brissaud. Tumeurs cérébrales, Traité de Charcot-Bouchard, t. VI (Paris, 1895). — Bruns. DfC Gesckwulste des Nervensyslems.

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TUxMEURS ENCÉPHALIQUES

(Berlin, 1897). — Raymond. Tumeurs cérébrales. Leçons cliniques de la Salpêtrière, t. m (Paris, 1898). — H. Oppenheim. Die Geschwûlste des Gehirns (Wien, 1902). — Paul Schuster. Psijchische Slônmgen bei Hirntumoren (Stuttgart, 1902). Je signale particulièrement ce dernier ouvrage, qui représente l'étude statistique et clinique du sujet, fondée sur la bibliographie complète et la critique éclairée de tous les documents publiés jusqu'à ce jour sur la question (volume de 360 pages).

Les troubles psychiques déterminés par les tumeurs cérébrales appartiennent à la classe des symptômes diffus de l'affection. Ces troubles sont presque constants, mais présentent dans leur intensité, leur forme et leur évolution de si grandes variétés, qu'il est fort difficile d'en tracer le tableau clinique : j'indiquerai seulement les plus fréquents de ces troubles, j'essaierai de dégager de ces constatations le caractère général de la séméiologie mentale des tumeurs encéphaliques ; et, au chapitre de la pathogénie, je mettrai en lumière l'importance de l'intoxication cérébrale, dans la genèse de ces troubles psychiques.

Description générale. — Les troubles mentaux des tumeurs cérébrales sont caractérisés en général par la diminution, la dépression et V obmtbilation psychiques.

La diminution psychique se marque par un affaiblissement démentiel progressif, plus ou moins marqué, portant d'abord et principalement sur la mémoire, puis, et tardivement, sur l'intellectualité spontanée et l'activité volontaire. La dépression, dont l'intensité varie, est souvent légère : elle s'accentue parfois jusqu'à l'état de stupeur mélancolique.

Mais la caractéristique la plus fréquente de l'atteinte des fonctions psychiques, dans les tumeurs cérébrales, est V obnubilation intellectuelle. C'est un état qui, associé à un degré plus ou moins prononcé de dépression et de diminution intellectuelles, n'est cependant ni l'une ni l'autre de ces altérations, peut s'exprimer par les termes de torpetcr, à' engourdissement psychique, obnubilation intellectuelle, et se traduit objectivement par : l'immobilité l'elaLivedu sujet avec persistance des mouvements d'habitude : l'inertie du masque facial : une attitude et une expression mimique d'absolue indifférence ou de concentration méditative prolongée, sans processus actifs d'idéation correspondante. Le malade parait chercher la solution de quelque grave problème (Patel et Mayet^). On tire aisément le malade de cet état d'engoui'dissement psychique, mais pour un temps seulement : abandonné à lui-même, il y retombe aussitôt ; et il semble bien que le mécanisme psychologique de cet état, soit Vinhibition des centres supérieurs de la conscience intellectuelle et de l'activité volontaire, et la seule persistance de l'activité automatique, réglée surtout par les besoins intérieurs, d'ordre végétatif.

L'activité psychique spontanée semble presque nulle : cependant, l'intelligence obnubilée n'est pas détruite ; elle répond aux incitations vives, aux

, ' M. Patel et L. Mayet. Observation clinique d'un cas de tumeur cérébrale. Arcliiues ffénéi'ales de me'decine. Août, i.%0.

PSYCHOPATHIES ORGANIQUES

injonctions impérieuses ; elle est voilée, mais encore présente, et ce n'est qu'aux phases dernières de l'évolution morbide qu'elle décline et disparaît.

Cet état d'obtusion intellectuelle, de torpeur affective et d'inertie volontaire s'associe, ainsi que je l'ai dit, à un degré plus ou moins accusé de diminution psychique ; mais il diffère foncièrement de cette diminution elle-même : ces malades sont des affaiblis, mais ils semblent, au premier abord, beaucoup plus déments qu'ils ne le sont en réalité.

On peut constater, contrastant avec cet état mental si profondément altéré, une remarquable intégrité de l'activité automatique, et une conservation parfaite du sens de l'orientation. J'en ai observé, avec Devaux\ un cas bien remarquable, chez un malade porteur d'un énorme endothéliome de la région fronto-sphénoïdale, aveugle par atrophie papillaire, qui présentait, joint à de nombreux signes physiques, l'ensemble des troubles psychiques plus haut décrits et qui, malgré sa cécité et son obtusion mentale, exécutait facilement tous les actes de la vie ordinaii^e, les allées et les venues dans les salles, les promenailes dans les couloirs et les jardins, l'ascension et la descente des escaliers. 11 existait chez ce malade un état particulier, plus ou moins analogue à une sorte de somnambulisme, dans lequel le sujet, hanté par son rêve, évolue avec aisance dans un milieu qui paraît à la fois complètement étranger ù son attention consciente et volontaire, et tout à fait familier à ses liabitudes inconscientes et automatiques.

V automatisme amÔMta/oî're, survenant par crises, sous forme de fugues, a été observé chez les néoplasiques cérébraux par Devic et P. Courmont -, Devic et Gauthier'' et par M. Patel et L. Mayet Dans les deux premiers cas, l'automatisme ambulatoire affectait le type comitial, avec amnésie complète secondaire de la ci'ise : dans le troisième cas, il affectait le type impulsif dégénératif, avec conscience des faits, obsession angoissante et détente consécutive. Ces crises, épileptiques ou dégénératives, d'automatisme ambulatoire sont évidemment des accidents pathologiques épisodiques, occasionnellement provoqués, sur des terrains prédisposés, par la néoplasie cérébrale. Le malade de Patel et Mayet, héréditaire et alcoolique, présenta ainsi d'autres syndromes épisodiques de la dégénérescence mentale, des impulsions suicides, homicides, du délire de jalousie, etc.

On peut observer également, chez les malades atteints de tumeur cérébrale, un état psychopathique, qui se rencontre d'ailleurs au cours des affections cérébrales les plus diverses (tumeurs, abcès ; alcoolisme, hystérie, états démentiels variés), que j'ai proposé de dénommer ^Mm7îsme°, et qui ne doit

' Dupré et Devaux. Tumeur cérébrale. Nouvelle Iconograpliie de la Salpêtrière, 1 901. Devic et P. Courmont. Un cas de gliôme du cerveau. Revue de médecine, 1897.

^ Devic et Gauthier. Sur un cas de tumeur cérébrale à forme psychoparalytique. Archives générales de ynédecine. Décembre 1900.

* M. Patel et Mayet. Loc. cit. Arcinves générales de médecine. Décembre 1900.

" Dupré et Garnier. Transformation de la personnalité. Puérilisme mental paroxystique. Presse médicale, 1902. — Dupré et Devaux. Abcès du cervelet, Puérilisme mental. Soc. de Neurologie, 1903.

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

pas être confondu avec le « retour à l'enfance » par lequel la langue populaire qualifie certains aspects et certaines conséquences de la régression démentielle des vieillards. Ce syndrome psychopathique, que Brissaud^ semble bien avoir remarqué aussi, dans la symptomatologie des tumeurs cérébrales, lorsqu'il écrit: « c'est un simple retour cà l'enfance, moins la vivacité des impressions et la curiosité de l'enfant», se manifeste par le caractère enf antin de^ réactions psychiques, marqué dans les réponses, dans l'intonation, dans la mimique, autant et peut être plus encore que dans l'objet des préoccupations et la nature des désii's exprimés par les malades. Cet état de puérilismc se manifeste, à propos des faits courants de la vie quotidienne, par des réactions d'impatience et d'entêtement, futiles dans leur motif, naïves dans leur expression, et disproportionnées dans leur intensité : par l'emploi de locutions et de formules enfantines, dans le langage ; par le genre simple, monotone, comme impersonnel et récitatif du débit ; par l'expression un peu niaise, d'une gaucherie qu'on dirait affectée, de la mimique et de l'attitude, par la suggestibilité extrême dans la conversation, la nature puérile des tendances, des goûts et des occupations, etc.

Ce trouble mental si particulier a déjà été signalé par d'assez nombreux auteurs, chez les malades porteurs de tumeurs cérébrales. Cestan et Lejonne l'ont noté en insistant sur la puérilité de leur malade. Schuster signale textuellement ein gevisser imverkennbarer Kindlicher oder Kindischer Zug. Gowers désigne le même état sous le nom de C hildishness . Les autres auteurs désignent ce tour si particulier de l'humeur et des tendances des malades sous les termes de Kindisches Wesen, de Kindisches Betragen (Immermann de Kindisches, luppisches Wesen (Mohr de Geniertes, Kindisches Wesen (Heyfelder '). Si j'insiste sur les termes par lesquels les différents auteurs cherchent à exprimer cette curieuse altération de la mentalité, c'est pour démontrer la concordance de leurs observations et l'identité des termes employés par eux pour décrire un état psychopathique si spécial.

Cet état peut exister seul ou combiné avec différents modes pathologiques du ton affectif (dépi^ession, excitation) : ces combinaisons donnent alors lieu à des variétés, dépressives ou expansives, de l'humeur, dans lesquelles la note enfantine, toujours reconnaissable, confère au syndrome une expression très particulière. C'est ainsi que la Moria ou Witzelsucht, signalée par Bruns et Jastrowitz dans les tumeurs du lobe frontal, représente une altération morbide de l'humeur, caractérisée par le mélange de l'excitation euphorique du sentiment et du tour enfantin de l'esprit, qui se traduit par une jovialité frivole, une disposition à la farce, qui contraste étrangement avec la gravité

' E. Brissaud. Art. Tumeurs cérébrales. Traité de médecine, t. VL - Cestan et Lejonne. Loc. cit. Soc. de Neurologie, 1901. =■ P. Schuster. Loc. cit., p. 333.

' Gowers. Traité des maladies nerveuses, t. II (traduction allemande de Grube). " Immermann. Berl. Klin. Wocltenscfir., 1865, p. 177. " Mohr. Sclimidts Jalirbiiclier, 1861.

' Heyfelder. Med. Annal., Bd. V, 119.

PSYCHOPATHIES ORGANIQUES

de la situation pathologique. Dans le cas contraire, lorsque le puérilisme s'allie à la dépression du ton affectif, le malade boude, fait la moue, entre dans des colères puériles, etc. La r-éaction emprunte encore ici sa caractéristique à l'humeur enfantine du malade.

Voici donc un état psychopathique très particulier qui n'est, à proprement parler, un état ni démentiel, ni dépressif, ni expansif, ni délirant, mais qui, n'appartenant à aucune espèce morbide, peut apparaître et disparaître, et se combiner aux divers syndromes des états psychopathiques les plus variés. Il était nécessaire de l'analyser en soi, de le distinguer dans les complexus cliniques observés chez les malades, et de l'individualiser sous une étiquette claire, précise et simple, que j'ai proposée dans le vocable de : puérilisme.

Relations des troubles psychiques avec les troubles somatiques diffus. —

Ces troubles généraux : torpeur, engourdissement et obnubilation de l'intelligence, dépression du ton affectif, inhibition relative de l'activité intellectuelle spontanée et volontaire avec persistance de l'activité automatique générale; associés à un degré, variable et progressif, de diminution psychique ; s'observent au cours des tumeurs cérébrales de tout siège et de toute nature.

Ils s'associent toujours à quelques-uns des symptômes somatiques diffus de ces lésions. Ces symptômes diffus des néoplasies encéphaliques sont la céphalée, les vomissements dits cérébraux, les vertiges, les convulsions épilepliques générales.

Parmi ces symptômes somatiques, quelques-uns méritent ici une brève mention, à cause de leur étroite relation avec la séméiologie mentale des néoplasmes intracraniens.

La céphalée, qai est le signe le plus précoce, le plus fréquent, le plus tenace et le plus pénible des tumeurs encéphaliques, affecte souvent un tel caractère d'intensité et de violence, principalement au moment de ses paroxysmes d'exacerbation, que le malade en est abruti, assommé: il se prend la tète à deux mains, en poussant des cris incessants et lamentables, parfois de véritables hurlements. Lorsque la douleur atteint un tel degré, et qu'elle se montre d'ailleurs plus qu'en aucune autre affection, rebelle aux médications antialgiques » (Raymond) elle peut pousser les malades, principalement les hommes, au désespoir et au suicide. C'est là une des conséquences psychopathologiques possibles des tumeurs cérébrales. La céphalée, par sa continuité et sa violence, contribue en outre, à inhiber l'intelligence des malades, et représente, ne fût-ce que par l'élément douloureux, un facteur réel de la dépréciation psychique des malades.

Uétat vertigineux intermittent, et les diverses sensations bizarres intracraniennes, de poids, de vide, de ballottement, de corps étrangers, etc., accusées parles malades contribuent avec la céphalée à augmenter chez eux l'état de trouble et d'obtusion psychiques qu'ils présentent si souvent.

Les convulsions épileptiques, enfin, sont toujours suivies d'une recrudescence des symptômes d" obnubilation et d'affaiblissement de l'intelligence.

La démence survient beaucoup plus rapidement chez les néoplasiques

ÏUMEUHS ENCÉPHALIQUES

cérébraux, qui présentent des convulsions épileptiques que chez ceux qui n'en présentent pas : et Vépilepsie générale est, au point de vue de ses relations avec les progrès de la démence, d'un pronostic plus grave que Vépilepsie partielle.

Après chaque accès, le réveil inlellecluel a lieu plus lentement qu'après les accès d'épilepsie non néoplasique, et la mentalité descend, après chaque ictus, à un niveau inférieur.

Rapports des troubles psychiques avec le siège des lésions. — Les considérations générales que j'ai déjà exposées sur les rapports des psychopathies avec les lésions cérébrales, s'appliquent à l'étude psychopathologique des tumeurs de l'encéphale. Sans y revenir, on peut essayer d'établir d'après les observations anatomo-cliniques, quelle est, devant la tumeur, la réaction psyc/iopathiqiie de chaque région de l'encéphale.

Cette étude démontre avec évidence la pluralité des sources de VintelUgence, la variété de leur siège, et l'inégalité de leur apport à l'œuvre de la synthèse psychique.

La doctrine des localisations cérébrales a consacré la distinction, dans la masse encéphalique, de deux grandes variétés de zones : les unes, caractérisées par des aptitudes fonctionnelles et des susceptibilités pathologiques spéciales, dites intolérantes, les auti^es sans réactions physio-pathologiques particulières, dites tolérantes.

Les premières comprennent les territoires corticaux sensitivo-psycho-moteurs et sensoriels, communs et verbaux, avec leurs faisceaux de projection et d'association, la région bulbo-protubérantielle et l'appareil cérébelleux. Les secondes comprennent le lobe frontal en avant de la frontale ascendante, le centre ovale et le corps calleux.

Cette distinction de la masse encéphalique en zones tolérantes et intolérantes, légitime dans ses applications au diagnostic général des lésions de l'encéphale, n'est pas consacrée par la psycho-séméiologie des tumeurs cérébrales. En effet, toute tumeur encéphalique peut donner lieu, quel que soit son siège, à des troubles psychiques.

Lorsqu'elle siège dans une région intolérante, la tumeur provoque, outre les troubles psychiques et les symptômes somatiques diffus de l'affection néoplasique, des symptômes de foyer, par excitation ou inhibition du territoire fonctionnel intéi'essé. Ces derniers troubles, joints aux symptômes diffus, dominent le tableau clinique et relèguent au dernier plan les perturbations psychiques : celles-ci existent cependant et une soigneuse enquête anamnestique les retrouve presque toujours dès le début, souvent même dans la période prodromique de l'affection. Lorsqu'elle siège dans une région tolérante, la tumeur, relativement silencieuse au point de vue des réactions somatiques, détermine souvent assez de troubles psychiques, pour qu'on soit tenté de renverser les termes et de déclarer intolérantes au nom de la psychopathologie les zones dites tolérantes par la physiologie expérimentale.

S'il résulte, en effet, des constatations anatomo-cliniques, que de grosses

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tumeurs peuvent siéger dans les zones tolérantes, sans éveiller de réactions morbides saisissables, ni dans la motilité, ni dans les sensibilités générale ou spéciale, il semble précisément que dans ces régions, dites muettes ou indifféx'entes, une tumeur ne puisse naître et grandir, sans provoquer de troubles appréciables de l'intelligence. La tolérance de ces territoires est donc toute relative, puisque la lésion qui les envahit compromet l'activité cérébrale, non pas sans doute dans ses domaines électifs les plus apparents, mais dans ses fonctions les plus hautes et les plus complexes. Seulement, une atteinte intellectuelle, isolée d'autres troubles et qui peut d'ailleurs rester longtemps légère, passe facileinent inaperçue : tandis qu'une paralysie, un trouble du langage, un déficit sensoriel, attirent immédiatement l'attention généi'ale.

Les zones dites muettes ne taisent donc, dans leur souffrance, que les manifestations criantes de la pathologie banale; c'est une raison de plus pour s'attacher à écouter et à comprendi-e l'expression psychopathique discrète, par laquelle se traduit l'atteinte anatomique de ces zones, qui ne semblent muettes que parce qu'on n'entend pas leur langage.

Plus on s'attachera à l'analyse précoce et attentive de ces symptômes psychiques, plus diminuei'a le nombre des tumeurs latentes, dont la bruyante explosion symptomatique est toujours précédée d'une période de troubles psychopathiques prodromiques.

Tumeurs du lobe frontah — Il faut entendre sous ce terme de lobe frontal, la partie de ce lobe qui est située en avant de la frontale ascendante ; cette circonvolution, dans le langage des localisations cérébrales, appartient à la région rolandique. Les tumeurs du lobe préfronta> assez fréquentes, sont extérieures à ce lobe, qu'elles refoulent et déforment plus ou moins, ou intérieures à sa substance, aux dépens de laquelle elles s'étendent : les néoplasmes exlralobaires déterminent moins de troubles psychiques que les tumeurs in- Iralobaires : celles-ci, détruisant la substance blanche et grise du lobe, ont un retentissement plus précoce et plus marqué sur les fonctions psychiques.

Lorsque, par suite de son développement excentrique progressif, une tumeur exlralobaire frontale arrive à détruire une partie notable de la substance même du lobe envahi, et qu'elle devient ainsi intralobaire, on peut observer, correspondant à ces deux phases de V évolution anatomique de la tumeur, deux phases dans V évolution clinique de l'affection : une première, faite de symptômes diffus, physiques et psychiques (céphalée, vomissements, amblyopie, vertiges, torpeur et obtusion mentales) qui correspond au stade exlralobaire du néoplasme; et une seconde phase clinique, caractérisée par des troubles psychopathiques plus marqués, plus précis dans leur expression (altérations du caractère, de l'intelligence, de la moralité, idées délirantes, etc.), qui correspond au stade intralobaire de la tumeur. Cette évolution anatomo-clinique en deux périodes, dont l'observation si intéressante de Gestan et Lejonne^ donne un bon exemple, n'est pas de constatation fréquente;

' Cestan et Lejonne. Troubles psychiques dans un cas de tumeur du lobe frontal Revue de Neurologie, septembre 1901.

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

parce que souvent, la tumeur, extérieure au lobe frontal, n'envahit pas la substance de celui-ci, qu'elle refoule et déforme sans le détruire. Dans d'autres cas, la tumeur, primitivement intralobaire, ne comporte pas la succession de ces deux périodes, mais seulement l'aggravation progressive des troubles démentiels primitifs.

Les symptômes dus à l'atteinte même du lobe préfrontal, sont très variables. Dans l'ordre intellectuel, ils consistent en diminution démentielle ^vogressive plus ou moins rapide, amnésie, obtusion croissantes.

Dans l'ordre éthique et affectif, on observe de notables changements dans le caractère, qui devient irritable, coléreux, emporté, sujet à des alternatives de dépression et d'excitation, avec période d'abattement mélancolique silencieux, etpéi'iode d'agitation, d'instabilité, de violences.

Certains auteurs ont signalé la possibilité, au cours des lésions préfrontales de perversion des instincts, d'oblitération dit sens moral . Léonora Welt^ a même essayé d'établir une relation entre le développement de ces altéralions de la moralité et le siège des lésions causales au niveau, de la face orbitaire du lobe frontal; principalement, d'après ses sept observations, de la face inférieure de la premièi'e circonvolution orbito-frontale.

D'autres auteurs, particulièrement Bruns- et Jastrowitz ^, ont signalé, dans les lésions du lobe frontal, une perversion particulière du ton émotionnel associée à une modalité spéciale du fonctionnement intellectuel, qui se traduisent par de la jovialité, de la bonne humeur, avec tendance aux idées humoristiques et aux jeux de mots; un certain tour caustique de l'imagination s'allie, en pareil cas, à l'affaiblissement intellectuel, et aboutit à un singulier état de l'humeur et des manières, chez le malade : celui-ci donne parfois l'impression d'un mauvais plaisant, qui cherche à taquiner ou à faire rire l'entourage. Les Allemands ont désigné sous le nom de Moria, de Witzelsucht, cette anomalie de l'humeur intellectuelle.

J'ai signalé plus haut le rôle de la combinaison du puérilisme et de l'excitation euphorique de l'humeur, dai^s la genèse de cette jovialité pathologique, de cette Moria. J'ajoute que, d'après les très étendues et ti'ès consciencieuses recherches statistiques de P. Schuster cette anomalie curieuse de l'humeur intellectuelle ne serait pas propre aux lésions frontales, mais se rencontrerait également dans les tumeurs superficielles ou profondes des autres régions du cerveau et du cervelet. Schuster serait tenté d'attribuer, dans la genèse de ce trouble mental, un rôle étiologique important au volume des tumeurs. Si cette Moria semble d'observation plus fi'équente dans les néoplasies du lobe frontal, c'est à cause de la grande prédominance des troubles psychiques dans les tumeurs de cette région. E. Mûller% au terme d'une longue, étude sur les

' Léonora WoU. Uebcr Cliarakter Veranderungen des Mensclien infolge von Liisionen des Stimhirns. Deutscli. Arcli. f. Kl. Med., 1888, t. XLII.

Bruns, Die Geschwûlste des Nei'vensystems. Berlin, 1897. ' Jastrowitz und Leyden. Beitr. z. Lehre von der Localisation im Gehirn, Berlin, 1888. * P. Schuster. Loc. cil.

" E. MûHer. Deutsch. Zeilschr. f. Nervenheillc, XXI, 3-4.

PSYCHOPATHIES ORGANIQUES

troubles psychiques accompagnant les lésions de la région frontale, aboutit à peu près aux mêmes conclusions. La nature sarcomateuse du néoplasme semblerait, d'après les statistiques, provoquer plus particulièrement des troubles psychiques, non pas à cause de l'espèce histologique de la tumeur, mais à cause du gros volunie, du rapide accroissement et du mode d'extension de la néoplasie. La fréquence plus grande des réactions psychopathiques, dans les tumeurs frontales, s'expliquei'ait, pour E. Millier, par ce fait que la lésion peut évoluer, dans cette région, plus longtemps que dans les autres parties de l'encéphale, sans intéresser de territoires essentiels à la vie : les tumeurs des autres régions, au contraire, compromettent beaucoup plus tôt les zones dites intolérantes et éveillent ainsi, dans une évolution plus courte, beaucoup moins de troubles psychiques. Mûller aboutit, on le voit, aux conclusions que j'ai développées plus haut, dans le pai^allèle des zones tolérantes et intolérantes, au sujet de la psychoséméiologie des tumeurs de l'encéphale.

En effet, l'immense majorité des auteurs, Oppenheim',Obernier^, Raymond ^ Obici'% Byron Bramwell", Lannois^ R. Gestan et Lejonne ^ Dupré et Devaux^ P. Schuster", etc., s'accor-de à proclamer la prédominance des troubles intellectuels sur les autres manifestations dans les tumeurs préfrontales.

11 faut ajouter que l'intensité, la précocité et la rapidité d'évolution de ces troubles intellectuels sont, en général, proportionnelles à l'étendue des lésions néoplasiques préfrontales. Lorsque ces lésions sont bilatérales et diffuses, comme dans les observations de Raymond^", et de Baraduc^', etc., elles se caractérisent par un syndrome psychopathique démentiel progressif, qui rappelle de plus ou moins près le tableau de la paralysie générale.

Un assez grand nombre de ces tumeurs se traduisent par le tableau symptomatique d'étals hystéro-neurasthéniques, avec altération du caractère, troubles affectifs, etc., qui sont d'un diagnostic fort difficile. P. Schuster en a réuni dans son livre d'intéressantes observations.

Lorsque la tumeur intéresse le pied de la ti-oisième frontale gauche, elle provoque des troubles aphasiques variés, généralement intermittents : le plus souvent concomitants d'accès épileptiques partiels, à droite, symptomatiques de l'irritation de lazone rolandique adjacente. Oppenheim'-a observé^ ainsi que Nothnagel, de la bradyphasie : le malade parle très lentement, en

* Oppenheim. Arch. f. Psycli.. t. XXI et XXII.

' Obernier. Ziemssen Handb. der Pathol., t. XI.

^ Raymond. Lep. clin, de la Salpêlrière, t. III, 1898.

* Obici. Il policlinico, 1895, vol. II. ' Byron Bi-amwell, iîcffli?i, 1899.

" Lannois, Lyon Médical. 1899, p. 575,

' Gestan et Lejonne. Rev. neur., loc, cit., 1901.

' Dupré et Devaux. Nouv. Icon. de la Salpêlrière, 1901.

" P Schuster. Loc. cit.

'"Raymond. Un cas de démence consécutive à une tumeur du Lobe frontal droit. Soc. rnéd. des hôpitaux, juin 1892.

*' Baraduc. Troubles cérébraux analogues à ceux de la paralysie générale. Atrophie des lobes frontaux. Bull. Soc. anal., 1876.

" Oppenheim Loc. cit. p. 104,

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

un débit traînant; ce symptôme a été observé dans des tumeurs qui n'intéressaient pas le centre de Broca : aussi Nothnagel incline-t-il à voir dans la bradyphasie une conséquence de l'obtusion et de la stupeur, plutôt qu'un symptôme d'ordre aphasique. Oppenheim insiste aussi sur un trouble du langage qu'il a observé dans les tumeurs du lobe frontal gauche. Le malade, lorsqu'il cherche à parler, remue d'abord les lèvres, reste sans voix, et chuchote jusqu'à ce qu'enfin il se mette à articuler normalement. On dirait qu'il y a désaccord fonctionnel entre l'appareil de la phonation et celui de l'articulation, h'agraphie a aussi maintes fois été observée dans les tumeurs frontales gauches.

Lorsque les lésions néoplasiques envahissent, en arrière, les pieds des circonvolutions frontales, et atteignent la frontale ascendante, d'autres symptômes, d'ordre psychomoteur, hyperkinétiques ou paralytiques, s'ajoutent au syndrome mental, et témoignent, par leur apparition, de Vextensioii -des désordres de la zone préfrontale psychique à la zone frontale entière, psychique et motrice. Brault et Lœper', Devic et Gauthier-, Lannois et Porot ont publié d'intéressantes observations de cette modalité évolutive psychoparalytique des tumeurs cérébrales.

Dans certains cas exceptionnels, la tumeur frontale ne s'est révélée que par des troubles moteurs, de nature épileptique, partiels ou généi\alisés. Les observations de Roncoroni de M. Dide % de Dieulafoy^ en offrent des exemples instructifs.

Bruns'' a publié quatre observations de tumeurs des lobes frontaux qui avaient déterminé des troubles de Véqinlibration, sans symptômes paralytiques ; et la lésion, dans ces différents cas, n'intéressait pas la zone rolandique. Ces troubles n'appartiennent pas au sjmdrome du lobe frontal, et caractérisent le syndrome cérébelleux : aussi peut-on invoquer, pour en expliquer l'apparition, dans les cas analogues à ceux de Bruns, vme conséquence anatomomécanique des tumeurs encéphaliques, dont P. Marie ^ a signalé la fréquence et montré l'intérêt : Y engagement, dans le trou occipital, du cervelet et de l'appareil biilbo-protubérantiel. Gestan etLejonne, dans leur observation de tumeur frontale, ont constaté le fait. L'hypothèse pathogénique que je propose est donc légitime et offre l'avantage de rapporter à la souffrance de l'organe de l'équilibration, les troubles ataxiques constatés dans les tumeurs, même fort éloignées du cervelet. L'adjonction possible de troubles de l'équi-

' Brault et Lœper. Tumeurs cérébrales à forme psyclioparalytique. Archives de médecine, mars 1900.

- Devic et Gauthier. Tumeurs cérébrales à forme psyclioparalytique. ^î-cAi'yes tZe médecine, décembre 1900.

' Lannois et Porot. Tumeur cérébrale à forme psychoparalytique. Soc. méd. des Ixopitaux de Lyon, octobre, 1902.

■* Roncoroni. ^cad. (^e >neV/. rfe Turin, 1893.

° Maurice Dide. Soc. anat. de Paris, 1898. • '■' G. Dieulafoy, Leçons de clinique médicale de l'JIôtel-Dieu. Paris, 1902.

' Bruns. Ueber Sloruiigen des Gleichgewichts bei Stirnhirntumorcn (Deutscliemed. Woch.. 1897, n" 7).

* Pierre Marie. Soc. de Neurologie, 1900.

PSYCIIOPATHIES ORGANIQUES

libre au syndrome mental des tumeurs du lobe frontal ne doit donc pas troubler le diagnostic topographique de la lésion, si celui-ci repose déjà sur de solides arguments.

Cénas ^ a publié une observation analogue : mais dans son cas existait, en outre, de la méningite alcoolique chronique et un ostéome de la faux cérébrale comprimant le lobule paracentral droit.

P. Schuster conclut de ses statistiques que les tumeurs frontales gauches déterminent plutôt des états démentiels simples, et les tumeurs frontales droites des états psychopathiques avec excitation, et de caractère actif.

L'étude comparée du nombre considérable d'observations déjà publiées de tumeurs du lobe frontal démontre, en résumé, la haute prédominance des troubles psychiques, l'absence ou l'extrême rareté des troubles moteurs ou sensitivo-sensoriels , dans l'expression clinique des lésions. Ces troubles psychiques, divers par leur nature, leur intensité, leur association, sont en ^énévoX précoces, presque toujours progressifs, souvent isolés au début, puis associés par la suite à des symptômes épileptiques, aphasiques et paralytiques; enfin ils se caractérisent &mAoi\i]}di\' V affaiblissement démentiel terminal des facultés. Certaines modalités épisodiques singulières (moria, euphorie joviale, puérilisme, troubles de l'odorat, etc.), peuvent imprimer à la symptomatologie mentale du lobe frontal une physionomie assez spéciale. Mais le caractère dominant de cette expression clinique demeure Vatteinte précoce des fondions psychiques supérieures, de l'exercice intellectuel sous ses formes les plus hautes et les plus délicates, et des manifestations de l'affectivité et du sens moral. On peut remarquer ici ïanalogie générale de l'expression psychique des lésions frontales avec celle de la paralysie générale, dont les localisations prédominantes intéressent le plus souvent l'écorce des lobes frontaux. On trouvera des documents intéi'essants et tous confirmatifs des propositions ci-dessus émises, dans les travaux dont je donne ici seulement l'indication-.

Tumeurs du corps calleux. — Les tumeurs du corps calleux partagent avec celles du lobe frontal ce caractère négatif de ne pas provoquer, par ellesmêmes, de symptômes de foyer et de se traduire cependant par un ensemble de signes majeurs, (symptômes diffus des tumeurs encéphaliques, diplégies

' Cénas. Astasie-abasie symptomatique. Troubles de Téquilibre provoqués par les tumeurs du lobe frontal. Loire médicale, 189.5.

■ Magnan, Kyste hydatique du lobe frontal. Soc. de Biologie, .1868.

Taniburinie Marchi, Gliome du lobe frontal. Rivista sperim. di Freniatria, 1883.

Raymond. Contribution à l'étude des tumeurs du cerveau (gliome du lobe frontal gauche) Archives de Neurologie, 1893.

Galavielle et Yillard. Un cas de sarcome volumineux du cerveau, ayant débuté dans la substance blanche de la région frontale gauclie. Archives de Neurologie, 1897.

Williamson. Syniptomatologie des lésions (tumeurs et abcès) intéressant la région préfrontale du cerveau, Brain. 1896. (oO cas rapportés)

Vœgelin. Contribution à letude des affections du lobe frontal. Allg. Zeilsch. fiir Psychiatrie, 1897.

Patel et L. Mayet. Loc. cit. Archives générales de Médecine. Août 1900.

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

incomplètes et asymétriques, aggravation rapide des signesj, parmi lesquels les troubles psychiques occupent une place constante et considérable.

Le corps calleux, dans lequel Lapeyronie localisait l'âme, au début du xviii® siècle, et dans lequel, par une belle intuition, un siècle plus tard, Treviranus voyait l'organe de l'unité des opéi-ations intellectuelles, représente certainement, d'après les recherclies anatomo-physiologiques contemporaines (Meynert, Muratow, Gudden, Brissaud, Déjerine), l'instrument nécessaire de la synthèse harmonique des activités sensorio-psychiques des deux hémisphères : on ne doit plus le considérer aujourd'hui comme un organe symétriquement commissural, au sens oîi l'entendait Meynert, mais bien comme l'organe de l'unité anatomique et fonctionnelle des deux moitiés du cerveau. Le corps calleux est donc un organe psychique par excellence, et les lésion s qui l'atteignent compromettent tout d'abord l'intelligence.

Il résulte, en effet, des travaux de Bristowe*, Giese-, Bruns ', Ransom'", Raymond% Devic et Paviot^ de Mobel Blackwood'', etc., que ces tumeurs déterminent toujours une altération précoce et grave de l'intelligence, cai'actérisée non seulement par de la torpeur, de l'indifférence, de Tobnubilation intellectuelle, mais par de la confusion mentale, de l'amnésie, des troubles dans l'association des idées, l'impossibilité de tout travail mental, des altérations du langage qui, sans ressortir aune variété particulière d'aphasie, semblent se rattachera la confusion générale de l'esprit, au chaos de la pensée. En résumé, ces tumeurs, en compromettant la fonction d' association synergique des deux hémisphères, portent une atteinte précoce et profonde à la cérébration psychique et entraînent la démence (voy. Démences organiques). Séglas et Londe ont observé, dans un cas de tumeur du corps calleux, des accidents de confusion, d'hallucination et de délire mélancolique. Le malade mourut dans un syndrome méningitique.

La coexistence de cet état de confusion et de démence avec les signes diffus des tumeurs cérébrales, la bilatéralité asymétrique des phénomènes de déficit moteur, et l'absence des symptômes de foyer, constitue un ensemble séméiologique qui pourra permettre de rapporter à une lésion du corps calleux le syndrome psychopathique plus haut décrit.

E. Brissaud ^ a rapporté un cas intéressant, où l'application de ces règles générgiles lui a permis de diagnostiquer avec précision le siège d'une tumeur de la région calloso-frontale droite.

^ Bristowe. Cases of tuinour of the Corpus callosum. Bmin. octobre 1884.

' Giese. Zur Casuistik der Balkenturaoren. Ai-cli. f. Psycli., 1884.

' Bruns. Ueber Tumoren des Balkcns {Berl. Klin. Wocit.. 1886).

■* Ransom. On tumeurs of the corpus callosum, with acount of a case. Brain, 189o.

^ Raymond. Loc. cit.

0 Devic et Paviot. Revue de médecine, décembre 1897.

' M. Blackwood. Un cas de gliome du corps calleux. The Journal of mental Science. Juillet, 1900.

" Séglas et Londe. Tumeur du corps calleux. Congrès d'Angers. 1898. ' E. Brissaud. Diagnostic d'une localisation do tumeur cérébrale dans la région du genou du corps calleux. Soc. de Neurologie, Avril 1902,

P. Schuster a rassemblé 31 cas de tumeur du corps calleux : tous les malades ont présenté des troubles mentaux : à part deux cas, dus à Glaser et à Pantoppidan (cités par Schusterj, la littérature médicale ne compte aucune observation de tumeur calleuse sans trouble psychique. Cette exceptionnelle fréquence des symptômes psychiques dans les lésions du corps calleux assure à cet organe un rang supérieur à celui du lobe frontal, et le premier de tous, dans l'échelle de la susceptibilité psychologique des différents territoires de l'encéphale devant les tumeurs.

Devic et Paviot attribuent la constance et la gravité des réactions psychiques dans les tumeurs calleuses à la lésion du faisceau longitudinal supérieur. P. Schuster remarque que la lésion du système calleux suffit, en l'espèce, à expliquer les effets psychopathiques observés.

En répartissant les différents cas de tumeurs du corps calleux en trois groupes, suivant que la lésion intéresse le tiers antérieur, le tiers moyen ou le tiei's postérieur de l'oi^gane; et en rapprochant, de chacune de ces catégories anatomiques, le bilan des symptômes psychiques observé, P. Schuster aboutit à la conclusion que les tumeurs du corps calleux antérieur produisent plutôt des états démentiels simples, et que les tumeurs du corps calleux postérieur déterminent plutôt des états délirants, avec excitation, hallucinations, etc.

Tumeurs du centre ovale. — Malgré la multiplicité des organes et des faisceaux qu'il contient, le centre ovale et, d'une façon générale, les régions profondes de l'encéphale marquent, vis-à-vis des tumeurs, une tolérance souvent étonnante. Celles-ci refoulent peu à peu les régions voisines, et n'entraînent, pendant longtemps, que des troubles fonctionnels diffus, parmi lesquels on observe toujours une atteinte plus ou moins marquée de l'intelligence. Cette atteinte se traduit en général, par les grands symptômes que j'ai énumérés au début de cette étude (torpeur, engourdissement psychiques, hébétude, obtusion, etc.). L'affaiblissement démentiel se montre à peu près proportionnel au volume de la tumeur. Ces troubles psychiques sont assez précoces et ont une signification d'autant plus précieuse qu'ils précèdent t apparition tardive des symptômes de foyer.

D'après sa statistique, Schuster établit qu'en général les tumeurs du cerveau gauche entraînent plus souvent la démence que celle du cerveau droit. Les tumeurs du corps strié, comme celles de la couche optique, déterminent des troubles variés, sans rapport particulier, dans la fréquence ou le caractère des symptômes, avec l'organe intéressé.

Tumeurs de la région rolandique. — Outre les symptômes diffus et toute la série des symptômes de foyer qu'elles provoquent, les tumeurs de la région rolandique déterminent, même lorsqu'elles sont unilatérales, des accès d'épilepsie partielle, qui parfois se généralisent, ou d'épilepsie générale d'emblée avec ou sans prédominance hémiplégique, qui peut en imposer pour une épilepsie non symptomatique d'une lésion en foyer. Le problème diagnostique de

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

la nature des accès épileptiques peut, en pareil cas, être éclairé, au moins en partie, par l'étude de l'état mental du malade entre lés crises convuisives.

Lorsque l'épilepsie générale est secondaire à une néoplasie rolandique, elle est moins pure, moins franche, moins symétrique dans ses manifestations convidsives, moins pareille à elle-même dans ses accès, et surtout on observe entre ces accès des modifications pathologiques persistantes de l'état mental (obnubilation, torpeui', obtusion intellectuelle, etc.), qui ne sont pas de règle entre les accès de l'épilepsie dite idiopathique. Au sortir du stertor terminal, l'épileptique ordinaire reprend généralement en peu de temps son activité intellectuelle, et, à moins de circonstances spéciales, (répétition fréquente des accès, évolution démentielle rapide, etc.), revient à sa mentalité ordinaire ; le néoplasique cérébral, si éloigné qu'il soit de sa crise convulsive, reste un malade, dont l'état psychique relève d'une épine organique permanente.

Parmi les tumeurs fréquentes de la région rolandique et des zones voisines, figurent les cyslicerques, néoplasies en général mulliples et essentiellement, à cause de leur siège cortical et de leurs propriétés irritatives, épileptogènes. Sabrazès et de Baty ' ont observé, dans la cysticercose corticale, de ïaitto'inatisnie ambulatoire. Koch - oppose la symptomatologie de la cysticercose (épilepsie, phénomènes d'irritation) h celle de l'échinococcose (dépression, démence) et il rapproche les convulsions de la cysticercose du tournis du, mouton.

Un autre caractère psychopathologique fréquent des tumeurs rolandiques est V altération du jugement stéréognostique, qu'on observe au cours du syndrome hémiplégique d'origine corticale. Le malade présente, outre les troubles sensitivo-moteurs localisés qui relèvent de sa lésion rolandique, une astéréognosie de même origine, variable dans son intensité, qui s'accompagne d'une inertie remarquable de la main dont on sollicite l'activité fonctionnelle.

La main, souvent à peine parésiée, reste immobile, et n'exécute aucune de ces menues contractions par lesquelles les faces palmaires des doigts sont successivement amenées au contact de l'objet à reconnaître. Il est manifeste que Vaholition du jugement stéréognostique comporte, comme élément essentiel de sa genèse, non pas tant l'impossibilité de reconnaître la forme et le relief des objets malgré les efforts accomplis par le malade, que l'absence même de ces efforts intentionnels et Vinertie de palpalion exploratrice ; cet état d'indifférence et d'incuriosité de la main astéréognostique , démontre bien que, en général, l'appétit de la fonction est étroitement lié à l'intégrité de son exercice, et que, au moins dans le domaine de l'activité psychique supérieure, la perte des moyens d'exécution peut entraîner V oubli même de la fonction paralysée (P. Marie, E. Brissaud) (Voyez page 1093).

Tumeurs du lobe pariétaL — On a constaté, dans certains néoplasmes limi-

' Sabrazès et de Baly. Auloniatisnie ambulatoire syniptomatique d'une cysticereose de lencéphale. Le tournis chez l'iioninie. Journal de Médecine de Bordeaux. 1897.

- Kocli. Troubles mentaux causés par les écliinocoques dans le cerveau liumain, pour servir à letiologie des maladies psychiques. Allg. Zeitsck. fur Psychialrie 1884.

PSYCHOPATHIES ORGANIQUES

tés au lobe pariétal gauche, en arrière de la pariétale ascendante, des symptômes de cécité verbale et d'agraphie (Oppenheim i). L'étude des lésions en foyer du lobe pariétal a incliné certains auteurs, Redlich -, von Monakow ^, Grasset ^ Allen Starr et Me Gosh° à situer dans les lobes pariétaux l'activité perceptive et associative qui aboutit au sens musculaire. J'ai indiqué à l'occasion des troubles agnosiques, les conclusions de IL Verger, (de Bordeaux), relatives à la localisation pariéto-occipitale et pariéto-temporale des troubles de la stéréo-agnosie de conductibilité .

Tumeurs du lobe temporaL — Les lésions néoplasiques temporales gauches peuvent déterminer de la surdité verbale, ainsi qu'en témoignent les cas de Giraudeau * et de Bruns''. Les lésions temporales droites peuvent entraîner le même syndrome, chez les gauchers (cas de Westphall ' père, Bianchi^ Sepilli'"). Brault et Lœper'' ont noté de la surdité verbale chez leur seconde malade, atteinte d'un kyste hydatique de la région temporo-occipitale droite. Ils ne disent point si leur malade était gauchère. Enfin, les tumeurs temporales bilatérales lorsqu'elles détruisent,, comme dans l'observation de Friedlànder et Wernicke les segments postérieurs des circonvolutions temporales, entraînent le syndrome de la surdité psychique, par disparition des images auditives, communes et verbales.

Il ressort de l'étude statistique comparée des troubles psychiques et des troubles aphasiques sensoriels, dans les tumeurs du lobe temporal, que les premiers ne sont pas dépendants des seconds, et qu'ils peuvent apparaître isolés, sans aphasie concomitante (P. Schuster). Ce fait plaide en faveur de la haute importance psychique accordée au lobe temporal par von Monakow et Flechsig.

Tumeurs du lobe occipital. — Les tumeurs occipitales gauches peuvent pi'ovoquer, si elles détruisent la région du pli courbe (gyrus angulaire) le syndrome de la cécité verbale, avec lésion du langage intérieur (paraphasie, agraphie) ; et de la cécité verbale pure (Déjerine) sans troubles concomi-

* Oppenheim. Zur Pathol. der Grosshimgeschwûlstiî [Arch. f. Psych., 1889). -Redlich. Ueber Stôrungen des Musicelsinns {Wienei- Kl. Wocliejisch.

" Von Monakow. Arch. f. Psych., t. XXIII, 1892.

* Grassel. DiagnosUc des maladies de l'encéphale. Paris, 1900.

Allen Starr and Me Gosh. A contribulion to the localisation of the muscular sensé (American Joiniial of the mecl. scienc).

" Giraudeau. Note sur un cas de surdité cérébrale (Heu. de médecine, 1887).

' Bruns. Ein neuer Fall von Alexie [Neurologisches Centr. Blalt.. 1894. N°« 1 et 2).

* Wesphall. Berl. Kl. Wochenschr.. 1884.

" Bianchi. Di un caso di lesione distruttiva del lobo temporosfenoïdale sinistro [La psichiatria, 1888).

*" Sepilli. Contributo aile affesioni deilobi temporali. {Riv.sp. di freniat. e di med. leg . , 1892).

" Brault et Lœper. Trois cas de tumeur cérébrale à forme psychoparalytique. Archives (jénérales de Médecine, mars 1900. Observation : Kyste hydatique du lobe temporal).

Friedlànder ù. Wernicke. Ein Fall von Worttaubhoit infolge von doppelseitiger Lasion des Schlafenlappens (Forlschr. der Med., 1883).

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

lants du langage intérieur, si elles intéressent les lobules lingual et fusiforme et les lèvres de la scissure calcarine (Mirallié').

Les lésions occipilo-temporales gauches qui détruisent l'écorce, un peu au-dessous du pli courbe, à la fois sur le lobe occipital et la partie postérieure du lobe temporal, provoquent l'apparition du syndrome de Vaphasie optique. Le malade voit et reconnaît les objets, mais ne peut prononcer leur nom : il présente de V amnésie des substantifs (Raymond) c'est un trouble de V association visuo-auditive verbale. Zaufall a publié un cas intéressant de ce ti^ouble particulier, auquel s'ajoutent presque toujours, en proportions variables, de la cécité verbale, avec paraphasie , paralexie, et des symptômes paralytiques localisés.

Les lésions occipitales doubles déterminent de la cécité corticale, par hémianopsie bilatérale. Cette cécité n'est presque toujours qu'une amblyopie corticale, à cause de la conservation relative de la vision centrale qui continue à s'effectuer par le faisceau maculopapillaire cortical.

Ces lésions doivent, pour abolir la vision corticale, détruire surtout la face interne du lobe occipital, et spécialement les lèvres de la scissure calcarine, où les travaux successifs de S. E. llenschen ^ ont localisé la projection corticale de la rétine; et interrompre le trajet de la voie optique intracérébraie (radiations de Gratiolet).

Quand les lésions occipitales sont assez étendues pour compromettre , dans la substance blanche occipito-pariéto-temporale, les associations qui relient les centres de la vision cérébrale aux autres centres de l'écorce ; le malade présente de la cécité psychique. Au déficit de la vision corticale s'ajoute alors le trouble de la vision mentale des objets. Le défaut de perception se complique du désordre de l'idéation : dans la grande majorité des cas, ces deux syndromes sont associés, dans des proportions que l'analyse clinique doit s'efforcer d'établii-, (Charcot '. Raymond ").

P. Schuster conclut de ses statistiques, que c'est dans les tumeurs du lobe occipital qae s'observent avec le plus de fréquence les troubles ps}- chiques à forme de confusion mentale, de délire, d'hallucinations et d'excitation.

Tumeurs de la base. — (]es tumeurs, d'un diagnostic régional plus facile que les autres, à cause des syndromes anatoiniques dus à la compression des nerfs crâniens, des pédoncules, etc., comportentlessymptômes psychiques diffus des néoplasies intracraniennes. Lorsque la tumeur siège dans le quart antérieur de la base du crâne, elle peut déterminer des troubles de Vodorat (anosmie, liallucinations olfactives) et de la vision, associés au syndrome psychofrontal.

' Mirallié. L'aphasie sensorielle. Tlièse de Pai'is. 1896.

- Zaufall. Otitischer Gehirnabeess im linlcen Temporallappen (Prag. med. Wochenscli., 1896).

' P. llenschen. Congrès de Paris, '1900. Section d'Opiitalmologie. La projection de la Tétine sur la corticalité calcarine. Semaine médicale, 22 avril 1903. Gliarcot. Leç. sur les mal. dusysl. nerv.. t. III, 13° leçon. " Raymond. Clin, des mal. dusyst. nerv. Troisième série. 1898.

PSYCIIOPATHIES ORGANIQUES

Les tumeurs de la glande pinéale et surtout de la glande pituitaire peuvent provoquer des troubles du développement et de la croissance (acromégalie, gigantisme, etc.), au cours desquels s'observent souvent des états psyciiopathiques variés que Brunet ^ et Méige - ont étudie's. Chez les acromégales, l'aliénation est huit fois plus fréquente que chez les sujets normaux : et le quart environ de ces malades présente des troubles mentaux. Ces troubles consistent en dépression mélancolique, hypochondrie et idées de suicide ; en excitation maniaque, idées de persécution ; en torpeur, obtusion intellectuelle ; on observe enfin tous les degrés d'affaiblissement démentiel (Joffroy). L'épilepsie a été souvent signalée chez les acromégales (Marinesco^, Raymond et Souques '').

Dans le gigantisme, l'étal mental est presque toujours anoi^mal. La torpeur psychique, la tristesse, la dépression mélancolique sont fréquemment signalées, chez géanls, dans la famille desquels on peut toujours relever des tares névro-psychopathiqices nombreuses et variées.

La pathogénie de ces troubles psychiques relève : d'abord de la dégénérescence mentale (Magnan, Brunet, Farnarier dont les stigmates les plus variés existent chez les géants et les acromégales ; ensuite, de la tumeur hypophysaire, certainement responsable, en certains cas, des accès d'épilepsie, générale ou partielle; enfin, àQV auto-intoxication cérébrale, secondaire aux troubles nutritifs causés par les altérations des glandes vasculaires sanguines (hypophyse, corps thyroïde, glande pinéale), si fréquemment constatées chez les malades. Soca'' dans un cas désormais classique, observa dans une tumeur de l'hypophyse, un état de coma narcoleplique qui dura sept mois.

L'analogie des réactions psychopathiques observées Aan&V acromégalie et le gigantisme avec ou sans tumeur hypophysaire, vient à l'appui de la thèse, soutenue par Brissaud et Meige (l89o), de l'identité nosologique de ces deux états morbides de la croissance, de ces deux syndromes pituilaires (P. E. Lannois et P. Roy').

Il ressort des statistiques de P. Schuster qu'il n'existe pas de rapport entre la fréquence de l'aci'omégalie et la fréquence du développement des troubles psychiques, dans les tumeurs de l'hypophyse. Sur 61 cas de tumeurs hypophysaires avec troubles mentaux, 12 fois seulement futobservéel'acromégalie. Ces 61 cas de psychopathies liées à une tumeur de l'hypophyse se répartissent en 38 cas de démence simple, et 23 cas de syndromes à forme plus ou moins active (excitation, délire, hallucinations).

' Brunei. Etat mental des acromcgaliques. Thèse de Paris, 1899. - H. Meige. Le gigantisme. Arch. r/én. de médecine, octobre 1902. ^ Marinesco. Soc. de Diol., juin 1895.

■' Raymond et Souques. Congrès de Nancy, août 189G.

^Farnarier. Soc. médlco-psychol., juillet 1899. Nouv. Icon. de la Salpétrière. septembreoctobre, 1899.

" Soca. Nouv. Iconographie de la Salpétrière, 1900-1902.

' P. E. Lannois et P. Roy. Gigantisme et infantilisme. Nouv. Icon. de la Salpétrière,

P. Roy. Thèse, Paris, 1903.

TUMEURS ENCÉPHALIQUES

Tumeurs du cervelet. — Elles donnent lieu au syndrome cérébelleux, dont les études de Brissaud, de Raymond et de Babinski ont si nettement dessiné le tableau. Ce tableau comporte certains éléments dont la constatation a quelque intérêt psycbologique, notamment les vertiges, les troubles de V équilibration, les syndromes de Vasynergie cérébelleuse et de la diadokocinésie (Babinski '). Enfin, au cours des tumeurs du cervelet, le syndrome psychopathique diffus des néoplasies intracraniennes fait rarement défaut, au moins dans les périodes avancées de l'affection. Parmi ces symptômes diffus, on a maintes fois noté l'apparition de confusion mentale avec excitation, coïncidant avec les paroxysmes de la céphalée. Aubanel et Sauze' ont j^ublié, il y a déjà longtemps, une très intéressante observation de tumeur cérébelleuse à sjaiiptùmes diffus qui simula la paralysie générale.

L'étude critique des effets psychopathiques des tumeurs du cervelet ri'apporte en somme de confirmation à aucune des si nombreuses théories émises depuis plus d'un siècle sur le rôle du cervelet dans la vie psychique : cette étude met au contraire en évidence le rôle du cervelet dans la coordination des mouvements et dans les fonctions de l'équilibre. Le rôle des troubles moteurs (catatonie, stéréotypie, négativisme, etc.), prenant aujourd'hui en psychiatrie de plus en plus d'importance, il faut reprendre l'étude des relations de l'appareil cérébelleux avec l'exécution des mouvements coordonnés, chez les nombreux aliénés qui présentent des troubles de la motricité.

Cette revue sommaire des réactions analomo-psychopathiques des tumeurs cérébrales démontre qu'il n'existe pas, en réalité, de symptôme psychique pathognomonique de la localisation cérébrale d'une lésion circonscrite : que les troubles psychiques, d'origine néoplasique cérébrale, appartiennent à la série des symptômes diffus ; et que, parmi ceux-ci, ils possèdent, par la variété de leur nature et de leur évolution, la richesse de leurs associations, une valeur séméiologique de premier ordre. L'interprétation judicieuse des troubles mentaux éclaire l'étude des symptômes, dilïus et localisés, des tumeurs encéphaliques, et peut parfois apporter un précieux appoint à un procès diagnostique souvent obscur.

J'emprunte ici à P. Schuster (p. 303) un intéressant tableau statistique qu'il a dressé, d'après les données de Gianelli', qui a réuni 588 cas de tumeurs encéphaliques, dont 323 avec troubles psychiques, et 265 sans troubles psychiques. Ce tableau met en lumière la proportion des réactions psychopathiques dans chaque variété topographique de tumeur. Le. pourcentage indiqué est fort intéressant: car il donne l'échelle de susceptibilité psychopathique relative des territoires encéphaliques.

' Babinski. Soc. de Neurologie, 1901.

- Aubanel et Sauze. Cancer du cervelet, ayant simulé une paralysie (générale. Analogie de ces deu.v affections. Caractères différentiels. Gazette den Hôpitaux, 1898.

' Gianelli. Gli etfetti diretti ed indiretti dei neoplasmi encefalici sulle funzioni mentali. Policlinico, 1897.

PSYCHOPATHIES ORGANIQUES

TABLEAU DE LA FRÉQUENGIÎ PROPORTIONNELLE DES TROUBLES PSYCHIQUES DANS LES TUMEURS ENCÉPHALIQUES (Tableau emprunte à P. Schuster).

lû 20 30 40 aû CO 70 80 90 lUO

Rapport des troubles psychiques avec la nature des lésions. — La. précocité, Vintemilé et la rapidité tV évolution des réactions psychiques sont, en général, proportionnelles au volume, au nombre et à Vactivilé d'accroissement des tumeurs. Un gros néoplasme (sarcome, gliome, kyste hydatique, etc.) détermine des troubles psychiques plus marqués qu'un petit noyau gommeus ou tuberculeux. Une éruption de tubercules, un semis de kystes hydatiques éveillent plus de réactions mentales qu un seul foyer néoplasique. Lorsque des tumeurs fnultiples intéressent les cii'convolutions, elles équivalent à une vaste lésion diffuse de la corticalité el déterminent un syndrome à évolution démentielle, parfois difficile à distinguer de la paralysie géiiérale. Aériens. ^ a publié une intéressante observation de cet ordre. Enfui une tumeur à développement très lent, à tendances stationnairesou régressives, provoque beaucoup moins de troubles psychiques qu'un néoplasme prolifératif, à évolution subaiguë et à croissance rapide. Klippel'^ dans un essai intéressant de classification générale des tumeurs encéphaliques, les divise en tumeurs d'origine neuro-épithéliale (cérébromes, gliomes, épithéliomes ectodermiques ventriculaires et glandulaires), tumeurs d'origine conjonctivo-vasculaire {piiiéom.e?,, sarcomes, endothéliomes, myxomes, cholestéatomes, fibromes, angiomes, anévrysmes, kystes, etc.), tumeurs d'origine inllanwiatoire (néoplasies infectieuses, leucocytaires, de la syphilis, de la tuberculose, de l'actinomycose, etc.). A ces catégories, il faut ajouter les tumeurs secondaires, par greffe mélastatique des cancers viscéraux.

Les tumeurs neuro-épithéliales, en raison de leur origine congénitale, de la lenteur fréquente de leur développement, ont une action pathogène beaucoup moins directement nocive que les autres néoplasies : mais elles s'accompagnent souvent de malformations cérébrales qui jouent un rùle dans les

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