RAPPORT 18. IM13ÉC1LLITÉ
Fille, dix-huit ans. — Entraînée dans une baraque par des jeunes gens qui ont abusé d'elle. — Arrêtée comme vagabonde. — Imbécillité. — Irresponsabilité. — Internement.
Un soir, à la foire de Vaugirard où elle rôdait depuis plusieursjours, 0. s'est endormie sur un banc. Vers quatre heures du matin, deux jeunes gens l'ont
MÉDECINE LÉGALE
emmenée et ont péne'tré avec elle dans une baraque foraine. Là ils ont abusé d'elle. Le patron de la baraque a prévenu les agents, mais quand ceux-ci sont arrivés, 0... était seule, les deux jeunes gens avaient pris la fuite.
0... a un développement physique médiocre, et il n'est pas nécessaire d'un long interrogatoire pour se rendre compte que ses facultés intellectuelles, sont encore moins développées, sont tout à fait rudimentaii^es. Elle est incapable de fournir sur elle et sur sa famille, des renseignements quelque peu précis. Elle ne peut indiquer la date de sa naissance, elle ne connaît ni le jour, ni le mois, ni l'année. Elle déclare que ses parents habitent aux Gobelins, mais elle ne peut préciser davantage. Si j'insiste, elle répond : A Paris ! à Paris ! à Paris ! Elle manque de discernement et de sens moral. Ainsi, elle raconte en riant qu'elle a quitté ses parents il y a longtemps ; que ceux-ci l'ont mise dehors parce qu'elle faisait des bêtises et ne voulait pas rester. Je lui demande pourquoi elle ne voulait pas rester. Elle me répond d'abord : « Sais pas ! sais pas ! » Puis elle ajoute qu'elle aime bien traîner dans les rues ; qu'elle couchait souvent dehors ; qu'elle allait un petit peu avec les jeunes gens, mais pas beaucoup, qu'hier elle en a connu trois.
Elle ne possède sur toutes choses que des notions très bornées. Elle ne connaît aucun métier, elle n'a aucune instruction, elle ne sait ni lire ni écrire, elle assure pourtant qu'elle est restée à l'école jusqu'à quinze ans, et elle ajoute : « Je suis pas bête du tout. » La bonne opinion qu'elle a d'elle-même monti"e qu'elle ne se rend nullement compte de son infériorité mentale. Elle a la vanité des imbéciles. - ,
Conclusions : i" 0... est atteinte d'imbécillité;
2° Elle ne saurait être considérée comme responsable de ses actes ;
3° Elle est incapable de se diriger et de pourvoir à son existence ; elle a besoin d'être protégée et défendue ; il y a donc nécessité de l'interner dans un asile d'aliénées.
Conformément aux conclusions de ce rapport, 0... a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu, et a été placée dans un asile d'aliénées.