C. — Fonctions digestives
De toutes les fonctions organiques, dit à juste titre Cullerre, la digestion est celle qui présente dans la folie les perturbations les plus remarquables. Nous ajouterons qu'à l'heure actuelle leur étude est devenue plus impor-
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tante que jamais en raison même du rôle attribué aux auto-intoxications sur le développement des troubles mentaux (Régis et Chevalier-Lavaure, Jacobson, Ilamilton, Thompson, Obersteiner/VVagner, Brower, Iluard, Glarke, Massaro, Angelillo).
En dehors même de cette question pathogénique, il est bon nombre de syndromes psychopathiques (délires hypocondriaques, délires de persécution, troubles cénesthétiques divers), qui se relient intimement à des troubles de l'appareil digestif.
L'appréciation des données qu'on pourra recueillir à ce sujet n'est pas sans présenter quelques difficultés. Il n'est pas toujours facile de préciser la nature des rapports qui existent entre les troubles digestifs et les troubles mentaux. En effet, au bout d'un certain temps il s'établit entre eux un cercle vicieux dont il est difficile de sortir sans erreur. Il faut aussi une analyse très attentive pour distinguer dans tel ou tel symptôme la part qui revient en propre aux troubles digestifs ou aux troubles mentaux. Par exemple, la constipation,.si fi-équente chez les aliénés, ne se rattache pas toujours et uniquement à une perturbation des fonctions intestinales, mais peut fréquemment reconnaître aussi une origine psychique (idées délirantes, aboulie, opposition systématique).
Nous ne parlerons pas ici de tous les troubles ou lésions diverses du système digestif communs aux aliénés tout aussi bien qu'aux individus sains d'esprit. Nous signalerons seulement ceux que l'on rencontre d'ordinaire en connexité plus ou moins directe avec les symptômes psychopathiques.
Les affections dans lesquelles on rencontre le' plus fréquemment un état pathologique des organes digestifs sont : la neurasthénie, l'hypocondrie, l'hystérie, l'épilepsie, la mélancolie, la confusion mentale, les délires infectieux et toxiques, la démence paralytique. Les désordres notés le plus souvent sont : l'état saburral de la langue, la fétidité de l'haleine, le catarrhe gastrique aigu ou chronique, la dilatation de l'estomac, l'atonie gastro-intestinale, la gastro-entéroptose, l'hépatoptose, la colite muco-membraneuse.
Parmi les troubles fonctionnels de la digestion nous citerons d'abord les modifications de l'appétit souvent exagéré chez les maniaques, les paralytiques généraux; la voracité, la boulimie des déments et des idiots; la préférence, la répugnance ou l'intolérance pour certains aliments ou certaines boissons; la recherche et l'ingestion de substances diverses non alimentaires (idiotie, démence, hystérie). D'autres fois on observe de l'inappétence, de l'anorexie simple ou bien le refus plus ou moins absolu d'aliments, la sitiergie ou sitiophobie.
Les causes de la sitiophobie peuvent être psychiques ou physiques. Les causes physiques, consistant dans un état pathologique des voies digestives, agissent rarement seules. Tantôt elles commencent simplement par provoquer de l'inappétence, de l'anorexie simple, qui par l'adjonction ultérieure de troubles psychiques (aboulie, obsessions, idées délirantes), se transforme en sitiophobie véritable. D'autres fois, au contraire, les troubles digestifs ne se développent que secondairement au refus d'aliments et ne font que
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s'adjoindre, pour rentretenir. aux causes psychiques qui yont déterminé.
Les causes psychiques sont variables de nature et l'on peut rencontrer parmi elles un état d'aboulie profonde, de confusion mentale (stupidité, délire aigu); l'affaiblissement des facultés (démences, paralysie générale) ; des idées fixes plus ou moins conscientes (hystérie); de véritables obsessions (neurasthénie); des hallucinations (délii'es hallucinatoires, délires systématisés mystiques et de persécution); des idées délirantes diverses, de ruine, de culpabilité, d'expiation, de suicide (mélancolie); d'empoisonnement (délire des persécutions); de destruction, de transformation des organes (délire de négation); d'immortalité (paralytiques généraux, négateurs systématiques), le négativisme et l'opposition systématique (démences précoces, catatonie), etc..
On a signalé comme cause particulière aux paralytiques à la dernière période, une parésie presque complète des muscles de la face et de la langue à laquelle s'ajoute même quelquefois un tremblement très prononcé.
Le refus d'aliments peut être tantôt généralisé, tantôt partiel, limité à certains aliments spéciaux. Ce dernier cas est notamment celui des persécutés à idées d'empoisonnement.
La sitiophobie n'est quelquefois qu'apparente; les malades qui refusent les aliments en prennent d'autres en cachette et nient ensuite avoir mangé quoi que ce soit (négateurs, hystériques).
Parmi les troubles de la déglutition nous signalerons simplement l'œsophagisme (hystérie, épilepsie, neurasthénie, mélancolie, hypocondrie), et l'aérophagie ou déglutition d'air atmosphérique. Ce dernier syndrome, habituellement rapporté à l'hystérie, peut cependant se rencontrer en d'autres circonstances. Nous en avons noas-même i^ecueilli et publié récemment plusieurs exemples dans les obsessions, l'hypocondrie, le délire des persécutions, la paralysie générale au début. Nous avons fait remarquer aussi, au point de vue de l'interprétation de ce phénomène, que dans tous ces cas, il comportait à la fois un côté physique et un côté mental; qu'il se développait toujours sur un état mental particulier, qu'on pouvait même souvent retrouver à son origine un phénomène psychique déterminé.
En ce qui regarde la digestion gastro-intestinale, nous mentionnerons d'abord le mérycisme ou rumination chez l'homme (Bourneville et Séglas, Cantarano, Nœcke, Louët...), que l'on observe surtout chez les idiots, les déments, quelquefois chez les neurasthéniques, les délirants systématiques; puis les vomissements avec leurs caractères spéciaux dans l'hystérie, la migraine, l'alcoolisme, les tumeurs cérébrales, les processus méningitiques; la constipation dont la fréquence chez les aliénés a été de tout temps reconnue. Depuis quelques années l'importance de la coprostase a de nouveau attiré l'attention des auteurs (Pierret, Feyat, Ewald, Jacobson, Séglas, Solder, Galante) sous l'influence des théories sur les into-intoxications. Des observations recueillies il résulte que les produits toxiques absorbés à la suite de la rétention des matières fécales sont la cause fréquente de phénomènes nerveux chez les constipés. Dans un grand nombre de cas, la constipation contribue au moins à entretenir les troubles mentaux ; l'état mental et la constipation
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ont souvent une marche parallèle. Il est même des cas où la constipation peut, h elle seule ou avec le concours d'une prédisposition héréditaire, créer de toutes pièces des ti^oubles mentaux dont la physionomie rappelle celle des délires infectieux ou toxiques. Dans tous les cas, le traitement de la constipation améliore l'état nerveux ou mental, alors que les médicaments réputés actifs vis-à-vis du système nervcuîj:, restent impuissants.
En face de la constipation se place naturellement la diarrhée; et à ce propos nous ne signalerons qu'une sorte de diarrhée particulière dite vaso-paralytique, à laquelle on attribue une origine nerveuse et que l'on rencontre au cours de certains états vésaniques (mélancolies graves, paralysie générale). Cette diarr"hée, séreuse, analogue a celle produite par de fortes émotions, est en général rebelle à tout traitement et amène rapidement les malades, qui d'ailleurs s'alimentent fort mal, à un état de cachexie véritable.
Gâtisme. — On peut appliquer ce terme à l'incontinence ano-vésicale, ou seulement anale, ou seulement vésicale, pourvu que dans ce dernier cas, l'incontinence anale puisse s'ajouter occasionnellement par les mêmes processus (Manheimer).
A côté des gâteux simples, il convient de placer certains malades qui se couvrent de leurs excréments par maladresse ou volontairement. Ce sont les aliénés dits barbouilleurs et qui doivent être distingués des gâteux (Magnan, Linderborn).
Nombre d'auteurs, Morel, Dagonet, Ritti, Schuele, Linderborn,... ont étudié le gâtisme au point de vue de la psychologie et de la séméiologie clinique. Dans une thèse récente, M. Manheimer a fait un exposé critique très soigné de ces différents travaux et a présenté lui-même une étude du gâtisme, la plus complète à notre connaissance. En voici les points principaux.
L'évacuation des réservoirs est un acte à la fois organique et psychique, et les anomalies f|ui peuvent l'atteindre sont de causes extrêmement variables. C'est ainsi que le gâtisme, suivant les circonstances, se manifestera soit comme un acte puremeut réflexe, soit comme un acte instinctif, impulsif, automatique ou volontaire. Au point de vue séméiologique, on peut avec M. Manheimer, étudier le gâtisme successivement dans les états d'inconscience, les états démentiels, les états délirants.
Dans les états d'insconscience, comas divers, sommeil hystérique, stupeur profonde, le gâtisme ne se manifeste guère que comme un acte réflexe.
Dans la paralysie générale, les causes du gâtisme sont plus complexes. Si l'on peut, dans les périodes avancées, le l'attacher à une paralysie des sphincters, dans les périodes initiales, sans éliminer cependant cette première cause, il faut surtout accuser l'ensemble des troubles démentiels, les troubles de l'attention, de la réflexion, de la volonté, du caractère, des instincts, ou quelques troubles passagers plus spéciaux (confusion, anxiété).
Chez le dément sénile, c'est surtout dans la déchéance intellectuelle et morale qu'il faut chercher l'origine du gâtisme. Toutefois il importe de tenir compte de l'affaiblissement organique, des ictus plus ou moins transitoires.
des accidents gastro-intestinaux. Des états démentiels on peut rapprocher ceux de confusion mentale dans loscpiels le gâtisme dépend des trouilles fondamentaux de l'attention, de la volonté, de la perception aussi bien interne qu'extérieure. Dans les formes stupides où la torpeur intellectuelle est absolue, la conscience annihilée, l'épuisement physique souvent considérable, on peut attribuer au gâtisme la même pathogénie que dans les états d'inconscience.
Dans la manie, le gâtisme est attribué quelquefois à un état d'anesthésie ou d'hyperesthésie viscérale. Le plus fréquemment, il résulte de troubles psychiques, de l'accélération des idées déterminant le gâtisme par une sorte de distraction ; ou bien, le complexus des représentations qui amènent le gâtisme a absorbé tout fait psychique possible en toute autre circonstance, ne laissant plus place â aucune contradiction ; ou bien encore, le malade est incapable de toute réaction en ce sens (Linderborn).
Dans les états vésaniques proprement dits le gâtisme peut être en relation avec des hallucinations impératives, avec des idées délirantes diverses : idées hypocondriarfues, idées d'énormité, idées de négation. Il est à remarquer que dans ce dernier cas, surtout lorsqu'elles se rattachent à la mélancolie, les idées de négation hypocondriaques ne font que traduire des troubles de la cénesthésie, des sensations internes, le plus souvent sous la forme anesthésique. Par suite, le besoin de la défécation peut n'être plus ressenti par le malade qui se refuse à la défécation, d'autant plus que souvent il est atteint en même temps de folie d'opposition. Mais la miction et la défécation s'accomplissent d'elles-mêmes, d'une façon purement réflexe, et le malade devient gâteux presque malgré lui.
Ajoutons que dans la mélancolie à laquelle ces cas se rattachent le plus souvent, l'aboulie joue un rôle; le moindre effort est pénible, fût-ce celui d'être propre.
Il est d'auti-es vésaniques chez lesquels le gâtisme est volontaire, réfléchi, comme chez le persécuté qui voit là un moyen de combattre ses persécuteurs ou de déjouer leurs ruses.
Chez les dégénérés, le gâtisme peut être dû à l'anomalie de développement intellectuel ou h des tares morales. (perversité, paresse, prédilection morbide pour les choses répugnantes) ; à l'imitation, à l'opposition ou à des troubles moteurs de caractère impulsif.
Au point de vue du pronostic, le gâtisme est plus pai'ticulièrement à considérer dans les vésanies. Si, dans les états à grand fracas, il ne représente qu'un épisode sans importance, en revanche, dans les formes chroniques ou à pronostic bénin, quand il traduit le manque de dégoût, la perversion des sentiments les plus élémentaires, quelque épisodique qu'il soit alors, il annonce l'incurabilité et souligne la ruine psychique (Manheimer).
Salive; suc gastrique; bile. — A l'étude des troubles des fonctions digestives se rattache celle de la sécrétion salivaire, du suc gastrique, de la bile. . ,
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L'altération la plus fréquente de la sécrétion salivaire chez les aliénés est le ptyalisme, la sialorrhée (Esquirol, Fodéré, Berthier, Stark, Mabille). lleinhard classe en trois groupes les malades chez lesquels on l'observe. Le premier est compo,sé des idiots, des imbéciles, des déments, des paralytiques généraux. Dans ces cas, la sialorrhée serait due, pour certains auteurs, à une paralysie vaso-motrice, pour d'autres à une lésion du bulbe. La salive, fluide, aqueuse, coule continuellement hors de la bouche des malades sur le menton, la poitrine, et produit ainsi à la longue des ulcérations de la peau. Le second gTOupe comprend les délirants systématiques et les mélancoliques avec idées d'empoisonnement et sitiophobie. La sialorrhée serait alors le résultat d'un réflexe conscient par crainte du poison et serait ainsi d'origine psychique. La salive est aqueuse, abondante. Le dernier groupe comprend les aliénés qui présentent des phénomènes d'excitation du grand sympathique, et presque toujours en même temps des symptômes d'excitation sexuelle. La salive est alors blanchâtre, visqueuse, épaisse. On observe aussi un ptyalisme analogue dans les états maniaques, dans les périodes d'agitation des mélancoliques, des stupides, chez certains hystériques.
D'après Cristiani, la salive des aliénés sialorrliéiques a une densité plus grande que la salive normale, est moins fluide, plus visqueuse, a une réaction neutre, contient une moins grande quantité de sulfocyanure de potassium et a un pouvoir amylolithique plus accentué. C'est une salive mixte provenant indistinctement de toutes les glandes salivaires. Elle a tous les caractères de la salive dite sympathique et proviendrait d'ailleurs, d'après Tamburini, d'une irritation del'écorce se transmettant par l'intermédiaire du grand sympathique et provoquant la suractivité fonctionnelle de toutes les glandes salivaires indistinctement.
On a souvent signalé (Von Norden, Pachoud, Plaereck, Ruata, Dotto, Galante...) des altérations du chimisme gastrique cher les mélancoliques ou les délirants systématiques sitiophobes, chez les alcooliques, les hypocondriaques, les épileptiques, les hystériques. Les recherches les plus complètes dans cet ordre d'idées sont celles de Leubuscher et Ziehen. En voici les résultats sommaires :
Mélancolie. Résultats contradictoires. Acidité normale, hyperchlorhydrie, hypochlorhydrie. — Manie. Dans la plupart des cas, légère augmentation de l'acidité. — Délire syslémalisé aigu. Acidité normale. — Paralysie générale. Résultats contradictoires suivant les sujets et même résultats différents chez le même individu suivant les moments. Chez la plupart, variations dans la quantité d'acide chlorhydrique en rapport avec les aggravations et les rémissions. Hypochlorhydrie définitive dans la troisième période ainsi que pendant les attaques. — Psychoses alcooliques chroniques. Quantité normale de IICl. — Morphinisme chronique. Hypochlorhydrie. — Folie épileptique. Acidité normale. — Neurasthénie. Hypochlorhydrie en général. — Catalonie, stupeur. Hyperchloi'hydrie.
On a signalé une hypertoxicité du suc gastrique dans certains cas ; mélancolie anxieuse et sitiophobie (Masetti), folie pellagreuse (Dalzini), épilepsie
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(Agostini)... Le pouvoir excito-moteur de Festomac a été trouve normal dans les arrêts de développement et les démences, augmenté de beaucoup dans les états maniaques, un peu dans la mélancolie anxieuse (Dotto).
La conception antique des rapports de la bile avec la mélancolie est aujourd'hui abandonnée en clinique. Mais de nouvelles recherches, en particulier celles de Klippel, nous ont montré l'importance de l'insuffisance hépatique dans la folie, décelée par l'épreuve de la glycosurie expérimentale, la présence de certaines matières colorantes dans l'urine, la diminution de l'urée, l'augmentation de l'acide urique, l'état des matières fécales, et surtout l'urobilinurie. Klippel a pu voir que les variations d'urobiline correspondaient à des variations parallèles du délire et que les décharges d'urobiline coïncidaient avec des modifications de l'état mental.
D. — Appareil urinaire.
La quantité des urines est très variable. La polyurie est très fréquente chez les déséquilibrés, les neurasthéniques, ou dans les états d'exaltation maniaque. — L'olygurie accompagne presque de règle la mélancolie. Ces différents symptômes ainsi que l'anurie transitoire peuvent se rencontrer chez les aliénés hystériques.
Le poids spécifique est sujet à des variations nombreuses, mais ne semble pas fournir de renseignements bien précis.
En général, les auteurs (Mendel, Rabow, Krafft-Ebing, Morselli, Gristiani) se bornent à dire que dans telle ou telle forme de maladie mentale, le poids spécifique de l'urine augmente ou diminue. Encore ne sont-ils pas toujours d'accord entre eux.
D'autres,au contraire (Lombroso . Stefani), envisagent le poids spécifique non seulement dans les diverses formes de l'aliénation, mais aux différentes périodes de l'évolution. Il semblerait résulter de ces recherches [que le poids spécifique augmente au début des psychopathies, diminue dans la convalescence ou les rémissions et remonte dans les paroxysmes. Dans les cas à évolution chronique, après s'être élevé au début, il diminue petit à petit.
Les altérations de la composition chimique de l'urine sont aussi des plus variées.
En ce qui concerne les éléments normaux de l'urine, M. Mairet, reprenant les analyses de Bence Jones, Sutherland, Beale, Lombroso, Diller, Mendel, Wood, cherche à établir que dans les formes maniaques, il y a augmentation de l'azote et de l'acide phosphorique uni aux alcalis, intimement liée à l'élément agitation, tandis que l'augmentation de l'acide phosphorique uni aux terres ne se lie pas exclusivement à l'agitation, mais aux troubles cérébraux proprement dits.
Dans les formes dépressives, le chiffre de Fazote rendu par vingt-quatre heures est diminué ; le chiffre de l'acide phosphorique total est faiblement diminué. Les rapports entre l'acide phosphorique et l'azote sont normaux;
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le rapport entre l'acide phosphorique uni aux terres et l'acide phosphorique uni aux alcalis est considérablement augmente'.
Dans l'idiotie, la démence, le chiffre d'élimination de l'azote, de l'acide phosphorique est diminué.
Ces résultats concordent sensiblement avec ceux trouvés par d'autres auteurs (Gristiani, Agostini, Mabille et Lallemant). D'après ces derniers, les résultats sont plus tranchés lorsqu'on s'adresse aux aliénés arthritiques ou descendants d'arthritiques. — « Leurs urines sont denses, hypoazotuine et hypophosphaturie. Le chiffre de l'acide urique éliminé est tantôt normal, tantôt, au contraire, ' très élevé ; il semble que l'organisme procède par décharges. Les périodes de décharges d'acide urique précédent et annoncent en général le retour à la raison.
Marzocchi, étudiant l'excrétion de l'acide urique dans les formes de dépression mentale, arrive à des conclusions analogues.
Le D' Johnson Smyth a trouvé de son côté que la quantité d'urine excrétée est supérieure à la normale dans la paralysie générale et dans l'épilepsie, supérieure dans la mélancolie et la démence secondaire ; que le total des solides est surtout augmenté dans la pai'alysie générale ; que le chiffre de l'urée est légèrement en excès dans les psychoses, excepté dans la démence ; que l'acide urique est notablement au-dessus de la moyenne physiologique dans la paralysie générale, l'épilepsie et la démence ; que la créatinine est également plus considérable dans la paralysie générale et la démence ; qu'il semble y avoir un léger excès d'acide phosphorique dans l'épilepsie, ce principe différant très peu de la normale dans les autres affections mentales.
Certains auteurs (Lailler, Klippel, Serveaux, Stefani, etc) ontj étudié aussi l'urine des malades atteints d'une affection spéciale, telle que la paralysie générale, la folie circulaire. Nous n'insistons pas sur ces recherches qui auront leur place au chapitre spécial consacré à ces formes vésaniques.
Parmi les principes chimiques de caractère pathologique, ceux qu'il convient de rechercher le plus attentivement sont l'albumine et le sucre.
En effet, l'albuminurie est fréquente, surtout dans les délires transitoires, les confusions mentales, le délire aigu, la folie puerpérale, les psj^hoses épileptiques, à la suite des accès comitiaux, chez les déments paralytiques. Dans d'auti-es cas, chez certains déments, elle indique des processus i^énaux chroniques, plus ou moins latents (Mabille, Turner, Campbell Clark, Koppen, Bennett, Dieulafoy, Raymond, Gadziatchi).
Les auteurs semblent d'accord pour admettre que la glycosurie ne se rencontre que dans la paralysie générale, les démences, l'épilepsie. Dans les autres formes d'aliénation, à part les délires des diabétiques, elle n'a aucune importance et est d'origine alimentaire (Gadziatchi, Siegmund, Morselli, Legrand du Saulle).
On a encore trouvé d'autres éléments morbides dans l'urine des aliénés.
Marro dit avoir constamment rencontré la peptonurie chez les déments paralytiques.
Adler a signalé l'oxalurie.
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Laehr, Rivano, Marro, Wagner ont trouvé de l'acétone en grande quantité dans le délire aigu avec hallucinations terrifiantes. De Boeck, Slosse, Lallier n'admettent pas que l'acétonurie soit une cause d'intoxication dans la folie, parce qvi'on trouve de l'acétone dans l'urine de tous les aliénés sans que cette acétonurie ait une signification pathologique et soit en rapport avec l'état mental des malades. La seule indication serait son augmentation chez les sitiophobes, indiquant la nécessité de l'alimentation artificielle.
Vassale et Chiozzi ont constaté la présence de cylindres hyalins dans l'urine des aliénés, spécialement dans les périodes d'excitation où elle serait pour ainsi dire la règle.
On peut émettre à ce propos les mêmes considérations que pour ralluimine sur les rapports avec la psychose. On peut y voir un rapport de cause à effet avec la lésion des centres nerveux, ou de simple concomitance, le même agent toxique, cause de la iDsychose, provoquant dans le sang les altérations qui déterminent la présence des cylindres ou de l'albumine dans l'urine. Enfin, ces signes peuvent se rattacher à une lésion rénale. Il est à relever que l'albuminurie intermittente et la présence très fréquente de cylindres hyalins peuvent s'observer chez les aliénés, sans qu'on puisse penser à une néphrite. Ces deux symptômes, qui pour la clinique générale ont une grande valeur à cet égard, perdent toute leur importance pour l'aliéniste qui doit s'aider d'autres symptômes pour arriver à formuler son diagnostic (Vassale et Chiozzi.)
Rappelons enfin la présence de l'indican (Pellegrini, Clarke, Ilund); de l'urobiline (Klippcl), dans l'urine de certains aliénés.
On a pu également isoler des ptomaïnes dans l'urine d'aliénés à délire apyrétique (Pouchet, G. Ballet, Séglas).
Ces dernières remarques nous amènent à parler de la toxicité urinaire.
Cette question n'est autre que celle des auto-intoxications dans la folie, en raison même de l'importance attribuée par les auteurs comme procédé capital de démonstration à l'expérimentation de la toxicité urinaire.
Dans un mémoire présenté au Congrès de la Rochelle, j'ai tenté de montrer toutes les incertidudes de ces recherches expérimentales et des résultats obtenus chez les aliénés.
Sans reproduire ici les arguments de critique que j'avais exposés, je me bornerai à citer une page d'un mémoire plus récent de Régis, parce qu'elle me paraît exposer la question dans toute sa vérité.
« Séduisante d'allures et pleine de promesses scientifiques immédiates, l'expérimentation attira d'abord et fut en vogue ; mais exposée à des variations et à des erreurs nombreuses, elle ne donna, malgré des tentatives louables, que des résultats sans grande portée.
Est-ce à dire pour cela que l'étude de la toxicité des humeurs, chez les aliénés, n'ait rien produit et qu'il faille complètement l'abandonner '? Nous ne le pensons pas. Certes, des notions nouvelles fournies jusqu'ici par cette étude, il ne reste pas grand'chose d'absolument certain.... Perfectionnée et dégagée de certaines causes d'erreur, elle peut rendre de réels services, mais
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à la condition de n'être employée qu'à bon escient, de façon suivie, avec toute la rigueur désirable et simplement comme corollaire ou complément de l'observation clinique.
Quant à l'analyse chimique, à laquelle on semble davantage revenir, elle a déjà fourni des indications précieuses et elle paraît susceptible d'en fournir de plus précieuses encore. Sans parler des ptomaïnes dont la recherche est des plus difficiles, il est certain, en effet, que dans une psychose paraissant due à une auto-intoxication, la présence d'éléments anormaux dans l'urine constitue une sorte de confirmation. Il y a plus, et nous croyons qu'à chacune des grandes formes d'auto-intoxication correspond pour ainsi dire un chimisme particulier, décelable par l'analyse. Ainsi l'auto-intoxication gastro-intestinale se traduit plus spécialement par des quantités plus ou moins considérables d'indican, d'acétone, d'acide diacétique et dioxibutirique, de tyrosine, de sulfo-conjugués dans l'urine. L'auto-intoxication hépatique se manifeste par l'hémaphéisme, l'urobilinurie, l'épreuve positive de la glycosurie expérimentale, l'albuminurie. L'auto-intoxication rénale enfin, par la diminution de la quantité d'urine, la présence de cylindres et de tubes, l'albuminurie, l'hémoglobinurie, etc. Ce sont là, pour ainsi [dire, autant de formules différentes et spécifiques d'auto-intoxication. L'analyse chimique non seulement nous renseigne donc sur la réalité d'un état d'auto-intoxication dans les psychoses, mais encore elle nous révèle, dans bien des cas, la nature de l'auto-intoxication dont il s'agit.
En fait, c'est encore la clinique qui constitue ici l'élément d'étude le plus important et le plus fructueux. C'est certainement une des particularités les plus intéressantes et les plus piquantes de l'histoire des auto-intoxications dans les maladies mentales, que la concordance absolue de toutes les données fournies par l'observation en face de la variabilité des résultats des méthodes expérimentales. »
E. — Sang et circulation.
Les recherches hématoscopiques entreprises chez les aliénés ont porté principalement sur la valeur du sang en hémoglobine et sur le nombre et la proportion des éléments morphologiques, notamment les globules rouges (Witorf, Erlenmeyer, de Sainte-Foy, Michéa, Lindsay, Boureau, Berthier, Brunet, Sutherland, Gallopain, Raggi, Rutherford, Macphail, Seppili, Johnson Smyth, Brancaleone, Winckler, Krypiakiéwicz, Withmore Steele, etc.).
En général il y aurait chez les aliénés diminution de l'hémoglobine et du nombre des globules rouges du sang, soit au début, soit dans le cours des accès (mélancoliques, stupides, déments), surtout dans les formes dépressives et chez les femmes.
Il est à remarquer à ce propos que ces altérations sanguines n'ont qu'un rapport indirect avec la maladie mentale, et dépendent des conditions générales de dénutrition, d'intoxication, d'infection, de diathèse, de misère phy-
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siologique constituant le substratum sur lequel les troubles psychiques se sont développe's et maintenus. xVussi n'est-il pas étonnant de les voir pre'dominer chez les aliénés anorexiques ou sitiophobes, les mélancoliques déprimés, les agités avec insomnie, les stupides, les déments apathiques (Morselli).
Agostini, étudiant la résistance des globules rouges ou isotonie, a trouvé que chez les aliénés le pouvoir isotonique du sang est en général inférieur à la normale ; notamment dans la folie pellagreuse, puis dans les états mélancoliques dépressifs, surtout accompagnés d'agitation, dans l'idiotie, la neurasthénie, les délires post-épileptiques, les démences hémiplégiques ; à un degré moindre, dans les états d'excitation maniaque, la folie paralytique. Les imbéciles, les épileptiques, les hystériques, les paranoïaques, les déments séniles, restei-aient à cet égard dans la moyenne physiologique. Dans les formes curables, le retour à la moyenne physiologique pourrait servir d'élément de pronostic.
Comme pour l'urine, mais moins nombreuses, des l'echerches ont été entreprises sur la toxicité du sang chez les aliénés (Régis et Chevalier-Lavaure, Séglas, Legrain, d'xVbundo, Mairet et Vires, Gololian, Ceni). Elles sont d'ailleurs passibles des mêmes critiques générales que celles de la toxicité urinaire. Nous diluons cependant que du travail, le plus étendu sur la question, de d'Abundo, il semblerait résulter que la toxicité du sang serait surtout augmentée dans les états d'excitation ; diminuée dans ceux de dépression, quelle que soit d'ailleurs la forme vésanique en observation.
Il résulterait des recherches du même auteur que le pouvoir bactéricide du sang est, d'une façon générale, augmenté dans les maladies mentales, sauf dans les formes psychopathiques dépressives dans lesquelles ce pouvoir se montre diminué. On doit remarquer que c'est dans les cas où la toxicité du sang est le plus élevée que le pouvoir bactéricide est également accru. Gela viendrait appuyer relativement l'idée de ceux qui admettent que les aliénés sont moins susceptibles à contracter des maladies infectieuses. D'autre part, la diminution delà toxicité et da pouvoir bactéricide dans les formes dépressives pourrait expliquer les complications par auto -infection ou auto-intoxication qui se produisent quelquefois au cours de ces psychoses.
L'auteur pose à ce propos la question de savoir si c'est la maladie mentale qui produit un trouble dans les échanges organiques, tel qu'il en résulte un déversement de produits toxiques en plus ou moins grande quantité dans le courant sanguin, ou bien si la psychose est la résultante naturelle d'un trouble avéré survenu dans les échanges par suite de la maladie de quelque viscère par infection ou influence d'agents toxiques généraux, question d'autant plus difficile à i-ésoudre qu'il s'établit souvent un cercle vicieux.
Dans le même ordre d'idées, nous rappellerons les recherches de Lui, Charonet Briche, Lambranzi, sur l'alcalinité du sang, inférieure à la normale chez les déments paralytiques et chez les épileptiques au moment des accès.
Au point de vue bactériologique, d'Abundo, Piccinino, Grimaldi ont trouvé dans le sang des paralytiques généi\aux des micro-organismes qu'ils ont regardé comme de provenance vésicale ou intestinale.
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
Certains auteurs, Briand, Pezzonico, Bucholz, Bianchi et Piccinino, Rasori, Potts, Martinotti, Cabitto, Ceni, Ferrari, Cappelletti, Kazowscliy, Alessi, Ai^manni, ont entrepris des recherches sur l'étude bactériologique du sangdans le délire aigu. Bianchi et Piccinino ont déciit dans une foi'me de délire sensoriel aigu un bacille spécifique. Mais la plupart du temps on n'a trouvé que des micro-organisme communs, dont la signification étiologique est très contestée. D'après les précédents auteurs, ces micro-organismes provoqueraient dii"ectement le délire aigu, en s'attaquant au côté de l'organisme le plus vulnérable en raison de l'hérédité, du mauvais état de la nutrition des malades; opinion difficilement soutenable, d'après Ceni et Ferrari, qui les ont trouvés dans des formes psychopatiques autres que le délire aigu. Pour d'autres (Cappelletti), ils ne pénétreraient dans le sang qu'à la période agonique et n'auraient ainsi aucune signification. Pour d'autres enfin (Ceni) ils constituent seulement une auto-infection secondaire, sans valeur étiologique primitive, mais venant aggraver, à titre de complication, la maladie en cours d'évolution.
Les affections du cœur ont un rapport assez étroit avec l'aliénation, moindre toutefois qu'on se le figure généralement. Si les cardiopathies peuvent figurer parmi les causes étiologiques, il y aurait en revanche nombre de cas où elles se montrent comme conséquence des états d'aliénation (Salemi- Pace). Beaucoup d'aliénés présentent tous les symptômes d'une artério-sclérose précoce ; d'autres ont souffert de processus infectieux, de maladies constitutionnelles, origine d'endo-myocardites. Les troubles fonctionnels, palpitations, etc., sont fréquemment observés.
Le pouls (Jacobi, Leuret et Mitivié, Wolf, Claus, Morselli, Dumas) ne présente pas d'altérations réellement caractéristiques, mais varie suivant l'état général. Les altérations de fréquence, de hauteur, etc., doivent être soigneusement rapportées à leur vraie cause qui n'est pas forcément l'état psychique, mais réside souvent dans des troubles de l'appareil circulatoire.
Dans les formes chroniques, le pouls est le plus souvent normal, sauf chez les hallucinés et durant les paroxysmes d'agitation. 11 est d'ordinaire fréquent et élevé chez les maniaques, plus encore dans les paroxysmes d'angoisse, dans la mélancolie anxieuse. Il est plutôt ralenti, filiforme dans la stupeur, la démence apathique, la mélancolie dépressive. A certaines périodes de la paralysie générale, dans l'épilepsie, on peut même observer un retard extrême des pulsations, un pouls lent permanent. Les variations rapides de la tension artérielle, le dici'otisme, le polycrotisme du pouls ne sont pas rares chez les aliénés.
F. — Respiration.
Certains auteurs, Marcé, Leuret et Mitivié, Jacobi ont étudié les rapports comparatifs entre les mouvements respiratoires et les battements cardiaques. Marcé a insisté surtout sur ce fait que dans la mélancolie le rappoi't, au lieu d'être de 1 à 4, est de l à 6. Zenker, Mickle ont noté la respiration de Cheyne-
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Stokes chez des de'ments et des paralytiques généraux. Il est un fait certain, c'est que dans les maladies mentales, indépendamment de tout autre facteur, on trouve souvent des altérations variées des mouvements respiratoires.
Klippel et Bœteau ont décrit un type respiratoire caractéristique des maniaques et des mélancoliques. Pachou, Rossi, pensent avi contraire que les troubles respiratoires ne peuvent caractériser une forme nosologique, mais doivent être i\apportés à deux symptômes fondamentaux, l'excitation et la dépression, et se résument dans une hyper ou une hypoactivité de la fonction respiratoire suivant la prédominance de l'un ou l'autre de ces deux symptômes.
Dans les états anxieux, les mouvements respiratoires présentent des modifications particulières et diminuent de fréquence, de durée, de profondeur. En même temps, on note un véritable tremblement émotif des muscles respiratoires à ondulations fines, très rapprochées et plus accentuées dans la phase d'inspiration (Musso, Rossi).
Klippel et Bœteau ont signalé chez les paralytiques trois types respiratoires, les anomalies motrices des mouvements respiratoires allant de pair avec celles des mouvements des membres. Rossi a signalé chez ces mêmes malades, du commencement à la fin de la maladie, un tremblement caractéristique du tracé respiratoire.
G. — Température.
Les recherches thermométriques n'ont qu'une application très limitée au diagnostic psychiatrique, sinon dans les formes toxiques et infectieuses.
11 peut y avoir hyperthermie quelquefois très accentuée dans les états de confusion avec phénomènes pseudo-méningitiques ou typhoïdes, les délires aigus, l'état de mal épileptique. Souvent on observe des poussées hyperthermiques chez les paralytiques généraux, les excités maniaques.
L'hypothermie s'observe quelquefois chez les mélancoliques stupides, les sitiophobes, les déments apathiques, la jiaralysie générale, les délires de collapsus.
Au point de vue des températures locales, on a parfois noté une différence de température entre les deux côtés du corps dans la manie, la mélancolie avec stupeur, la paralysie générale.
Les recherches sur la température cranio-cérébrale n'ont donné que des résultats très douteux et qu'on ne doit accepter que sous toutes réserves, La température crânienne aurait été trouvée augmentée dans les formes exaltées ; abaissée dans les formes dépressives. On aurait même noté des difféi^ences entre les deux côtés de la tête.
H. — SommeiL
Les troubles du sommeil sont un des symptômes constants des états initiaux et des formes aiguës de l'aliénation mentale.
PATHOLOGIE MENT.VLE. 9
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Beaucoup d'aliénés se plaignent de ne pas dormir, qui en realité dorment fort bien, et l'inverse aussi se rencontre ; aussi importe-t-il d'observer directement les malades pendant leur sommeil.
L'insomnie peut être absolue et reconnaître des causes diverses, troubles circulatoires, action de substances toxiques, e'puisement, excitabilité, phénomènes sensitifs périphériques.
Au point de vue de ses rapports avec les troubles psychiques, elle résulte souvent de l'excitation intellectuelle, de mentisme, d'idées fixes, d'aboulie ou d'illusions et d'hallucinations hypnagogiques qui, survenant dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil, empêchent ce dernier de se produire complètement. Parfois elle est volontaire et reliée à des idées délirantes variées (hypochondrie, persécution, négation, grandeur, opposition, etc.). Le retour du sommeil constitue en général un symptôme d'un pronostic favorable.
Les convalescents dorment en général beaucoup, comme certains malades, imbéciles, séniles et déments. 11 en est même qui sont plongés dans un état de somnolence continuel, de narcolepsie (délires infectieux, confusion mentale, folie diabétique, myxœdème). Nous ne citerons que pour mémoire les attaques de sommeil des hystériques et le somnambulisme spontané.
Depuis bien longtemps les aliénistes (de Boismont, Baillarger, Moreau de Tours, Maury, Lasègue), se sont attachés à étudier la période intermédiaire à la veille et au sommeil, dite période hypnagogique, et à démontrer l'identité du rêve et de la folie.
Cette étude des rêves de l'aliéné est en effet des plus importantes (Santé de Sanctis), et c'est avec quelque raison que l'on a pu dire « que le rêve morbide est le délii^e du malade endormi » (Artigues).
Dans bien des circonstances en effet (hystérie, épilepsie, délires toxiques), les rêves sont en quelque sorte spécifiques, non seulement par leur présence, mais encore par leurs caractères particuliers.
Ces rêves sont souvent aussi le point de départ de phénomènes morbides divers, apparaissant pendant la veille et qui ne font que les continuer (attaques convulsives, paralysies, délires, obsessions, paramnésies).
Certains états délirants même, non seulement reconnaissent une telle origine, mais encore gardent pendant tout leur cours des caractères particuliers qui les font ressembler à un rêve prolongé et extériorisé (délires oniriques).