‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 199 sur 220 · IRRESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

IRRESPONSABILITÉ

Fièvre typhoïde grave. — Deux tentatives de suicide. ■ — Légère débilité mentale. — Emotivité morbide. — Craintes résultant de menaces reçues. — Rencontre des personnes ayant proféré les menaces. — Coup de revolver. — Inculpation de tentative de meurtre. • — Indulgence. — Non-lieu.

Agé de dix-neuf ans V... est assez bien conformé, son front est, il est vrai, un peu étroit, sa voûte palatine légèrement ogivale, mais en somme il ne présente pas de stigmates bien nets de dégénérescence, d'ailleurs il ne paraît avoir aucun antécédent héréditaire. Quand je le vois à Mazas, il est calme, lucide, et m'explique ainsi les faits qui l'amènent devant la justice :

En 1893, il a été condamné pour vol à un an de prison; ses complices lui ont reproché de les avoir dénoncés et lui ont promis de le tuer à sa sortie; en raison de ces menaces, il s'est cru autorisé à porter un revolver. Le 1^'' juillet dernier, vers une heure du matin, il rentrait chez lui en com-

MÉDECINE LÉGALE

pagnie du fils de son patron, avec qui il avait passe' la soirée, quand, rue Oberkampf, il a rencontré ses anciens complices ; se voyant entouré par eux il a été pris de frayeur et a fait feu de son revolver, mais en tirant en l'air. V... ajoute en pleui'ant, « qu'il regrette son action, mais que dans ce qu'il a fait il y avait un peu de peur et aussi un peu de boisson, car, dans la soirée, contrairement à son habitude, il avait bu quelques consommations et, sans être gris, il se trouvait un peu excité. »

Depuis son arrivée à Mazas, V... n'a fait l'objet d'aucune remarque particulière ; il n'a cessé d'être calme et de s'occuper régulièrement à coudre des agrafes.

M""' V.., m'a donné sur son fils les renseignements suivants : « A deux ans il a été atteint de convulsions qui ne paraissent pas avoir eu de suites fâcheuses, mais à dix ans, il a été frappé d'une fièvre typhoïde dont les conséquences ont été plus graves : il est resté cinq mois malade, il a eu un délire si violent qu'il fallait l'attacher; la convalescence a été longue et difficile ; depuis cette maladie, il a toujours eu le cerveau faible. Il est intelligent et habile dans son métier de mécanicien, mais il est impressionnable, émotif et poltron à l'excès. Doux, poli, obéissant, il ne répond jamais aux observations qu'on lui fait. D'un caractère triste et sombre, il sort peu et lit énormément ; il a manifesté nombre de fois des idées de suicide et, à deux reprises, il a essayé de se tuer : la première fois à l'âge de quatorze ans, à la suite d'une légère réprimande il s'est pendu avec un cache-nez, les voisins ont pu le décrocher à temps ; la seconde fois, il y a de cela trois mois, sur mon refus de lui acheter un vêtement neuf, il s'est pendu à l'espagnolette de la fenêtre à l'aide d'un foulard qui heureusement s'est rompu sous son poids. Depuis qu'il avait été menacé, il vivait dans des transes continuelles, et n'osait sortir seul craignant toujours de voir ses anciens complices mettre leurs menaces à exécution. »

Si les renseignements donnés par M""^ V... sont exacts, comme j'ai tout lieu de le croire, ils prouvent que l'inculpé sans être un aliéné est en somme, dans une certaine mesure, un faible d'esprit, et surtout un émotif, c'est du reste l'impression qu'il m'a produite : l'expression de ses regrets a quelque chose d'enfantin, il se lamente et pleure, plus comme un écolier qui craint d'être puni, que comme un homme sous le coup d'une grave inculpation. Chez lui comme chez la plupart des déséquilibrés de son espèce, c'est moins dans les opérations intellectuelles que dans la conduite qu'éclate la faiblesse d'esprit ; il cause raisonnablement, mais il commet des actes peu réfléchis ; telles les deux tentatives de suicide qu'il a faites pour des motifs futiles.

Conclusions. — V... ne saurait être considéré comme un aliéné, c'est-à-dire comme un individu n'ayant aucune conscience de ses actes, mais il présente un cei'tain degré de débilité mentale, une émotivité habituelle, exagérée par les menaces dont il avait été l'objet. Il y a lieu de tenir compte de ces faits dans l'appréciation des actes incriminés, ils sont de nature à lui concilier une certaine indulgence.

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Conformément aux conclusions de ce rapport, V... dont le coup de revolver n'avait atteint personne, a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu.

Perversions génitales.

Il n'est pour ainsi dire pas d'outrage ou d'attentat aux mœurs qui ne puisse être mis aussi bien sur le compte d'un vice que sur celui d'une perversion vraiment pathologique. C'est dire qu'en pareille matière l'examen de l'acte, tout en ne devant pas être négligé, est accessoire et qu'il faut sui'tout s'attacher à l'examen du prévenu, scruter sa vie entière et faire porter ses investigations jusqu'aux divers membres de sa famille. Quand on aura affaire à un malade et non à un vicieux, on verra que, le plus souvent, la perversion du sens génital n'est pas un trouble isolé, mais fait partie d'un ensemble pathologique plus ou moins complexe.

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