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C. — Thérapeutique hygiénique

L'hygiène joue un grand rôle dans le traitement des affections mentales, et ses règles essentielles devraient être respectées d'autant plus rigoureusement, dans nos asiles, que la population y est plus dense. C'est par des mesures d'hygiène générale que l'on peut prévenir les épidémies qui déciment trop souvent les établissements publics. Le choléra affectionne les asiles d'aliénés non seulement parce que les maladies mentales lui préparent le terrain, mais aussi parce que l'hygiène y est moins sévère. Il faut apporter un soin particulier à la désinfection méthodique des locaux et des égouts. Le soufre et la chaux sont d'un emploi commode et sûr. La bonne qualité des aliments et de l'eau est une des conditions hygiéniques capitales dans toute organisation hospitalière.

Les questions d'alimentation, de vèture, de toilette, ont une importance de premier ordre chez les individus affectés de troubles mentaux.

a. Alimentation. — A ces malades il faut une alimentation tonique et réparatrice, d'une digestion facile, riche en albumine et hydrocarbures. Cette alimentation doit être régulière, assurée au besoin par l'intervention médicale; car, malgré le besoin qu'ils ont de nourriture, les malades refusent souvent de s'alimenter. Il ne faut jamais perdre un temps précieux et laisser à la dénutrition le temps de s'aggraver. Nous ne saurions insister assez sur l'intérêt thérapeutique qu'il y a à combattre, de bonne heure, la sitiophobie. La nourriture des malades alimentés par contrainte peut varier; elle aura pour base le lait, les œufs, additionnés de poudres et jus de viande et de tous les produits toniques solubles. Pour boissons, il faut donner du vin ou de la bière en quantité modérée, restreindre l'usage de l'alcool même dans les potions ou sous forme de vins toniques. Les maniaques sont souvent tourmentés par la soif; on leur donnera en abondance des boissons non fermentées, des tisanes, limonades, etc.

b. Véture. — Les malades déprimés doivent être vêtus chaudement, car, chez eux, la température du corps s'abaisse. On veillera ace qu'ils soient mis à l'abri des variations brusques de la température, leur pouvoir de réaction étant affaibli. Les maniaques ne sont pas moins sensibles à l'action des tem-

* Debove. La morphinomanie. Pi-esse médicale, 1" fév. 1899, n» 9, 7° année, t. I, p. 51,

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

pératures exUvmes; ils se refroidissent avec une grande facilite' et des complications pulmonaires graves en peuvent résulter.

La surveillance doit être d'autant plus rigoureuse que ces malades ont tendance à se dévêtir et à- s'exposer aux intempéries. Le repos au lit. dans une salle convenablement chauffée, remédie aux périls qu'ils courent de ce chef, mieux encore que la cellule d'isolement et la camisole. Celle-ci ne peut en aucun cas remplacer un vêtement: elle gêne les fonctions respiratoires, surexcite le malade et peut devenir un danger si la fièvre survient; car. « tout malade fébricitant que l'on camisole, est un homme mort. » (Magnan '■).

c. Toilette. — Il arrive que les malades sont trop troublés ou trop inconscients pour prendre soin de leur corps; il faut veiller à leurs ablutions quotidiennes, régulariser leurs évacuations en vue d'éviter le gâtisme. Quoiqu'on fasse, les déments, les paralytiques, les stupides finissent par devenir gâteux. Des soins de propreté devront être alors plus assidus ; le jour, les malades seront placés sur des fauteuils percés et la nuit couchés sur des lits à trois paillasses qui reposent elles-mêmes sur un sommier très élastique au-dessous duquel un double plan incliné recueille les matières. Ce système de couchage est simple et hygiénique. Pour assurer sa propreté, il suffira d'organiser un service de paillasses de remplacement qu'on substituera tous les jours à celles qui ont été souillées. Le contenu de ces paillasses peut varier ; on emploie indifféremment la paille de blé ou de maïs, la paille d'avoine ou le varech.

Avec une installation convenable et des soins minutieux, souvent on arrive à prévenir les inconvénients du décubitus prolongé; mais il n'est pas exact qu'on les puisse éviter toujours. Les eschares ne sont pas seulement le fait du décubitus; elles résultent de troubles tropliiques contre lesquels nous ne pouvons rien.

D. — Thérapeutique physique.

a. Hydrothérapie. — Les pratiques hydrothérapiques figurent depuis longtemps dans la thérapeutique des affections mentales. Van Helmont-, le fougueux Van HelmonI, comme l'appelle Plnel. vantait les effets de l'immersion brusque, procédé brutal, comme la douche qui en dérive, du moins comme la douche spéciale qu'on dirigeait avec vigueur sur la tète des malades dans le but de les calmer en les domptant. De cette douche, il ne reste plus aujourd'hui que le souvenir. L'hydrothérapie n'est plus emploj'ée comme moyen de coercition, mais elle est souvent utilisée comme procédé de traitement. On a recours au drap mouillé, à la douche ou au bain.

Drap mouillé. — Il est d'une application facile dans tous les milieux et son action n'est pas sans énergie. La technique de cette application varie sui-

' Magnan. Cité par E. Blin. Tniitcment des états maniaques, in Traité Robin, 1898, p. 1:30 et Lettons cliniques, 1893, p. 418.

- Van Hchïiont. Cité par Pinel in Traité sur l'alién. ment, ou la manie, an IX. p. 276.

NOTIONS GÉNÉRALES

vant les résultats qu'on en attend. Le drap, mouillé d'eau très froide, appliqué sur le corps qu'on frictionne à travers le linge humide pendant quelques minutes, et remplacé ensuite par un drap sec dont le contact avec la peau provoque la réaction, est un stimulant du système nerveux et convient aux états mélancoliques. Si l'on veut, au contraire, obtenir une sédation et calmer, par exemple un état d'excitation maniaque, on procède de la façon suivante : on étend le malade sur le drap mouillé avec lequel on l'enveloppe, puis une double couverture de laine est roulée autour du corps. Au bout de quelques minutes une accalmie se produit. L'application peut être répétée plusieurs fois dans la même journée : cette réjiétition permet parfois d'obtenir une grande sédation (Beni-Barde et Materne^).

Aux applications multiples nous préférons toutefois l'enveloppement prolongé en ayant soin de faire boire le malade, de façon à provoquer une forte sudation. « Il est rare que, par ce procédé, on n'obtienne pas un bon résultat immédiat. » (Magnan) ^.

Douche. — La douche mobile et la douche en cercle sont souvent utilisées. La seconde s'administre plus aisément que la première aux malades indociles, mais il est bon de savoir qu'elle produit une réfrigération considérable contre laquelle quelques sujets réagissent péniblement. D'une manière générale, d'ailleurs, la douche froide, soit en jet mobile sous forme de lance, de colonne, d'éventail ou d'arrosoir, soit en cercle ou sous la pomme d'arrosoir, exerce une action excitante. Elle convient aux états mélancoliques, à la condition toutefois que l'état général de ces malades permette la réaction ; ce n'est pas le cas de ceux qui sont affectés de stupeur mélancolique ou confusionnelle, auxquels ne convient guère l'hydrothérapie à basse température. Chez les paralytiques généraux, on doit proscrire la douche en général, particulièrement la douche froide qui expose à la congestion cérébrale et peut précipiter la marche de la périencéphalite.

La douche tempérée à 32° ou 36*^ produit des effets sédatifs très manifestes.

douche baveuse de Vidal quand on la dirige sur les côtés de la colonne vertébrale, pendant un temps qui peut varier entre trois et huit minutes, exerce (Beni-Barde'') une sédation suprenante sur l'excitabilité réflexe du sj^stème nerveux cérébro-spinal. Cette douche peut rendre des services dans les états maniaques, quand ils se prolongent ou tendent à verser dans la chronicité.

Bain. — Le bain de surprise ou l'immersion brusque dans l'eau froide fut, comme on l'a vu, préconisé par Van Ilelmont, qui le disait susceptible de guérir les aliénés en quelques minutes. D'une manière générale cependant, le bain froid n'a jamais joui d'une grande faveur; un médecin anglais du siècle

' Beni-Barde et Materne. L'hydrothérapie dans les maladies chroniques et les mal. nerv., 1894. G. Masson. Paris, p. 43.

° Magnan. Leç. clin., 1893, p. 419.

^ Vidal. Cité par Beni-Barde et Materne, p. 56.

■* Beni-Barde et Materne. Lac. cit., p. U6.

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dernier, Fériar^ l'accusait de produire « en peu d'heures, des affections paralytiques ». Il faut, croyons-nous, en restreindre l'application an traitement des états maniaques ou mélancoliques, qui se compliquent de fièvre.

Les bains tièdes ont été' employés par Pinel - et Esqairol Brierre de Boismont * leur attribuait, quand ils étaient prolongés, une action sédative puissante, dont tout le monde est aujourd'hui d'accord pour admettre la réalité.

L'eau d"un bain sédatif doit êti^e maintenue à 34° centigrades ; le malade, dont la tête est sans cesse refroidie par un filet d'eau froide, y séjourne un temps variable selon le degré de l'excitation et l'état général ^ Brierre de Boismont^ prescrivait, dans toutes les formes aiguës, des bains de « 5, 6, 7, 8 heures et plus. » Boyer' conseille des bains permanents à 28" et interrompus seulement la nuit.

Il est certain que les malades, auxquels on n'a pas laissé le temps de s'épuiser et dont les organes fonctionnent bien, supportent parfaitement la balnéa tion prolongée ; certains maniaques très agités se calment dès qu'ils sont au bain. En tout cas, il ne faut jamais recourir à la contrainte pour les y maintenir. Boyer injecte du chlorhydrate d'hyoscine à ceux qui sont récalcitrants afin de paralyser leur résistance : cette pratique ne mérite pas d'être encouragée.

b. Eleclrotliérapie. — On discute encore sur le point de savoir si les courants électriques, appliqués sur le crâne, pénètrent ou non dans la masse cérébrale. Sur la foi des expériences d'Erb et Burckhardt^, cette pénétration a été d'abord admise; puis, R. Yigouroux* est venu déclarer que, les électrodes étant placées sur la tête, les courants dirigés vers le cerveau s'arrêtent en réalité aux méninges ; le liquide arachnoïdien, le réseau vasculaire de la pie-mère étant d'excellents conducteurs, ces courants contournent le cerveau sans le traverser. Hare'° est même allé jusqu'à soutenir que, les électrodes étant placées sur la peau qui recouvre le crâne, l'électricité se fraye un chemin à travers les tissus mous superficiels et ne dépasse pas la paroi crânienne. D'autre part, Sollier^S expérimentant sur un sujet dont le cerveau était mis à découvert par une perte de substance de nature syphilitique

' Fériar. Cité par Pinel, loc. cit., p. 274.

- Pinel. Loc. cit., p. 275.

' Esquii'ol. Mal. ment., t. II, p. 16.

* Brierre de Boismont. Du suicide et de la folie suicide. Paris, 1856.

' Thoinsen. Hydrothérapie et Balnéothérapie dans les mal. ment. Allg. Zeitsch. f. l'sych., t. LV, f. 6, fév. 1899.

° Brierre de Boismont. Loc, cit., p. 624.

' E. Boyer. De l'emploi des bains prolongés chez les aliénés. Centralb. f. Nervenheilk ., XXII, N. F. X, 1899.

* Erb et Burckhardt. Cités par Lecercle in Traité élémentaire d'électricité médicale, 2" partie, etc. Paris, Masson 1894 et G. Goulet à Montpellier, p. 13] .

" R. Yigourou.N;. Cité par Lecercle, loc. cit., note 1, p. 131. " Hare. Cité par Herrick et Tlierapeutic Gazette de déc.1893.

*' Sollier. Action du courant électi'ique sur le cerveau. Soc.fran. d'électrothér., séance de juillet 1895. — Arch. d'électricité médicale, etc. , 1895, t. III, p. 327 et 328.

NOTIONS GÉNÉRALES

intéressant le frontal, a constaté que les courants galvaniques ou faradiques ne déterminent aucune modification du pouls cérébral. « Si donc, au point de vue thérapeutique, conclut-il ^ on devait compter sur le courant électrique pour modifier l'état de vascularisation du cerveau, je crois qu'on ferait fausse route. »

Mais, des expériences ingénieuses d'IIerrick^ il résulte, au contraire, que les courants électriques traversent le cerveau. Un chien étant trépané en deux points symétriques, Herrick dirige un courant au travers de la tête. Le galvanomètre marque 10 m. A. Si, à la place d'une des électrodes humides, il met une aiguille enfoncée jusqu'à la paroi crânienne, le galvanomètre n'indique plus que S m, A. : ce qui détruit déjà l'hypothèse de Hare; tandis que la déviation galvanométrique est de 7 m. A, si l'aiguille pénètre dans la substance cérébrale.

Quoiqu'il en soit, l'application de l'électricité autour du crâne a paru dans quelques cas d'affections mentales, notamment de mélancolie, donner des l'ésultats encourageants.

Wichmann ^ et Eulenburg'' ont cherché à démontrer que ces résultats n'étaient pas d'ailleurs, comme on eut pu le supposer, l'effet de la suggestion.

On peut recourir à la franklinisation et à la galvanisation. Elles ne demandent ni l'une ni l'autre d'installations considérables ou coûteuses. La franklinisation s'opère au moyen soit de la machine de Wimshurst, conseillée par R. Vigouroux soit de la machine à cylindres amovibles décrite par Trouvé ^ ou de tout autre appareil du même genre. On peut employer le bain et le souffle électriques, qui sont des sédatifs; la friction et les étincelles, qui sont des excitants généraux. Benedickt ' a traité avec succès par la douche électrique, un état maniaque; et Mûller * relate un cas de manie et un cas de mélancolie, qui furent tous deux très influencés parle même procédé.

La galvanisation du cerveau nécessite quelques précautions. Les variations d'intensité de courant peuvent impressionner défavorablement l'organe cérébral. Il convient d'avoir recours au rhéostat de Bergonié^ qui peut être à la rigueur remplacé par un appareil construit d'après le même principe, mais plus simple et dont on trouvera la description dans un travail de Bordier Le x^héostat permet de graduer l'intensité du courant. Les électrodes

' SoUier. Action du courant électrique sur le cerveau. Soc. fran. d'électrolhér., séance de juillet 1893. — Arch. d'électricité médicale, etc., 1893, t. 111, p. 327 et 328.

" S. F. Herrick, d'Ottumwa, Jowa. Galvanisation du cerveau. Arch. d'électr. médicale, 1893, t. III, p. 28.

Wichmann. Die Heihvirkung der E. bei Nerven Krankheiten. Berl. klin. Wochensckrift, 1893.

* Eulenburg. Électrothérapie und Suggestions thérapie. Berl. klin. Wochenschrift., 1892. ^ R. Vigouroux. Neurastliénie et arthritisme. Paris, Maloine, 1893, p. 94.

" Trouvé. Électrologie médicale, Paris, 1893. ' Benedickt. Cité par Lecercle, loc. cit., p. 145.

* G.-\V. Millier. Beitrâge zur praklischen Electrotherapie. — Et Lecercle, p. 145.

" Bergonié. Cité par Bordier, in : Sur quelques rhéostats médicaux. Ai'ch. d'électr. méd., 1895, t. III, p. 237.

'0 H. Bordier. Sur quelques rhéostats médicaux. Arch. d'électr. méd., 1895, t. III, p. 239.

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convenablement mouillées sont appliquées et fixées s'il est possible, directement contre la peau des régions temporales pour l'électrisation transversale, à l'occiput et au front pour l'électrisation longitudinale. L'intensité du courant doit varier avec la nature de la maladie que l'on traite. 11 faut savoir que, d'après les expériences de A. Vigouroux^, de Séglas ^ et de d'Arman ^, la résistance électrique est sensiblement augmentée dans la mélancolie. D'Arman donne comme chiffre de résistance initiale chez les mélancoliques é)\-i = 77,883" ; tandis que cette résistance après six miuutes d'application serait abaissé à A/" = 25,777''. La résistance est également accrue dans la folie alcoolique ; elle est au contraire diminuée dans la manie.

Il est prudent de limiter au début l'intensité du courant à 1/2 m. A. et même de la ramener à 0 après dix secondes; puis on peut l'élever après tâtonnements à 1 m. A., et même plus haut à 2,3 et 4 milliampères. La galvanisation ascendante conviendrait, d'après Lowenfeld^ à l'anémie cérébrale; la galvanisation descendante à l'hyperhémie. « Les résultats que l'on obtient par ces procédés dans le traitement des troubles psychiques et de la mélancolie seraient quelquefois surprenants. » (Lecercle

Il n'est pas impossible que les courants alternatifs à haute fréquence (autoconduction de d'Arsonval) soient appelés eux aussi à rendre quelque jour des services; d'api^ès Apostoli et Berlioz", ces courants auraient une influence puissante sur l'activité nutritive et, à ce titre, ils constitueraient une médication de premier ordre dans un grand nombre de troubles fonctionnels provoqués par un ralentissement ou une perversion de la nutrition. Benedickt' a fait des constatations analogues.

Jusqu'à présent toutefois on ne saurait affirmer que les courants de haute fréquence sont appelés à rendre des services dans la thérapeutique mentale. L'expérience, sur ce point, est à acquérir.

c. Massothérapie. — Le massage peut être employé concurremment avec l'électricité, et contribuer, avec celle-ci, à relever la nutrition, dans quelques états dépressifs. Le massage général, accélère le cours du sang et de la lymphe, favorise les échanges nutritifs, élève la température de la peau, produit des courants électriques dans les points massés, détei"mine des changements moléculaires dans le système nerveux central. Son efficacité, dans la neuras-

' .\. Vigoureux. Ktude sur la résistance ûlectriquo clicz les mélancoliques. Th. de l'avis.

' Séglas. Soc. méd. psychoL, iuillél

^ D. d'Arman. La conductibilité électrique du corps humain chez les aliénés et chez les sains d'esprit; sa valeur pratique pour V électro-diagnostic et Véleclrothérapie, in-S", VIII, 380 p. Venise, 1894.

* Lôwenl'eld. Cité par Lecercle, loc. cit., p. 135. Lecercle. ioc. cit., p. 106.

° Apostoli et Berlioz. Note sur l'action thérap. générale des courants alternatifs à haute fréquence (autoconduction dè d'Arsonval). Arch. d'élect. méd., 1895, t. III, p. 139.

' Benedickt (Vienne). L'arsonvalisation dans la médecine. Wieii. med. Wocli., 1899, n" 5.

NOTIONS GÉNÉRALES

thénie, l'hystérie et la paralysie agitante, n'est pas douteuse. Massy' soutient que la massothérapie peut être de quelque secours dans le traitement de la paralysie générale. En tout cas, si elle n'a pas encore rendu de grands services dans la thérapeutique des maladies mentales en général, c'est qu'on n'a pas jusqu'à présent sérieusement fait appel à son concours.

E. — La thérapeutique chirurgicale.

a. Petite chirurgie. — Il y a d'abord ce qu'on pourrait appeler la petite chirurgie des maladies mentales ; car, il nous semble légitime de réunir sous cette dénomination les petites interventions qui, tous les jours, se pratiquent dans les divers services, soit dans un but thérapeutique, soit pour assurer le jeu d'une fonction enrayée parla maladie.

Les troubles mentaux rendent souvent difficile l'administi-ation d'un médicament parla voie gastrique. La voie hypodermique doit être préférée alors même qu'elle n'est pas la seule utilisable. Elle offre des garanties particulières au point de vue de la régularité de la médication. La morphine, l'hyoscine, la quinine, la caféine, les glycérophosphates doivent être introduits par cette voie, de même que les sucs organiques et le sérum artificiel. On se sert généralement de la seringue stérilisable de Roux, et les régions de choix, pour les injections de sucs organiques ou de sérum artificiel, sont les régions fessières, rétrotrochantériennes, la région externe de la cuisse et la région interscapulaire. A l'injection sous-cutanée, il faudra préférer, dans les cas graves, l'injection intraveineuse. Une aiguille canule (de Dieulafoy) est introduite dans la veine céphalique, dirigée dans le sens du courant sanguin et mise en communication avec un appareil injecteur dont la position est calculée de telle manière qu'il s'écoule environ 50 centimètres cubes par minute. Il faut éviter toute manœuvre susceptible de faire pénétrer de l'air dans les veines; c'est d'ailleurs le seul danger de l'opération. Au surplus, cette intervention nécessite les mêmes précautions que la saignée dont le manuel opératoire est trop connu pour qu'il soit utile de le rappeler ici. Nous pourrions en dire autant de la transfusion du sang, du cathétérisme de l'urèthre si fréquemment utile contre les rétentions urinaires d"origine cérébrale.

Une opération qu'on est appelé à pratiquer avec une fréquence particulière est le cathétérisme de l'estomac par la voie naso-pharyngienne. On connaît l'utilité de cette intervention, qui a pour but l'alimentation forcée de malades sitiophobes.

U alimentation forcée trouve son indication dans un grand nombre d'états mentaux. Sous l'influence d'idées délirantes d'empoisonnement et de négation, par le fait d'une dépression mentale profonde, les malades renoncent à s'alimenter et mettent quelquefois dans leur refus, une obstination extraordinaire. Or, l'insuffisance de l'alimentation est un écueil dangereux au cours

* Massy. Étude sur l'emploi du massage dans les maladies nerveuses, 1894. G. Masson, édit. Paris.

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

des maladies mentales; il expose les malades à la dénutrition dont les conséquences sont désastreuses pour le fonctionnement psychique. En présence d'un malade qui ne sait ou ne veut s'alimenter, il ne faut point perdre un temps précieux. L'action morale s'exercera toutd'abord etl'ons'efforceraparlapersuasion d'obtenir une alimentation convenable. En aucun cas, il ne faut se tenir pour satisfait lorsqu'on a obtenu un simulacre de repas ; car, c'est de cette façon que les malades s'acheminent plus lentement peut-être, mais aussi plus sûrement vers la déchéance physique avec ses funestes conséquences. 11 faut donc intervenir de bonne heure; car, de l'intervention précoce dépend le succès et les adversaires ^ de l'alimentation forcée désarmeront le jour où ils seront pénétrés de cette vérité.

La résolution d'alimenter un malade malgré lui, une fois prise, il faut faire choix des moyens, car l'alimentation a été pratiquée et se pratique encore de diverses manières. Pussin-, l'aide de Pinel, se servait d'un biberon à bec. Esquirol le premier conseilla l'emploi d'une sonde « en gomme élastique, introduite par les narines dans l'œsophage pour ingérer les liquides nutritifs dans l'estomac ». Delasiauve était d'avis que la sonde devait être maintenue à demeure toutes les fois que le malade s'opposait à son introduction; de légers mouvements devaient suffire à prévenir les adhérences. La sonde d'Esquirol était rigide et les inconvénients de cette rigidité étaient assez graves pour occasionner des fausses routes morLellcs comme il arriva à Esquirol lui-même. Baillarger imagina une sonde ingénieuse, c|ui fut longtemps en honneur : elle était très flexible, mais un système de mandrins lui donnait une rigidité suffisante pour faciliter l'introduction. Ses seuls défauts étaient d'être compliquée, fragile et coûteuse. La sonde de Blanche était un peu plus simple mais plus dangereuse; les modifications apportées par Marchant, Falret et Cotard ne pouvaient supprimer les inconvénients qui proven aientde sa composition. En effet, les sondes employées avaient le défaut d'être en gomme élastique, de s'écailler rapidement et d'ulcérer les muqueuses.

Faucher et Debove, en pratiquant le lavage de l'estomac avec des tubes de caoutchouc, firent faire un progrès marqué à la technique de l'alimentation forcée. On s'empressa d'adopter pour le cathétérisme de l'estomac la sonde molle. Régis ^ montra le profit qu'on en pouvait tirer pour l'alimentation et le lavage de l'estomac. Targowla ' présenta à la société médico-psychologique un modèle analogue à celui que Régis avait décrit. Une sonde quelconque peut être d'ailleurs utilisée pourvu qu'elle soit en caoutchouc, assez longue et demi molle. Celle dont nous nous servons journellement mesure bO centimètres ; son diamètre est de 8 millimètres environ, son calibre interne de 3 millimètres; ce qui veut dire que ses parois sont épaisses; elles lui donnent une rigidité suffisante pour rendre l'introduction possible sans le secours d'un

' Siemens. Arch.f. Psych., XIV, J879.

* Pussin. Cite par Lautier.

^ Régis. Traitement de la sitiophobie des aliéne's, 1886.

* Targowla. Communicat. à la socie'lé ine'd. psych., 1891. Séance du 25 mai in Ann. méd. psych., t. XIV, p. 145.

NOTIONS GÉNÉRALES

mandrin. Une des exlrémite's de la sonde, celle qui doit venir en contact avec l'estomac, est ferme'e, arrondie, plus rigide sur une e'tendue de 4 centimètres environ, qui mesure la distance de cette extrémité à l'œil ouvert permettant le passage des liquides alimentaires. On entrevoit les avantages de cette disposition qui permet à la sonde d'avancer dans l'œsophage sans être obstruée f ■

Alimentation pai- la sonde.

chemin faisant. L'autre extrémité de la sonde est évasée et peut s'aboucher avec une canule par où arrivent les liquides alimentaires. Tel est l'instrument : voyons la manière de l'introduire dans l'estomac. La voie naso-œsophagienne fut indiquée par Esquirol ; c'est encore celle qui doit être choisie et il n'est pas besoin d'arguments nouveaux ^ pour démontrer la légitimité de ce choix. Il faut n'avoir pas vu cathétériser un malade indocile par la voie bucco-pharyngienne pour préférer cette dernière. Le cathétérisme naso-pharyngien s'effectue en deux temps : le premier conduit la sonde de l'orifice des narines jusqu'au niveau du plancher de la bouche ; si le malade est alité, l'opérateur trouvera avantage à se placer à sa droite. Du bras gauche enveloppant la tête, il la fixe avec la main appuyée sur le menton ; il maintient la bouche fermée et s'applique à percevoir les mouvements de déglutition, pendant que delà main droite, tenant, comme une plume à écrire, la sonde convenablement stérilisée, il l'introduit dans la narine et la fait pénétrer dans farrière-cavité du pharynx. Après un petit temps d'arrêt, on appuie légèrement sur la sonde, on essaie de provoquer un mouvement de déglutition et, <à sa faveur, on pénètre

' Hai-ris-Liston. Alimentation artificielle des aliénés. British med. Journal. 1891, fév.

• SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

dans l'œsophage. Avec un peu d'expérience le cathétérisme s'opère sans aucune difficulté.

Dans quelques cas rares, on se heurte à des obstacles qui peuvent provenir d'une conformation spéciale de l'arrière-cavité du pharynx ou d'un rétrécissement de l'orifice supérieur de l'œsophage. Habituellement, ce sont les spasmes de l'œsophage et de l'estomac qui opposent de réelles difficultés au 'second temps de l'opération. Si un spasme survient au moment où la sonde arrive à l'orifice supérieur du canal œsophagien, elle se trouve rejetée dans la bouche ou dans les voies aériennes. La pénétration dans les voies aériennes expose à l'asphyxie; il faut donc à tout prix l'éviter. Cette pénétration est dénoncée par une gêne respiratoire considérable, par la raucité de la voix, par la cyanose rapide. 11 faut bien observer ces symptômes et ne point trop compter sur les autres signes de fausse route dont la valeur est douteuse et dont la recherche donne au malade le temps de s'asphyxier. Assez souvent, quand la sonde a pénétré dans l'œsophage et est arrivée dans l'estomac, celui-ci se contracte et la refoule dans la bouche. Ces contractions spasmodiques constituent le plus sérieux obstacle au cathétérisme naso-œsophagien par les sondes demi-molles. Le meilleur moyen de le surmonter est d'arrêter le mouvement d'introduction de la sonde avant que son extrémité vienne se mettre en contact avec l'estomac. Nous avons depuis longtemps reconnu les avantages de cette pratique et noté la facilité de pénétration des liquides dans la cavité stomacale à l'aide de ce cathétérisme incomplet. Nous sommes heureux de voir ériger cette pratique en méthode d'insufflation de l'estomac et d'alimentation forcée par la médecine d'outre-Rhin Le spasme œsophagien peut être efficacement combattu par la cocaïne et le menthol tenus en suspension dans la vaseline dont on enduit l'extrémité de la sonde. Si, malgré tout, l'introduction de la sonde dans l'œsophage est impossible, il faut recourir au cathétérisme par la voie buccale à l'aide d'une sonde plus volumineuse et plus rigide dont le refoulement n'est pas possible.

Le cathétérisme de l'estomac une fois pratiqué, il reste à y introduire les liquides alimentaires. Pour cela il est nécessaire de disposer d'une certaine pression qu'on obtenait autrefois en se servant de seringues volumineuses empruntées à la médecine vétérinaire. Ces seringues ne doivent plus figurer, dans l'arsenal de nos services, qu'à titre de curiosités. L'irrigateur (système Eguisier) est très répandu pour le même usage ; il ne mérite pas cette faveur, car c'est un instrument capricieux et malpropre. Restent l'entonnoir et le laveui", tous deux utilisables. Nous employons un appareil très simple que la figure 213 nous dispense de décrire longuement. Une poire de Politzer comprime de l'air dans un flacon fermé par un bouchon de caoutchouc percé pour recevoir deux tubes, dont l'un très court laisse passer l'air comprimé, l'autre, de la longueur du flacon, livre passage aux liquides expulsés par la compres-

' P. Furbringer, G. Kronig, Hellendall. Insufflation de l'estomac et alimentation des malades au moyen d'une sonde introduite dans la partie supérieure de l'oesophage. Semaine médicale, 19° année, n° 48, 11 nov. 1899, art. Médecine pratique, p. 381.

NOTIONS GÉNÉRALES

sion. Cette compression peut être gradue'e ou brusquement interrompue. Le tout est d'un maniement commode et d'un entretien facile.

On se propose quelquefois en cathétérisant l'estomac de procéder au lavage •de cet organe. On sait que les troubles gastriques jouent un rôle considérable dans les maladies mentales ; les produits toxiques qui séjournent dans la cavité stomacale sont des causes d'auto- intoxication contre lesquelles le

Fig. 214.

Alimentation par la sonde (alimentation forcée).

lavage a son utilité. Rien n'est plus facile que de pratiquer ce dernier en adaptant un tube de caoutchouc de longueur suffisante à la sonde introduite par la voie naso-œsophagienne.

b. Grande chirurgie. — La grande chirurgie, si envahissante depuis quelques années, hésite à s'attaquer directement aux cerveaux atteints de psychopathies. On a bien essayé de trépaner systématiquement des aliénés comme on avait trépané, sans succès d'ailleurs, des épileptiques. Lannelongue a pratiqué et on pratique encore la craniectomie pour traiter l'idiotie microcépha-

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

lique que l'on supposait due à la compression du cerveau par une boite crânienne pre'maturément suture'e. Les premiers résultats furent même encourageants. II faut renoncer à cette intervention, qui n'a plus sa raison d'être depuis que Bourneville a démontré, pièces en mains, que le développement du crâne est commandé par celui du cerveau. Le cerveau des idiots microcéphales cesserait de se développer, au dire de Cunningham (de Dublin) ^ à compter du quatrième mois de la vie intra-utérine. D'ailleurs, les succès de la première heure se sont changés en insuccès et Blanc ^ entre autres, a avoué que les améliorations qu'il avait signalées après l'opération, ne se sont pas maintenues. La craniectomie d'ailleurs, si elle est inutile, n'est point toujours, comme on le dit généralement, une opération inoffensive, et nous l'avons vue entraîner la mort. On a tenté aussi, sans succès d'ailleurs, la trépanation et la ponction vertébrale dans la paralysie générale^. Ces essais, qui ne répondent à aucune indication, ne méritent pas d'être encouragés. Il nous semble plus légitime d'intervenir quand les troubles mentaux relèvent d'un traumatisme crânien, ou d'un accroissement de la pression intra-crànienne produit par une tumeur. Pour ces cas, il n'est pas impossible que la craniectomie rende quelquefois des services (Biagi)'^.

Il nous resterait à parler des interventions chirurgicales dirigées contre les affections organiques soupçonnées, à tort ou à raison, d'avoir une influence sur les troubles mentaux. Les lésions de l'appareil génital de la femme, par exemple, ne sont certes pas favorables au bon fonctionnement psychique, et il est tout indiqué, quand elles existent, de leur appliquer le traitement qui leur convient. Piéchaud ^ à Bordeaux, Febvré et Picqué à Ville-Evrard n'ont eu qu'à se louer de cette règle de conduite. Hàtons-nous d'ajouter d'ailleurs qu'il ne nous paraît nullement démontré que ces affections soient des causes véritables de psychopathies. Il nous semble superflu d'ajouter que l'hystérectomie et la clitoridectomie doivent être rejetées en tant qu'opérations susceptibles de modifier des troubles mentaux qu'on relierait indûment à une cause génitale.

F. — Thérapeutique médicamenteuse.

Disons tout de suite qu'il n'y a,point de médicament spécifique des psychopathies depuis que l'ellébore a été détrôné. L'opium a bien été considéré

' Cunningham (de Dublin). Cité par Blanc in Résultais éloignés, etc.

- Blanc (de Saint-Etienne). Résultats éloignés de la craniectomie dans l'idiotie microcéplialique. La Loire médicale, 17° année, n" 1^, 15 déc. 1898, p. 32â.

^ John Turnor. Du trépan et de la ponction vertébrale dans la paiulysie générale. British med. Journ., 2 mai 1896.

■* E. Biagi. Délia craniectomia nella psicosi post Iraumatiche. Il policlinico, an V, vol. V, G. fasc. 13, p. 56o, déc. 1898.

^ I. Piéchaud. Interventions chirurgicales chez les aliénés. Congrès de Bordeaux, 189.5, Comptes rendus, vol. Il, p. 462, 1896.

^ Febvré et Picqué. Du rôle de l'hygiène et de la gynécologie dans les services de femmes aliénées. Congrès des alién. et neurol., X= session, Marseille, avril 1899. — Arch. neuroL, vol. VÏII, 2» série, 1899, n° 43, p. 60.

NOTIONS GENERALES

dans ces dernières années comme un agent curatif puissant, et, de fait, la médication opiacée rend des services sinon dans toutes les maladies mentales tout au moins dans l'une d'elles : la mélancolie. Schûle ' a dit de Vopium qu'il est le roi des médicaments chez les mélancoliques. Il ajoute que le secret de la thérapeutique par l'opium est dans l'emploi méthodique de ce médicament. A. Voisin en avait aussi vanté les bons effets dans presque toutes les affections mentales . L'expérience a prouvé qu'il faut à peu près le réserver pour la mélancolie. On administre soit l'extrait d'opium, soit le laudanum, ou mieux encore le chlorhydrate de morphine en injections sous-cutanées, mais toujours à des doses progressivement croissantes. On peut atteindre la dose de 50 centigrammes d'extrait d'opium, après avoir débuté par 5 centigrammes. Quant au laudanum on va jusqu'à 150 gouttes par vingt-quatre heures. Les doses de chlorhydrate de morphine ont pu être élevées jusqu'à 50 centigrammes. Chacun de ces produits trouve, suivant les cas, ses indications. L'opium agit vraisemblablement sur le cerveau des mélancoliques, en l'hyperhémiant ; toujours est-il qu'il diminue l'anxiété, qu'il atténue les hallucinations et combat l'insomnie. Il provoque parfois des vomissements qui sont un obstacle au traitement et favorise quelquefois la constipation, mais, particularité curieuse, notablement moins que chez les sujets bien portants (G. Ballet) ou atteints d'une autre affection.

L'opium excepté, tous les médicaments usités en théi'apeutique mentale répondent simplement à des indications symptomatiques.

a) Toniques du système neroeux. — Les ijréparations vulgairement considérées comme toniques du système nerveux sont les préparations de fer, de phosphore et d'arsenic, auxquels il faut ajouter le vanadium. Les eaux ferrugineuses, le carbonate et le lactate, surtout le protoxalate de fer, sont employés avec succès. Il existe de nombreuses préparations de phosphore. On emploie de préférence le phosphate de soude ou les glycéro-phosphates en injections sous-cutanées ou par la voie gastrique. Voici, pour chacun de ces médicaments, une formule d'injection hypodermique :

Phosphate de soude chimiq. pur 5 gr.

Sulfate de soude — — 10 —

Eau distillée 50 cm''

Une seringue de Pravaz contient 10 centigrammes de phosphate de soude.

Glycérophosphate de chaux ... 5 gr.

Eau distillée 50 cm^

Une seringue de Pravaz contient 10 centigrammes de glycérophosphate.

L'arsenic est avantageusement administré sous forme de liqueur de Fowler par la voie gastrique ou sous-cutanée. L'acide cacodylique, le cacodylate de soude sont des médicaments précieux, qui rendent quotidiennement des services dans le traitement des états dépressifs. Il en est de même de la lécithine. Le meilleur mode d'administration consiste à injecter pendant huit jours consécutifs un centimètre cube des solutions suivantes :

* Schiile. Traité clinique des mal. ment. Traduction Dagonet et Duhamel, 1888, p. 37.

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

l» Cacodylate de soude 6 gr. 40

Eau bouillie 100 c. c.

Solution phéniquéu au dixième VI goUttes.

2° Lécithine pure d gramme.

Huile d'olives stérilisée 10 —

Un centimètre cube de ces solutions représente donc o centigrammes de cacodylate de soude ou 10 centigrammes de lécithine. Il convient de laisser, entre chaque série de huit injections, un intervalle de huit jours de repos.

Aux préparations de fer, de phosphore, d'arsenic et de vanadium, il convient de joindre le quinquina et la kola.

La caféine et la digitale relèvent et régularisent la pression artérielle ; à ce titre elles sont des toniques du système nerveux. Kiernan ' a vanté les bons effets du quebracho qu'il dit capable d'améliorer la mélancolie en exerçant une action inhibitoire sur l'innervation cardiaque et respiratoire.

Dans les cas d'anémie grave du cerveau, le sérum artificiel en injections sous-cutanées ou intra-veineuses est indiqué. On pourra se servir du sérum d'Hayem dont voici la formule :

Chlorure de sodium pui Sulfate de soude pur. .

Eau distillée bouillie. .

injecter à la température de 38" centigrades.

Dans les psychoses d'origine toxique, dans la confusion mentale en particulier, Séglas- et plus récemment de Bœck^ ont conseillé de recourir à ces injections de sérum. De Bœck emploie la solution physiologique de chlorure de sodium à 7,5 p. 1000.

b) Médicamenls sédatifs et hyptio tiques. — Les médicaments sédatifs du système nerveux sont en même temps, avec une fidélité variable, des médicaments hypnotiques. Leur nombre s'accroît tous les jours et, dans ces dernières années, la thérapeutique hypnotique s'est enrichie de nombreux produits parmi lesquels il faut faire un choix.

Le chloral est un des plus anciens et des plus fidèles hypnotiques. Par la voie gastrique ou parla voie rectale, il agit sûrement sans qu'il soit nécessaire de dépasser la dose de 3 grammes. Mais, il n'est malheureusement pas sans inconvénients. Il exerce sur le cœur une action dépressive incontestable, d'autant plus dangereuse que la fonction cai^diaque est déjà, chez l'aliéné, éprouvée par l'agitation que l'on veut combattre. En outre, il impressionne défavorablement la cellule nerveuse : la démonstration expérimentale en a été faite comme pour le bromure de potassium Malgré tout, le chloral a rendu et rend

• G. Kiernan. Le quebracho dans la mélancolie et les états de stupeur. TIte allenist and neuvolofi'ist, avril 1806.

- Séglas. Cité par Ph. Chaslin in Traité Robin, p. 95.

■'' De Boeck. Des injections de sérum artificiel chez les aliénés. Bull, de la Soc. de méd. ment, de Belgique, 1898, n» 89.

* Ernesto Crisafulli (de Naples). Le alterazioni degli elementi nervosi consécutive a

5 grammes.

NOTIONS GÉNÉRALES

encore trop de services pour qu'on puisse songer à le rayer de la thérapeutique mentale.

Le bromure de potassium est, lui aussi, un sédatif. On l'associe avantageusement au chloral. « L'association de ces deux médicaments, dit Magnan^ produit des résultats que l'on n'obtient pas par leur administration séparée. » Le bromure de potassium est administré le jour à la dose de 5 grammes, par moitié avant les deux principaux repas ; 2 grammes de chloral suffisent alors pour amener le sommeil.

Le bromidia est une excellente préparation hypnotique dans laquelle le bromui"e de potassium et le chloral se trouvent très heureusement associés à l'hyosciamine et à la cannabine. Voici d'ailleurs sa formule :

Chloral hydraté 20 grammes.

Bromure de potassium 20 —

Extrait de jusq-uiame 20 centigrammes.

Extrait de chanvre indien 20 —

Eau distillée 100 grammes.

A prendre par cuillerées à cale toutes les heures jusqu'à production du sommeil.

En ce qui concerne les produits plus ou moins dérivés du chloral, « on n'a affaire en réalité, dit Dupré^ qu'à l'élément chloral ». « J'ai étudié comparativement sur l'animal et sur l'homme, ditBardet^ le chloralamide, le chloral ammonium, le chloralose, le somnal, l'ural ou chloraluréthane. Je n'ai véritablement pas pu trouver une action différente de celle du chloral hydraté. »

Le chlorobromol, association de chlorure, de bromure de potassium et de chloral, Vhypnal ou combinaison de choral et d'antipyrine, méiitent une mention sjjéciale. Ce dernier pi-oduit, au dire de Blainville '', qui l'a bien étudié, est capable de rendre des services supérieurs à ceux du chloral. Il s'emploie à la dose de i ou 2 grammes mais on peut en élever considérablement les doses sans courir aucun risque.

Le sulfonal est un hypnotique de premier ordre. A la dose de 1 gramme qu'on peut sans inconvénient porter à 2 grammes, il donne un sommeil calme auquel ne succède pas cet état de prostration pénible qui s'observe après le sommeil chloralique. Mabon °, Marti Julia", Ruschervegh'', W. R. Watson* en

l'amninistrazione di varie dosi di bromuro di potassio; ricerche sperimentali-istologiche. Annali di Nevrologia, 1898, fasc. IV- V, p. 2o7-27S. ' Magnan. Leç. clin., 1893, p. 419.

* Dupré (de Paris). Aide-mémoire de thérapeutique et de pharmacologie . Art. Chloral, p. 31.

Bardet. Cité par Dupré, p. 31.

* Blainville. Contribution à l'étude clinique et thérapeutique de l'hypnal. Th. de Paris, 1898, 56 p., chez Steinheil.

W. Mabon. Usage du sulfonal dans la folie, xinn. méd. psych., 1891, t. XIV, p. 318. ^ Marti Julia. Le sulfonal. Gaceta Saintaria de Barceloita, nov.-déc, 1888. ' Ruschervegh. Mode d'administration et effets du sulfonal. Neurolog. Cenlralb., nov.

' W.-R. Watson. Notes sur l'emploi du sulfonal. Mental Science, ]m\\et 1889.

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

ont, tour à tour, vanté les bons effets que nous sommes nous-mème en mesure de garantir.

On a reproché au sulfonal d'occasionner des troubles gastriques, de la ce'phalalgie, du coma et des troubles moteurs. Knaggs* et Bresslauer- de Vienne ont publié, l'un un cas, l'autre cinq cas mortels d'intoxication par le sulfonal. Les signes de l'intoxication seraient un état soporeux avec respiration lente et sueurs profuses. Malgré ces accidents, rares en somme, et dont la proportion ne nous paraît pas supérieure à celle des accidents imputables à tous les médicaments actifs, nous pensons que le sulfonal doit garder sa place parmi les meilleurs médicaments hypnotiques. Étant insoluble, on l'administre en cachets. On peut le prescrire en suspension dans une potion gommeuse :

Une cuillère à. café contient U gr. 50 de suH'onal (Régis).

La paraldéhyde a quelques-uns des avantages du sulfonal sans en avoir les inconvénients. C'est un hypnotique mais un hypnotique infidèle. En revanche, il ne trouble ni les fonctions cai^diaques comme le chloral, ni les fonctions gastriques comme le sulfonal. La paraldéhyde peut être administrée en potion ou en injection hypodermique. Voici une formule de l'une et de l'autre :

Paraldéhyde 2 à 4 grammes. Paraldéhyde .oO grammes.

Eau de fleui's d'oranger ) , Essence de menthe .... X gouttes.

Hydrate de menthe . . S Huile d'olive, Q. S. pour faire 100 c. c.

Sirop de gomme 25 — 1 à 5 cent, cubes comme hypnotique.

Le trional nous parait être u.n bon succédané du sulfonal dont il n'offre point les dangers. C'est un hypnotique très employé en ce moment et dont on vante de tous côtés les bons résultats. Villers^ y a eu recours pour combattre l'insomnie des déments séniles. Il a vu le sommeil se produire quatre heures au plus après l'administration de 50 centigrammes ou 1 gramme du médicament, dans du lait chaud. De son côté, Rubemann * considère le trional comme un médicament inoffensif dont l'usage peut être longtemps continué. Il affirme que l'on peut augmenter l'activité du trional en le faisant prendre dans une grande quantité de liquide aussi chaud que possible. La dose de 2 grammes ou 3 grammes est suffisante pour produire le sommeil même chez les aliénés. Comme le sulfonal, le trional doit être pris quatre heures environ avant l'heure

' Knaggs. Brit. med. Journ., i'6 oct. 1890. ^ Bresslauer. Wien. med. Blâtter, 1891, n» 1.

' Villers. Contribution à l'emploi du trional. Bull, de la sou. de méd. ment, de Belgique, sept. 1896.

' L. Ruhemann. Quelques remarques sur les applications du trional. Journ. de Neur.,

Sulfonal finement pulvérisé

Gomme

Sucre

Eau distillée

6 grammes.

NOTIONS GÉNÉRALES

fixée pour le sommeil. On trouvera avantage dans quelques cas, dit Ruhemann, à l'associer à la morphine et à l'antipyrine.

Méthylal. — On ne s'est pas mis d'accord sur l'efficacité de ce médicament. Boubila et Hadjès^ lui accordent une valeur hypnotique que Marandon de Montyel- lui a contestée avec des preuves à l'appui. Il paraît certain en tout cas qu'il exerce comme le chloi^al une action dépressive sur le cœur, et, comme il n'est pas démontré qu'il ait sur le chloral une réelle supériorité, il y a lieu de ne l'employer qu'avec réserve.

Tribromure de salol. — Nous n'en parlerons que pour mémoire. Il jouit d'une action narcotique signalée par Rosenberg et Dassonville'*, vérifiée par Viallon *. Mais cette action est très inconstante, presque nulle en présence des états d'agitation violente.

Camphre 7nonobromé. — On en poui'rait dire autant du camphre monobromé dont l'action sédative, affli'mée par les expériences de Bourneville et Lawson^ est tellement infidèle que quelques auteurs et notamment Oinhart* ont pu considérer le médicament comme doué de propriétés excitantes.

Chlorhydrate d'hyoscine. — Il est « en quelque sorte, le spécifique du syndrome : agitation » (Magnan''). Nous avons tous les jours l'occasion de vérifier son efficacité. Voici la solution dont nous nous servons :

Une seringue de Pravaz contient un milligramme de chlorhydrate d'hyoscine.

Un quart d'heure environ après l'administration de cette dose de 1 milligramme par laquelle il n'y a aucun inconvénient à commencer, le malade le plus agité se calme et demeure de quatre à six heures en état d'accalmie ou de sommeil. Empressons-nous de dire que le médicament ne paraît exercer aucune action curative ni même substitutive comme on l'a dit à tort. Mais on peut affirmer aussi qu'il ne produit aucun effet nuisible. La faveur dont jouit le chlorhydrate d'hyoscine à titre de médicament calmant, nous semble donc de tous points légitime.

* Boubila et Hadjès. Cités par Lallier, loc. cit. Ann. méd. psych., 1895, t. II, p. 401.

- Marandon de Montyel. Voyez France médicale, etc. Du méthylal chez les aliénés et de son action comparative avec le chloral. Ann. méd. psychoL, 1891, t. XIV, p. 234 et 401. Cité par Lallier.

" Rosenberg et Dassonville. Cités par Viallon, ci-après, p. 231.

* Viallon. Le tribromure de salol, sa valeur comme hj'pnotique chez les aliénés. Ann. médic. psych., 1899, .57° année, t. IX, p. 229.

^ Bourneville et Lawson. Cité par G. Maurange, Gaz. liebd., n" 40. In Camphre monobromé au bromure de camphre.

° Oinhart. Cité par G. Maurange, loc. cit. ' Magnan. Leç. clin., p. 420.

Chlorhydrate d'hyoscine . .

Eau distillée de laurier cerise.

1 centigramme.

10 centim. cubes.

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

Sulfate de duboisine. — Demeuré longtemps entre les mains des oculistes, le sulfate de duboisine est entré depuis peu dans la thérapeutique hypnotique. Il s'y est fait rapidement une place importante. Belmondo' lui a consacré un important travail que Séglas ^ nous a fait connaître et dont les conclusions peuvent se résumer ainsi : le sulfate de duboisine est un hypnotique aussi puissant que le chloral et le chlorhydrate d'hyoscine. II agit avec la même sûreté et plus de rapidité. On en peut prolonger l'administration sans danger d'accoutumance ou d'intoxication. Ce sont là, on en conviendra, des qualités de premier ordre reconnues par Mendel ^ et par Marandon de Montyel \ La duboisine, dit Marandon de Montyel qui a expérimenté le produit sur une grande échelle, s'est « révélée un merveilleux sédatif capable d'apaiser toujours et dans tous les cas, l'agitation maniaque et lypémaniaque, soit vésanique, soit paralytique. » Sa contre-indication principale est la dénutrition qu'il favorise ^ Ue son côté, Bocquillon-Limousin ^ affirme « que le sulfate de duboisine, employé en injections hypodermiques, est un calmant et un hypnotique puissant dans les affections mentales accompagnées d'excitation et d'insomnie. » Malheureusement les expériences de Luigi Scahia ' sont venues mettre des ombres sur ce tableau si séduisant. Scahia affirmait naguère que la duboisine a une action hypnotique inférieure à celle du chloral, du trional, du sulfonal, etc., et que de plus elle offre tous les inconvénients des dérivés de l'hyoscyamine, sans compter ceux qui lui sont propres.

Le sulfate de duboisine a été administré par Marandon de Montyel en injections hypodermiques à la dose de 2 milligrammes au minimum à 4 milligrammes au maximum. Ce mode d'administration assurerait la sédation et préviendrait l'accoutumance. Scahia fixe des doses beaucoup plus élevées : 4 à 16 milligrammes que l'on peut même dépasser. Nous conseillons la formule suivante :

Sulfate de duboisine 20 milligrammes.

Eau distillée de laurier cerise . 10 centim. cubes.

Une seringue de Pravaz contient 2 milligrammes de sulfate de duboisine.

Ergotine et ergotinine. — Les alcaloïdes du seigle ergoté, par leur action vaso-constrictive, exercent une action favorable toutes les fois que l'agitation est due à un état congestif du cerveau. L'ergotine et l'ergotinine sont les meilleurs sédatifs des agitations maniaques, qui surviennent au cours de la paralysie générale*.

' Belmondo. Riv. sper. di fren..t. XVIII, fasc. 1, i89i>. - Séglas. Avch. de neurol., 1893, n» 76, p. 450.

' Mendel. Neurol. cenlralh. et Bull. rjén. de thérap., 1893, I, p. S28. " Marandon de Montyel. De l'action de la duboisine, à doses continues, chez les aliénés. Arch. de Neur., 1893, n° 79, p. 211.

" Bocquillon-Limousin. Cité par Marandon, in Action sédative de la duboisine, à doses interrompues, chez les aliénés. France médicale, 1893 et Union pharm., 1893, p. 477.

' Luigi Scahia. Expériences sur l'action et la nature du sulfate de duboisine et de son usage dans la tliérapeutique des maladies mentales. Giornale internationale délie science mediche, 15 août 1899.

* William Hirsch. Étude sur le délire. New-York médical Journal, juillet 1899.

NOTIONS GÉNÉRALES

Voici une formule pour injection hypodermique d'ergotinine :

Ergotinine 1 centigramme.

Acide lactique 2 grammes.

Eau de laurier cerise. . . . ' 10 centimètres cubes.

line seringue de Pravaz contient un milligramme d'ergotinine (Tanret). - La digitaline à la dose de 1 milligramme est aussi un bon se'datif.

G. — Opothérapie.

Lorsque Brown-Séquard^ fit, il y a dix ans, à la Société de Biologie, la retentissante communication que l'on sait sur le « rajeunissement » par les injections de suc testiculaire, on était en droit d'espérer que la pathologie mentale serait la première à tirer profit de sa découverte. Mais il faut constater que l'opothérapie a fait son chemin presque complètement en dehors de la psychopathologie. Ce n'est point que quelques tentatives n'aient été faites. En 1889, l'année même de la communication de Brown-Séquard, Babès traita sans succès des épileptiques, des mélancoliques et des maniaques par des extraits de substance cérébrale et médullaire; Constantin PauP améliora de la sorte des neurasthéniques; CuUerre '* peu de temps après, expérimenta de nouveau sur les aliénés l'opothérapie cérébrale sans aboutir à des résultats appréciables, tandis qu'Althaus " réussissait à modifier certaines névroses. Moncorvo'' et Queen ' injectèrent un extrait aseptique de cerveau de mouton; les résultats furent nuls. A. Robertson avec la cervelle fraîche de mouton, la cérébrineet le liquide Brown-Séquard, n'a pu améliorer qu'un cas de démence et Macphail ° avoue avoir complètement échoué avec ces mêmes produits. Ces insuccès furent peu encourageants".

D'autres expériences ont été faites avec des extraits ovairiens. Nacke^^, Régis", Gilbert Clément",Mainzer'%Mond",ontobtenu quelques résultats dans le traitement des troubles psychiques consécutifs à l'ovariotomie ou à la ménopause. Tambroni d'autre part, a vu l'état mental d'une aliénée ovariectomisée s'aggraver par le traitement ovarien; tandis que la menstruation s'est

' Brown-Séquard. Cité par Mossé in De l'état actuel de l'opothérapie, p. 9. Masson, édit., 1898. Congrès français de médecine. 4° session. Montpellier, 1898.

Ï3J36 7 Babès, Constantin Paul, CuUerre, Althaus, Moncorvo, Queen, cités par Gilbert et Carnot in De l'état actuel de l'opothérapie, etc., p. 21. Masson, édit., 1898. Congrès français de médecine, 4« session, Montpellier, 1898.

* ^ A. Robertson, Macphail. Discussion sur le traitement des maladies nerveuses et mentales par les e.-ïtraits organiques. Brit. med. Jourii., 26 sept. 1896.

*" Gilbert et Carnot. Loc. cit., p. 21.

" Nacke. Cité par Gilbert et Carnot, loc. cit., p. 20.

" Régis. Un cas de folie consécutive à une ovarosalpingectomie. Congr. intern. de Chicago, 1893 et Soc. de méd. de Bordeaux, juin 1893.

" " Gilbert, Clément. Cités par Gilbert et Carnot, p. 20.

Mainzer, Mond. Cités par Gilbert et Carnot, p. 20 et par Mossé, loc. cit., p. 35.

" R. Tambroni (de Ferrare). L'opothérapie ovarienne chez les aliénés. Semaine médicale 30 oct. 1897, n° 51, note thérap., p. ccii.

SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES

rétablie et que les troubles mentaux se sont amendés chez quatre autres femmes traitées de la même manière. Bruce '■ a administré, sans succès, à des aliénés, des tablettes d'ovaire, de testicule et de capsules surrénales.

L'opothérapie thyroïdienne, on le sait, a rendu des services signalés dans le traitement des affections de la glande thyroïde. A ce titre, elle est particulièrement intéressante. D'autre part, les maladies thyroïdiennes s'accompagnent fréquemment d'affections mentales : le myxœdème infantile ou opératoire, le crétinisme, les affections goitreuses y compris le goitre exophtalmique (maladie de Basedow) ont leur cortège de troubles psychiques. On était en droit d'espérer que la médication, qui agit contre les symptômes directs de l'insuffisance thyroïdienne, agirait aussi contre ses manifestations accidentelles et secondaires. Les résultats obtenus sont contradictoires. Dans quelques cas de myxœdème infantile, Bourneville ^ a noté une amélioration physique et psychique^ tandis que Régis'', Taty et Guérin Bories ^ n'ont obtenu que des modifications physiques, l'état mental demeurant stationnaire. Rushton Parker* a observé de « rapides progrès de l'intelligence » chez des crétins sporadiques. Mais chez les aliénés goitreux, Reinhold et Emminghaus à Fribourg", Bories' à l'asile de Pau ont institué le traitement thyroïdien sans arriver au même résultat que Mac-Claughry '', qui dit avoir obtenu une « certaine amélioration ».

On discuté encore sur la question de savoir si le traitement thyroïdien est utile ou nuisible dans la maladie de Basedow. Il serait nuisible au dire de Marie et Eulenburg " dans le goitre exophtalmique vrai, utile au contraire dans les goitres basedowiflés. Quoi qu'il en soit, Mairet a observé, chez un basedowien atteint de troubles mentaux graves, une amélioration consécutive à des injections de liquide thyroïdien et il se déclare « disposé à voir là plus qu'une simple coïncidence, d'autant plus que tous les traitements antérieurement employés avaient complètement échoué ^' ». D'autre part Devay^* a communiqué, à la société médicale de Lyon, l'observation d'un malade atteint

' Bruce. Discus. sur le trait, des mal. nerv. et ment, par les extr. organiques. Bril. wd. joiirn., 26 sept. 1896.

2 Bourneville. Trois cas d'idiotie myxœdémateuse traités par l'ingestion thyroïdienne. Congrès de Bordeaux, 1895. Comptes rendus, 1896, vol. II, p. 151.

^ Régis. Myxœdème infantile et traitement thyroïdien. Cong. al. et neiir. Bordeaux, 1895, Comptes rendus, 1886, vol. II, p. 170.

* Taty et Guérin. Myxœdème et goitre simple traités par la médication thvru'idienne. Co7ig. de Bordeaux. 1895. G. R., 1896, vol. II, p. 170. Bories. Th. de Toulouse, cité par Mossé, p. 104.

" Rushton Parker. Brilish med. Ass. et British med. Journ., 12 sept. 1890. p. 615. R. S. M., 1897, vol. XLIX, p. 637 et Discussion : Horsley, Telford, Smith, Fletcher, Beach.

' " Reinhold et Emminghaus, Bories. Cités par Mossé, p, 104.

" Th. S. Mac-Glaugliry. Sur deux cas de folie avec goitre traités par l'extrait thyroïdien. The Journ. of M. Science, oct. 1894. Marie. Soc. méd. des hôp., 1897, p. 57. " Eulenburg. XV» G. allem. de méd. int. Sem. méd., 1887, p. 233. — G. de Neur. de Bruxelles. Pî-esse médicale, sept. 1897. " Mairet. Gité par Mossé, p. 135.

'* Devay. Presse médicale, 1897, t. II, p. 174. Annexes.

NOTIONS GÉNÉRALES

de goitre exophtalmique avec mélancolie anxieuse, complètement guéri par le traitement thyroïdien (ingestion de glande crue à dose progressivement croissante jusqu'à deux corps thyroïdes).

Partant de cette constatation que la glande thyroïde subit des modifications profondes pendant la grossesse, on s'est demandé si la médication thyroïdienne ne serait pas de quelque utilité dans le traitement des vésanies puerpérales. R. Bruce ^ dit avoir obtenu ainsi quatre giiérisons sur quatre cas traités. Mais il ne faut pas oublier que les folies puerpérales sont essentiellement curables, et rien ne nous démontre que les cas en question n'auraient point guéri sans le secours de la thérapeutique prescrite. On n'en peut dire autant des cas de « manie juvénile » que Clouston - affirme avoir guéri par le traitement thyroïdien après avoir vainement essayé de toutesles autres médications. Notons encore les expériences de Farguharson ^, qui administre l'extrait thyroïdien à doses progressivement croissantes jusqu'à la dose de 3 2o. Cet observateur a vu des états dépressifs s'amender, d'autres s'aggraver manifestement, ce qui l'oblige à faire des réserves sur l'opportunité du traitement thyroïdien dans les maladies mentales.

H. — Traitement des maladies incidentes.

On a souvent à se préoccuper, chez les individus affectés de troubles mentaux, d'affections incidentes qui viennent compliquer ces dernières : ce sont le plus souvent des affections soit accidentelles (fièvre typhoïde, scarlatine) soit en relation indirecte avec la maladie première, comme la pneumonie chez les paralj'tiques généraux ou chez les malades déprimés et affaiblis, ou l'érysipèle qui n'est pas rare dans certains services d'aliénés. Le traitement que ces affections comportent ne diffère pas sensiblement de celui qu'on institue quand elles surviennent en dehors des conditions spéciales auxquelles nous faisons allusion. Son application est quelquefois rendue diflicile par la résistance des malades : toutefois il est bon de remarquer qu'en général les aliénés, même agités, deviennent assez dociles quand ils sont affectés d'une maladie aiguë accidentelle, et se prêtent assez bien au traitement.

La déchéance physique c|ui est souvent la conséquence de la maladie mentale, rend, d'ordinaire, particulièrement grave le pronostic des affections incidentes chez les individus atteints de psychoses ou d'affections organiques du cerveau. Presque toujours il y a indication formelle de s'attacher, avec un soin particulier, à relever les forces défaillantes, à stimuler, par la digitaline, la caféine par exemple, la fonction cardiaque le plus souvent compromise par le surmenage qu'impose une longue maladie mentale.

' R. Bruce. Loc. cit.

- Clouston. B}'it. med. journ., 26 sept. 1896.

^ Farguliarson. Biit. med. journal. 20 sept. 1896.

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