L... a été condamné (à un mois de prison (24 novembre
Déséquilibrés : émotifs, impulsifs, excentriques, fous moraux.
Les individus que nous rangeons sous cette rubrique sont légion ; ils ont été décrits dans divers chapitres de ce Traité. En raison de leur diversité, ils ne se prêtent guère à des considérations générales au point de vue médico-
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légal, la responsabilité chez eux est très variable, des exemples le montreront mieux que tout ce que nous pourrions dire.
RAPPORT 20. — DÉSÉQUILIBR.VnOiN" MENTALE. — COUPS. — IRRESPONSABILITÉ
Jeune homme de dix-huit ans. — Inculpation de violences et voies de fait : Coups de revolver tirés sur des agents dans un poste sans motif. — Antécédents héréditaires. — Déséquilibration mentale. — Obsessions et impulsions. — Irresponsabilité. — Internement.
Le 24 mai, vers six heures du soir, C... entre brusquement dans le poste de police du quartier Gaillon, ferme la porte et, tirant de la poche de son pardessus un revolver, décharge un coup de son arme sur deux agents assis à aune table sans les atteindre. Les agents se précipitent sur lui, le maîtrisent et le désarment.
Quelques minutes plus tard le commissaire interroge C... et le trouve calme mais dans une attitude indiquant qu'il ne se rend pas bien compte de 'l'acte qu'il vient de commettre. L'arme dont il s'est servi est un revolver de 7 millimètres, à percussion centrale chargé de 6 coups ; une seule des balles a été tirée.
Devant M. le commissaire de police, puis devant M. le juge d'Instruction, C... a fourni les explications que voici :
« Je sortais du concert et je me rendais chez mon frère pour y dîner lorsque en passant devant le poste de police, l'idée m'est venue tout d'un coup de tirer sur quelqu'un. Je suis entré dans le poste comme je serais entré ailleurs; j'ai sorti mon revolver et j'ai fait feu. Si j'avais réfléchi, je n'aurais pas fait cela. Je ne peux pas m'expliquer pourquoi j'ai agi ainsi. Je n'étais pas surexcité par la boisson, je n'avais bu qu'un bock dans l'après-midi. Je ne suis pas anarchiste, je ne suis affilié à aucun groupe révolutionnaire, je ne me suis d'ailleurs jamais occupé de politique, ie n'avais aucun motif d'en vouloir aux agents, n'ayant jamais eu de démêlés avec la police. Je comprends bien la gravité de mon acte et je le regrette. Je portais un revulver uniquement parce que j'habite un quartier désert et que souvent je rentre tard le soir ».
La mère de l'inculpé est atteinte d'eczéma, mais paraît correcte au point de vue cérébral ; elle m'a fourni les renseignements suivants :
« Mon mari contremaître dans une fabrique de perles, n'ayant plus d'ouvrage, est parti pour l'Amérique oîi il a contracté les fièvres, il en est revenu aussi pauvre qu'en partant mais avec des accidents cérébraux dont il a souffert pendant longtemps. Il était triste, irritable, causait peu et ne pouvait supporter la moindre observation, il se plaignait continuellement d'avoir les * tempes serrées et de sentir comme un tire-bouchon s'enfonçant dans sa tête. Il est mort d'une maladie d'intestin. » C'est à l'époque oii il était au plus fort de ses troubles mentaux qu'est né l'inculpé.
« Un oncle (le frère du père) a été frappé de paralysie (hémiplégie) vers cinquante-six ans et a succombé cinq ans plus tard.
« L'inculpé a une sœur et un frère. La sœur âgée de trente-cinq ans, mariée,
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lois
est extrêmement nerveuse ; à une époque elle avait des crises de larmes survenant sans motif. Le frère, âgé de trente ans, a eu la fièvre typhoi'de à l'âge de dix-sept ans, depuis il est un peu « maboule » et commet parfois des actes bizarres ; ainsi l'année dernière il a quitté brusquement son domicile, laissant h sa mère, une lettre dans laquelle il lui disait : « Je pars tenter la fortune ; il s'est arrêté à Orléans et a repris le premier train pour Paris.
« L'inculpé est âgé de dix-huit ans; son enfance et son adolescence n'ont été marquées par aucune maladie grave. Après avoir fréquenté l'école primaire où il a obtenu son certificat d'études, il a complété son instruction chez les frères ; c'était un bon élève. A sa sortie de l'école il a travaillé pendant trois ans comme métreur chez un entrepreneur de maçonnerie ; en dernier lieu il était employé aux écritures dans une maison de commerce; il avait été remercié à la fin du mois d'avril dernier et depuis n'avait pas d'ouvi^age. Il habitait avec moi ; je gagnais seulement 1 fr. 50 par jour, aussi une grande gène régnait-elle dans la maison. On dînait le plus souvent avec du pain et du fromage. C'était là un régime convenant bien mal à un jeune homme en pleine croissance. Mais mon fils souffrait surtout moralement d'être à ma charge, car il était très fier et plusieurs fois depuis qu'il était sans place il m'avait dit : « Si je me faisais arrêter ? Au moins je serais nourri en prison ». Un jour il avait même tenu ce propos : « 11 est facile de se faire arrêter ; je n'ai qu'à aller trouver M. Lépine et à lui donner un soufflet ». Il était doux, gentil, obéissant, mais d'un caractère très inégal : un jour il se montrait d'une gaieté folle et le lendemain il était triste, on ne pouvait lui arracher une parole. Il n'avait que de bonnes fréquentations ; comme lectures il donnait la préférence aux récits de voyages et de chasses. En dernier lieu, il voulait partir pour l'étranger mais en était empêché par le manque d'argent. Ce n'est que tout récemment qu'il avait acheté un revolver avec 20 francs que lui avait donnés sa marraine ».
En somme, des renseignements qui précèdent, et que j'ai tout lieu de considérer comme exacts, il résulte ceci : C.,., fils d'un père ayant présenté des troubles mentaux, a une sœur névropathe, et un frère fantasque, lui-même paraît mal équilibré, et à différentes i^eprises, a tenu des pi^opos peu raisonnables.
Grand, mince, C, a la tête mal conformée : le front est plus bas à droite qu'à gauche, la mâchoire inférieure fait saillie à droite, l'os de la pommette (os malaire) du cùté gauche est aplati, la voûte palatine est nettement ogivale. Il n'existe aucun stigmate d'hystérie, aucun signe d'intoxication alcoolique. C,.. est lucide, calme, et même un peu déiirimé
Interrogé sur les faits qui l'amènent devant la justice, il m'a fourni des explications identiques à celles qu'il avait données à M. le juge d'Instruction et àM. le commissaire de police : « Je ne sais pas pourquoi, m'a-t-il dit, je suis entré dans la poste tirer un coup de revolver ; c'est une idée qui m'est venue subitement. » Il a ajouté d'un air confus et avec des larmes dans les yeux, que parfois il a de drôles d'idées. Il ne m'a pas indiqué tout d'abord
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qu'elles étaient ces idées, mais,' pressé de me les faire connaître, il a fmi par me dire : « Parfois, j'ai envie de donner des giffles aux passants, ou de tirer sur eux des coups de revolver, je ne sais pas comment expliquer ça ; d'autres fois, j'ai envie de me tuer, je ne sais pas au juste pourquoi. Dans ces derniers temps, il est vrai, j'étais ennuyé de ne pas avoir d'ouvrage, mais déjà avant, j'étais hanté par des idées de suicide. » G... m'a assuré que par contre, l'idée de tirer sur les agents lui est venue tout d'un coup, qu'il ne l'avait jamais eue antérieui'ement, qu'il n'a éprouvé aucune satisfaction de son acte, et qu'aujourd'hui il le regrette beaucoup.
De ces explications, certainement très sincères, il résulte que G... est sujet à des obsessions et surtout à des impulsions comme on en observe souvent chez les dégénérés de son espèce. Héréditairement taré, présentant de nombreux stigmates physiques de dégénérescence, son équilibre cérébral toujours imparfait, s'est rompu sous l'influence de privations et d'ennuis ; et c'est ainsi qu'il s'est laissé aller à cet acte, en somme absurde, qui l'amène devant la justice, acte de nature évidemment pathologique, dont il ne saurait être rendu responsable.
Conclusiom : \'' Héréditairement prédisposé aux troubles mentaux. G... est un déséquilibré, sujet à des obsessions et des impulsions pathologiques ;
2° G'est sous l'influence d'une de ces impulsions qu'il a commis l'acte dont il est inculpé, il ne saurait donc en être rendu responsable ;
3° Les impulsions dont il est atteint le rendent dangeureux pour autrui et pour lui-même, il y a lieu, dans l'intérêt de la sûreté des personnes et dans son propre intérêt, de le placer dans un asile d'aliénés.
Gon/ormément aux conclusions de ce rapport. G.., a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu et a été interné.
RAPPOaT 21. — DÉSÉQUILIBRATION MENTALE. — VOL. — IRRESPONSABILITÉ
Femme. — Vols au Bon Marché. — Nosomanie. — Délire du toucher. — Phobies. — Impulsions variées. — Irresponsabilité. — Non-lieu.
La mère de M""^ A.., est morte en lui donnant le jour ; son père, receveur des Gontributions indirectes en retraite, est un homme tout à fait bizarre ; dans son pays, il passe pour « un toqué ». 31°"' A..., dès son enfance, a toujours été extrêmement nerveuse et maladive, aussi n'a-t-elle pu se livrer à des .études suivies ; en pension, on lui laissait faire à peu près ce quelle voulait, car, à la moindre contrariété, elle avait des attaques de nerfs. A douze ans, elle a été prise de danse de Saint-Guy ou chorée ; elle faisait des contorsions affreuses et, par moments, ne pouvait plus proférer une parole poussant seulement des cris gutturaux ; pendant un an il a fallu l'habiller et la faire manger comme une enfant.
Dès les premiers temps de son mariage, M. A... s'est aperçu que sa femme donnait des signes de dérangement cérébral, bientôt, elle s'est livi'ée à des actes complètement absurdes qui ont rendu la vie commune presque impossible.
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Vient-on à casser un objet quelconque en verre, M"^ A... se met à crier et à pleurer ; pendant des heures, elle reste à genoux, cherchant toutes les parcelles de verre qui ont pu tomber ; pendant toute la journée, elle balaye la pièce où l'objet a été cassé ; si c'est au repas que le verre a été brisé, elle fait jeter par la fenêtre tous les aliments qui se trouvent sur la table : pain, beurre, viande, etc.
Elle a une peur horrible des poisons et se figure qu'il y en a partout ; vient-elle à voir une tache sur le parquet, elle pousse des gémissements, elle cherche"'tous les objets qui ont pu être en contact avec cette tache : chaussures, robes, manteaux, et les fait jeter dehors. Parfois, elle reste toute la journée sans robe et sans jupon, rien qu'avec un pantalon, et elle force sa bonne à en faii'e autant, toujours dans la crainte que les vêtements frôlent le plancher. Un linge a-t-il été en contact avec un meuble suspect, il faut le jeter, ainsi que tous les objets qui ont été touchés par ce linge.
Un hiver, elle s'est prise à craindre le contact de la cheminée et, malgré un froid rigoureux, elle a empêché de faire du feu. La bonne est partie, le mari est allé à l'hôtel pendant un mois et elle est restée seule h la maison ne voulant plus quitter le lit.
Un jour, elle s'imagine que son concierge a une maladie vénérienne, alors elle prend peur de tous les objets dont cet homme approche ; s'il apporte une lettre, elle lave la sonnette, puis se lave les mains avec du vinaigre pendant toute la journée ; par moments, elle ne veut plus ni descendre, ni monter les escaliers, de peur que sa robe frôle la rampe contaminée par le concierge.
Par intervalles, elle se rend compte que ses frayeurs sont insensées, elle en a honte, elle voudrait les surmonter, mais elle en est incapable. Tous les raisonnements qu'on peut lui tenir sont également impuissants à lui faire changer de conduite.
Elle est en outre dominée par des idées hypochondriaques, elle se figure être phtisique, elle a consulté successivement tous les médecins de Lyon parce qu'aucun ne veut lui dire qu'elle est poitrinaire. Un jour elle a imaginé pour être mieux renseignée sur l'état de sa santé de se faire assurer sur la vie; le médecin de la Compagnie l'a examinée et, l'ayant trouvée en bon état de santé, a délivré un bulletin favorable; elle est revenue en disant que ce médecin n'y entendait rien. Depuis sept ou huit ans elle répète qu'elle va mourir « aux feuilles tombantes ou à la pousse » et par moments elle ne veut plus s'occuper de quoi que ce soit, sous prétexte que sa mort est prochaine.
Venue à Paris passer quelques jours avec son mari. M""" A... s'est fait arrêter aux Magasins du Bon Marché au moment où elle venait de dérober plusieurs objets aux étalages. Une perquisition pi'atiquée à son domicile a amené la découverte d'une certaine quantité de marchandises également volées dans les magasins.
M"" A... présente un léger degré d'excitation intellectuelle et parle avec volubilité ; elle m'explique qu'elle a pris tous ces objets parce qu'ils lui fai-
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saient envie, et qu'elle est très contente d'avoir été arrêtée parce que cela, dit-elle, aurait « dégénéré en monomanie ». Elle ne s'inquiète d'ailleurs nullement des conséquences que ces vols peuvent avoir pour elle, une seule chose la préoccupe : elle ne veut pas qu'on la prenne pour une folle et qu'on l'envoie dans un asile d'aliénées où on lui ferait subir un traitement contraire à son état de santé, elle préfère beaucoup aller en prison.
Au point de vue physique, M'"'^ A... est assez bien développée, mais elle présente des stigmates d'hystérie notamment une anesthésie cutanée très prononcée.
En résumé M"^ A... est une hystérique sujette à des impulsions morbides irrésistibles : les vols qu'elle a commis, comme la nosomanie et le délire du toucher dont elle est atteinte, ne sont que les manifestations diverses d'une seule et même cause : la déséquilibration mentale. Elle était aussi incapable de résister à la tentation de prendre des objets qu'elle désirait, qu'elle est incapable de ne pas accomplir les actes absurdes auxquels elle se livre, bien qu'elle ait le désir de ne pas les commettre et qu'elle se rende compte de leur absurdité.
De tout ce qui précède, je crois pouvoir tirer les conclusions suivantes :
Conclusions. — 1° M"^ A... est une déséquilibrée avec troubles morbides variés ; elle ne saurait être considérée comme responsable des vols dont elle est inculpée.
2° Son état mental ne nécessite pas absolument, au moins pour le moment, son internement dans un asile d'aliénées, mais il y a lieu de recommander à M. A... d'exercer sur sa femme une surveillance efficace pour l'empêcher de se livrer de nouveau à des actes dommageables pour autrui.
M"'' A... a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu et a été rendue à son mari.